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Full text of "Corps d'observations de la Société d'agriculture, de commerce & des arts"

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CANADA COUNCIL SPECIAL GRANT 


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HER , University of Ottawa 


Jhmww.archive.org/details/corpsdobservatio02soci 


3 


CORPS 


D'OBSERVATIONS 


AE LA SOCIÉTÉ 


RAGRAC U L'F URE, 
de Commerce & des Arts, 
ÉTABLIE 


PAR LES ÉTATS DE BRETAGNE, 


Annees 17$9 & 1760. 


| CP ge 2° 4 M ET A4 
Chez la Veuve de B. BRUNET, Imprimeur de 


l'Académie Françoïfe, Grand’Salle du 
Palais, & rue bafle des Urfins. 


Mm'DCC. LXXIT 
AVEC PRIVILÈGE DU ROL. 


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A Délibération des Etats, 

qui a chargé MM. les Dé- 
putés Ÿ Procureur général Syn- 
dic à la Cour, de [olliciter des 
Lettres patentes pour la Société, 
droit l'encouragement le plus flat- 
teur quelle put recevoir. Elle 
trouve dans ces Lettres paten- 
tes, que [es travaux ont mérité 
les fuffrages de Sa Majefté, 
ceux de la Province Ÿ de tout 
le Royaume. C'eft la plus glo- 
riéufe de routes les récompenfes 
pour une Compagnie quina Jp: pire 
qu'a Je rendre utile, & à qui 
11 n'appartient pas d'apprécier 
elle-même [es fuccès. Elle a cru 
ne pouvoir publier trop tot un 
titre qui l'attache de plus en plus 

a 2 


1v 


Ainfi elle [e devoir a elle-même 
de profiter de la première occa- 
fon de le mettre [ous les yeux du 
Public. 


LETTRES PATENTES, 


Qui confirment l'établiffement de la 
Société d'Agriculture, de Commerce 
des Arts en Bretagne. 


Es 

LL OUIS, par là grace de Dieu, 

Roi de France & de Navarre : 
À tous préfens & à venir, SALUT. 
L’Apriculture, le Commerce & les 
. Arts étant les véritables fources de 
la puiffance & de la fplendeur des 
Etats, c’eft avec la plus grande fatif- 
faction que nous ayons vu notre Pro- 
vince de Bretagne s'occuper de ces 
objets importans. L’Etabliflement 
d'une Société , chargéé de travailler 


à Les y étendre & à les y perfection- 


aux devoirs de fon inftitution. 


LETTRES PATENTES. v 
ner, fixa l’attention des Etats aflem- 
blés au commencement de l’année 
1757 ; & voulant encourager cet 
Etablifèment, Nous l’approuvâmes 

ar un Brevet du 20 Mars de La même 
année. L'événement a répondu aux 
vœux des Etats & à notre attente ; les 
travaux des Aflociés ont mérité nos 
fuffrages, ceux de la Province, & 
ceux de tout notre Royaume, & il 
s’eft déjà formé à l’envi plufieurs So- 
ciétés femblables en différentes Gé- 
néralités. Nous ne pouvons donc que 
déférer à la prière que nous ont fait 
faire les Gens defdits trois Etats, 
d’affermir de plus en plus par notre 
autorité un Etablifflement que nous 
avons déjà honoré de notre approba- 
tion, & que les fuccès en ont mon- 
tré digne. Nous nous portons d'au- 
tant plus volontiers à accorder à no- 
tredite Province ce témoignage de 
notre protection & de notre bien- 
veillance, qu'elle ne cefle de nous 


K: LETTRES 
donner des marques de fon zèle & 
de fon attachement pour Nous & 
pour notre fervice. À CES CAUSES, 
de l'avis de notre Confeil, & de no- 
tre certaine fcience, pleine puiflance 
& autorité Royale, Nous avons, par 
ces Préfentes fignées de notre main, 
approuvé & autorilé, approuvons & 
autorifons ladite Société d'Agricul- 
ure, de Commerce & des Arts, éta- 
lie en notredite Province de Breta- 
gne, conformément aux Délibéra- 
tions priles par les Gens des trois 
Etats les 28 Janvier, 2 & 15 Février 
1757, approuvées par notredit Bre- 
vet du 20 Mars de la même année, & 
autres fubféquentes.. Et cependant 
comme l'expérience. peut avoir fait 
fentir la néceflité de faire quelques 
changemens dans les difpofitions du 
Réglement propofé auxdits Etats le 
2 Février 1757, pour ladite Société, 
Nous avons autorilé & autorifons les 
Membres qui la compofent, à pro- 


, PATENTES. vij 


pofer auxdits Etats tels changemens 
ou additions qu’ils jugercnt conve- 
nables, & lefquels, après avoir été 
approuvés par lefaits Etats, forme- 
ront un Réglement nouveau, que 
nous entendons être exécuté à l’ave- 
nir. Voulons au furplus que ceux qui 
compoferont ladite Société jouiflent 
des mêmes honneurs, priviléges & 
franchifes dont jouiflent les Mem- 
Dres des Académies établies en notre 
ville de Paris, à l’excepticn néan- 
moins du droit de Commuttimus. Si 
donnons en mandement à nos amés 
& féaux Confeillers Les Gens tenant 
notre Cour de Parlement à Rennes, 
que ces Préfentes ils ayent à enregif- 
trer, & le contenu en icelles faire 
garder &obferver felon leur forme & 
teneur , ceflant & faifant cefler tou- 
tes chofes à cé contraires : CAR TEL 
EST NOTRE PLAISIR. Et afin que ce 
foit chofe ferme & ftable à toujours, 
Nous y ayons fait mettre notre {cel, 


viij LETTRES PATENTES. 

Doxxé à Verfailles au mois de Jan- 
vier, lan de grace mil fept cens {oi- 
xante-deux, & de notre Règne le 
quarante-feptième. Signé LOUIS. 
Er plus bas, Par le Roi, PHELYPEAUXx. 


Enrepifiré au Greffe Civil de la Cour , 


aux fins d Arrér d'icelle du trois Mars 
-1702. Signé LE CLAVIER 


CORPS 


EORPS 
D'OBSERVATIONS. 


PR ECEOLTURE., 


‘AGRICULTURE eff le pre- 
mier & le plus important de 
tous les Arts , puifque la fub- 
Es] liftance eft le premier & le 
plus indifpenfable de tous les befoins, 
Ainfi le principe d'Adminiftration Île 
ee généralement utile, eft de diriger 
e travail des hommes vers la culture 
des Terres. Ce principe n’a fouffert 
d'exception qu'à l'égard de quelques 
Nations refferrées dans un petit terri- 
toire , & furchargées de population, 
L'Induftrie leur a fourni ce qu’elles ne 


2 AGRICULTURE. 


pouvoient attendre de la terre la plus fé- 
conde. Un Ouvrier ingénieux & adroit, 
abforbe par le travail de quelques heu- 
res, le produit de dix Journées d’un La- 
boureur. Ainfi un Peuple que fa pofi- 
tion force à fe tourner du côté de l’In- 
duftrie & du Commerce, peut vivre 
dans l'abondance fans Agriculture. Les 
Nations agricoles sèmeént & recueillent 
our lui. | ; 

Mais une fociété d'hommes qui em- 
prunte toujours de fes voifins les moyens 
de fubfiftance, n’a qu'une confiftance 
précaire, forcée, & qui par conféquent 
ne peut être durable. Les efforts de Art 
d'un côté, & les productions de la Na- 
ture de l’autre, peuvent pendant un cer- 
tain temps fe trouver en équilibre. Les 
reflorts du Commerce font aflez puif- 
fans pour retenir les Nations dans cet 
état contraint. Mais l’expérience a fait 
voir que les vraies richefles reprenoient 
enfin l’afcendant qui leur appartient. 
L'Induftrie fe naturalife infenfiblement 
dans les pays qui lavoient négligée. 
Alors l'étendue & la fécondité du fol 
fecondant l’adreffle & laétivité des Ha- 
bitans , tout rentre dans fa place , & 
les Nations ne deviennent peuplées & 


« AGRICULTURE, 3 
opulentes, qu'en raifon des avantages 
fournis par la Nature, & vivifiés par 
une fage Adminiftration. 

On a vu au midi & au nord de l’Eu- 
rope l’Induftrie & le Commerce con- 
centrer dans de petits territoires les ri- 
cheffes de toutes les Nations. C’eft l’ef- 
fet ordinaire des fuccès brillans, que de 
caufer un éblouifflement général. On a 
cherché par tout à introduire l'efprit de 
Commerce & de Fabrique, parce aw'il 
fembloit que la puiffance étoit fondée 
fur ces forces artificielles. Mais la con- 
currence , après avoir affoibli les Na- 
tions purement induftrieufes , a privé 
les autres des avantages qu’elles s’étoient 

romis de leur Induftrie naiffante. Il a 
Élu par tout redoubler de travail, & 
fe contenter de moindres profits. 

Ce défavantage apparent a ramené les 
hommes à la culture, fource des feuls 
biens qui foient à l’abri des coups de 
la concurrence & des efforts de l’Induf- 
trie. L’Agriculture abandonnée par né- 
ceflité , plutôt que par adrefle, par les 
Etats trop peuplés, relativement à leur 
étendue , eft devenue la reffource des 
grands Etats, quoiqu'ils euflent tro 
généralement favorifé lInduftrie aux 


A i) 


4 AGRICULTURE. 

dépens de la culture. Cette révolution 
dont lhiftoire ne fournit aucun exem- 
ple, doit faire regarder comme un 
axiome en politique , qu’il n’y a que les 
Etats vaftes & cultivés qui puiffent en- 
tretenir perfévéramment une popula- 
tion nombreufe & riche. Les exemples 
contraires ne font que des preftiges que 
le temps & la cupidité font difparoitre. 
Aiïnfi les grands Etats ont appris cette 
vérité fondamentale , qu'après que les 
Arts induftrieux & le Commerce s’y font 
établis, il fufñt de favorifer perfévé- 
ramment la culture , pour atteindre le 
plus haut dégré poflible de population, 
de richeffes & de puiflance. À l'égard 
des Etats qui n'ont qu’un petit terri- 
toire, ou qui négligent de cultiver un 
territoire étendu, ils ont appris que Îa 
Nature les a mis dans une dépendance 
néceffaire , parce qu’ils ne peuvent faire 
fubfifter qu'un petit nombre d'habitans. 
Plus l'Induftrie a été concentrée , plus 
elle a eu de Tributaires. Aujourd'hui 
qu’elle eft plus répandue , & qu’elle tend 
à devenir univerfelle, les peuples qui 
n'ont pas d'autres reffources , devien- 
dront Tributaires à leur tour. Plus leur 
population fera grande, plus ils feronc 


« AGRICULTURE, s 
dépendans des Etats où PAgriculture 
fera floriflante , & où l'Induftrie aura 
pénétré. DE 

Tout annonce dans l'Europe que la 
puifance des Souverains ne dépendra 
bientôt que des richefles propres des 
pays foumis à leur Domination. Cette 
ve Let ne doit pas feulement occu- 
per les perfonnes qui gouvernent, mais 
encore chaque particulier affez eftima- 
ble pour ne pas féparer fes intérêts de 
ceux de fa Patrie. L’opulence nationale 
n'eft que la fomme de laifance particu< 
liere , partagée entre le plus de mains 
qu'il eft poflible. Ainfi le devoir de tout 
citoyen eft de contribuer à augmenter; 
ou le produit de fes terres, ou l'aétivité 
de quelque branche d’Induftrie ou de 
Commerce. Ce devoir regarde plus par- 
ticulièrement encore les Provinces qui, 
comme la Bretagne, ont une Adminif- 
tration municipale. Elles font compta- 
bles à la Nation du bien qui peut en 
réfulter. C’eft une des plus grandes Pro- 
vinces du Royaume, & fa pofition lui. 
donne des avantages marqués pour le 
Commerce de fes denrées & de fes ma- 
nufaétures. Elle devroit donc être & 
plus riche & plus peuplée ” la plupart 


11} 


a 


é AGRICULTURE, 


des äutres Provinces. Mais on cherches 
roit vainement les richefles & la popu- 
lation dans un pays où l'Agriculture eft 
négligée , fans que lInduftrie fafle des 
progrès. Aufñli la Bretagne manque- 
t-elle de bras pour la culture & pour les 
moiffons , quoiqu'on n'y cultive au plus 
que le tiers des terres qui pourroient 
être mifes en valeur. Ii n’eft donc que 
trop vrai qu'en déterminant fon éten- 
due par la portion cultivée, elle ne fe- 
roit pas comptée parmi les grandes Pro- 
vinces de France. Elle ne conferve fur 
un territoire plus petit & bien cultivé, 
que l’efpérance de reprendre fes avan- 
tages naturels en étendant fa culture, 

Les Etats de Bretagne ont vu que le 
rétabliflement de FAgriculture devoit 
être la bafe de l’Adminiftration muni- 
cipale que Sa Majefté confie à leur zèle, 
& qu'ils fe devoient à eux - mêmes de 
prendre les devants dans une carrière où 
toutes les Nations cherchent à s’élan- 
cer. Le plan qu'ils fe font tracé, ne 
-permet pas de douter que la Bretagne 
ne parvienne infenfiblement au point 
d'amélioration dont elle eft fufceptible. 
Une entreprife fi digne de la fageile des 
Etats , a été entamée dans les momens 


AGRICULTURE. 7 


les moîns favorables ; cependant elle a 
été fuivie de quelques fuccès. Que ne 
doit-on pes attendre de l'influence de la 
Paix, fur un projet qui intérefle les 
hommes de tout ordre ; de tout état, 
& dont le fuccès doit être leur ou- 
vrage ! 

Le dépériffement de l'Agriculture ef 
une fuite inévitable de la Guerre , & 
c'eft un de fes plus funeftes effets. Les 
revenus des particuliers diminuent : Le 
payement qui en eft retardé, oblige 
les riches même à retrancher de leurs 
confommations : les Manufaûures & le 
Commerce, qui ne confomment quen 
proportion de leur activité , font ralen- 
tis & fouvent arrêtés dans toutes leurs 
opérations : ainfi le Laboureur placé au 
centre des confonimateurs , tombe lui- 
même dans lindigence, ou par linuti- 
lité des récoltes abondantes, OU par 
linfuffifance des travaux auxquels fa 

auvreté le force à fe réduire. 

C'eft dans ces temps de perte & de 
langueur (1756) que É Etats ont fenti 
la néceflité preffante de-veiller fur PA- 
griculture , de la protéger , de l'encou- 
rager. Un efprit borné eût attendu des 
momens plus propices. Le un Corps 

iv 


8 AGRICULTURE, 


accoutumé à s'élever au-deflus des vues 
ordinaires, a faifi fans balancer l’inftanc 
de l’épuifement comme celui qui de-+ 
mandoit le plus d'attention & de fe- 
cours. Les Etats ont traité les claffes 
laborieufes de la Nation , comme 
ces malades languiffans , pour qui la 
confiance & le courage font les remé- 
des les plus falutaires , & FPon a vu 
naître l’'émulation dans des circonftan- 
ces où l’on avoit tout à craindre du dé 
couragement, 

C'étoit un devoir facré pour la So- 
ciere chargée de faire profpérer ces vues, 
que d'animer par des exemples ceux que 
la Province excitoit par fa vigilance & 

ar fes bienfaits. Les mauvaifes prati- 
ques d'Agriculture moins dangereufes 
que la nonchalance du cultivateur, & 
la nonchalance moins deftruétive que la 
pauvreté, ont d'abord préfenté, & pré 
fenteront fans doute pendant long: 
temps des obftacles difficiles à vaincre, 
On les regarderoit même comme in- 
vincibles , fi la cupidité, fentiment fi 
utile au Public, lorfqu’il fe renferme 
dans le cercle des chofes honnêtes, ne 
fubfiftoit pas dans les hommes ordinai+ 
res long-temps après que tous les autres 


AGRICULTURE. 9 


D 
Tont éteints. Mais l'exemple fubjuguera 
toujours en éclairant, lorfqu’il fera don- 
né avec amour, avec perfévérance. C’eft 
donc par des exemples que la Société a 
cherché à fortifier ceux à qui la Pro- 
vince-vouloit ouvrir les veux fur:leurs 
intérêts. 

La Société a regardé les Prairies ar- 
tificielles comme un agent eflentiel & 
même unique pour l'amélioration de 
notre Agriculture. Les fourages man- 
quent dans toute la Province. Le bé- 
tail y eft communément maigre, foi- 
ble, & le Laboureur eft hors d'état de 
former des élèves. A peine ces élèves 
ont-ils atteint l’âge où leur travail peut 
donner des profits , qu’il eft forcé de les 
vendre aux habitans des Provinces voi- 
fines. Plus induftrieux que nous, ils 
ont fu depuis long-temps fe procurer 
d'excellentes Prairies, de vaftes patura- 
ges. Ce feroit fe faire illufion , que de 
fuppofer dans le commerce du jeune 
bétail , la compenfation des pertes que 
ée commerce caufe à l'Agriculture. Il 
n'y a que la pauvreté qui force à ven- 
dre le néceffaire, L’aifance ne livre au 
Commerce que le fuperflu. C’eft cer- 
tainement le défaur de fourages qui 


PRAIRIES 
ARTIFI- 
CIELLES. 


10 AGRICULTURE. 


oblige les Laboureurs de Bretagne à 
vendre des élèves d’un an ou de dix- 
huit mois, qu'ils auroient tant d'inté- 
rêt à conferver. .Il eft donc très-impor- 
tant d'employer tous les moyens pofli- 
bles pour multiplier les Prairies. 

Cette efpèce d'amélioration eft la 
feule qui foit à la portée d'un peuple 
pauvre , parce ms n’exige d'abord 
que de modiques avances. C’eft le fe- 
cours que les Propriétaires peuvent ac- 
corder le plus aifément à leurs Fermiers, 
& qu'ils ont le plus d'intérêt à leur pro- 
curer, puifqu'il fert à développer le ger- 
me des autres produétions de la Terre. 
Des motifs de toute efpèce devoient 
donc engager la Société à donner par- 
ticulièrement des exemples fur les Prai- 
ries.artificielles. 

Le grand Trèfle des prés à fleurs rou- 
ges, eft la première plante à laquelle on 
fe foit attaché. Elle eft indigène ; ainfi 
on n'avoit point à craindre que le fol 
de la Province lui füt contraire, ou mê- 
me peu favorable. À peine avons-nous 
des Prairies naturelles où l’on n’en trou- 
ve. Elle croit d'elle-même dans les ave- 
nues, dans. les allées des jardins, & juf- 
que dans les grands chemins. Moins 


AGRICULTURE. 1Ï 


. . 

éetre plante étoit nouvelle pour les gens 
de la campagne, plus on avoit lieu de 
préfumer qu'ils la cultiveroient fans ré- 
pugnance. D'ailleurs fa graine eft à 
meilleur marché que celle de Luzerne. 
Les Laboureurs accourumés à voir du 
Trèfle fans culture , l'ont à peine re- 
connu lorfqu’ils en ont vu des Prairies 
entières. Des tiges longues, fortes, 
des feuilles larges, charnues , un fou- 
rage abondant & ferré, leur donnoient 
un fpeétacle nouveau & bien propre à 
exciter leurs défirs. 

Ce fpectacle à fait l’impreffion qu'on 
en devoit attendre, Les Laboureurs des 
environs de Rennes, éclairés par le- 
xemple de M. de la Chalotais, Procu- 
reur Général, & de M. le Préfident de 
Montluc , ont cherché à fe procurer de 
la graine d’une plante fi féconde. Plu- 
fieurs Affociés en ont donné gratuite- 
ment aux perfonnes qui avoient befoin 
de ce foulagement ; celles qui étoient 
plus à leur aife, ou pour parler plus 
exaétement, qui étoient moins. pau- 
vres, en ont acheté. Il s'eft établi à 
Rennes un Commerce de ces graines, 
& c'étoit un Commerce jufqu'alors in- 
commu, Le fieur Dunis en a vendu en- 


12 AGRICULTURE. 
viron 150 livres, depuis les Etats de 
1758. La Demoifelle Moreau , Mar- 
chande Grénetière , qui l’avoit préve- 
nu, en a vendu un peu plus de 700 
livres. Le fieur Rozaire 200 livres. La 
veuve Goujeon 400 liv. La même ému- 
lation s’eft fait fentir dans l’'Evêché de 
Nantes. M. de Montaudouin a diftribué 
900 liv. de graine de Trèfle, & il af- 
fure que plufieurs perfonnes en ont fait 
venir de Normandie , & même de Hol- 
lande. 

On n’emploie point dans cette énumé- 
ration les graines que différens particu- 
liers ont tirées directement, & qu’ils ont 
femées dans leurs terres , parce qu'ilétoit 
impoflible d'en avoir une note exaéte. 
Mais voilà une diftribution bien connue 
de 2350 liv. pefant de graine de T rèfle. Si 
l’on fuppofe qu’elles ont été difpenfées 
fur le pied de 8 livres par journal, on, 
voit que la Province fe trouve enrichie 
de 294 journaux d’exceillentes Prairies 
dans les feuls Evêchés de Rennes & de 
Nantes , fans compter celles de Luzer- 
ne & de Fromental, dont on parlera dans 
la fuite. Aïinfi en évaluant les fourages 
verts qu'elles ont produit fur le pied 
de cinq milliers de fourage fec, & en 


AGRICULTURE, 13 


les eftimant une piftole le millier, ces 
294 journaux donnent chaque année 
14700 liv. de valeurs nouvelles, qui n’e- 
xifteroient point fi cette culture ne s'é- 
toit pas introduite. 

On prendroit une fauffe idée de cette 
amélioration dans l'Agriculture, fi l’on 
imaginoit que les graines vendues ont 
été femées dans des terrains étendus , 
& par conféquent par un petit nombre 
de Propriétaires ou de Laboureurs. Plus 
de la moitié de ceux qui ont voulu fe 
procurer du Trèfle, en ont femé de très- 
petites quantités. D'autres n'ont femé 
que deux ou trois livres. Les Labou- 
reurs en achetoient rarement plus de 
quatre. On fait à quel point ils font ti- 
mides , & même défians fur les prati- 
ques qu'ils n'ont pas éprouvées eux- 
mêmes, & que leurs pères ne leur ont 
pas tranfmifes. D'ailleurs la pauvreté, en 
augmentant leur timidité , la juftifie. 
Des gens à qui l’étroit néceflaire man- 
que fouvent , qui #08 prennent 
fur leur fubfftance le prix de graines 
qu’ils n’ont pas l'habitude de manier, 
qui font d’avance le facrifice du terrain 
qu'occuperont ces graines, montrent 
plus de courage que des perfonnes aï- 


14 AGRICULTURE. 
fées, qui sèment des terrains de plu= 
fieurs journaux. 

Les Prairies de Trèfle qui ont été 
femées, & les petits effais qu'ont fait 
les gens de la campagne, produiront né- 
ceflairement deux bons effets ; l’un , de 
fournir de la graine à ceux qui cultivent 
cette plante; l’autre, de la rendre bien- 
tôt moins chère, ce qui contribuera 
beaucoup à multiplier ces Prairies. La 
Société en a déja une preuve remarqua- 
ble, 

La veuve Goujeon, cette femme mé- 
rite d’être nommée, eft fermière de la 
métairie de Blofne, à trois quarts de 
lieue de Rennes, fur le chemin de Nan- 
tes. Elle à commencé l'exploitation de 
cette ferme, fans s’écarter des prati- 
ques des Laboureurs ordinaires. Mais 
elle à fenti d'elle-même les changemens 
qu'elle devoit apporter aux méthodes 
du pays. Elle a fait & retourné diffé- 
rentes expériences, qui l’ont conduite 
du bien au mieux , parce qu’elle étoit 
guidée par ce bon efprit, qui feul peut 
apprendre à obferver & à deviner la na- 
ture. Le défaut de fuccès ne l’a jamais 
rebutée , lorfqu’elle en a pu faifir ou 
même entrevoir les caufes. Ses enfans, : 


AGRICULTURE. 1$ 


LU 
qui furent fes premiers contradiéteurs , 
recueillent avec elle aujourd’hui le fruit 
de fa perfévérance. Elle a non-feule- 
ment de bonnes récoltes dans les champs 
où les fermiers qui l'ont précédée, fa- 
voient à peine en obtenir de médiocres; 
mais elle a porté la fécondité dans des 
terrains autrefois incultes. Les frais & 
les foins des défrichemens ne l'ont pas 
effrayée. 

Son Agriculture ne pouvoit fe per- 
fe&tionner fans lui faire fentir la nécef- 
fité d’avoir beaucoup de bétail, & par 
conféquent beaucoup de Prairies. L'art 
des Prairies artificielles ne pouvoit tom- 
ber en meilleures mains. Elle n’a point 
commencé par des effais. Elle a débuté 
par couvrir de Trèfle des champs de 
quatre , cinq journaux. Aufli entretient- 
elle trente-fix pièces de gros bétail , 
qui par les engrais qu’elles donnent, 
augmentent la fomme de fes récoltes. 
Enfin elle eft en état de vendre de Îa 
graine. Elle en a retiré deux cent francs 
cette année ( 1760, ) récompenfe bien 
méritée de fon intelligence & de fon 
travail. Ne doit-on pas attendre que 
ceux qui ont femé les graines qu'elle 
Jeur a vendues, ou qu'ils ont achetées 


16 AGRICULTUR FE) 


ailleurs , fauront ménager celle que 
leurs Trèfles leur donneront , & en pro- 
fiter, d’abord en la femant, enfuite en 
vendant celle qu’ils ne pourront em- 
ployer ? | 

Pour accélérer des progrès fi défira- 
bles, M. de la Chalotais s’eft informé 
des moyens qu'on emploie en Norman- 
die pour dégager la graine de Trèfle 
de la capfule dans laquelle elle eft con- 
tenue, & comme attachée. C’eft fervir 
à la fois les grands & les petits Culti- 
vateurs , que de les publier. 

Manière On doit toujours réferver pour la 
de “BE graine le fourage de la feconde coupe. 
Trèfle des C’eft ordinairement au mois de Septem- 
caplules. Dre qu’elle peut être recueillie. Ceux 

qui attendent jufqu’au mois d'Oë&tobre 
ou jufqu'’à la T'ouffaint , ont plus de dif- 
ficulté à la détacher des capfules , à 
caufe des pluies ou de lhumidité de 
cette faifon. D'ailleurs la graine eft ra- 
rement aufli belle que celle qu'on re- 
cueille de meilleure heure. 

On juge que la graine eft en parfaite 
maturité, lorfque la capfule qui la con- 
tient, étant ffoiflée dans la main, laiffe 
échapper de la graine de couleur vio- 

| lette. Alors on fauche le TFrèfle. Dès 
qu'il 


AGRICULTURE: 17 
œu'il eft engrangé, on fépare avec le fléau 
les têtes de leur tige. C’eft ce quon ap= 
pelle en Normandie Æ/ouper. Cette {6- 
paration faite, on conferve les Aoupes, 
têtes, ou épis, dans des facs ou dans des 
endroits très-fecs, jufqu’au temps de la 
femence. Alors on les expofe au foleil. 
On les bat enfuite avec le Aéau fur une 
aire bien unie, d’une confiftance ferme 
& fans pouflière. Enfin on paffe la graine 
plufieurs fois par le van; & cette opéra 
tion, qui doit être faite avec exattitude, 
fe répète jufqu'à ce que la graine foit 
bien nette, bien purgée de tout corps 
étranger. 

La Société, qui n’envifage & qui ne 
doit envifager que le bien public, ne dif 
fimulera point qu’elle a pu induire quel- 
ques Cultivateurs en erreur, en leur indi- 
quant huit livres de graine de Trèfle coms 
me la quantité qu’on doit le plus ordi- 
nairement employer pour enfemencer un 
journal de Terre. Elle avoit preffenti (a) 
qu'on devoit l’augmenter felon la nature 
des terrains. En effet, les expériences en 
grand s'étant multipliées ,-on croit pou- 
voir affurer que huit livres’ de graine ne 


(a) Voyez le Corps d’obfervations de 1757 & 1758, PAZ: 
69 & Ju. 
| B 


18. AGRICULTURE. 

fufifent que dans les Terres légères, fraî« 
ches fans être humides, bien labourées, 
bien nétoyées. Par tout ailleurs, & fur- 
tout dans les Terres fortes & vifqueufes, 
on gagne beaucoup à femer quinze, dix- 
huit, & même vingt livres de graine. 
Les Cultivateurs d'Angleterre ont aufii 


éprouvé qu'il eft impoffible de donner à 


cet égard une règle abfolument géné- 


rale (a). 


(a) William Ellis, dans 


un Ouvrage trés-utile, qui 


a pourtitre, The practice of 
Farming and Hufbandry , 
€-c. avoue qu’on a quelque- 
fois de bonnes récoltes de 
Trèfle, en ne femant que 
cina ou fix livres de graine 
par acre de Terre. ( L’acre 
eft, à quelque chofe près, 
d’un huitième plus petit que 
notre journal ). Mais il dit 
u’il faut une très-bonne 
Terre , bien préparée, & 
une faifon très-favorable. Il 
confeille d'en femer dix à 
douze livres, quinze jours 
ou trois femaines après avoir 
femé le grain; parce que fi 
les pluies étoient fréquen- 
tes pendant l'Eté, le Trèfle 
poufleroit fi vigoureufe- 
sent, qu’il nuiroit à la ré- 
colte du grain. 
Voici les termes d’un au- 
tre Auteur Anglois trés-efti- 


mé. » Je foutiens que le Trè< 


» fle doit être femé dru. Les 
» tigesen feront moins grof. 
» fes, & par conféquent s’il 
» tomboit de la pluie après 
» qu’on l’a fauche, il féche- 
» roit promptement ; & s’il 
» n’en tomboit point, le foin 
» feroit fait quatre ou cinq 
» jours plutôt que lorfque le 
» Trefle eft clair femé. 

» Lorfque la Terre eft d’u- 
» ne qualité froide , les her- 
» bes ou le Trefle qui y croif- 
» fentfontaigres. Alors, fiau 
» lieu de douze ou quatorze 
» livres de graine de Trefle, 
» on en {ème vinot livres par 
» acre, le Trefle fera moins 
» groffier & d’un goût plus 
» doux. 

» Piufeurs Fermiers très- 
»inftruits recommandent 
» fortement de feimer toutes 
» Les graines de Prairies ar- 
ptificielles en plus grande 


« AGRICULTURE, 19 

Ce n'eft même pas affez d’obferver la 
hature des terrains ; on doit faire une dif- 
tinétion entre les graines. Celles qu’on 
sème dans l'Evêché de Rennes & dans ce- 
lui de Dol, font tirées de Normandie. 
Elles font inférieures à celles de Hollan- 
de, & c’eft par cette raifon qu’elles doi- 
vent être femées plus abondamment. Voi- 
ci quelques expériences qui n’ont pu être 
faites qu'en petit, parce qu'on n'a pas recu 
d’affez bonne heure les graines de Trèfle 
qu'on crut devoir tirer de Hollande mé- 
me. Si ces expériences ne fufhfent pas 
pour décider la queftion, elles condui- 
fent du moins à faire foupçonner qu’on 
doit régler la quantité de la femence fur 


fa qualité. | 


On a mefuré avec tout le fcrupule pof. 
fible, des volumes égaux de graines de 
Hollande & de graines de Normandie. 


» quantité qu’on ne pratique 
» ordinairement. Oëferva- 
» tions in Hufbandry by Ed- 
»ward lifle Efg. Lond. 
D17$7 «. 

M. Pattullo, dont les prin- 
cipes font fondés fur l’Aori- 
culture Angloife, dit dans 
la première Fdition de fon 
Ouvrage donnée en 1758, 
qu'il faut vingt livres de 


graine par arpent. L’Edition 
qui fut faite l’année fuivante 
porte, qu'il faut communé- 
ment quinze livres de graine 
par arpent; mais que fi la 
Terre étoit rrês-bonne , dix 
à douze livres pourroient fuf- 
fire. Voyez l'Effai fur l’amé- 
lioration des Terres, de 
l'une & de l’autre Edition 

PET MR 

Bi) 


r-— 


20 AGRICULTURE: 
La première pefoit beaucoup plusq ué 
l'autre. 

On Îles à mifes dans de l’eau, & on a 
rejetté tous les grains qui furnageoient. 
Elles ont été féchées & pefées enfuite. 
Il s’eft trouvé que celle de Normandie 
avoit perdu fenfiblement de fon pre- 
mier poids , & qu’à très-peu de chofe près 
celle de Hollande avoit confervé le fien. 

Il eft reconnu par les Cultivateurs, 
que les grains ou graines qui furnagent 
font prefque tous ftériles. Mais il y en a 
qui vont au fond, & qui par différentes 
caufes peuvent ne pas germer. Pour com- 
parer les graines de Hollande & de Nor- 
mandie par ce nouveau côté, on a comp- 
té un nombre égal de grains de chaque 
efpèce. Ils ont été femés le même jour, 
dans la même Terre, à la même expofi- 
tion, On les a couverts d’un filet pour les 
garantir des oifeaux. Ceux de Hollande 
ont prefque tous levé, & il en a manqué 
un douzième fur ceux de Normandie. 

La conféquence naturelle de ces épreu- 
ves, eft que huit livres de graine de Hol- 
lande doivent donner beaucoup plus de 
plantes, que huit livres de graine de Nor- 
mandie. Ainfi, dans l’ufage, la quantité 
qu'on sème paroit devoir varier felon la 


* AGRICULTURE: D? 


qualité. Cette obfervation peut fervir à 
expliquer la différence qui fe trouve en- 
tre les expériences qui ont été faites, 
pour déterminer la quantité de graine de 
Trèfle qu’on doit femer dans un journal 
de Terre. Les perfonnes à qui huit livres 
ont mieux réufli, avoient fans doute fe- 
mé, fans le favoir, de la graine de Hol- 
lande. A l'égard de ceux dont les Prairies 
ont été formées avec quinze, dix-huit & 
vingt livres par journal, on eft très-für 
qu'ils n’ont employé que des graines de 
Normandie ou de Bretagne. 

Cet éclairciflement étoit néceffaire 
pour la plupart des Cultivateurs. Il peut 
fervir à les diriger dans l'emploi de Îa 
femence dont ils feront ufage. Mais ce 
n’eft pas aflez pour le petit nombre de 
Cultivateurs qui obfervent dans le deffein 
de perfeétionner. Ils doivent s'attacher à 
découvrir la caufe de la différence mar- 
quée qui fe trouve entre les graines dont 
on vient de parler. La fupériorité de celles 
de Hollande tient peut-être à leur extrè- 
me maturité, à l’attention de faire la pre- 
mière coupe de très-bonne heure, afin 
d'empêcher la plante d’être épuifée par fa 
fleur & par fa graine. La fleur, & la graine 
lors même qu’elle n’eft qu’en lait, épuifene 

B ii] 


| 
| 
| 


43 AGRICULTURE. 


extrêmement les plantes. Avec ces atten- 
tions, la feconde coupe qui doit toujours 
être réfervée pour la graine, peut devenir 
plus vigoureufe, & donner des femences 
mieux nourries, plus pefantes, & en gé- 
néral mieux difpofées à la germination. 
Peut-être aufli la nature des Terres in- 
flue-t-elle beaucoup fur la perfection ou 


| la médiocrité de ces graines. 


Plus on peut foupconner de compli- 
cation dans les caufes d’où dépendent la 
perfeétion ou la médiocrité, plus il eft 
néceffaire que le nombre d'Obfervateurs 
fe multiplie. Les uns dirigent leur atten- 
tion vers des circonftances qui échappent 
à d’autres. Le concours d’obfervations eft 
donc le feul moyen de hâter la découverte 
du procédé qu'on doit fuivre pour re- 
cueillir d'excellente graine. Cette occu- 
pation ne doit pas être regardée comme 
minutieufe. Tout ce qui peut perfettion- 
ner nos Prairies & augmenter la fomme 
des fourages, eft digne des regards les 
plus attentifs. La graine de Hollande 
coûte plus cher que celle de Normandie. 
Nous avons donc un double objet à rem- 
plir : l’un, de recueillir des graines de la 
première qualité ; l’autre, d'en rappro- 
cher le prix des facultés du Laboureur le 


, AGRICULTURE. LE 
plus pauvre. D'ailleurs il importe alE- 
tat de repoufler les importations de tout 
ce que peut fournir la France, & fur- 
tout de priver l'Etranger du bénéfice qu’il 
trouve à nous vendre fes denrées, & à 
nous fournir les matières premières de 
notre Agriculture. 

La Société ne fe laffera point de ré= 
péter que le Trèfle eft de toutes les plan- 
tes la plus néceffaire aux Laboureurs. La 
plupart des Terres de la Province ont be- 
foin de repos, & ce repos dure quelque- 
fois plufieurs années de fuite. Le Fermier 
en paye le même prix au Propriétaire que 
dans les années où elles lui rapportent 
des grains. Il obtiendroit, en les .cou- 
vrant de Trèfle pendant le temps-qu'on 
les laiffe repofer, des fourages qui paye- 
roient, & au-delà, ce qui eft dû au Pro- 
priétaire. Ces Terres feroient mieux dif 
pofées au labourage à la fin de la troifiè. 
me année du Trèfñle ,.& le bétail s'étant 
multiplié mettroit en état d'y porter plus 
d'engrais. Par-là toutesles Terres feroient 
continuelëment en rapport, & donne- 
roient chaque année un revenu beaucoup 
plus grand ;-fur-rout dans les cerrains 
un peu frais. Il n’eft peur-être pas inutile 
d ajouter, en faveur de ceux as des 

iy 


5£ AGRICULTURE: 
Terres aflez fécondes pour être toujours 
chargées de grains, qu’ils devroient ef- 
fayer de les convertir de temps en temps 
en Prairies artificielles 5 » Car depuis 
+ qu'on eft plus habile. en Agriculture, 
» aucun fon Fernier en Angleterre ne 
> fait fur le même champ plus de trois 
» récoltes de grains confécutives (a) «. 
La Société a publié qu’on peut femer 
en même temps que le Trèfle, & dans le 
même terrain, de l’Avoine, de l’'Orge, 
du Blé noir, du Lin (4). Elle croit devoir 
ajouter des obfervations de détail à cette 


(a) Voyez lEffai fur l’a- 


mélioration des Terres, p. 


#4, Voyez le cotps d’ob- 
fervations, années 1757 & 
2758, pag. 66. note b, 
L'expérience de M. le Ba- 
ton de Pontual eût fuf pour 
autotifer la Société à con- 
feiller de femer du Trèfle & 
du Lin dans la même Terre. 


41 en avoit fait l'épreuve 


plufieurs fois, & toujours 
avec fuccès. D'ailleurs, la 
Société de Dublin recom- 
mande expreflément cette 
pratique. » Quand on à def 
»fcin de faire repofer fa 
» Terre, en peut femer du 
» Trèfle RATE jours après 
» le Lin. Ces herbages ne lui 
p font point nuifibles ; onre- 


» marque même qu'ils lui 
» font beaucoup de bien. Il 
» eft probable que c’eft en 
» confervant la rofée & la 
» pluie autourde fes racines, 
» & en garantiffant la Terre 
» de la chaleur du Soleil. 
» Mais quelle qu'en foit la 
» raifon ; une longue expé- 
» rience a démontré que ces 
» graines viennent très-bien 


» enfemble. Le Trèfle four. 


» nit une bonne récolte peu 
» de temps après la cueillette 
».du Lin. On fuit toujours 
» çette méthodeen Flandres 
» & en Hollande avec beau- 
»coup de fuccès. Je puis 
» donc la recommander avec 
» confiance à mes Compa- 
» triotes «. Ef]. de la Société 
de Dublin, pag. GG, 


EE 


“ AGRICULTURE. 2 


_ règle générale. M. Armez, Relteur de 
Saint-Gilles-le- Vicomte, près Painpol, 
a remarqué qu il n y avoit que les Terres 
fortes qui puflent produire à la fois de 
beau Lin & de beau Trèfle. Dans les 
Terres médiocres ou légères, le Trèfle 
prend trop de fubftance & nuit au Lin. 
Il ne réuflit avec le Blé noir, que lorfque 
ce grain eft femé clair, & que le terrain 
eft bien engraiflé. Il eft plus avantageux 
de l'affocier avec l'Orge. Ces obfervations 
s'accordent avec celles qui ont été faites 
dans l'Evêché de Rennes. 

C'eft principalement pour inviter les 
Laboureurs pauvres à fe procurer des 
Prairies fi fécondes, qu’on a indiqué le 
Lin, l'Avoine, l'Orge, le Blé noir, com- 
me des plantes qui ne nuifoient point au 
Trèfle. Ceux qui font en état de labou- 
rer un terrain uniquement pour le Trèfle, 
trouveront certainement du profit à le 
femer feul, puifqu’il dédommage dès la 
première année des frais de culture & du 
prix de la graine. Mais la Société n’igno- 
re pas que les gens riches ou aifés, font les 
feuls qui retirent de l'Agriculture tous les 
profits qu’elle peut donner. C’eft un mal 
inhérent à la pauvreté, que de ne pouvoir 
Être vaincue que par degrés & lentement, 


| 


26 AGRICULTURE. 


Dans prefque toutes les clafles de l'Etat; 
il faut être riche pour pouvoir devenir 
opulent en peu d'années. 

Au refte, de quelque façon qu’on sème 
le Trèfle, il eft effentiel de ne le placer 
que dans des lieux frais. Lorfque la Prai- 
rie artificielle eft formée, il faut être at- 
tentif à la faucher, dès que les premières 
fleurs paroïiffent, & même avant qu’elles 
foient colorées. C’eft le moyen d'obtenir 
une coupe de plus. Il en réfuite un incon- 
vénient pour les perfonnes qui en ont une 
très-grande quantité, en ce que le Trèfle 
entrant en fleurs tout à la fois, il eft im- 


poflible de le faire confommer dans l’ef- 


pace de quelques jours. Mais on peut af 
furer d'avance au Public, que cette difi- 
culté fera levée. Des Membres de ia So- 
ciété cherchent à déterminer le moment 
précis de la première coupe du Trèfle fur 
une étendue de terrain, & pour une quan- 


tité de bétail donnée. Ils efpèrent qu'ils 


pourront donner un plan économique fur 
eette partie, d'après lequel il ne fera pas 
difhcile de régler les coupes, de façon que 
le bétail ne manque jamais de fourage ;que 
{a quantité qu’on lui en donnera foit fuf- 
fante ; & que le T'rèfle foit toujours coupé 
avant que la fleur en foit trop avancée. 


* AGRICULTURE. 27 


La culture de la Luzerne a bien des Luzerxe. 
avantages fur celle du Trèfle. Elle pro- 
cure plus de fourage verd , cette plante 
fe fane plus aifément, ainfi on peut en 
faire de grandes provifions ; enfin elle 
peut durer douze, quinze & dix-huit ans, 
Mais il n'y a que les Propriétaires qui 
puiflent entreprendre aujourd'hui cette 
culture fur les terrains dont ils jouif- 
fent. Elle demande ou des préparations 
pour les Terres, ou une attention dans la 
première , & fouvent dans la feconde 
année , dont les Fermiers ordinaires ne fe 
rendront capables que par degrés. D'ail- 
leurs, quel eft le Fermier d’un bail, dont 
la durée ordinaire eft de trois, fix, ou 
neuf ans, qui voulût faire les frais d'une 
Prairie artificielle, qui peut en durer dix- 
huit ? Prendroit-il fur iui l’achat de la 
graine, qui eft plus chère que celle du 
Trèfle , les frais & les foins du farclage 
de la première année , fans autre efpé- 
rance que celle de retirer Le quart ou le 
tiers du fruit de fes avances & de fon 
travail ? I] pourroit , dira-t-on, profiter 
pendant trois ou quatre années de tout 
le produit de fes Luzernières , & les 
détruire deux ou trois ans avant la fin 


de fon bail, pour y fubftituer des grains, 


28 AGRICULTURE. 

Ilauroit pendant ce temps tout lebénéficé 
de la fupériorité du produit dela Luzerne 
fur le ‘Frèfle. Ce confeil eft fage ; mais 
un Fermier n’eft capable ni de fe le don- 
ner à lui-même, ni d'en profiter. Il ne 
verra que fa dépenfe & fon travail. Pour- 
roit-il fe réfoudre à détruire , après cinq 
ou fix années, une Luzernière qui feroit 
alors dans fa plus grande force ? Sa répu- 
gnance à porter le foc dans la plus riche 
de fes Prairies, feroit invincible, Elle ne 
ferviroit peut-être qu’à lui faire envifa- 
ger avec plus de dépit & de jaloufie les 
profits qu'il auroit préparés à fon fuc- 
ceffeur. 

Il femble donc qu’on ne doit fe flatter 
de voir les Laboureurs former des Lu- 
zernières , que lorfque PAgriculture fera 
aflez perfettionnée, & le bétail affez mul- 
tiplié, pour que l'intérêt d'avoir beau- 
coup de fourages l'emporte fur toute 
autre confidération dans Fefprit des Fer- 
miers. Un changement fi confidérable ne 
peut être produit que par l'exemple. C'eft 
aux Propriétaires de tout ordre à le don- 
ner. 

La plupart des T'erres cultivées de Bre: 
tagne , font celles du Royaume qui pro- 
duifent le plus de mauvaifes herbes: fuite 


y AGRICULTURE: 26 


néceffaire du défaut prefqu’univerfel d’en- 
grais. Les fumiers auxquels on ne donne 
jamais le temps de fe bien confommer, 
portent dans les champs une multitude 
incroyable de mauvaifes graines, dont les 
germes fe font confervés malgré la digef- 
tion des animaux. Ces germes fe déve- 
loppent avec d'autant plus d’abondance 
& de force, qu'ils fe trouvent placés dans 
l'engrais même. Voila le plus grand obfta- 
cle que puiffe rencontrer la Luzerne. Il 
fufhroit pour la faire périr en affez peu de 
temps. Il paroïît donc indifpenfable de la 
farcler fréquemment & exattement pen- 
dant la première année & même pendant 
la feconde, fi les herbes étoient encore 
abondantes. Après ce temps on a deux rai- 
fons pour fuppofer qu’elles fe détrui- 
roient ; l’une, que la Luzerne étant plus 
forte & croiffant plus promptement, con- 
tribueroit à les écouffer ; l’autre, qu'étant 
fauchée trois & quatre fois l'an, les mau- 
vaifes herbes n’auroient pas le temps de ré- 
pandre leurs graines, & ne pourroient 
réfifter à de fi fréquentes coupes. Cette 
méthode feroit certainement la meilleu- 
re, fon pouvoit regarder comme 7eil/eur 
en fait d'Agriculture , ce qui ne peut 
s'exécuter qu’en petit, 


| 
| 


Te AGRICULTURE, 


Cette théorie eft fort ancienne & ne 
paroit pas avoir trouvé de contradic- 
teurs (a). Cependant la Société ne croit 

as qu'on doive l’adopter. Elle en appelle 
à l'expérience de tous les Agriculteurs. 
Peut-on fe flatter, fans des frais énormes, 
fans une vigilance infatigable, de faire far- 
cler fréquemment & exactement plufeurs 
arpens de Luzerne pendant deux ans, ou 
même pendant une année? A peine oferoit- 
on fe le promettre dans un terrain d’un de- 
miarpent. Il faut d’ailleurs s’attendreàune 
extrême négligence de la part des Journa- 
liers. Ils font fans intérêt. Ne voit-on pas 
par-tout, que le Propriétaire ainfi que le 


(a) Opus eft denfitate femi- 
nis omnia OCCupari, interna- 
fcentefque herbas excludi... 
Si fit humidum folum, her- 
bofumve, vincitur & defci{- 
fit in pratum. Ided protinus 
altitudine unciali herbis om- 
nibus liberanda eft manu po- 
tius, quèm farculo. Phn. lib. 
I8.cap.r$. 

Poft paucos dies, cum 
fruéticare cæperit, ( Medica) 
omnes alias herbas runcato. 
Pallad. lib. $. rit. x. 

Curieufement conviendra 
ésherber la Luzernière, en ar- 
rachant toutes les malignes 
herbes & plantes qui y fe- 
ront fourées quand & les 


bonnes, & ce à toutes heures 
qu’elles paroïtront , de peur 
que par le temps devenues 
grofles, l’on n’en puifle pas 
après défengeancer le lieu, 
au détriment de la Luzerne, 
qui fe es & s’abâtardit par 
le voifinage d'autre herbage. 
Théâtre d'Agriculture d O- 
livier de Serres, liy. 4. ch. 4. 
pag. 24$. 

Il ne faut point du tout 
fouffrir d’autres herbes par- 
mi la Luzerne; c’eft pour- 
quoi on doit la farcier foi- 
gneufement de temps en 
temps. Maifon Pa tOM, I 
pag. 766, de l'Édirion de 
1755: | 


AGRICULTURE. 31 


Fermier, quoique foutenus par leur inté- 
rêt , ne peuvent ni tout faire, ni tout 
furveiller. La Société va expofer les prin- 
cipaux détails dont on doit être inftruit 
pour avoir de bonnes Luzernières. Elle 
n’afhrmera rien qui ne foit fondé fur l’ex- 
périence de M. Baudouin, Affocié du Bu- 
reau de Dol , qui cultive cette plante 
avec le plus grand fuccès depuis quinze 
ans. Quelques Membres de la Société qui 
ont imité fon exemple , s’en font très- 
bien trouvés, & celui qu’ils ont donné 
a l'avantage au-deffus des théories im- 
primées , de pouvoir être fuivi par les 
gens de la campagne. T ous les procédés 
compliqués , difpendieux , ou aflujettif- 
fans, ne conviennent qu'a des Amateurs. 
Rien n’eft trop fimple, ni à trop bon mar- 
ché, pour cette clafle d'hommes defti- 
nés à remplir prefque machinalement la 
fonétion importante de Pourvoyeurs de 
toutes les autres claffes. 

Les Terres médiocres fuffifent à la Lur- 
zerne , pourvu qu'elles ayent du fond. 
On doit être attentif à les bien nétoyer 
de racines & de mauvaifes herbes. En gé- 
néral les terrains argilleux & humides 
ne lui font pas favorables. On a cepen- 
dant quelques exemples de Luzernières 


32 AGRICULTURE. 

qui ont bien réuili dans des terrains où 
l'argile domine. Mais quelque bon que 
püt être celui qu'on auroit choiïfi, il eft 
néceflaire d'être averti que la Luzerne 
périt lorfque fes racines atteignent des 
veines de Terre inférieures, qui font 
abreuvées par des eaux flagnantes, 

Si le champ qu’on deftine à cette plan- 
te eft chargé de grains, on doit le labou- 
rer immédiatement après la récolte. Ii 
feroit très-avantageux de faire bécher le 
fond des raies des fillons, & de rejetter 
la Terre fur les fillons mêmes. On laiffe 
le terrain dans cet état pendant l'Hiver. 
A la mi-Février il faut répandre du fu- 
mier bien confommé fur le terrain, après 
quoi on le laboure pour la feconde fois, 
On ne devroit pas épargner la dépenfe 
de faire creufer les raies à la bèche, & 
de rejetter la Terre fur les fillons com- 
me au premier labour. Par ce moyen 
la Terre fe trouveroit plus profondé- 
ment & plus univerfellement ameublie. 
On feroit plus que dédommagé dans la 
fuite par la beauté & l'abondance des 
fourages. 

Lorfque les fortes gelées font pañlées, 
ce qui répond ordinairement à la fin de 
Mars, ou au commencement d'Avril > On 


TT * 
Là 


AGRICULTURE. 3% 
rofite d'un jour de beau temps pour la- 
Bases de nouveau, & pour femer la grai- 
ne. Après le labour , il faut brifer foi- 
sneufement les mottes, en forte quetoute 
{a furface foit bien ameublie. Si leterrain 
a une pente fufhfante pour l'écoulement 
des eaux, on peut en laifler la furface 
unie. S'il eft trop plat, on doit en le la- 
bourant le partager en planches de douze, 
quinze ou dix-huit pieds de largeur, & 
qui foient un peu bombées, afin qu'elles 
fe dégagent des eaux qui pourroient y 
féjourner. On ne peut trop répéter que 
l'humidité eft extrêmement contraire à 
la Luzerne. 

En Bretagne, où les Hivers font com: 
munément doux , on gagneroit peut-être 
à femer au mois d'Août. Dans ce cas, il 
faudroit tranfporter dans cette faifon le 
libour du mois d'Avril. 

Il faut au moins vingt livres de bonne 
graine pour enfemencer un Journal, Elle 
ne doit être enterrée qu’à un pouce de 
profondeur tout au plus, ce qui s’exé- 
cute très-bien dans des terrains peu éten- 
dus, en brifant les petites mottes avec 
an inftrument femblable à un rateau qui 
a'auroit point de dents, On peut ailleurs 
_ #efervird'une botte d'épines, ou de brouf. 


34 AGRICULTURE. 


failles., pour herfer tout le terrain. Quef- 
que moyen qu'on emploie , il faut être 
fort attentif à ne pas trop enfoncer la 
graine ; elle ne léveroit pas. On doit 
faire garder les champs de Luzerne juf- 
qu'à ce que la graine ait germé , parce 
que les oifeaux en font avides, & qu'ils 
en mangent une grande partie. 
Lorfqu’on sème de l'Orge ou de l'A- 
voine, avec la Luzerne , ce doit être en 
petite quantité ; non-feulement parce 
que ces grains font un obftacle à fon ac- 
croiflement , mais encore parce que fi 
l'Orge ou l’Avoine venoient à verfer, 
tous les pieds de Luzerne qui en feroient 
couverts périroient. On a l'expérience 
qu'en Bretagne elle réuflit très-bien lorf- 
qu'elle eft femée feule. On pourroit mê- 
me aflurer qu'elle réuflit mieux, pourvu 
que la graine ne foit pas épargnée ; les 
mauvaifes herbes trouvent alors moins de 
laces à occuper. On doit être attentif 
a ce que la Luzernière foit bien clofe, 
afin qu’en aucun temps le bétail ne puiffe 
y entrer. Sans cette précaution, on cour- 
roit rifque de perdre & fon bétail & fa. 
Luzernière. 
Ceux qui sèment au mois d'Avril, font 
deux coupes dès la première année. Dans 


à AGRICULTURE, 35 


les añnées fuivantes on en fait trois, 
quatre, & même jufqu'à cinq. On doit 
faucher la Luzerne dès qu’on commence 
à appercevoir les boutons des fleurs , à 
moins qu'on ne veuille en conferver la 
graine. Dans ce cas, on laifle mürir les 
plantes. Si le mois de Juin eft fec & 
chaud, on prend la graine de la feconde 
herbe. Si ce mois eft pluvieux, on fauche 
la Luzerne pour la feconde fois, & c’eft 


{ur la troifième herbe que la graine eft 


recueillies | | 

M. Baudouin , qui cultive cette plante 
depuis long-temps & avec tant de fuccès; 
fait mettre en javelles , à peu près com- 
me le Blé noir, la Luzerne dont il veut 
avoir la graine. Dès qu'elle eft sèche, on 
l'enlève & on la bat. Quoique cétre 
méthode foit plus expéditive que celle 
qui eft indiquée par les Auteurs d’Agri= 
culture, elle n’eft peut-être pas préférable, 
Les goulfles qui renferment la graine, 
s'ouvrent très-aifément lorfqu'elles font 
mûres & sèches. M. Baudouin s'expofe à 
en perdre beaucoup. Il femble donc qu’il 
feroit plus avantageux de fuivre l’ufage 
qui paroit le plus général. 
- Cerufage eft de laiffer parvenir la Luü- 
zerne à fa maturité, & de facrifer par con: 

Ci 


36 AGRICULTURE: 


féquent une récolte de fourage. Quand 
la graine eft bien müre , on coupe avec 
des faucilles bien tranchantes le haut des 
plantes où font les goufles, & dans cette 
opération on les fecoue le moins qu'il 
eft poffible. On les met dans des draps, 
& on les laiffe fécher à l'ombre quelque 
temps. Enfuite on les bat, & on nétoie 
la graine (24). On doit enlever de la Lu- 
zernière, le plutôt qu’il eft poffible, l'her- 
be qui a rapporté la graine, parce qu’elle 
empêcheroit les fouches de repouffer. 
Lorfqu'une Luzernière eft en bon rap- 
ort, c'eft-à-dire la troifième année & 
Le fuivantes, un journal produit plus de 
fourage en verd & en fec, que trois jour- 
naux d'excellentes Prairies ordinaires. 
M. Baudouin s'accorde avec tous les 
Auteurs, fur la néceflité de donner la 
Luzerne aux bœufs & aux chevaux avec 
économie , & de la mêler avec du Foin 
ou de la Paille, lorfqu’on ne les fait pas 
travailler, Cette nourriture leur devien- 
droit funefte, Mais comme ils diflipent 
beaucoup en travaillant , on peut leur 
en donner davantage. Ils s'entretiennent 


(a) Voyez le Traité dela tique, Edir. de 175$, tom 
culture des Terres, t0M. I. ZI, pag. 767. 
pag. 279. & la Maifon Ruf- 


AGRICULTURE. 37 
fains & vigoureux. On peut réduire les 
chevaux à la moitié, & même autiers de 
lAvoine qu’on leur donne ordinairement. 
Il y a des perfonnes qui ceffent même de 
leur en donner, & qui n'en tirent pas 
moins de fervice, 

La méthode qu'on vient d’expofer eft 
celle qui peut être fuivie le plus géné- 
ralement. Elle ne renferme rien qui écarte 
un Fermier intelligent de fes pratiques. 
Elle eft certainement préférable à toute 
autre. C'eft l'Agriculture des Fermiers 
qu il eft important de perfectionner, puif 
que c’eft à leur travail que la Nation 
entière doit fa fubfiftance. Cependant il 
eft à fouhaiter que des perfonnes plus 
attentives les invitent par leur exemple à 
s'élever à une méthode plus lucrative en- 
core. 

Quelques Membres de la Société, & 
en particulier M.le Préfident de Montluc, 
ont femé de la Luzerne & en plein & en 
rayons. Le produit des rayons eft plus 
confidérable, On trouve alors beaucoup 
de facilité à farcler , parce qu’il y a de 
grands intervalles entre chaque rangée de 
Luzerne, & qu’au lieu de farcleufes on fe 
fert d'inftrumens , comme d’une pelle, 
d'une bèche, & même d’une petite char< 

| Ciir 


33 AGRICULTURE. 


rue affez généralement connue fous le 
nom de Cultivateur. Cette pratique a de 
plus l'avantage d'entretenir la Terre 
meuble , au lieu qu’elle fe raffermit & fe 
refferre toujours de plus en plus lorfqu’un 
champ eft femé en plein. Mais l’affujet- 
tiffement qu'elle exige pourroit, quoique 
léger, importuner bien des Agriculteurs. 
On croit cependant devoir avertir que 
M. le Préfident de Montluc, qui a des 
Euzernières femées en plein , d’autres 
femées en rayons éloignés d'environ quin- 
ze pouces, & enfin d’autres dont les rayons 
font à deux pieds & demi de diftance l'un 
de l'autre, a obfervé que ces dernières 
donnent plus de fourage à chaque coupe 
fur une égale étendue de terrain. 
On prend, pour bécher, ou fi Fon veut 
our labourer les intervalles , le temps où 
a Luzerne vient d’être coupée. M. de 
Montluc s’eft convaincu par fon expé- 


rience, que cetravail eft infiniment moins 


confidérable dans la pratique, qu'ilne la- 
voit cru d'abord. Dir 

Au refte, la culture en rayons ne l’em- 
porte fur l’autre que pour la quantité. 
A lécard de la qualité, le fourage eft 
plus dur ; inconvénient qu’ont toutes les 
Liste dont la végétation eft fortifiée 


ne D og Le nn 


AGRICULTURE. 39- 


par une fibre circulation de l'air. La Eu- 
zerne femée en plein eft plus tendre, plus 
fucculente, & par conféquent plus agréa- 
ble au bétail. 

M. de la Chalotais fit femer au mois 
d'Avril 1759, de la graine qui lui avoit 
été envoyée fous le nom de Kay-ora/] ; 
il la mêla avec une petite quantité d'A- 
voine. Les riges de ce prétendu Ray-grafl 
étoient fi déliées, & enapparencefirares, 
qu'on avoit lieu de craindre qu'il ne réufsit 
pas bien en Bretagne. On le faucha lorf- 

ue l’Avoine fut en maturité. 

Dès le Printemps de cette année (1760) 
cette Plante a pouffé une multitude de 
tiges vigoureufes. On auroit pu les cou- 

er au commencement de Mai ; mais on 
préféra de les laiffer monter à toute la 
hauteur qu’elles pouvoient acquérir, afin 
de pouvoir juger de la force de cette 
Plante , & d'en déterminer lefpèce par 
Pinfpeétion , ou plutôt par l'examen de 
Fépi. Les tiges s’élevèrent jufqu’à cinq 
pieds & demi de hauteur, 

Lorfque les épis furent développés & 
mûrs , on reconnut aifément le Gramer 
avenaceum elatius , jub& longä fplen- 
dente de Ray. Son nom vulgaire le plus 
connu Eft Fromental, Pour A reconnoÏ- 

1V 


FRoMrxa 
TAL. 


40 AGRICULTURE. 

tre , ilne faut pas fe borner à l'examen 
de latige, des feuiiles , de Fépi. Il feroit 
très-diicile, & peut-être impoflible de le 
diftinguer du Grarzen nodofum,avenaceaæ 
panicula. Yci c'eft la racine qui décide. 
Celle du Fromental eft fibreufe ; celle 
du Gramen nodofum &c. eft chargée de 
nœuds de la sroffeur du doigt. 

Quelque différente que foit cette 
Plante, du Ray-graf] cultivé en Angle- 
terre , il n’eft pas fort étonnant qu’en 
France on lui en ait donné ie nom. Les 
Anglois n'ont pas été à l'abri de fembla- 
bles méprifes fur le Ray-graff même. On 
trouve abondamment chez eux parmi 
les Prairies de Ray-graf, un Gramen de 
très-mauvaife qualité (4). Edward Lifle 
dit (2), que les François sèment ce Gra- 
men fous le nom de Fromental, Cet Au- 
teur a évidemment confondu deux plan- 
tes qui n'ont de commun que le genre. 
Ef-il furprenant qu’en France, où l’oneft 
infiniment moins inftruit fur l’article des 
Prairies artificielles , on ait pris deux 
Plantes l’une pour l’autre, le Fromental 
pour le Ray-oraff ? Ces méprifes n'arri- 


(a) C’eft le Feftuca avena- .  (b) Obfervations in Huf. 
cea hirfuta, paniculis minus bandry, pag. 260. 
Jparfis. De Ray, Synop. 2714 


AGRICULTURE: at 


veroient cependant point , fi ceux qui 
écrivent fur l'Agriculture étoient atten- 
tifs à donner, outre les noms vulgaires, 
les phrafes botaniques qui carattérifent 
les Plantes dont ils parlent (a). 

La Plante qui a été cultivée d’abord 

par M. de la Chalotais, enfuite par quel- 

* ques autres Membres de la Société, & 
par plufieurs Amateurs d'Agriculture, eft 
exactement le Fromental. M. Miroudot 
de S. Ferjeux , Subdélégué à Vézoul , 
à qui la Société a l'obligation de con- 
noitre cette Plante, & de favoir la cul- 
tiver , la nomme toujours Ray-craf], 
ou Fromental. 

Cet Amateur envoya au mois de Dé- 
cembre 1758 quelqueslivres de la graine 
qu'il avoit recueillie dans fes Prairies ar- 
tificielles ; & pour faire juger par le 
regain , de la fécondité du Fromental, 1} 
en envoya une touffe avec fa motte. Elle 


même du Trifolium arvenfe 
humile fpicatum, five lago- 


(a) Loan Ja Société a 


exhorté à femer du Trefle, 


elle a eu foin de défigner le 
grand Trefle des Prés à fleurs 
rouges, Trifolium pratenfe 
purpureum , C. B. Si elle fe 
fût contentée d'indiquer fim- 
plement du Tréfle, on au- 
xoit pu femer du Trifolium 
pratenfe album ;, on peut-être 


pus. Cette Plante n’eût for 
mé qu’un médiocre pâtura- 
ge, & dont l’herbe n'eût pu 
être coupée à la faux. Il eft 
donc très-eflentiel d’indi- 
quer chaque Piante par fog 
caractère fpécifique. 


42 AGRICULTURE. 


avoit été levée le 8 Décembre ; l'herbe 
avoit neuf pouces de hauteur. Au mois 
d'Avril1759, il adreffa à la Société deux 
nouvelles touffes de Fromental avec leurs 
mottes. On coupa l’une & l’autre à trois 
pouces au-deffus de la terre , afin de ne 
imefurer précifément que ce qui fut tom- 
bé fous la faux dans la Prairie. L’herbe 
d'une des touffes avoit un peu plus de 
dix-neuf pouces. Celle de l'autre n’avoit 
qu'un pied, mais c'étoit la feconde herbe 
de l’année. La Prairie avoit été fauchée 
le 26 Mars précédent. La lettre de M. 
Miroudot étoit datée du 8 Avril ; ainfi 
il avoit dès-lors du fourage verd haut 
de près de vingt pouces, & de fecondes 
herbes qui dans l’efpace de treize à qua- 
torze Jours, avoient acquis un pied de 
hauteur. La Société ne connoïît aucune 
efpèce de fourages qui, le 26 Mars & 
le 8 Avril, foient à beaucoup près aufli 
avancés , pas même dans les Prairies ar. 
tiñicielles les mieux entretenues. 

Voici quelques expreflions de M. Mi- 
roudot, qu’il ne fera pas inutile de rap- 
porter, » Je ne connois rien de plus pro- 
» pre , ni de moins coûteux que le Kay< 
» graff (c'eft-à-dire que le Fromental) 
* pour multiplier les fourages, & con< 


AGRICUETURE. 43 


» féquemment les beftiaux. J'en fais fau- 
+ cher depuis le 26 Mars dernier tous 
>» les jours ce qu'il en faut pour nourrir 
» deux bœufs. Je mêle cette herbe avec 
» de la paille ; & quoique ces animaux 
> ie journellement à labourer, 
>» le conduéteur leur trouve plus de force 
» & de vigueur que s'ils étoient nourris 
>» avec du foin ordinaire. 

Comme les Membres de la Société qui 
ont femé du Fromental fe font confor- 
més aux inftruétions données par M. 
Miroudot, on croit devoir les rapporter 
ici en faveur des perfonnes qui voudront 
en cultiver. 

Tout terrain eft propre à cette Plante. 
Les Terres argilleufes ou fablonneufes, 
celles qui font sèches ou humides, celles 
même qui font fi pierreufes qué le Sain- 
foin n'y réufroit pas , produifent d’ex- 
cellentes récoltes. Elle croit un peu plus 
. abondamment dans les bonnes Terres, 
mais la différence n’eft pas fort confidé- 
rable, 

Un feul labour & un peu d'engrais 
fuffifent avant la femence. Après le la- 
bour , on doit unir le terrain, afin de fa- 
ciliter la fauche, On n’a befoin dans la 
fuite ni d'engrais ni de farcleufes. La feule 


4% AGRICULTURE. 


attention qu’on recommande , c’eft de 
faire femer avec le Fromental trois ou 
quatre livres de graine, foit de Luzerne, 
foit de Trèfle , ou environ cent livres 
pefant d'Avoine. Le Fromental qui eft 
foible & clair-femé la première année, 
a befoin de ce fecours pour taler & fe for- 
tifier. Il faut un quintal de graine pour 
enfemencer un Journal de Bretagne. C’eft 
au Printemps qu’elle doit être femée. 

ependant M. Miroudot en a femé avec 
fuccès au mois de Juillet, d'Août & de 
Septembre. 

Le Fromental foutient trois coupes 
par an. Il doit être fauché dès qu'il eft 
parvenu à la hauteur du Foin des bon- 
nes Prairies naturelles, & le produit 
en eft prefqu’incroyable. On en jugera 
par un fait que rapporte M. Miroudot. Il 
fit couper le 1° Mai 1758 une étendue 
{crupuleufement mefurée, d’un terrain 
qu’il avoit fait femer le 11 Avril 1756. 
L'’herbe fut pefée par un temps fort fec. 
Enréduifant la mefure ufitée en Franche- 
Comté, au journal de Bretagne, on trou- 
ve qu’un journal eût porté un peu plus de 
trente milliers de fourage verd. Ce fou- 
rage en féchant perdit près des quatre 
cinquièmes de fon poids. Le 30 Juin & 


. AGRICULTURE. - 45, 
le 31 Août fuivans, la même Prairie 
donna à chaque coupe une égale quantité 
de fourage que le 1° Mai ; en forte qu’on 
retira fur l'étendue d'un journal près 
de vingt milliers de Foin fec. 

On eft bien éloigné de taxer d'exagé- 
ration des faits obfervés avec tant de 
foin. Mais on croit pouvoir foupçonner . 
que le terrain des environs de Vézoul 
a des propriétés pour le Fromental , que 
la nature peut n'avoir pas accordées in- 
diftinétement à tous les autres terrains. 
L'effai que fit M. de la Chalotais en 
1759, ne permet pasencore d'apprécier le 
produit de ces Prairies en Bretagne. Mais 
on ne tardera pas à en juger. On a femé 
cette année 900 livres de graine qu’on 
a tirée de Turin. M. de la Chalotais en 
a femé 300 livres qui couvrent trois jour- 
naux. M. de Montluc, M. de Sécillon , 
M. de Langle, ont aufli donné l'exemple 
en grand de cette culture dans leurs 
Terres , & on ne doute pas qu’il ne foit 
fuivi. 

Les Plantes, comme l’annonce M. Mi. 
roudot, & comme on l’a éprouvéen 1759, 
font déliées, excepté cependant celles de 
M. de Sécillon. Son Fromental a réuñli 
au-delà de fes efpérances ; fuccès d'au 


46 AGRICULTURE, 

tant plus heureux, que le canton de Guer: 
rande , où eft fa Terre , manque abfolu- 
ment de fourage , & qu’il eft beaucoup 
plus difficile d'y en faire venir que par- 
tout ailleurs. Mais quand même le Fro- 
mental ne s’y feroit pas trouvé fupérieur 
dès la première année à celui qui a été 
femé aux environs de Rennes, ce n’eût 
pas été un fujet de découragement. L’ex- 
périence a appris qu'en fe fortifiant il 
donne des Prairies de la plus grande fé- 
condité. Quand elles ne produiroient que 
la moitié de celles de Vézoul , un journal 
de Fromental vaudroit cinq journaux de 
Prairies ordinaires. L'achat de la graine 
eft une dépenfe inévitable , mais qu’on 
n’eft jamais dans le cas de répéter, parce 
que dès la feconde année un Journal 
fournit de quoi en femer dix. Cette ef. 
pèce de Prairie artificielle feroit d'autant 
plus précieufe, que les Laboureurs les 


moins intelligens pourroient en établir; 


& c’eft particulièrement aux Laboureurs 
que le bien de l'Etat demande qu'on pro- 
cure un grand nombre de Prairies. 

La Société a cru rendre un fervice aux 
Agriculteurs, en faifant connoître le Fro- 
mental fous le nom & la phrafe qui 
lui font propres. La confufion dans les 


AGRICULTURE. 47 


noms (a) n'en occafionne que trop fou- 
vent dans les chofes. Les mêmes motifs 
la déterminent à difliper quelques nua- 
ges qui pourroient faire méconnoitre 
une Plante qu'il paroît que les Agricul- 
teurs défirent deflayer en France , le 
Ray-graj]. 

Cette efpèce de Gramen n’a pas à 
beaucoup près une égale réputation dans 
tous les Comtés d'Angleterre. Quelques 
Auteurs Anglois le recommandent com- 
me une Plante excellente. Tels font Ray, 
Morifon, Hale (3). D’autres paroiïffent 


en faire affez peu de cas. William Ellis 


(a) Elle a été portéefi loin, 
que le mot Fromental ne fe 
Lit pas une feule fois dans 
une Brochure imprimée à 
Nancy cette année ( 1760), 
& qui n’a pour objet que les 
Prairies formées de Fromen- 
tal. Elle eft intitulée, Mé- 
more fur le Ray -Graff, ou 


faux Seigle. 


(b) Gramen loliaceum an- 
gufhore folio & fpica. C. B... 
Ad vias & {emitas inque paf- 
cuis pinguioribus frequen- 
tiffimum eft hoc genus. Lo- 
cis, nonnuilis jumentorum 
pabulo feritur , eft enim pin- 

ue & ponderofum adeoque 
jumentis faginandis apriffi- 


mum. Ray , Hiff. Plant. tom: 
2. pag. 1263. 

Ad vias & femitas grami- 
nofas, in pafcuis, etiam in- 
ter alia genera frequenter 
occurrit. Semina colleéta & 
in terra rigente, pafcuifque 
humidioribus & ob fegetum 
inopiam & intermiffum, ad 
cefpitem gramineum conci- 
liandum, feminantur. Gra- 
men ipfum nomine Ray- 
graff rufticis notum, in o- 
vium aliorumque anima- 
lium pabulum infgnis eft 
ufus. Morifon, Plant. Hiff. 
Oxonienfis , pars 3.p.182. 

Hale compleat Body of 
Hufbancry ; Liv. 7. ch.25. 


Rav= 
GRASS. 


438 AGRICULTURE: 
& M. Pattullo font de ce nombre (2): 
Voilà une diverfité d'opinions bien mar- 
quée. Ne peut-on pas foupconner qu’elle 
eft caufée par la diverfité d'objet ? 
L'rompée par latraduétion du nom Ray- 
graff, par celui de Faux-feigle (B), la 
Société a cru d’abord que cette Plante 
pouvoit être le Gramen fecalinum ma- 
ximurr & minus de Bradley. M. Pat- 
tullo écartoit cette conjeéture, en di- 
fant que le nom Latin du Ray-graff étoit 
Loliurm. Mais la multitude des Plantes 
loliacées empêchoit de profiter de cette 
indication. De nouvelles recherches en 
diffipant ces ténèbres, en ont fait décou- 
yrir la caufe. 

Il y a des perfonnes en Angleterre qui 
écrivent Raye-graf], d'autres Rey-oraf]. 
On a prononcé ce mot en Anglois com- 
me s'il y avoit eu Rye, & fuivant cette 
prononciation quelques-uns ont écrit 
Rye-graf]. Or ce dernier mot eft le nom 
Anglois d’un Gramen de l’efpèce la plus 
mauvaife & la plus inutile. Il croît le 
long des chemins ; fon. épi eft barbu 


(a) William Ellis The  mélioration des Terres ; pag. 
Praétice of Farming in Huf- 59. 
bandry , pag. 229. (b) Voyez les Elémens du 
M. Pattullo. Effai fur l'a Commerce ; tom. 1. p. 229. 
comme 


AGRICULTURE. 43 


tomme celui de l'Orge. Ceux qui orto- 
graphient Àye-graf], {emblent donc con- 
feiller de cultiver cette mauvaife Plante. 
_ M. Hale, qui donne cet éclairciffe- 
ment (2) utile, fe contente, pour défi- 
gner le Ray-grafi proprement dit , de 
faire obferver que fon nom en Latin eft 
Lolium. L'eftampe qu’il a fait graver 
écarte tous les doutes fur le genre de 
cette Plante ; c'eften effetun Lolum(b). 
Il ajoute qu'on en diftingue deux efpèces; 
l'une qui a les nœuds rouges, l’autre qui 
a les nœuds blancs. Nouvelle-fource de 
méprifes qu'il étoit aifé de prévenir, en 
donnant les phrafes propres de ces deux 
efpèces. Mais c'étoit beaucoup pour la 
Société , que d'être avertie qu’on écri- 
voit quelquefois en Angleterre , Rye- 
gra] (c), parce que la traduétion lit- 
térale de ces deux mots eft Seig/e-herbe. 
Voila certainement ce qui a donné lieu 


(a) Voyez À compleat Bo- Voyez The Praëtice of Far< 


dy of Hufbandry, &c. Liv. 7. 
ch. 25. | 

(b) Voyez la planche qui 
a pour titre : Pulfes and ar- 
tificial graffes , qui fe trouve 
dans l’'Ouvrage cité, pag. 


#52: 1" 70 
_ (c) William Ellis ortogra- 
phic toujours, Rye-graf]. 


ming and Hujbandr} , impris 
m< à Dublin, pag. 228. 
On à füuivi la même-ofto- 
graphe dans le The modern 
Hufbandry ; or the Prattice 
of Farming , du même Au- 
teur , imprimé à Londres en 
1757. Voyez la pag, 284. du 


TOM 8e 
D 


so AGRICULTURE, 

à traduire Ray-oraf], par faux-Seigle: 
Il ne reftoit donc plus qu'a démêler dans 
la multitude des Loliurm, les deux efpè- 
ces qu'on devoit cultiver, fuppofé mé- 
me qu'il y ait deux efpèces, & que la 
différence entre les nœuds rouges & les 
nœuds blancs ne foit pas une fimple 
variété de la même Plante. (4) 

On ne peut douter aujourd'hui que 
le Ray-graff ne foit le Grarmen lolia- 
Ceuim anguftiore folio & fpicé. C. B. P. 
Morifon, célèbre Botanifte Anglois, dit 
expreflément (2), que ce Gramen eft 
connu des Fermiers fous le nom de Ray- 
graf], & qu'il eft d'un ufage admirable 
pour la nourriture des moutons & des 
autres animaux. Voila le Ray-graff exac- 
tement connu. L'expérience apprendra 
s’il fournit des Prairies aufli fupérieures 
ouaufli médiocres que le prétendent les 
Auteurs Anglois. 

_ M. Thébault, Affocié du Bureau de 
Rennes , a recueilli une certaine quan- 
tité de graine de ce Gramen ; il compte 


(a) On ne prétend pas qui fignifie que le Ray-graff 
donner trop de poidsaä cette a nœuds rouges réfifte plus 
conjeéture , parce que M. aïfément aux’ intempéries 
Hale dit pofitivement : Le des faifons. | 
blanc eff le plus grand , & le (b) Mor. Plan. Hif, 
rouge efi le moins délicar, Ce Oxon. pars 2. pag. 182. 


AGRICULTURE. $1 


en faire l'efai. La difcuflion dans laquelle 
on vient de s'engager, met les Agricul- 
teurs à portée de prévenir les obferva- 
tions que la Société pourra faire fur 
cette efpèce de fourage. Il eft aïfé de 
recueillir par-tout de la sraine de vrai 
Ray-eraff, & la culture en eft facile. M. 
Hale prétend qu'il saccommode de toute 
efpèce de fol ; qu’il croit dans les plus 
mauvaifes Terres; qu'on en tire même un 
produit avantageux dans celles qui font 
froides, mouillées , aigres. Il fe sème aw 
Printemps ou au moïs d'Oftobre, Deux 
boiffleaux de graine par acre fufifent (a)i 
On peut le femer feul ; mais il réuffie 
mieux lorfqu’il eft mêlé avec uün quart 


de graine de Trèfle (4). 


(a) Le boiffeau eft plus ou 
moins grand en Angleterre, 
comme par tout ailleurs. Ce- 
pendant on entend commu- 
nément par boifleau une me- 
fure qui contient cinquante- 
trois ou cinquante- quatre 
livres de Froment, poids de 
marc. 

(b) Depuis que cet Ou- 
vrage a été préfenté aux E- 
tats, M. Genet, Affocié li- 
bre , eft allé en Anoleterre. 

£a Le, 
La Société a profité de cette 
occafion pour s’affurer du ca- 
\ . 
taciere propre des diféren- 


tes plantes qui pouvoient 
avoir reçu le nom de Ray- 
graff. M. Genet lui a envoyé 
les phrafes des quatre efpe, 
ces fuivantes. 

Talil meadon Rie-sraff. 
Gramen fecalinum. Ger. 
Emac. 

Red Darnel-graff, or Rey- 
graff. Gramen FU an- 


gufliore folio & fpicé. C. 
B. P 


Wild Rie, or Rie-graff. 
Gramen fecalinum & fecale 


fylveftre. Ger. Fmac. 


Great- wood Rie -srsff 
Di 


Nouvet- 
LES PRAI- 
RIES ARTI- 
FICIELLES. 


$2 AGRICULTURE. 


Si l'on avoit une grande quañtité de 
fourage, toutes les parties de l’Agricul- 
ture profpéreroient avec rapidité. C’eft 
fur ce principe que la Société Place les 
Prairies artificielles à la tête des en- 
treprifes à former en faveur de l'Apgri- 
culture. Ces Prairies font fans comparai- 
fon plus fécondes que les autres ; on doit 
donc faire tous fes efforts pour les aug- 
menter. Les Plantes vivaces les plus con- 
nues par l'excès du produit qu'elles don- 
nent forfqu'on les cultive feules & fans 
mélange , font le Trèfle , la Luzerne, 
le Sainfoin, le Ray-graff, le Fromental. 
C'eft en les féparant des autres Plantes 
qu'on s’eft apperçu qu’elles perdoient à 
être confondues. Mais cette obfervation 
ne paroît pas avoir été appliquée à un 
aflez grand nombre de Plantes. 


Gramen fecalinum majus fyl- Société fût embarraffée pour 


vaticum. Hift. Oxon. 

Il eft bien remarquable 
que dans ces différentes 
phrafes, le mot Ray-graff 
ne foit pas ortographié une 
feule fois comme l'écrit Mo- 
rifon, & comme M. Hale af 
fure aw’il doit l'être. La di- 
verfité des plantes qui por- 
tent à peu près le même nom 
en Anglois, fait voir com- 
bien ü étoit naturel que la 


déterminer précifément ce 

ue c’étoit que le Ray-graff, 
me la culture étoit fi re- 
commandée par les Agricul- 
teurs d'Angleterre, & par . 

uelques Auteurs François. 
On croit être für que la 
vraie phrafe du Ray-graff, 
que les Anglois vantent dans 
leurs Ouvrages, eft, Gra- 
men loliaceum , angufhicre 


folio & Jpicé. 


* AGRICULTURE. s3 


Lorfque le Trèfle qui croit dans nos 
Prés eft comparé au T'rèfle d’une Prairie 
artificielle, on feroit tenté de croire que 
le premier eft venu dans la Terre la plus 
ingrate, & que le fecond a été cultivé 
dans un Jardin. La différence eft plus 
frappante encore à l'égard de la Luzerne. 
Celle qui partage les fucs de la Terre 
avec d'autres herbes, eft courte, maigre , 
languifflante. On n'oferoit s'attendre à 
la voir aufli vigoureufe , aufli fournie 
qu'elle le devient dans les terrains qui 
ne travaillent que pour elle. 

Ces faits connus de tous les Agricul- 
teurs, doivent faire foupçonner que fi 
l'on recueilloit féparément les graines 
des bonnes Plantes, chacune en particu- 
lier pourroit donner plus de fourage. Le 
Trèfle naturel n’eft coupé qu’une fois, 
parce qu'il fleurit & que fa graine muürit 
dans les Prairies avant la fenaifon ; au 
lieu qu’on Le coupe trois & même quatre 
fois dans une Prairie artificielle. Peut-être 
y at-il beaucoup de Plantes à quiil ne 
manque que d'être féparées & coupées 
avant la maturité de leurs graines, pour 
foutenir deux & trois coupes chaque an- 
née. Ces végétaux , dont la vigueurn’a 
pas encore été éprouvée , ne pourroient 

D'ii] 


$s4 ÆGRICULTURE. 


qu'augmenter en fubftance & en hauteur 
dans des ‘Terres qu'on auroit ameublies 
pour la culture des grains avant de les 
convertir en Prairies, Le fuccès de cette 
épreuve, fe bornät-il à cinq ou fix plantes, 
ce feroit gagner beaucoup, que de rendre 
par-là nos fourages plus abondans & meil- 
leurs. On multiplieroit en même temps 
les moyens de tirer parti de la diverfité 


des terrains, puifqu'on pourroitchoïifir fur 
un plus grand nombre de végétaux, ceux 


qui peuvent le mieux s’aflortir a la na- 
ture & à l’expofition de ces terrains. Les 
Agriculteurs connoifflent la fupériorité 
des Prairies artificielles fur les autres. 
C’eft avec regret qu’ils ont obfervé l'inu- 
tilité de les porter dans quelques efpèces 


de Terre : il faut donc chercher, pour cha- 


que fol en particulier, la Plante qui doit 
y réuflir. La nature révèle prefque tou- 


jours fon fecret, lorfqu’elle eft interrogée 


perfévéramment & avec intelligence. 
M. le Marquis de Langle, & plus parti- 
culièrement M. de Livoys, l’un & l’autre 
Affociés du Bureau de Rennes, ont faifi 
cet objet avec l'intérêt qu'il demande. Ils 
ont fuivi, quoique féparément, un plan 
commun, dont on va donner le réfultat. 
Leur premier foin a été de s'aflurer 


| 
k 
| 


AGRICULTURE. s$ 


exatteniènt du nombre & de la qualité 
des Plantes qui croiffent dans les Praï- 
ries des environs de Rennes. Après ce 
dénombrement, ils ont partagé ces Prai- 
ries en trois clafles ; les Prairies hautes, 
les Prairies baffes , & les moyennes. Ils 
ont trouvé dans les unes des Plantes qui 
ne fe trouvent jamais , ou prefque jamais 
dans les autres. Ainfi la nature nous 
avertit que pour avoir de fécondes Prai- 
ries , il feroit effentiel de placer les Plan- 
tes dans la poñition qu’elle leur rend 
favorable , ou plutôt néceflaire. Ils ont 
auffi mefuré la hauteur de celles qui croif- 
fent dans les trois claffes de Prairies, 
& ils en ont trouvé qui étoient perfé- 
véramment plus hautes dans une de ces 
claffes que dans les autres. Nouveau té- 
moignage fourni par la nature, que cha- 
que Plante doit être mife à fa vraie place, 
& qu’on perd fur le volume, & peut-être 
fur la qualité des fourages, en laiffant 
fubffter ce mélange fortuit de végétaux 
qui compofent nos Prés ordinaires. 

” On verra par le tableau qu'a dreffé 
M. de Livoys, que de quarante-deux 
efpèces de Plantes qui forment les Prai- 
ries des environs de Rennes, il y en a 
peu qui parviennent à trois pieds de 


Div 


v6 AGRICULTURE: 


hauteur ; qu'on n'en compte que dix- 
fept qui fournifflent une bonne nourri- 
ture au bétail ; qu’il y en a vingt-cinq 
qui font ou inutiles, ou dangereufes. 
Si chaque efpèce croifloit en nombre 
égal, il s'enfuivroit qu’on perd trois cin- 
quièmes de fourage à ne pas cultiver 
dans chaque clafle de Prairies les feules 
Plantes utiles, & en particulier celles 
qui conviennent à leur pofition. Comme 
la proportion que Îe hazard à mis entre 
ces différentes Plantes ne peut être dé- 
terminée, l'évaluation de la perte devient 
impofñlible ; mais il paroît évident qu'elle 
ne va pas aux trois cinquièmes. Cepen- 
dant elle eft très-réelle & très-confidéra- 
ble. Les mauvaifes Plantes dérobent la 
nourriture des bonnes; elles empêchent 
celles-ci & de taler & de parvenir à toute 
l2 hauteur qu’elles pourroient atteindre, 
En un mot, le terrain qu’elles occupent 
eft perdu pour le Propriétaire. 

On croit devoir ajouter un fait dont 
la vérification eft aifée à tout le monde. 
Les animaux qui mangent au ratelier, 
& qui attirent avec le bon Foin un feul 
brin d’une Plante dont le goût leur dé- 
plait, abandonnent Île Foin avec la mau- 
vaife Plante, en forte qu’il ne fert que 


« AGRICULTURE. $7 


de litière. Cetce perte va beaucoup plus 
loin qu’on ne penfe. 

Pour prévenir ces pertes, il n'eft pas 
indifférent de femer les bonnes Plantes à 
toutes fortes d’expolitions. Les végétaux 
qui demandent des lieux frais, languiffent 
dans les Prairies hautes, à moins que les 
années ne foienttrès-pluvieufes, ce qui eft 
affez rare. Ceux qui demandent des lieux 
fecs , feront toujours foibles dans des 
Prairies bafles, malgré la féchereffe de 
certaines années. Le feul moyen de re- 
tirer des fourages abondans de toutes les 
Prairies à la fois pendant les années de 
température moyenne , c’eft d'affortir la 
nature des Plantes à la qualité des terrains. 
Les Cultivateurs inftruits placent tou- 
jours le Sainfoin dans un fol fec, & 
le grand Trèfie dans des lieux un peu 
humides. Il n'y a peut-être pas une feule 
Plante dans nos Prairies qui ne demandait 
la même attention. 

On peutconjetturer que le Public trou- 
veroit un autre avantage à former des Prai- 
ries artificielles de chacune des Plantes 
qui fe diftinguent dans les Prairies par 
leur vigueur. T'ant quele Trèfle s’eft trou- 
vé mêlé avec les autres végétaux, on 
n'a pas foupconné qu'il pôc influer fur 


s5 AGRICULTURE. 

Ja qualité du beurre. Désqu'onena formé 
des Prairies artificielles , on a remarqué 
que les vaches qui n'avoient pas d'autre 


e e A pes © r 
nourriture donnoient , à la vérité, beau- 


coup de lait, mais que le beurre écoit 
affez ordinairement inférieur à celui des 
vaches nourries de fouragcs communs. 
Peut-être y a-t-il dans nos Prairies plu- 
fieurs Plantes qui ont le même défaut, 
& qui formant une partie confidérable 
de nos fourages , empêchent les beurres 
d'être aufli parfaits qu'ils pourroient l'é- 
tre. Si on s’en étoit affuré par des expé- 
riences, il faudroit fuppofer dans d'au- 
tres Plantes la propriété de donner au 
beurre un dégré de fineffe & de perfec- 
tion que nous ne lui connoiffons point. 
Ces Plantes compenferoient par la fupé- 
riorité de leurs fucs, le mauvais effet de 
celles qui auroient les qualités du T'rèfle. 
On peut penfer aufhi que l'excellence du 
beurre dépend de la réunion de fucs qui, 
ris féparément , contribueroient peut- 
être à l'altérer. Mais l'utilité de cette réu- 
nion n’eftqu'une conjeéture;ainfi l'intérêt 
ublic demande qu’on cherche la vérité 
dans des faits bien obfervés. Il eft évident 
qu’elle ne fera jamais connue , tandis que 
nos fourages ne feront qu’un mélange de 


SE ——— r. 


* AGRICULTURE, s9 


Plantes dont les propriétés n'auront pas 

été examinées féparément. 
Pourtravailleracette vérification, ona 
recueilli une certaine quantité de graine 
des Plantes qui ont une hauteur marquée 
& conftante dans chaque claffe de Prairies. 
Elles feront femées dans des terrains ordi- 
naires , placés comme ce que l’on nomme 
Prairies hautes, moyennes & baffes. Cha- 
cun de ces terrains fera divifé en autant 
de parties qu’on a recueilli d’efpèces de 
graines. Par ce moyen onreconnoitra, 1°. 
{1 chaque efpèce févarée réuflit mieux 
que Fire étoit mêlée avec toutes 
les autres ; 2°. fi elles confervent entr’el- 
les la même proportion de hauteur que 
dans les Prairies naturelles. Le réfultat 
de ces expériences fera d’afligner à peu 
de chofe près le bénéfice qu’on trouve- 
roit, 1°. à ne femer qu'une feule Plante 
dans chaque terrain; 2°. à ne placer dansun 
terrain quelconque que la Plante qui lui 
convient. D'ailleurs, pourquoi ne pas ef 
pérer qu'il s’en rencontrera qui foutien- 
dront deux & trois coupes par an, en pré- 
venant le temps de la graine , & même ce- 
lui de la fleuraifon ? L'exemple du Trè- 
fle, qui ne fe coupe qu'une fois lorfqu’il 
eft confondu avec d'autres Plantes, & 
ASSET 


6o AGRICULTURE. 


qui fe coupe trois fois lorfqu'’il eft feul ; 
doit foitifier ces efpérances. 

Ce réfultat ne fera concluant que pour 
la partie de l'Evêché de Rennes, où les 
obfervations ont été faites, & où les grai- 
nes feront femées. Ce n’eft qu'en multi- 
pliant les mêmes obfervations, les mêmes 
expériences dans différens cantons de la 
Province, qu'on peut obtenir un réfultat 
général. La Société ne doute pas que des 
Citoyens pénétrés comme elle, du zèle 
qu'infpire l'amour du bien public, ne 
fuivent la même route que M. de Langle 
& M. de Livoys. On dit la même route, 
parce qu'à préfent on n’en voit pas de 
meilleure. Les perfonnes qui croiront 
devoir en tenir une autre , n'ont qu'à 
faire part de leurs vues & des moyens 
qu’elles comptent employer ; la Société 
trouvera dans plufieurs de fes Membres 
des Cultivateurs tout prêts à fuivre le 
plan qu’on leur aura tracé. Leur vœu eft 
que tout concoure à ne rien laiffer à défi- 
rer fur un objet aufli important que la 
perfettion des Prairies. Il eft impoflible, 
& on ne croit pas cette expreflion trop 
forte, que ces épreuves ne foient fuivies 
d'aucun fruit , fi elles fe multiplient en- 
tre les mains de perfonnes intelligentes 


PU NM Et nt eine à AP. ©. NE NES 


AGRICULTURE. Gr 


8 attentives. Peut-être conduiront-elles 
à découvrir des Plantes qui, cultivées 
fans mélange, donneroient des fourages 
verds depuis le mois d'Oétobre jufqu'à 
la fin d'Avril , temps où s'épuifent & 
renaiflent les Prairies artificielles con- 
nues. Ce feroit une découverte très-im- 

ortante pour l'Agriculture en géné- 
ral (a). Car fi on pouvoit avoir des 
fourages verds pendant toute l’année, le 


bétail qui forme une partie confidérable 


| 
|. 
| 


de nos richefles , s’augmenteroit prodi- 
gieufement , & les engrais ( moyens de 
plus grandes richeffes encore) devien- 
droient fuffifans pour porter la fécondité 
dans toutes les branches de l'Agriculture. 

Le tableau qu’on joint ici donnera 
une idée plus développée de ce qu'on a 
rapporté des recherches qui ont été faites 
fur les Prairies naturelles. On s’en eft 
occupé avec grande attention, mais on 


_(a) On cultive l’Ajonc, 
(Genifta fpartium majus , 
longioribus € brevioribus 
aculeis , Tourn. Inft. ) dans 
plufeurs cantons de la Pro- 
vince. Il fournitune nourri- 
ture très-faine au bétail. 
L’eft pendant l'hiver, ou 
plurôt ce n’eft que pendant 
Yhiver qu'on en peux faire 


ufage. Le Bureau de Ren- 

nes, qui s’eft afluré du goût 

qu'ont les beftiaux pour cet 
aliment, n’a pu examiner la 

culture & l'emploi de P'A- 
jonc, (qu’on nomme en Bre- 

tagne Jan ou Jannier, & 

ailleurs Jonc - marin), avec 

aflez de détail, pour en ren 
dre compte au public. 


C2 AGRICULTURE: 

n’a pu les faire que dans un affez petit 
nombre de Prairies. Il feroit à fouhaiter 
qu'on en examinat beaucoup avec le mé- 
me foin. Ce travail ne peut s’exécuter 
que dans plufieurs années, à moins que les 
Obfervateurs ne fe multiplient. C’eft dans 
le temps de la pleine fleuraifon que fe doit 
faire cet examen. Les Prairies ne reftent 
pas long-temps dans cet état; plufieurs 
font même fauchées auparavant , & il fe- 
roit à fouhaiter qu’elles le fuffent toutes. 
Ainfi, quelque diligence qu’'apportent 


deux perfonnes qui préférent l'exactitude 


à la célérité, il leur eft impoflible de por- 


ter leurs recherches dans beaucoup de 


Prairies. On a joint autant qu’on l’a pu, à 
la phrafe botanique qui caraëtérife cha- 


que Plante, le nom vulgaire qu’on leur 


donne dans quelques pays. Ces noms vul- 
gaires varient non-feulement d’une Pro- 
vince à l’autre, mais fouvent dans chaque 
Paroiffe, & beaucoup de Plantes n’en ont 
point. Le moyen le plus sûr eft de s’en te- 
nir aux phrafes botaniques, parce qu'elles 


font intelligibles jufques dans les pluspe- | 


tits lieux, où l’on trouve des Chirurgiens 

ou des Droguiftes à qui prefque toutes 

ces Plantes font connues, ; 
Comme les Prairies ne font précieufes: 


A AGRICULTURE . 63 
que par la nourriture qu’elles fourniflent 
au bétail, on nomme ici Plantes zrwri- 
les, 1°. celles dontles tiges font ficourtes, 
qu'elles tombent à peine fous la faux; 
2°. celles dont les feuilles rampent fur la 
terre, & qui ont un fi petit nombre de ti- 
ges, qu'elles ne donnent prefque pas de 
foin ; 3°. celles dont les tiges font fi sè- 
ches & fi ligneufes , que le bétail n’en 
mange Jamais, ou prefque jamais (u). 

Des perfonnes très-éclairées ont fait 
une objeétion contre le projet d'extraire 
de nos Prairies les feules Plantes qui pa- 
roifflent convenir à la nourriture du bétail. 
Parmi celles qu’on voudroit rejetter, il y 
en a, dit-on, qui font utiles auxanimaux, 
parce qu’elles les purgent, ou qu’elles les 
entretiennent dans un état de fraîcheur, 
comme lOfeille, (acetofa pratenfis). 

_ Ce que la Société propofe, & ce qu’on 
Jui objeéte , ne fort point de la claffe des 
conjectures. L'expérience peut feule juf- 


(a) Ce qu’on dit ici n’eft 
applicable qu'aux Prairies. 
Une Plante, qu'on y regar- 
de comme inutile, ne le {e- 
roit pas toujours dans une 
Pâätrure. Par exemple , le 
Hieracium a des tiges dures 
_& ligneufes qui feroiént un 


mauvais foin. Ses feuilles 
colées, pour ainfidire ,-à la 
terre, échapperoient à la 
faux. Mais ces mêmes feuil- 
les font grafles & fucculen- 
tes, & fourniroient dans les 
pâturages un aliment fain & 
abondant, 


64 AGRICULTURE, 


tifier l’une ou l'autre opinion. Il paroîït 
feulement que les faits connus fe décla- 
rent 1ci en faveur de la Société. 1°. Avant 
qu'on eüt fongé à écarter des Prairies 
les Plantes qu’on regarde comme nuifi- 
bles , beaucoup de perfonnes avoient re- 
marqué que les animaux les rejettoient en 
mangeant, 2°. L'exemple du Trèfle, de 
la Luzerne, du Sainfoin, du Fromen- 
tal, forme un préjugé en faveur de la 
féparation des Plantes qui nourriffent les 
beftiaux. Peut-être pourroit-on ajouter 
que, quelque utile que foit un médica- 
ment , ilne doit pas être regardé comme 
un aliment. Les hommes qui, par raifon, 
pourroient vaincre la répugnance de fe 
médicamenter en mangeant, envifage- 
roient ce régime comme dangereux, s’il 
étoit habituel. Aufli, comme on l’a déja 
répété, les animaux rejettent-ils le fou- 
rage dans lequel ils rencontrent un feul 
brin d’une Plante qui leur eft nuifible, 
ou qui leur déplait. | 


Le tableau des Prairies des environs de 


Rennes eft en fept colonnes. La première 
eft deftinée à marquer le nombre des 
Plantes qui y croiflent. La feconde con- 
tient les phrafes botaniques, & autant 


qu'on l'a pu, les noms vulgaires de ces 
… Plantes. 


+ 


eS- : LL +: 


AGRICULTURE. CÉs 


Plantes." Les trois fuivantes marquent y 
1°. fi ces Plantes fe trouvent , ou ne fe 
trouvent pas dans les Prairies hautes, ow 
moyennes , Ou bafles. 2°, Le dégré de 
hauteur auquel elles parviennent le plus 
communément dans chacune de ces trois 
expofitions. La fixième marque à peu 
près à quél point les Plantes font rares 
ou communes dans chaque efpèce de Prai- 
ries. On fentira aifément limpoflbilité 
d'employer d'autres cermés que commun, 
très-comimun , rare, très-rare, & d'atta- 
chér à ces termes une idée aufli précife 
qu'on le défireroit. La feptième colonne 
porte les qualifications qu'on a cru de- 
voir donner à chaque Plante. Il ne feroie 
pas étonnant qu'il fe fût gliffé quelques 
méprifes dans les jugemens qu’on en a 
porté. La Société recevra avec recon- 
noiflance les avis qu’on lui donnera pour 
rectifier ces qualifications. L’efpèce de 
décompolition des Prairies naturelles 
qu’elle a cru devoir entreprendre , eft un 
ouvrage à peine entamé. Elle le publie 
comme un effai , dans l’efpérance que fon 
à aura des imitateurs, & que par- 
là les Prairies naturelles mieux connues, 
feront plus aifément & plus générale- 
ment appréciées. LÉ 


66 AGRICULTURE. 

P'R AIR LE SORPRRRN" : | 
$| PHRASES BOTANIQUES,. 
£ ET | 
Zz Noms VULGAIRES DES PLANTES. 

1 


Gramen pratenfe paniculatum majus anguftiore fo- 
1. gs le tn Len | | (, {SES 


Capillatum paniculis rubentibus. . .....e 


——— Spicatum glumis criftatis. . . . . . . .... 
Pratenfe paniculatum molle. . ....... ; 
—— Spicatum folio afpero. . ........... 


— Tiphoïdes maximum fpica longiffimè SE a 


Loliaceum radice repente. (Chiendent). . .. 
Paniculatum majus latiore folio.. . . .... 
—— Authoxanthon fpicatum. . .. ........ 
Tremulum minus paniculà parvä.. . . .... 
Acetofa arvenfis lanceolata. ( Ofeiile). ........ 
Bellis fylveftris minor. ( Paquerette, ou petite Mar- 

gébentti): LIOUETERNICE RE RAI TAS ET, 
Betonica purpurea. ( Bétoine). . . .. ........ 
Buphtalmum vulgare. ( @il de bœuf, ou grande Mar- 

Uribe). 24. RAGE SEA TOTE APN Se Dh a 


Cufènta.: { Cum": 7 PS LÉRA CNE | 


Equifetum minus terreftre. (Préle)........., 
Euphrafia officinarum. ( Euphraife ).. .. ...... 
Gallium luteum. ( Caillelait ). . .... Eat Re 
Hieracium quod pilofella major repens minus hirfu- 

ta. ( Herbe à l'épervier ). Pin. 265... ....... 
Hypericum minus ereétum. ( Millepertuis). . . ... 
Jacea nigra pratenfis. ( Jacée)....,....... ‘ 


Jacobea fenecionis folio. ( Jacobée). ........4 


AGRICULTURE. 67 


<e EZNVIRONS DE RENNES, 


SI PRAïREIS.S RARES Qualités 
2 

£ .|moyennes:| baffes. ou des 
S s : 

Z Communes. Plantes, 


|; EN l PR 4....|ltrés-comm. n°. 1. 3.ftrés-bon, 
commun, n°. 
DZ. 3-02 - do:l2. . 6. { Sn 3 bon. 
| très-com. n in 
312. 6.|2 2. 2.lrare. .[bon. 
42. 9.12. 2.13... commun, n°. 2. . .|trés-bon, 
20 = [ 
512: 6.11:  9.l2. 6. Fa . : -[bon. 
| EAU Li, 
613. 2.1... ..13 2F ; E bon. 
à SERA Fay 
712 3.12 6:|2 commun, n° 1....[très-bon. 
Dia: ds , cfa. £ trés-com. n°. 1. 2. 3.|très-bon, 
CPR + :f2-ss.rare. 4... .. bon. 
fo!1. 9.]2, . . .|r. o.!rare .[bon. 
TI 3 3 6. Er D» EL EL." 5 0 . inutile, 
12). 4... ..+6.'tate, n°, 3... , , .|inutile, 
7 1 . . 
13 |: I,  6:]1. 8.lrare .[inutile. 
4]f+ 9:12 9.2 ...| Comm. n°. 1.2.3. .|inutile, 


auifible à 
la végéta- 


15h le: +. .!. , . .Itrès-rare. . . . . .& [tion des 
auttes 
plantes, 
FOR s + s .|1....|très-rare. . . . , . .|inutile, 
17|. - ssl»... 6.1.,...]commune. . .|inutile. 
r8!. . 2]. DR PRIE. 0, . , À. inutile, 


T9}1, 9:12 3.12, 6.ltrès-commun... . .|inutile. 
2 + e,,.12..,,|trés-trare. . . . . . inutile, 
21/2. 3.12. ....12. 6.|trés-commune. . . .|inutile, 
Der 12 OR ue, , _.,. .Jinutile, 


Ei 


68 AGRICULTURE. 


© 
> 
Nr 
E 
© 
Z 


PHRASE S BOT ASSURÉS, 
ET 
Noms VULGAIRES DES PLANTES. 


23 | Juncus lævis paniculà non fparfà. ( Jonc}).. . .... 
24 | Lathirus fylveftris luteus , foliis viciæ. ( Gefe : ARS 
25 | Lapathum folio acuto rubente. ( Patience , Parelle). . 
26!| Linuk fjiveftre.. (fin) ARS 
27 | Lotus pentaphyllos flore majore luteo fplendente. 

(Liptier VS OR RE SET PRE Mic 
28 | Millefolium vulgare album. ( Millefeuille).. . . .. 
29:1 (Ænanthé aan 7 D = 2 ÉEe < + ‘ 
30 | Pedicularis pratenfis lutea, vel crifta galli. ( Pédicu- 

lairei}s L'errE da NE SAS al: 9 RON 
31 | Polygala minor vulgaris flore cœruleo. . . . . .. k 


32 | Ptarmica vulgaris folio longo ferrato. ( Prarmique ). 


33 | Ranunculus pratenfis ereêtus acris. ( Renoncule , 


Bouton d'or fimple , Griffe de lion, Pied de coÿ ).. 
34 | Rapunculus fpicatus. ( Raïponce). . . . . . . . .- 


35 |Scabiofa pratenfis hyrfuta quæ officinarum. ( Sca- 


bieufe}r ie RSR ARRETE Le 
36 | Sphondilium vulgare hirfutum. ( Berce)... . .... 
37 | Tormentilla fylveftris. ( Tormentille ).. . . . . . .. 


38 | Tragofelinum majus, umbellà candidä. ( Boucage ). 
39 | Trifolium pratenfe purpureum. ( Tréfle à fleur rouge, 


où 'Lrémeine Mere Cr "RE L . 
40 | Trifolium luteum capitulo lupuli, vel agrarium. 
(CTriblet)... ; LR. OR - . LE 
41 | Vicia fylveftris flore purpureo. ( Vefce ). . . . . .. 


42 | Vicia vulgaris acutiore folio, femine parvo nigro. 


(Pefce }43:% 4 00880 OT 4 


. AGRICULTURE. 69 


PuIAïLRTE.S RARES Qualités 
hautes.|moyennes.| baffes. ou des 


| Nombre. 


NP: IN. Communes. Plantes. 


en NÉ PO: à. Se 
. inutile. 


HE commun, n°. 3. 

24 -[commune. . . . . .|bonne. 

25 Mani 5 2e, soute 

26 commune. . . . - .|inutile. 

27 -Icommun. . . . . . .|bon. 

28|. .[commune... ... .|mauvaife, 
excefrar.n°.1.2.9 |. . 

29|. { N: k inutile, 
LAN Le à 0e 

30 .|très-commune. .... inutile. 

31 .[commun. . . . . . .|bon. 

32 3 came mauvaife; 
très-com. n°. 3.. 

33 commune. . . . . .|mauvaife, 
7 set pe PO D Haye” 

34 \ o à inutile. 
très-rare , n°. 3. 

35 .[commune , n°. 1. 2.|inutile. 

36 commune , n°. 1. 2. inutile. 

. 371. tare n°. 1. :-. : + [inutile 

38|. DE 2. que ps : MOHGIES 


cominun. . . . . . .|bon. 


.[commun. . . . . . .Ibon. 
commune. . . . . .|bonne. 


commune. . .« « . .|bponne,. 


#0 AGRICULTURE, 


On peut fe convaincre par le tableau 
précédent, que des quarante-deux Plantes 
dont ies Prairies font ordinairement com- 
pofées, il y en a vingt & une inutiles. 

Une Plante parafite (la cufcute), qui 
nuit par conféquent à la végétation des 
autres. | 

Trois qui font nuifibles au bétail. 

Dix-fept qui fourniflent une bonne 
nourriture. 1 

Parmi celles-ci, on compte dix efpè- 
ces de Gramen; & de ces dix efpèces, il 
y en a cinq dont les unes donnent fi peu 
de pampe avec une tige fi courte , & les 
autres un Foin fi dur, que la culture en 
feroit peut-être inutile. Ce font les 
N°.3, 5: 6, 9 & 10. Ainfi des dix-fept 
Plantes utiles, il paroït qu’il n'y en a que 
douze qui puiffent être employées en 
Prairies artificielles. De ces douze, trois 
ont été cultivées avec fuccès tant en 
France qu'ailleurs. Ce font les deux ef- 
pèces de Trèfle (N°.39, 40), & lavefceà 
fleurs rouges (N°.41).1I n’y en a donc que 
neuf dont la culture refte à effayer. Cinq 
efpèces de Gramen(N°.1,2,4,7, 8), trois 
Plantes à fleurs légumineufes (N°. 24,27, 
42), & le Polygala vulgaris (N°.31). 

On croit pouvoir préfumer que les 


, AGRICULTURE. 74 
cinq efpèces de Gramen , dont on vient 
de parler , étant cultivées féparément, 
feroient fufceptibles de plufieurs coupes, 
& fourniroient à chaque coupe un fou- 
rage prefqu'aufli abondant que les Plan- 
tes dont-on fait aujourd'hui des Prairies 
artificielles. Celles des N°. 1,4, 7,8; 
acquerroient vraifemblablement par une 
culture dirigée avec intelligence, & par 
des coupes faites à propos, une fécon- 
dité égale à celle du Ray-graff & du Fro- 
mental. Elles croiffent prefqu'également 
danstoutes les pofitions des terrains. L’ef 
pèce N°. 2, eft en général un peu moins 
vigoureufe -que les autres; mais elle eft 

lus tendre, plus fucculente, plus propre à 
L nourriture des chevaux. Il femble donc 
qu'on peut fans répugnance faire l'effai 
en grand de ces cinq efpèces de Gramen. 

À l'égard des trois Plantes à fleurs lé- 
gumineufes, on ne peut douter qu'elles 
ne fuflent un aliment très-falutaire au 
bétail de toute efpèce, comme prefque 
toutes les Plantes de cette clafle. Mais 
ces trois efpèces ont la tige fi foiblie, 
qu'elles feroient fujettes à verfer , & par 
conféquent à pourrir dans les temps plu- 
vieux ; inconvénient qui arrive quelque- 
fois aux Trèfles & aux Luzernes mêmes, 

E iv 


#2 AGRICULTURE: 
quoique leurs tiges foient plus droites & 
plus fermes. 
_ Le Polygala vulgaris mérite auf 
d'être obfervé, pour favoir s’il peut de- 
venir propre à former une nouvelle efpè: 
ce de Prairies artificielles. Cette Plante 
croifflant parmi les autres, paroît foiblé 
& rampante ; peut-être la culture lui 
donneroit-elle affez de force pour réfif> 
ter au vent & à la pluie. Au refte, elle 
eft vivace , elle tale, & on prétendqu’elle 
donne beaucoup de lait aux vaches; c’eft 
fans doute ce qui l’a fait nommer Poly: 
gala, beaucoup de lait. 
Peut-être paroîtrat:il étrange que la 
Société ait fongé à mettre en comparai- 


fon les Prairies artificielles, avec ce qu’on 


nomme en Bretagne des Pärures. Ces Pa- 
tures ne font compofées que de Plantes 
maigres & foibles qui croifient fur les ter- 
rains en jachère pendant la durée du temps 
de repos, c’eft-à-dire, lorfque ces terrains 
ont été épuifés par plufieurs récoltes fuc- 
ceflives. Mais on à trouvé un fi grand 
nombre de perfonnes qui convenoient de 
la fupériorité des Prairies artificielles, & 
qui cependant ne pouvoient fe réfoudre 
à leur facrifier les Pâtures, que M. de Li: 
voys a cru devoir y porter fes recherches, 


“ AGRICULTURE. 73 
& dreffer un tableau des Plantes qu’elles 


produifent le plus communément aux 
environs de Rennes. - 


PATURES - HAUTES. 


5 NOMS RARES | Qualités 
_— 

a des ou des 
Z PLANTES. Communes.| Plantes. 
1 |Acetofa pratenfis. ( Ofeille). .|rare. inutile, 

2} —— Arvenfis lanceolata. ( J/1- 
RE RD. commune. inutile. 
3|Anonis fpinofa, flore purpu- 
reo. ( Arrête-bœuf ). . . .|rare. inutile. 


4|Bellis fylveftris minor. ( Pa- 


guerette). . . . .: .|rare. inutile. 
S|Brunella major, folio non 
diffeéto. ( Brunelle ). . . .|rare. inutile. 
6|Buphtalmum vulgare. ( Gil 
Hu ) z': commun. |inutile. 
> 7|Centaurium minus. ( Petite 
tr © commune. |inutile, 
8|Carduus capite rotundo to-lexceflivem. 
mentofo. ( Chardon }. . . .|commune. f|funefte. 


9 |Chamæmelum fœditum. ( Wa- 


route ). . . . . . . . . . .\très-comm. |inutile. 
10|Cicuta minor petrofelino fimi- 


lis. ( Petite Cigüe). : . .. icommune. |funefte. 
11|Convolvulus minor arvenfis. 
UT ECRNAPRET RER très-comm. |inutile. 


32 |Daucus vulgaris. ( Carotte ). .|commune. |bonne. 
13 | Densleonislatiore folio. ( Pif 
SERRE commune. |inutile: 
14 Echium vulgare. ( Wipérine )./commune. inutile. 
15 |Elatine folio acuminato, in 
bafi auriculato , flore luteo. 
(Véroe).. 2e; itrès-comm. {inutile. 


4 AGRICULTURE. 


ÿ NOMS RARES | Qualités 
| È des ou des 
| _ PLranTes.  . | Communes.| Plantes. 


DEVENANT CERPNNERE ER. CEE 
| 16|Filago feu impia. ( Herbe à 
cotaie JA. RS Bet te .Ilcommune. inutile. 
| i7|Filix fœmina. ( Fougère )...|commune. inutile. 
18 | Galeopfisalrera cauliculis acu- 
leatis flore flavefcente, five 
urtica aculeata foliis ferratis 
CURE AMC TE ETES DR Pia 
19|Genifta fcoparia. ( Genét)...commun. (bon. 
20|Hieracium minus ereétum. . .commune. {bonne. 
21|Hypericum minus erectum. 
(Millepertuis). . . . ..... 
22 | Jacea nigra pratenfis, hirfuta. 
(ilalée). Lot... 2e 
23 | Jacobæa fenecionis folio, pe- 
rennis. ( Jacobée ). . .. .... 
24|Linaria vulgaris, lutea, flore 
majore. ( Linaire ). ... .. 
25 | Lotus pentaphillos , flore ma- 
jore luteo fplendente. ( Lo 


commune. inutile. 


commune. inutile. 
commune. inutile. 


très-comm. |inutile. 


tiet Li) ES COMITE rare. bonne. 
26|Lychnis fylveftris quæ behen-| . .. 
album vulgo.. . ...... commune. inutile. 


27|Millefolium vulgare album. 
( Millefeuille)....... .[trèscomm. |mauvaife. 
28 |Pentaphylloïdes fupinum. 


(Quintefeuille). . . . . .. trés-comm. |inutile. 
29|Plantago quinquenervia. 
(Pldntain).. -. 111420 rare. inutile. 


30|Ranunculus ereétus, acris,|. . 
maculatus. ( Renoncule ). .|commune.: |mauvaife. 
31/Rubus vulgaris, five Rubus 


fruétu nigro. (Ronce ). . .| commune. inutile. 
32|Scabiofa pratenfis hirfuta quæ 
officinarum. ( Scabieufe ). .|rare. inutile. 


33|Sonchus afper non laciniatus 


dipfaci, vel laétucæ foliis. 


* AGRICULTURE. 7S 


ES NOMS RARES | Qualités 
É des ou des 
_ PLANTES. Communes.| Plantes. 
CE. Lise rare. bonne. 
34|Tithymalus annuus exiguus. | 
( Tithymale ) M. <Irére. mauvaife, 
35|Trifolium pratenfe vulgare, 
flore albo. ( Trefle)... . .|rare bonne. 
36]— Pratenfe purpureum. 
h CTrémeine ). ic . 5 très-rare. bonne, 
37|— Luteum capitulo lupuli, 
vel agrarium. ( Triolet ).|rare. bonne. 


38]—— Arvenfe humile, fpica- 
tum, five lagopus. ( Pied 
bye): Liicof a très-comm. |bonne. 


PATURES BASSES. 


1| Acetofa pratenfis. ( Ofeille. ). .\rare. inutile. 
2| Anonis non fpinofa, flore 
purpureo. ( Arréte-bœuf ). . 


3|Anthitrinum arvenfe , flore 


commune, |bonne. 


parvo. ( Mufle de veau). . .\rare. inutile. 
4|Bellis fylveftris minor. ( Pa- 

RE onniL  : … - . . commune, |inutile. 
s|Carduus capite rotundo to- 

mentofo. { Chardon ). . . .|très-comm. |inutile. 
6 Chamæmelum fœtidum. (WMa- 

PRE RE D très-comm. {inutile. 


7|Cicura minor petrofelino funi- 
Poulis. ( Petite Cigüe). . . .. 
8|/Convolvulus minor arvenfis. 
(Lizeron, ou Liorne ). ... 

| 9|Cyanus fegetum flore cœru- 
leo. ( Bluer , ou Barbeau ).. 
10|Daucus annuus, minor, flori- 
| bus albis. ( Carotte ). . . . .\rare. bonne. 
EME Echium vulgare. ( Vinérine ).|commune.  {inutile. 


commune. |mauvaife. 


très-comm. linutile. 


commune. inutile. 


I 


6 AGRICULTURE. 


Ÿ NOMS Rares | Qualités 
Q 
= des ou des 
_ PLANTES. Communes.| Plantes. 
12|Elatine folio acuminato, in 

bafi auriculato , flore luteo. 

( Faroe JE MEME SEA commune. inutile. 
13 |Filago feu impia. ( Herbe à 

Éob }s" ee RCI rare. inutile. 
14|Filix fœmina. ( Fougére). .|commune. [inutile. 
15|Linaria vulgaris, lutea, flore 

majore. ( Linaire)... ... commune. inutile. 
16|Lychnis fylveftris quæ behen- 

album vulgo. . . . . . .|rare. inutile, 
17|Mercurialis tefticulata , five 

mas Diofcoridis & Plinii. 

( Mercuriale, ou Rember- 

PA SSSR Led ie commune. |inutile. 
18|Mercurialis fpicata, five fæ- 

minea Diofcoridis & Plinii. 

(Mércurale his. 2.478 
19 Millefolium vulgare album. 

( Millefeuille ). . . . . .. commune. |mauvaife 
20|Papaver erraticum  majus 

hœas Diofcoridi, Theo- 

phrafto, Plinio. { Cogueli- Es 

Col. Vis UE. D AN ERE. inutile. 
21 Pedicularis pratenfis lutea, vel | 

crifta galli. (Pédiculaire)..|commune. |inutile. 
22 |Pentaphylloïdes fupinum. NS 

( Oéintefeunle"} 7 commune. inutile. 


23 |Polygonum latifolium , flore 
rubente. ( Renouée). . . 
24|Ranunculus ereétus acris ma- 
culatus. ( Renoncule ). . .. 
25|Rubus vulgaris, five Rubus 
fruétu nigro. ( Ronce).... 
26|Scabiofa pratenfis hirfuta quæ 
officinarum. ( Scabieufe ). 
27 |Sonçhus afper laçiniaçus folio 


.|comimune. 
coimmune. 
commune. 


-[rate. 


inutile. 
mauvaife. 
inutile. 


inutile. 


. AGRICULTURE. 7 


ÿ NOMS RARES | Qualités 
É des ou des 
nu PLANTES. Communes.| Plantes. 


dentis leonis. { Laitron). ..|commune. [bonne. 
28|Tithymalus annuus exiguus. 

( Tithymale). . .. . .[rare. mauvaife. 
29 | Trifolium arvenfe humile fpi- 

catum, five lagopus. ( Pied|exceflivem. 

de lièvre). . . . . . . . .\commun. {bonne 


Ce tableau, qu’il feroit bon de perfec- 
tionner en le rendant général pour tou- 
tes les pâtures de la Province, ne peut 
que contribuer à ouvrir les yeux aux Cul- 
tivateurs. On fe plaint par tout, & avec 
raifon , de manquer d'engrais ; c’eft en 
diminuer la fomme , que de laïffer vaguer 
les beftiaux dans des landes & dans des 
patures. Ils y dépériffent faute de fubfif- 
tance; & c’eft entretenir l’obftacle qu’on 
voudroit vaincre, que de ne pas fubfti- 
tuer à ces pâtures, ces Plantes faines & 
abondantes dont une feule coupe donne 
plus de fourage , que n’en fourniroit en 
quatre années des jachères de même éten- 
aue. | 

Les pâtures hautes , fur trente-huit 
Plantes, n’en contiennent que huit qui 
contribuent à la nourriture du bétail. Les 
autres font inutiles ou dangereufes. Il 


oo 


78 AGRICULTURE. 

n'yena que quatre d’utiles fur les vinet- 
neuf qui compofñfent les pâtures bafies. 
Il eff vrai qu'on n’a pas employé dans ces 
dénombremens quelques Plantes grami- 
nées qui font affez communes dans les 
patures. Elles font ordinairement fi cour- 
tes, fi peu nourriffantes, qu’on n’a pas 
cru devoir en faire mention. C’eft un 
aliment prefque nul pour le bétail. Il 
eft aifé de juger par ce développement 
de la comparaifon qu'on en peut faire 


avec les Prairies artificielles, qu’il eft fi 
aifé d'y fubftituer. 


Le beurre de la Prévalaye eft le meil- 


leur de la Province. Peut-être eft-ce le 
meilleur du Royaume. Cette fupériorité 
peut dépendre de beaucoup de caufes 


qu'il feroittrès-difficile de pénétrer. Mais 


il eft naturel de fuppofer que lefpèce 
des Plantes doit avoir ici beaucoup d’in- 
fluence. C’eft ce qui a déterminé M. de 


Livoys à décompofer une des meilleures 


Prairies de la Prévalaye. En comparant 
le tableau fuivant avec ceux des autres 


Prairies des environs de Rennes, on fera 


porté de plus en plus à fuppofer que la 
qualité des fourages & des herbages 
contribue beaucoup à donner de la fineffe 
au beurre. 


— 


à AGRICULTURE. 


79 


PRAIRIE HAUTE DE LA PRÉVALAYE. 


g NOMS RARES 
E des ou 
_ PLANTES. Communes. 
1|Gramen paniculatum majus 
anguftiore folio.. ..... très-comm. 
2|— Capillatum paniculis ru- 
DENCIDES. "1... . . .lrare. 
3|— Spicatum glumis criftatis.|rare. 
4|— Pratenfe paniculatum 
a D rare. 
s|— Spicatum, folio afpero.. .|commun. 
6|— Tiphoïdes maximum fpi- 
cà longiffimä. . . . .. très-rare. 
7|— Loliaceum radice repente. 
(Chiendent ). . . .. .|très-comm. 
8|— Paniculatum majus latio-|très-comm. 
1. LUN PE FOPRRE 
o|— ÂAuthoxanton fpicatum...|rare. 
10[— Tremulum minus panicu- 


PPS 23. . . . .[fré. 

11 | Anonis non fpinofa flore pur- 

pureo. ( Arréte-bœuf }. .. .jrare. 
12 | Betonica purpurea. ( Bétoine).rare. 
13|Buphralmum vulgare. ( Gil 

LL 2. commune. 
14|Daucus vulgaris. ( Carotte ). .rare. 
15 |Densleonislatiore folio. ( Pif 

Jenlit). ::. . . . . . . .|commune. 
16|Gallium luteum ( Caillelait ).|très-rare. 
17|Jacea nisra pratenfis, hirfuta. 

DL SEL : : .. commune. 
18|Lathyrus fylveftris luteus fo- 


is viciæ. (Geffe). . . . .'très-comm. 
19 Linum fylveftre. ( Lin cham- 
pétre}; Sas ssl . . .|commun. 


20|Lotus pentaphyllos flore Pate 
jore luteo fplendente. ( Lo- 


Qualités 
des 
Plantes. 


bon. 


bon. 
bon. 


bon. 
bon. 


mauvais. 
inutile. 


inutile. 
bonne. 


inutile. 
inutile, 


inutile. 
très-bonn. 


inutile, 


80 AGRICULTURE. 
ÿ NOMS RARES | Qualités 
E des ou des 
© 
_ PŒAaînNdE S. Communes.| Plantes. 
. \ \ 
rs drao *......{très-comm. {trésbon. 
21 Millefolium vulgare album. 
( Millefeuiile). . ...... commune. f|mauvaife. 
22|Plantago  quinquenervia. 
COMBAT CT ROUTE rare. inutile, 
23 |Poligala minor vulgaris, flore 
cœruleo. . . . . .|commun. très-bon. 


24|Ranunculus prateufis ereétus 

acris. ( Renoncule , Griffe 

de lion , ou Pied de cog.)..[commune. {nuifible. 
25 |Scabiofa pratenfis hirfuta quæ 

oficinarum. ( Scabieufe ). .|rare. inutile. 
26|Trifolium pratenfe purpu- 

reum. ( Trèfle , ou Trémei- 

1 PRE EE commun. {trés-bon. 


27|Vicia fylveftris flore pupureo. 
CÉBICE.). 14 72: SRE EEE très-comm. |tres-bonn. 


De vingt-fept Plantes qui forment cette 
Prairie, il y ena dix graminées ; cing à 
fleurs légumineufes qui fourniflent un 
pâturage abondant & falutaire au bétail, 
avec le Daucus & le Polyagalz, qu'on 
doit mettre au nombre des bonnes Plan- 
tes ; huit qu’on regarde comme inuti- 
les; & deux feulement qui ayent des 
qualités nuifibles. Peut-être n’eft-il pas 
inutile de faire remarquer qu'il n'y a 
point d'Ofeille dans cette excellente Prai- 
rie, & que ce font les Plantes légumi- 
neufes qui y dominent, 

H 


AGRICULTURE, 8t 


Il ne faut qu'ouvrir les yeux pour ap- 
ercevoir l'étroite néceflité de multiplier 
Le Prairies. Sans elles , point d'engrais, 
&par conféquent point de récoltes. Tout 
dépérit en proportion de la diminution 
du bétail, & tout fe vivifie en raifon 
de fon augmentation. L'évidence de ce 
principe femble devoir faire regretter 
que le fonds de 3000 livres, deftiné par 
les Etats, à une diftribution gratuite de 
graine de Trefle dans les Paroiffes de la 
Province où cette culture n’eft pas en ufa- 
ge, n'ait pas eu d'exécution (a). Tout 
le monde convient que l'exemple eft le 
moyen le plus propre à faire adopter les 
bonnes pratiques d'Agriculture. Mais 
l'exemple ne peut être porté par-tout. 
Il ne peut être donné que par ceux qui 
font riches, ou du moins aifés ; qui 
demeurent dans leurs Terres , ou qui y 
paflent une partie de l’année ; qui ont 
du zèle, des lumières , de la perfévé- 
rance, de famour pour le bien public. 
Ces conditions ne fe trouvent réunies 


(a) Sur Particle 4, au {u- 
jet des Prairies artificielles, 
ordonnent les Etats, qu'il 
{era fait fonds de La fomme 
de 3000 livres pour huit li- 
res de graine de Trèfle par 


Paroiïfle dans les Evêchés 

ou cette culture n’eft pas en 

uface ..... ( Délibération 
Le) 1 

des Etats du 17 Fév. 1759, 

fur le rapport de MM. de 

la Commif. du Commerce }, 


82 AGRICULTURE. 


que dans un très-petit nombre de 

erfonnes. Il femble donc que la meil- 
Lo voie pour fuppléer l'exemple, fe- 
roit d'accorder dans les commencemens 
des diftributions gratuites de graines. Le 
Cultivateur à qui elles font données, ne 
craint pas de faire un eflai, dès qu’il ne 
court point les rifques de perdre fes avan- 
ces. Son fuccès devient un exemple & 
une invitation pour fon voifin ; l’'ému- 
lation eft excitée de proche en proche, 
& c’eft le moyen le plus sûr d'améliorer 
l'Agriculture. 

La Société ne doit point diffimuler les 
objections qu’on peut faire contre ce 
qu'elle propofe. Son devoir eft, ou de 
les prévenir lorfqu’elle peut, & les pré- 
voir & y répondre ; ou de fe rétracter 
lorfqu’elle ne les a point prévues, & 
qu’elles font folides. Eile va donc ren- 
dre compte des difficultés inféparabies 
des diftributions gratuites. 

Ces diftributions regardent exclufive- 
ment, non pas les pauvres , mais ceux 
qui font réduits au fimple néceflaire, 
à qui par conféquent il eft impoflible 
de vaincre leur impuiffance par les ten- 
tatives les moins difpendieufes. Car il 
faut être au-deflus du néceffaire, pour 


mt Ts : hr dh-a st — PR 


. AGRICULTURE. 83 


empêcher la décadence de l'Agriculture 
la plus triviale ; & il faut être riche, 
ou tout au moins aifé, pour l'améliorer. 
Mais les gens à qui les fecours font def- 
tinés, n’en obtiennent jamais qu'une par- 
tie. Le refte eft dévoré par les follicita- 
tions, par la faveur , & fouvent par Pai- 
fance , qui, n'étant pas accoutumée à 
fhumiliation d’un refus, croitne devoir 
jamais le craindre. Il eft donc vraifem- 
blable qu'une partie des fonds que con- 
facreroient les Etats en diftributions, ne 
feroient pas appliqués à leur véritable 


objet. Mais on ne ceffe pas de faire l’au- 


mône , quoiqu’on fache qu’elle ne tour- 
ne pas toujours au foulagement des pau- 
vres. Ainfi l’écueil dont on vient de par- 
ler, ne devroit peut-être pas déterminer 
à priver d’afliftance ceux qui en ont réel- 
lement befoin. Il eft fi jufte de fecourir 
une claffe d'hommes de qui l’'Etattiretant 
de fecours&c de tant d’efpèces ! On peut 
ajouter que la néceffité de pourvoir au 
rétablifflement de l'Agriculture , eft un 
motif fi fupérieur, qu'il devroit peut- 
être fermer les yeux fur les inconvéniens 
d'un moyen, qui d'ailleurs feroit bien 
choïfi. TRÈS 
Mais il fe préfente un inconvénient 
Fi 


84 AGRICULTURE. 


beaucoup plus dangereux: La claffe 
d'hommes qui devroit profiter du don des 
Etats, eft indolente & inepte. L’imita- 
tion du procédé le plus fimple fufht pour 
l'embarrafler. Comment fe flatter qu'une 
culture inconnue puifle réuflir dans de fi 
mauvaifes mains ? Le rerrain malchoïifi, 
la graine mal difpenfée, des coupes trop 
fréquentes ou trop rares, le Trèfle donné 
entrop grande quantité au bétail, enfin 
des méprifes de toute efpèce pourroient 
contribuer à décrier les Prairies artifi- 
cielles. Car on ne manque jamais de re- 
jetter fur la chofe même, tout ce que 
produit le mal-adreffe des Cultivateurs. Il 
arriveroit donc que dans beaucoup de 
Paroiffes dont le terrain pourroïit être 
favorablè au Trèfle , il s’établiroit en 
très-peu de temps une multitude de pré- 
jugés qui banniroient cette Plante peut- 
être pour un fiècle. 

On ena un exemple pour le Trèfle 
même, aux environs de Bécherel. Il y a 
environ quinze ans qu'on y en fema une 
aflez petite quantité. Il ne s’agifloit que 
d'un effai. Une vache entra dans le terrain 
mis en expérience ; elle mangea-une fi 
grande quantité de Trefle, qu’elle mou- 
sut le lendemain, Il n'y a pas une feule 


* AGRICULTURE. ss 


perfonne dans le canton qui ignore cet 
accident, & quin'en rapporte les circonf- 
tances avec un ton de capacité, dès qu'on 
parle de femer du Trèfle. Enfin le pré- 
jugé eft fi général, fi fortement enraciné, 
que M. de Îa Chalotais n’a pu qu'avec 
une peine extrême engager un de fes 
Fermiers à en femer , & felon toute ap- 
parence les avantages qu’en retire ce 
Fermier, ne détromperont fes voifins 
qu'après plufieurs années d'expérience. 
Si par malheur une de fes vaches franchit 
la haie qui garde fa Prairie artificielle , 
& meurt de réplétion , le canton pourroit 
bien être privé pour Jamais de cet excel- 
lent fourage. 

Ce qui eft arrivé à Bécherel peut ar- 
river par-tout, & mille autres accidens 
NES à porter le découragement dans 
es Paroïffes où fe feroient les diftribu- 
tions gratuites. La Société ne voit au- 
cun remède à cet inconvénient ; & il 
eft fi grand, puifqu’il s'oppofe direëte- 
ment au but qu’on voudroit atteindre, 
qu'il vaudroit mieux ne jamais fonger 
a donner un fecours dont les fuites de- 
viendroient fi nuifibles au bien public. 

Mais fi le danger des diftributions gra- 
tuites paroît l'emporter fur gr avantages 

ii 


86 AGRICULTURE. 


qu'onenpourroit retirer, ileft très-effen- 
tiel de prévenir un danger plus grand 
encore , celui du dépériffement de l’A- 
griculture. Il fe fait fentir prefque par- 
tout , & les maux de cette nature peu- 
vent Saigrir en très-peu de temps au 
point de devenir irrémédiables. Il n'y a 
perfonne qui ne foit en état d'indiquer, 
pour les petits Cultivateurs, des moyens 
de foulagement qui tourneroient au pro- 
fit de l'Agriculture. La difficulté eft de 
ne propoier que ceux qui peuvent fe con- 
cilier avec les autres refforts que l'Agri- 
culture fait agir. La Société eft perfua- 
dée que fi les Prairies artificielles fe mul- 
tiplioient, la culture fe rétabliroit peu 
à peu, fans qu’il füt néceffaire de recou- 
rir brufquement & tout à la fois à ces 
encouragemens que tout le monde pro- 
pofe. Il eft notoire que par-tout où l’Agri- 
culture languit, on manque d'engrais. Il 
eft inconteftable que de tous les moyens 
de s’en procurer, celui qui eft le plus à 
la portée des Propriétaires & de leurs 
Fermiers, eft de former des Prairies arti- 
ficielles dans les Terres qu’on laifle re- 
pofer. C'eft donc fur cet article que les 
Cultivateurs devroient être fecourus. Ce 
plan économique eft fi important par fes 


. AGRICULTURE. 87 
conféquences, qu'il eft digne de la plus 


grande attention. C’eft un fait bien conf 
taté, que la culture des grains n'eft un 
objet de profit que pour ceux qui y Joi- 
gnent l'éducation, ou du moins la nour- 
riture du bétail. Quand on fépare le bé- 
tail de la culture, le Laboureur perd né- 
ceffairement dans les années communes. 
S'il ouvroit les yeux fur cette vérité qui, 
on le répète, a été conftatée avec le plus 
grand foin , il eft aifé de fentir les fu- 
neftes conféquences qui en réfulteroient. 
Heureufement le Laboureur calcule peu, 
ou même ne calcule point. Accoutumé à 
compter fon propre travail pourrien(z), 
à n'apprécier fes pertes ou fes bénéfices 
que par le réfultat total des différentes 
cultures , & des petites induftries aux- 


(a) C’eft une erreur géné- 
rale parmi les gens de la 
campagne, que 3 ne jamais 
faire entrer leur travail en 


qu'on doive compter pou# 
rien le travail d’un homme 
qui s’exténue, pour arracher 
à la terre des produétions 


ligne de compte dans le prix 
des denrées qu'ils recueil- 
lent. Cette erreur eft fl grof- 
fière, qu’elle n’auroit pas dû 
pénétrer dans d’autres têtes 
que les leurs. Les principa- 
les richefles d’un État con- 
fiftent dans les valeurs qu’en- 
tretiennent ou que créent fes 
habitans. Il eft donc faux 


de moindre valeur que les 
journées qu’elles ont exigé. 
Ainfi le: travail que le La- 
boureur compte pour rien, 
doit être compté par l'Etat 
pour quelque chofe, parce 
qu’il eût produit de nouvel 
les valeurs , s’il eût été em 
ployé avec plus d’intellis 


gence, 
F iv 


88 AGRICULTURE: 
quelles il s’adonne, il ne voit point qu’il 
auroit à gagner en s’attachant à certaines 
arties , & en abandonnant les autres. 
De quelle importance n’eft-il pas de pré- 
venir l'examen qu'il pourroit faire, fi 
l'efprit de calcul pafloit jufques dans les 
campagnes ? Qu'on leur donne des Prai- 
ries , & qu’enfuite on les laiffe calculer. 
Ils feront invités à cultiver des grains par 
le profit qu'ils fe démontreront à eux- 

À 
mêmes. 

Tout ce qu'on vient de dire fur les 
Prairies artificielles, prouve à quel point 
la Société eft convaincue que cette efpè.- 
ce de biens l'emporte par fa nature fur 
tous les autres. Ce n’eft pas feulement 
par rapport à la valeur du bétail, mais par 
rapport au produit des Terres labourées. 
Ces Terres ne peuvent ni fuppléer les 
Prairies, ni fubfifter fans elles. C’eft donc 
aux Prairies que le bien public veut qu'on 
s'attache. L’Agriculture des Payfans , 
quoique défettueufe en bien des endroits, 
n'eft pas fi blâmable qu'impuiffante. Les 
meilleures méthodes entre les mains d’un 
Laboureur fans bétail, & par conféquent 
fans engrais, ne vaincront pas la ftérilité 
de Terres, pour ainfi dire, abandonnées. 

_ Plus les Laboureurs s’apperçoivent de 


AGRICULTURE. 8a 


la difette de fourage , plusils doivent être 
attentifs à le ménager. Un ufage qu'on : 
croit être généralement répandu dans la 
Province , en fait perdre une très-grande 
quantité. Le bétail eft couché lorfqw’il 
mange dans les étables ; ainfi le foin 
qu’on lui donne eft étendu fur la litière. 
D'où il arrive que celui que les animaux 
laiflent ou par fatiété, ou par dégoût, 
eft abfolument perdu, & cette perte va 
plus loin qu’on ne penfe. 

Dans bien des Provinces, & fur-tout 
dans celles où lon nourrit beaucoup de 
bétail, il mange toujours auratelier. Les 
rateliers des étables font proportionnés 
à la hauteur des bœufs & des vaches, & 
par conféquent moins élevés que ceux 
des écuries. On aflure qu’en Flandre il 
eft d'ufage de placer au-deffous du ratelier 
une auge , ou créneau, qui recoit le foin 
que lesanimaux laiffenttomber, aufli bien 
que les fleurs & les graines du foin qui 
leur échappent. Par ce moyen tout eft 
confervé ; parce qu’en leur donnant dans 
l'auge même, de gros navets, du fon & 
de l’eau, &c. ils mangent tout ce qui 
eft tombé du. ratelier. Cette méthode 
dont M. de la Chalotais va faire l’expé- 
rience , donnera lieu à d’autres obferva- 


90 AGRICULTURE, 


tions dont la Société ne manquera pas de 
rendre compte ; mais comme elle eff 
toute éprouvée, les Propriétaires & les 
Fermiers ne peuvent mieux faire que de 
la fuivre dès à préfent. \ 
L'établiffement de ces étables n’eft 
qu'une partie d’un plan d'Agriculture 
formé par M. de la Chalotais. L’exécu- 
tion en eft déja fort avancée, & ce fera 
un modèle qui aura le double avantage 
d'exciter & de diriger l’émulation. Ce 
Magiftrat n’a pas voulu fe borner à don- 
ner des exemples en petit; il a fenti 
qu'il réveilleroit plus sûrement & les 
Fermiers & les Propriétaires , en mettant 
fous leurs yeux le fpettacle & les fruits 
d'une adminiftration dont toutes les par- 
ties tendent au même but. Son intention 
eft de porter à la plus grande valeur pofli- 
ble 150 journaux de Terre. Ce terrain 
eft compofé de Champs en labour, de Pä- 
tures , de Prairies ordinaires , de Champs 
abandonnés depuis très-long-temps, & 
couverts de vieux ajoncs. La direétion 
économique de ces 1ÿ0 journaux n'a 
rien d'étranger à la culture la plus com- 
mune, fi on en excepte les Prairies arti- 
ficielles , les gros Navets & les Patates. 
On n’a voulu fe fervir d'aucune méthode 


y AGRICULTURE, 91 


nouvelle, afin que les Payfans n’euffent 
fous les yeux que leurs pratiques ordi- 
naires , mais fuivies avec intelligence. 
Les récoltes de M. de la Chalotais les 
convaincront que leurs pratiques peu- 
vent devenir infiniment plus profitables, 
fans autre changement que coli de la dif- 
tribution proportionnelle de chaqueobjet 
de culture. Ce plan fera d'autant mieux 
fuivi , que M.'Thébault, Aflocié de Ren- 
nes, donne à fon exécution tout le temps 
que lui laiffent les lecons de mathémati- 
ques que les Etats l’ont chargé de donner. 

Le premier foin a été de former vingt 
journaux de Prairies artificielles en Trè- 
fle & en Luzerne. Les pièces de Terre qui 
ontrapporté de l'Orge cette année (1760), 
étoient couvertes après la moiffon de T re- 
flerenaiffant. Vingt autres journaux rece- 
vront un labour d'Automne, pour les dif- 
pofer par un nouveau labour au Prin- 
temps prochain, à être convertis en Prai- 
ries de Plantes convenables à leur expo- 
fition. Les Terres labourées n’iront point 
au-delà des deux tiers de tout le terrain. 
Elles feront entretenues par les engrais 
d'un bétail proportionné à cinquante jour- 
naux de Prairies. Il y a déja quatre-vingt- 
quatre bêtes à cornes fur ce terrain, On 


92 AGRICULTURE, 


en augmentera le nombre jufqu’à ce qu’il 
foit futhfant pour une bonne exploita- 
tion. Ce ne fera point par des achats dans 
des Foires, mais en élevant tous lesveaux 
qui paroïtront devoir réuflir. C’eft peut- 
être pour le Public l’article le plus utile 
du projet qu’a formé M. de la Chalotais. 
Lerétabliffement del’Agriculture deman- 
de que les gens de la campagne appren- 
nent à former des élèves, afin de s’aflurer 
des engrais, & qu’ils voyent qu'il eft aifé 
d’avoir des engrais, lorfqu'on a beaucoup 
de Prairies artificielles. 

En attendant que la Société foit en 
état de publier les réfultats de cette ex- 
ploitation , elle croit devoir donner une 
idée générale des principes fur lefquels 
on l’a fondée. Ils font le fruit de recher- 
ches & de calculs faits avec attention, 
&t même avec fcrupule, fur la diftribution 
économique des Terres. Peut-être ne 
manque-t-il à des citoyens riches & zélés, 
que de bien connoitre ces principes pour 
les mettre en pratique. C'eft la voie la 
plus sûre & la plus prompte pour ranimer 
l'Agriculture , & le titre le plus jufte 
pour être regardé comme le bienfaiteur 
de fa Patrie. 


On croit qu'en général le tiers du ter- 


AGRICULTURE, 93 
rain qu'ôn veut cultiver, doit être em- 
ployé en Prairies. On fuppofe même que 
les quatre cinquièmes de ce tiers font 
-compofés de Prairies artificielles, & le 
refte de Prairies naturelles, Si toutes les 

Prairies étoient de cette dernière efpèce, 
il faudroit y confacrer plus de la moitié 
du terrain. | 

Les deux autres tiers de l'exploitation 
doivent: être partagés en trois portions ; 
Fune pour le Froment; l’autre pour Îles 
menus grains ; la troifième pour les gros 
Navets, les Panais, les Patates. C'eft aufli 
dans cette portion que feront femés les 
Lins, & fur-tout les Chanvres, qui font 

‘ d’une qualité fupérieure dans la Paroiffe 
de Vern. La première portion demande 
beaucoup d'engrais. Il n’en faut point dans 
la feconde, parce que les menus grains 
profitent de ce qui en refte après la ré- 
colte dés Fromens , auxquels ils fucce- 
dent. Il n’en faut qu'une médiocre quan- 
tité dans la troifième portion; & enfin 
on doit en répandre un peu fur les Prai- 
ries naturelles & artificielles. 

Le bétail deftiné à fournir des engrais, 
n'eft pas tout de même efpèce; d’ailleurs 
il en fournit moins lorfqu'il eft jeune, 
que lorfqu'il à fait toute fa çrue, Les 


! 


94 AGRICULTURE. 


Anglois qui calculent tout, ont trouvé 
une règle de compenfation entre les ani- 
maux de différens ages & de différente 
efpèce (a). Ils ne comptent point le bé- 
tail par pieces, mais par séres. Un cheval 
ou une vache font ce qu'ils nomment 
une tête. Ils évaluent pour une tête trois 
veaux d'un an, & pour deux têtes trois 
veaux de deux ans. À trois ans chaque 
veau eft une tête. Ils ne comptent que 
pour une tête fix brebis ou fix mou- 
tons (2). Ainfi un Fermier qui auroit 
fix chevaux, quatre bœufs, douze va- 
ches, douze veaux d’un an, douze veaux 
de deux ans, &trente-fix brebis, poflé- 
deroit quatre-vingt-deux piéces de bétail, 
qui ne feroient comptées que pour qua- 
rante séres. Cette évaluation, quoiqu'auffi 
exaéte qu’il eft poflible, n'eft & ne pou- 
voit être qu’une aproximation. Mais c’eft 
beaucoup fur des matières de cetteefpèce, 
que d’avoir une règle qui ne s’éloigne que 


(a) C’eft de M. Blanchet, 
excellent Agriculteur théo- 
rique & pratique, que l’on 
SL une ele a com- 
penfation. Il a demeuré 
pendant plufieurs années en 
Irlande & en Angleterre. I] 

a obfervé avec de très- 
Pal yeux fout ce qui à rap- 


ort à l’économie ruftique. 

(b) M. Pattullo, relative- 
ment à la confommation des 
fourages , compte quatre à 
cing moutons pour un bœuf 
ou une vache. Voyez PEffat 
fur l'amélioration des Ter- 
Tes , pag. 64. 


AGRICULTURE. 9$ 


foiblement d'une exatirude rigoureufe. 

Voici un élément qui n'eft pas moins 
néceffaire. Il faut à peu près deux rétes 
de bétail pour fournir une quantité 
fuifante d'engrais à un Journal de terre. 


Ainfi, pour entretenir en bonne cul- 


ture les cent cinquante journaux de 
M. de la Chalotais , il faudra chaque 
année ; 1°. le fumier de foixante-fix têtes 
pour les trente-trois journaux emblavés 
en Froment ; 2°. celui de trente-trois 
têtes pour les trente-trois Journaux occu- 
pés par les Navets, les Panais, les Pata- 
tes, &c. qui n'ont befoin tout au plus 
que de la moitié du fumier néceffaire au 
Froment ; 3°. celui de trente-trois autres 
têtes pour les cinquante journaux en 
Prairies naturelles & artificielles, parce 
qu'un tiers des fumiers qu'exigent les 
Terres labourées, porté chaque année fur 
des Prairies , fufht pour les entretenir 
dans le meilleur état. C'eft en tout cent 
trente-deux têtes de bétail. 

On ne peut douter que dix journaux 
de Prairies naturelles, & quarante de 
Prairies artificielles , ne fourniffent affez 
de fourage pour la nourriture de ces bef- 
tiaux. Un journal de Prairies ordinaires 
produit, année commune, deux milliers 


96 AGRICULTURE. 


de Foïn. Un journal de Trèfle en bon 
rapport , donne un peu plus de cinquante 
milliers de fourage verd, dans fes diffé 
rentes coupes réunies. Il s’en confomme 
beaucoup plus que de fourage fec ; mais 
on peut compter que la confommation ne 
va pas à cinq fois autant de T'rèfle que 
de Foin. Il en réfulte qu'on retirera des 
cinquante Journaux de Prairies l’équi. 
valent de deux cent vingt milliers de 
Foin. C’eft dix-fept cent cinquante li- 
vres de Foin pour chaque tête de bérail. 
Qu'on ajoute à ce fourage , qui donnera 
en effet une nourriture pour le moins 
équivalente à deux milliers de Foin 
fec, parce qu'il y en aura une grande 
partie confommée en verd; qu’on ajoute, 
dis-Je, le pâturage des dix journaux de 
Prairies naturelles, depuis le mois de 
Juin où elles font fauchées, jufqu’au 
mois de Février; celui des champs de 
Trèfle pendant une partie de l'Hiver ; les 
récoltes de Panais & de gros Navets ; on 
fera convaincu que le bétail fera très-bien 
nourri, & qu'on joindra au profit inapré- 
ciable des engrais, celui d’une plus gran- 

de abondance de laitage & de beurre. 
Ceux qui agiflent ou qui jouiffent 
fans obferver, & ceux qui obfervent fans 
| calculer ; 


| 
| 
| 
f 


AGRICULTURE. 97 


calculer, (c’eft le plus grand nombre) re- 
garderont la diftribution qu’on vient de 
faire , comme exagérée. Accoutumés à 
voir une multitude incroyable de petites 
Fermes ,.où vingt journaux de Terre 
fucceflivement labourés & en pâture, 
font à peine améliorés par quatre ou cinq 
journaux de mauvaifes Prairies, & par 
l’engrais de cinq ou fix têtes de bétail, 
ils’ regarderont comme une perte d'em- 
ployer près de la moitié des Terres cui- 
tivées à nourrir des beftiaux. Leur éton: 
nement ne fervira qu'à prouver l’état de 
dépériflement de notre Agriculture, -& 
la diffance où nous fommes des princi- 
pes fans lefquels ik eft impoflible de la 
rétablir. | 
Les-Fermiers ordinaires, on pourroit 
refque dire tous les Fermiers, sèment 
à peu-près deux cens livres de Froment 
par journal. Ils recueillent cinq, fix, & 
tout au plus fept cens livres pefant. C’ef 
deux & demi, trois, ou toutau plus trois 
& demi pour un , femence comprife. 
S'ils convertiffoient leurs patures en Prai- 
ries artificielles , ils. récolteroient trois 
& demi pour un dans Îes années les moins 
favorables, & année commune, quatre 
& même jufqu’à cinq pour un CR 


98 AGRICULTURE. 


déduites. (az). Ils feroient en état de 
faire des élèves, & leur bétail en aus- 
mentant, multiplieroit les moyens de fub- 
fiftance domeftique, & ces petits profits 
qui font toute l'aifance du Fermier. Ainfi 
ce feroit pour eux & pour l'Ecat un bé- 
néfice confidérable , que de Haibourer 
moins de ‘Terre, mais d’en doubler ou 
tripler la fécondité, Au refte, les Proprié- 
taires perdent infiniment plus que les Fer- 
miérs dans une mauvaife culture ; ainfi 
les premiers ont un intérêt marqué à 
faciliter aux autres les moyéns d'amé- 
Horation. Le produit de toute Terre bien 
adminiftrée, qui n'excède pas cent cin- 
auante Journaux, & qui n'eft pas au- 
deffous de cent, doit être partagé à peu 
près en trois portions ; un tiers au Pro- 
priétaire , deux tiers au Fermier pour fa 
fubfiftance, fes avances, & fes frais d’ex- 
ploitation (2). Comme la fubfiftance du 


(a) Ce qu’on dit ici furle 
ge de produit des Terres en 
retagne, ne regarde point 
celles des côtes. Le fel, les 
vales & les fables de ja mer, 
Jes Plantes marines fournif- 
fent des engrais immenfes, 
& qui ne coûtent que la pei- 
ne de les voiturer. Mais dans 
lintérieur des Terres où ces 


fecours manquent, on ne 
4 e : 
peutentrer dans le détail des 


frais & des récoltes des Fer- 
miers , fans être effrave. 

(b) Voyez le développe- 
ment de cette répartition 
dans les Notes de M. l'Abbé 
de Gua fur le Déclin du Comi- 
imerce du Chevalier Deker, 


tom. J. pag. 194. Quoique 


CO TT ET RE TE | NP. 


AGRICULTURE. 99 


Fermier & de fa famille , les frais & les 
avances d'exploitation font de la plus 
indifpenfable néceflité, il eft évidentique 
c'eft toujours fur la portion du Proprié- 
taire que tombe la diminution des pro- 
duits. H:eft vrai qu’'infenfiblement le 
Fermier confomme moins; qu'il eft plus 
mal nourri ; qu'il épargne fur les frais de 
culture ; mais ce font autant de coups 
portés aux intérêts du Propriétaire, le 
fonds de fes revenuss’anéantit par degrés, 
parce qui reçoit fon capital en reve= 
nus (a). C'eft donc pour eux-mêmes 
que travailieroient les re , en 
donnant des facilités, & même des fe- 
cours aux Fermiers pour améliorer leur 
culture. 

L'exemple de M. de la Chalotais ren- 
dra cette vérité plus frappante aux per- 
fonnes à qui les raifonnemens & les cal- 
culs ne fufäifent pas pour les déterminer. 
M. de Langle à commencé un établiffe- 
ment à peu près femblable fur la Terre 


de la Couyère, dont M. le Préfident de 


fes fubdivifions ne puiffeit approximation. Voyez aufl 
convenir par tout, & fur- lEfiai fur la nature du Com 
tout en Breragne, on peut merce de M. Canulion, 
en tirer pour ne. paysen pag. 62. A$® 

particulier des élémens fuf- (a) Voyez les Elémens du 
flans pour un réfulsat par Commerce, ‘0%. 1. p. 192, 


Gi] 


100 AGRICULTURE. 


Langle fon père eft Seigneur. Plufieurs 
autres Membres de la Société ; M. le 
Préfident de Montluc, M. le Baron de 
Pontual, M. Baudouin, excitent l’ému: 
lation dans leurs ‘Ferres par les mêmes 
moyens: ceux-ci en particulier ont don- 
né des exemples dont limitation feroit de 
la plus grande utilité au Royaume, celui 
des défrichemens & des plantations de 
bois en grand. Ces entreprifes ne peu- 
vent manquer de produire d'heureux ef- 
fets pour le rétabliffement de l’Agricul- 
ture , parce qu'elles ne font pas bornées à 
l'inftruétion muette du fuccès ; elles font 
accompagnées d'inftruétions données de 
vive voix , & ce qui eft plus efficace 
encore, de graines données gratuitement  ! 
à ceux qui ne peuvent en acheter. 

On cite ces exemples avec d'autant 
plus de plaifir, qu’ils peuvent porter les 
perfonnes riches à en donner de fembla- 
bles dans leurs Terres. C'eft, fans com- 
paraifon , le plus grand bien qu'on puifle 
faire à fes vaflaux & au public. 

Torres En expofant ce qui a été fair chez 
&NAavETS. A4, de la Chalotais pour fournir des 
nourritures fufhfantes au bétail, on a 

parlé de la culture des gros Navets. On 

n'a point voulu défigner par-là les Tur- 


* AGRICULTURE. rot! 
neps d'Angleterre. L'expérience a jufti- 
fié les conjeétures (z) de la Sociétéen 
faveur des Navets de l'Evêché de Léon: 
On en a femé dans deux journaux de 
Terre préparés avec prefqu'autant de 
foin que fi lon eût dû y femer du Fro- 
ment. Ils n'ont point été mis enrayons; 
mais quoiqu’on en eût répandu la graine 
fort clair , on en arracha une grande 
quantité, afin que ceux dont on vouloit 
profiter , fuflent au moins à neuf ou dix 
pouces les uns des autres. Il y avoit à 
peu près autant de Turneps que de gros 
Navets de Léon. Ces derniers l’empor- 
tent fenfiblement par leur diamètre & 
par leur volume. Les Turneps ont la 
figure d'un fphéroïde applati, ou d'un 
fromage de Hollande. Les gros Navets 
ont la figure d’un cône, ou d'un pain 
de fucre. Ainfi il eft aifé de concevoir 
qu'à diamètre égal, ceux-ci ont beau- 
coup plus de volume. Cette culture eft 
extrêmement lucrative. Les deux jour- 
naux dont on vient de parier, ont été 
pillés par des voifins accoutumés à arra- 
cher fans contradiction de petits Navets 


(a) Voyez le Corps d’obfervations pour les années 1757 
& 1758, pag. 84. sd à | 
G ii] 


PaTATES. 


102 AGRICULTURE. 


qui fe trouvent ordinairement dans les 
champs qui ont rapporté du Blé noir ; il y 
eft entré des beftiaux qui y ont pañlé des 
nuits entières ; cependant ce qu'on en a 
retiré a furpañlé en valeur le double d’une 
excellente récolte de Froment. On comp- 
te prendre les mefures néceffaires pour 
donner un réfultat exa@ fur cet article. Il 
fera d'autant plus intéreffant , que les Na- 
vets fuppléent les fourages pendant l'Hi- 
ver, & que le bétail ne peut avoir de 
meilleure nourriture. D'ailleurs les do- 
meftiques & les journaliers en font une 
grande confommation, & c’eft l'objet 
d'une épargne confidérable fur les fubff. 
tances ordinaires, 

Oa épargneroit encore plus, fi Fon 


cultivoit les Patates en grand. Il y en 


a de plufieurs efpèces. Celles de F'Tfle 
S. Domingue font du genre des Conso. 
yulus. Celles qu'on a cultivées chez 
M. de la Chalotais, chez M. Blanchet, 
& chez le fieur Rozaire, font d’un genre 
différent. C'eft le /o/anum tuberofum , 
efculentum. Pin, En François Patates, 
ou Trufes rouges. 

Le fieur Rozaire eft le premier qui en 
ait eu aux environs de Rennes. Il les 
plante en rayons éloignés d'environ deux 


AGRICULTURE. 103 


pieds les uns des autres, dans un bon 
terrain où il met un peu de fumier. Il 
n'a pas cru devoir tenir regitre de la 
quantité qu'il met en Terre, & de celle 
qu'il recueille; mais l’'ufage de calcu- 
ler ce que lui coûte la nourriture de fes 
domeftiques & de fes ouvriers, lui a 
fait remarquer que fa dépenfe étoit fen- 
fiblement diminuée depuis qu’il leur 
donne des Parates , & ils préférent au- 
jourd'hui cet aliment à tout autre, 

M. Blanchet a placé les fiennes dans 
un jardin dont la Terre n'eft qu'a/ez 
Bonne & d'une nature argileufe. Ce font 
fes termes, Ilena mis un feizième de boif 
feau dans trois cordes de Terre (4). Elles 
ont été plantées à trois pieds de diftance 
en tous fens les uns des autres , & à 
quatre pouces de profondeur. Chaque 
Patate fut placée fur une quantité de 
fumier, à peu près égale à ce quen 
contiendroit un chapeau. Il leur donna 
avec cet inftrument quon nomme un 
Bident , deux labours depuis la fin de 
Février qu'elles furent plantées, jufqu’au 


(a) Leboïffeau dontils’a- Terre de quatre toifes en 
git pefe foixantelivres,lorf- carré, ou un carré qui a qua- 
qu’il eft rempli de Froment. tre roifes de racine. 
La corde eft une étendue de 

G iv 


104 AGRICULTURE. 


temps où il en fit la récolte. Au premier 
labour il rabaiïffa les tiges , en les arran- 
geant horifontalement en éventail, & il 
recouvrit ces tiges de terre, ne laiffant 
au dehors que leur fommet. Lorfqu'il 
eut donné le fecond labour, le terrain 
étoit couvert de trois pieds en trois pieds 
de petits meulons femblables à de très- 
groffes taupinières. Le feizième de boif- 
feau de Patates qu’il avoit employé, lui 
a produit dix-huit bciffeaux. 

L'épreuve faite à Vern, chez M. de la 
Chalotais, n’a pas tant produit. On la 
fit dans un terrain de deux cordes & 
demie, préparé comme pour recevoir du 
Froment. Il fut divifé en rayons éloignés 
de quatre pieds. On y placa des mor- 
ceaux de la groffeur d’une chîtaigne, 
de Patates partagées, de facon que cha- 
que morceau portoit au moins un œil. 
Ils étoient éloignés d'un pied les uns des 
autres. On en employa un quart de boif- 
feau (z), & chaque morceau fut mis en 
terre à deux ou trois pouces de profon- 
deur. On ne leur donna aucune efpèce 
de culture. A la récolte on eut dix boif- 
feau de Patates. 


(a) Le boiffeau de Rennes  pefe environ quarante-cinq 
rempli de bon Froment, livres. | 


, AGRICULTURE. 10$ 


: L’ufage qu'on en fait communément, 
eft de les manger bouillies, ou cuites fous 
la cendre, comme on mange des châtai- 
gnes dans quelques Provinces de France, 
& dans quelques cantons de Bretagne. 

Lorfqu'’on les cultive en grand, on en 
donne aux vaches , aux cochons & aux 
bœufs qu'on veut engraifler. On croit 
devoir dire à cette occafion, que lorf- 
qu'on donne aux animaux pour la pre- 
mière fois, des T'urneps, des Navets, 
des Panais, des Patates, ils ne jugent 
de cés racines que par l’odorat, & il 
arrive fouvent qu'ils n’en veulent pas 
manger. Il faut alors les priver de toute 
autre nourriture, jufqu’à ce que la faim 
les force à fe contenter de celle qu’ils ont 
d'abord refufée. Ils en jugent alors par le 
goût , & dans la fuite il n’eft plus né- 
ceflaire de les fevrer d’autres alimens. 
On en a vu qui s’y étoient accoutumés 
au point de préférer ces racines cuites 
ou crues aux fourages ordinaires. 

M. Faiguet de Villeneuve , Affocié 
libre, à imaginé que les Patates pour- 
roient fervir direétement à diminuer la 
confommation annuelle des grains, & 
devenir une reffource dans les années de 
difette. Après différentes épreuves , il 


106 AGRICULTURE. 


eft parvenu à aflocier ces racines (a) à la 
farine de Seigle, à celle de Froment, & 
à trouver la proportion qu'exigeoient 
ces mélanges pour en faire de bon pain. 
Ce pain , dont M. de la Bourdonnaye, 
Procureur Général Syndic des Etats, 
plufieurs Affociés & d’autres perfonnes 
ont mangé, n'a qu'un feul défaut. C'eft 
de reffembler à ce qu'on nomme du pain 
gras-cuit; mais ce défaut n'eft fenfible 
qu'aux mains & aux yeux. C'eft un päin 
agréable au goût , & les fubftances dont 
il eft compofé , ne permettent pas de 
douter qu'il ne foit fort fain. | 

Pour difpofer les Patates à fe mêler 
avec de la farine de Froment, de Seigle, 
& même de Blé noir, on les met tremper 
dans l’eau froide pendant un demi-Jour, & 
on les remue avec un bâton pour enlever 
la terre qui peut y être attachée. On exa- 
mine enfuite chaque racine, pour rejetter 


celles qui ont des taches de pourriture. | 


On les donne au bétail. Après ce triage, 


LL JL 


(a) Les Patates ne font 
point des racines propre- 
ment dites. Ce font des tu- 
bercules attachés aux ra- 
cines propres de la Plante. 
Mais on a mieux aimé fe 
{ervx d’un terme court & 


qxe tout le monde pouvoit 
entendre, que de s’aftrein- 
dre à une précifion inutile 
dans cette occafion, &c 2 
n’eût fervi qu'à embarraîler 
l'expofition des faits. 


AGRICULTURE, 107 


on met les Parates dans de nouvelle eau, 
où elles font bien lavées, afin de les dé- 
gager de la terre & du fable qui auroient 
rélifté à la première lotion. 

On fait cuire les Patates dans de l’eau 
bien nette, Quelques bouillons fufhfent 
pour la cuiffon. On les pile dans une auge 
de bois, & on les délaye enfuite avec beau- 
coup d’eau froide ou chaude, On pañle le 
tout d'abord par une efpèce de crible, & 
enfuite par un ou deux couloirs plus fins, 
Le marc qui n’a pu pafler, ou par le cri- 
ble, ou par les couloirs, fe pile & fe pafle 
une feconde fois. Enfin on donne le der- 
nier marc au bétail ou aux volailles. 

Ce qui a pañlé par les couloirs, eft mis 
a repofer dans un ou dans plufieurs va- 
fes. Comme la quantité d’eau eft abon- 
dante, l’efpèce de farine de Patates fe 
précipite en aflez peu de temps. On 
verfe l’eau par inclination, & on la con- 
ferve , parce qu’étant chargée de parties 
farineufes , elle peut fervir pour pétrir 
le pain, pour faire de la foupe, pour 
préparer les poffors (a) du bétail, &c. 


(a) On nomme Püofflon fraîchir ou pour engraiffer 


dans quelquescantons, l’eau le bétail. On en a foumé Le 


chargée de fon , de navets, verbe Pofjonner. 
&c. dont on fe fert pour ra- 


ExGRAIS. 


108$ AGRICULTURE. 


La fubftance des Patates qui demeure aw 
fond du vafe, fe met dans des tamis plus 
ou moins ferrés, pour s'y égoutter pen- 
dant vingt-quatre heures. On fubftitue 
enfuite au tamis un fac de toile forte, 
qu’on charge d’un poids pour achever 
d'égoutter l'eau. 

Après ces préparations, il refte une ef- 
pèce de pâte. On fair le levain à l'ordinai- 
re avec la farine de Froment ou de Seigle. 
On ajoute la portion de Patates qu'on 
veut mélanger, on laifle fermenter ou le- 
ver le tout, & on fuit pour le refte, l’ufa- 
ge accoutumé pour faire du pain. 

On peut mettre Jufqu'a parties éga- 
les, de Patates avec le Froment & le 
Seigle ; mais le pain eft meilleur lorf- 
qu'on n'employe qu'une partie de Pata- 
tes fur deux parties de farine de Seiïgle, 
& fur-tout de Froment. 

M. Faiguet de Villeneuve, qui na 
perdu de vue aucune des épargnes qu'on 
peut faire en cultivant ces racines, a 
éprouvé que la pâte dont on vient de 
parler, étoit une efpèce de purée qu'on 
pouvoit employer dans la foupe. Elle 
eft certainement beaucoup moins chère 
que la purée de Pois ou de Féves. 

À quelque partie de l'Agriculture 


AGRICULTURE. 109 
és .* " . . 

qu'on s'applique , foit en grand, foit en 
petit, il eft impoflible de réuflir fans 
engrais. On ne peut donc trop s'occuper 
des moyens de s’en procurer. On l'a déja 
dit, mais on ne peut trop le redire, le 
défaut d'engrais eft fenfible dans prefque 
route la Province. Quand la Société au- 
roit pu en douter, elle en eût été con- 
vaincue par la multitude de perfonnes 
qui lui ont adreffé des queftions fur la 
façon de les augmenter, ou de les fup- 
pléer par des équivaiens. À peine étoit- 
elle inftituée, qu’elle a répandu le mé- 
moire de M. le Baron de Pontual fur 
la culture du Trèfle; elle n’a point ceflé 
d'inviter à former des Prairies artificielles. 
Elle voit avec plaifir, que bien des Cui- 
tivateurs en connoiflent le prix par leur 
expérience ; que beaucoup d'autres, 
éclairés par l'exemple , fe difpofent à 
fuivre une fi bonne route. C'eft certai- 
nement la meilleure , la plus prompte, 
la plus lucrative, puifqu’en fe procurant 
beaucoup d'engrais, on s’aflure de grands 
ue fur le bétail que nourriflent ces 
rairies. Mais comme il eft jufte de pro- 
ficer de tous les avantages de fa poñtion 
pour améliorer fes Terres, la Société 
croit devoir raffembler ici les réponfes 


110 AGRICULTURE. 


qu’elle a eu occafion de faire aux quef- 
tions qui lui ont été adreflées fur la na- 
ture & l’ufage des engrais, & fur les 
moyens de fortifier ou de fuppléer les 
fumiers. | 

Il feroit à fouhaiter que ces queftions 
fuffent réfolues pour chaque canton de la 
Province en particulier. Mais c’eftun but 
qu'on ne peut atteindre , qu'après que des 
obfervateurs aufli exaëêts que zélés auront 
déterminé d’après des expériences, la qua- 
lité & la quantité d'engrais qui donnent 
le plus de fécondité aux Terres qu’ils 
cultivent. Rien n’eft plus diverfifié que la 
nature des terrains. C’eft encore une véri- 
té qu'on ne peut trop répéter. Ce feroit 
donc induire le public en erreur, que 
de lui donner fur cette matière des rè- 
gles univerfelles. Il n'y a point d'autre 
rèole que d’obferver la nature , & de 
lui affujettir les opérations qu'on veut 
faire. | 

La Société n’a jamais prétendu réfou- 
dre que des queftions générales. A l'é- 
gard des queftions particulières, chacun 
doit en chercher la folution, foit dans 
fa propre expérience, foit dans celle des 
perfonnes intelligentes , qui ont cultivé 


D \ , 
des Terres femblables à celles qu'on veut 


AGRICULTURE. 1If 


améliorer. L’Agriculture eft peut-être de 
tous les arts celui donc les principes 
généraux fouffrent le plus d’exceptions 
dans les applications particulières qu’on 
en veut faire. 

L'argile répandue fur un champ, peur 
laméliorer pendant un certain temps 
fans le fecours du fumier , lorfque ce 
champ eft chargé d'une trop grande quan- 
tité de parties fablonneufes. Mais il faut 
que l'argile qu'on y apporte, foit incor- 
porée dans la Terre par de bons labours. 
Le fable, fi néceffaire pour divifer les 
folécules de la Terre, devient une caufe 
de ftérilité, lorfqu’il eft trop abondant. 
C'éft dans cette circonftance, qu'une 
äddition de parties argileufes rétablit la 
proportion néceffaire, pour que d’un côté 
les molécules de la Terre ne foient pas 
rapprochées au point de former un corps 


trop compaéte , & que d’un autrecôté les. 


parties de fable ne foient pas affez nom- 
bréufes pour tenir les molécules à une 
trop grande diftance les unes des autres. Il 
faut que les’ parties terreufes foiïent en- 
treténues dans un état d’ameubliffement, 
qui permette aux parties fécondantes, 


dont l’air & les météores font chargés, 


de s’yinfitrer, & aux racines & radicules 


é 


112 AGRICULTURE. 


des Plantes, de fe multiplier & de s’éten- 
dre. Les grains de fable, qu’on peut con- 
fidérer comme autant de petits coins 
qui s'infinuent entre les parties terreufes, 
font très-propres à aider les agens em- 
ployés par la nature pour la nourriture 
des végétaux: Il eft donc important de 
tenir un milieu qui n’exclue ni la quan- 
tité de parties terreufes néceflaires à une 
forte végétation, ni la quantité de par- 
ties fablonneufes propre à empêcher la 
Terre de fe rapprocher jufqu’à la cohéfion. 
Il réfulte de-là , qu’il eft poffible d'em- 
ployer trop de parties argileufes; qu’on 
peut en employer trop peu. L'une & Fau- 
tre extrémité feroit nuifible aux récol- 
tes. C’eft aux Cultivateurs à chercher un 
milieu convenable. La confiftance du 
terrain peut varier d'un champ à l’au- 
tre, & quelquefois dans le même champ. 
__ À légard de la manière de faire ufage 
de l'argile dans les terrains qui en ont 


befoin, la meilleure méthode eft de la 


mettre en petits tas, & de la laiffer expo- 
fée à toutes les impreffions de l'air pen- 
dant un an. On l’étend enfuite fur les 
terrains qui font trop graveleux, comme 
on étendroit tout autre engrais, & elle 
produit de très-bons effets. 6 
fn 


nn 7 


AGRICULTURE: 11: 

On a demandé à la Société, quelle 
pouvoit être la durée de cette efpèce 
d'engrais; ce qui rappelle une queftion 
très-importante fur laquelle les Culti- 
vateurs les plus éclairés fe font parta- 
gés. Les engrais peuvent-ils être fupplees 
par de frèquens labours ? Ceux qui le 
nient, s’appuyent fur l’ufage univerfel 
d'employer des fumiers, ou des engrais 
fofliles pour entretenir la fécondité des 
Terres. Les autres citent des expériences 
qu'ils ont faites pendant quelques années. 
S'ilétoit néceffaire de prononcer fur cette 
queftion, on pourroit dire, qu’indépen- 
damment de l'autorité que doit avoir un 
ufage aufliancien, aufli général que celui 
de fumer les Terres , il eft aifé d'apper- 
cevoir que le fyftème des nouveaux Cul- 
tivateurs rentre, plus qu'on ne penfe 
peut-être , dans celui de leurs adverfai- 
res. De fréquens labours procurent à Îa 
Terre une plus grande abondance des 
{els qu'apportent l'air , les pluies, les 
rofées , la gelée, la neige, &c. & ce 
font autant d'engrais. Mais quoique luti- 
lité de ces fecours foit connue, ileft fage 
d'attendre que l'expérience ait décidé 
jufqu'à quel point ils influent fur la vé- 
gétation, & s'ils peuvent fufñre. Il y a 


D 


114 AGRICULTURE. 


trop peu d'années qu'on cherche à fou- 
tenir la fécondité des Terres, par des 
lbours profonds & réitérés, pour qu’on 
puiffe affurer qu'il n’y a pas un terme où 
l’on s’appercevra de fon épuifement. I 
eft certain que les matières connues fous 
le nom d'engrais, entretiennent la fer- 
tilité des Terres depuis des fiècles. On 
n’a donc rien à rifauer en fuivant lan- 
cienne méthode, jufqu’'a ce qu'on ait 
obfervé précifément le nombre d'années, 
pendant lequel on peut fe borner à des 
lbours (a). 

Ce qu’on vient de dire par rapport à 
l'argile, s’applique naturellement au fa- 
ble commun. Il n’y a de différence dans 
l’'ufage, qu’en ce que le fable peut fe 
répandre dès qu’on veut ouvrir la Terre 
à la charrue ; au lieu que largile doit 
être mifeen tas pendant un an avant de 
l'employer comme engrais. On peut 


auffi employer fur le champ le fable de | 


(a) L’utilité des labours fré- 
quensétoit en grande recom- 
mandation parmi les An- 
ciens, fmais ils y joignoient 
les engrais. Quid eft agrum 
benécolere? Benéarare.Quid 
fecundum ?  Arare. Tertid 
ftercorare, Cat. $.61.Pline, 
qui fait mention de ces pré= 


ceptes de Caton, ne les rap- 
porte pas avec exactitude. Il 
dit : kr arando magnoperè 
fervandum eft Catonis ora- 
culum : quid eft primum? 
Agrum bené colere. Quid fe- 
cundum ? Benë arare. Quid 
tertium ? Stercorare. Voyez 
Pline, liv. 18. chap. 19. 


_— 


AGRICULTURE, 116 


er. Mais on croit devoir ajouter, par 
rapport à cette dernière efpèce de fable, 
une obfervation qui peut être de quelque 
conféquence pour le bien de certains 
cantons de Bretagne. 

Il faut confidérer deux chofes très- 
diftinétes dans le fable de mer. L'une eft 
le fable proprement dit. Il ne contri- 
bue à la fécondité des Terres , qu'en 
divifant leurs molécules. Ileft ftérile par 
lui-même , comme les fables fofliles qui 
feroient bien purgés de parties terreufes. 
L'autre eft le fel marin dontileft char- 
gé, & les parties bitumineufes que la 
mer y a dépofées. Ce fel & ce bitume 
font de très-bons engrais. Mais il ne faut 
pas perdre de vue, que ces engrais s’épui- 
fent, & qu'après avoir été éemportés par 
les végétaux qui en ont été nourris, par 
les pluies, &c. le fable proprement dit 
refte dans la terre, & y refte feul. Il 
doit donc arriver, qu’en répétant pendant 
long-temps l’ufage du fable de mer, le 
terrain fe trouve enfin furchargé d’une 
trop grandequantité de parties fablonneu- 
fes. Si l’on étoit parvenu à ce terme, il 
deviendroit indifpenfable d’apporter de 
l'argile dans les champs qu’on a cultivés 
uniquement & trop long-temps avec 


H iï 


116 AGRICULTURE. 


de fable de mer. Sans cette attention, il 
arriveroit néceffairement que les ter- : 
rains qui font aujourd’hui dans un état 
de proportion parfaite entre la fomme 
des parties terreufes & la fomme des par- 
ties fablonneufes, feroient frappés de fté- 
rilité par la furabondance de fable qu’y 
auroitapporté annuellement cette efpèce 
d'engrais. I feroit donc prudent d’éloi- 
gner le plus qu’il feroit poflible ce terme 
prefqu'inévitable, en fubftituant quel- 
quefois des fumiers, des gouefmons, ou 
d'autres végétaux pourris & volumineux, 
au fable de mer. Le mieux feroit d’appor- 
ter de temps en temps fur les terrains qui 
fe trouveroient dans cet état, quelques 
tombereaux d'argile ou de glaife, afin 
d'empêcher le fable de prédominer. 

Il n’eft peut-être pas inutile de faire 
obferver qu'il y a des fables tirés de la 
mer, auxquels fe font mêlés des débris 
de coquillages. Ces fables font fans com- 
paraifon les meiileurs , parce que ces dé:- 
bris s’attenuent toujours de plus en plus, 
& fe convertiffent en parties terreufes. 
C’eft une marne imparfaite. Quoique ce 
mélange fe foit formé dans la mer, on 
ne doit pas le confondre avec le fable de 
uier proprement dit. 


* AGRICULTURE. 117 

La Société fuppofe qu’en général cinq 
quintaux de fel marin doivent fufire 
pour engraiffer un Journal, parce qu’elle 
croit que M. Pattullo (a) n’a donné 
cette règle que comme un réfultat d’ex- 
périences bien fuivies, bien obfervées. 
Mais on doit fentir que plufieurs cir- 
conftances peuvent exiger qu'on ajoute 
aux cinq quintaux , OU qu on en retran- 
che-quelque chofe , & qu'elles doivent 
engager les Cultivateurs à fe fervir de 
cet engrais plus ou moins fouvent. Le 
fel fe conferve plus long-temps dans un 
terrain fec que dans un terrain humide. 
S'il étoit fort en pente & dans un canton 
pluvieux, il feroit emporté plus prompte- 
ment. On doit donc confulter l’expé- 
rience, & obferver attentivement ce que 
la nature du fol & fon expofition doivent 
porter à faire ou à fupprimer. 

C'eft ici l’occafion d'attaquer le pré- 
jugé de beaucoup de perfonnes qui dé- 
crient l’ufage du fel marin, fous prétexte, 
dit-on , qu'il amaigrir les Terres. La 
preuve qu'onen donne communément eft 
que, quand on a commencé à les fumer 
avec du fel, il faut continuer ce même 


(2) Voyez Efai fur l'amélioration des Terres, p. 19. 
H ii 


118 AÆGRTCLVLTABE 


engrais, fans quoi les Terres deviennent 
ftériles. Mais on ne fonge point que cette 
objeétion s’étendroit à tous les engrais ; 
on n’en connoît aucun qui foit éternel. 
Il faut en porter continuellement de 
nouveaux, pour empêcher Îa ftérilité de 
la plupart des Terres. Il feroit d'autant 
plus dangereux que ce préjugé s'étendie, 

u’on feroit privé d’un engrais très-bon, 
qu'il eft aifé de fe procurer en Bretagne, 
& qui eft fans comparaifon à meilleur 
marché que les fumiers. 

Le fel a d’ailleurs une propriété admi- 
rable , lorfqu’on en met dans les fumiers 
ordinaires ; il fait périr les germes des 
mauvaifes herbes qui font ou dans les 
excrémens des animaux, ou dans les Plan: 
tes qu'on a employées en litières. 

L'eau de mer feroit certainement un 
très-bon engrais, & on ne doit pas dou- 
ter qu'elle ne contribuât à fertilifer les 
Terres, foit par des arrofemens , (fup- 
pofé qu'onvoulût en faire la dépenfe) foit 
en pénétrant des fumiers ou des monceaux 
de terre, du fel, & fur-tout des parties 
bitumineufes qu’elle tient en diffolution. 
La quantité qui feroit néceffaire ne peut 
être fixée que d’après des expériences. 
IL faudroit plus ou moins d’eau de mer 


. AGRICULTURE. 119 


felon la différence des terrains. On croit 
devoir ajouter que les leflives de fel ma- 
rin étant un remède contre la maladie 
des blés, qu’on nomme Welle, Charbon, 
ou Cürie, il y a beaucoup d'apparence 
que le fel & l’eau de mer employés com- 
me engrais, contribueroient à diminuer 
le nombre des épis corrompus. À l'égard 
des vafes tirées de la mer, elles ne con- 
viennent que dans des Terres légères. On 
prétend même qu’elles demandent quel- 
ques précautions. Il s’en trouve qui font 
nuifibles aux végétaux. 

- Les vafes d'étang ou de rivières peu- 
vent auffi fuppléer les fumiers. Mais on 
n’en doit pas faire ufage indiftinétement 
dans toutes forces de terrains. Elies aug- 
menterdient, parexemple, la tenacité des 
Terres vifqueufes , & par conféquent 
nuiroient aux récoltes. 

La chaux eft très-propre à améliorer 
les Terres. Il faut l'employer fans létein- 
dre. On doit fe contenter de l’expofer à 
l'air pendant quelques jours, par petits 
tas, & de la recouvrir d’un peu de terre. 
C’eft cequ’onappelle eéseirdre la chaux & 
Z'air. Il eft impoffible de fixer en quelle 
quantité elle doit être employée. Cela dé- 
pend de deux obfervations préliminaires 

À iv 


120 AGRICULTURE. 
qui varient à l’infini: l’une, furlanature de 
la Terre à laquelle on veut appliquer cet 
engrais; l’autre, fur la qualité de la chaux 
qu'on employe. La chaux eft plus ou 
moins forte, plus ou moins aétive, felon 
Fefpèce des pierres ou des matières qu’on 
a caicinées. Il eft donc néceflaire d’en 
employer plus ou moins, & par confé- 
quent de l’éprouver. Cet engrais bien 
difpenfé peut durer fept ou huit années. 
On fait ufage de cendres leflivées pour 
engraifler les Terres dans quelques en- 
droits de l'Evêché de Rennes. Ces T'erres 
font d'abord chargées en Blé noir, enfuite 
en Froment ou en Seigle, & enfin en Orge 
ou en Avoine. Ainfi on ne peut douter 
que cet engrais ne foit favorable à toutes 
ces efpèces de grains. A l’égard de la quan- 
tité, elle dépend, comme pour tous les 
autres engrais, de la qualité des terrains. 
Voilà les réponfes les plus précifes que 
la Société püt faire aux queftions qui lui 
ont été adreflées fur les moyens de fup- 
pléer les fumiers. Elle a toujours ajouté, 
& elle ne peut trop en avertir, qu'il eft 
effentiel d'examiner avec beaucoup d’at- 
tention & d’exaétitude la nature du ter- 
rain qu'on veut cultiver. Sans ce prélimi- 
naire , les changemens qu'on voudrait 


* AGRICULTURE. 121 


faire aux ufages, ou fi l’on veut aux 
routines des Laboureurs, fe réduiroient 
à des épreuves continuelles, & prefque 
fans fruit. Mais lorfque le terrain eft bien 
connu, on peut avec une théorie éclairée 
juger fans méprife des changemens qu'on 
doit faire aux méthodes ufitées dans un 
canton. Il ne faut alors qu'un petit nom- 
bre d’effais pour déterminer en quelle 
quantité on doit employer lefpèce d’en- 
grais dont on croit devoir faire ufage 
dans tel ou tel cas. Ce feroit une grande 
erreur que de croire que tout ce qui fert 
d'engrais convient à toute efpèce de T'er- 
re, ou que dans toute Terre on doit ré- 
pandre une égale quantité d'engrais. 
Tout le monde fait que la fiente des 
pigeons & des volailles fertilifent plus 
les Terres que les fumiers des écuries 
& des étables. On fait aufli que les os, 
les cornes, les poils, les rognures des 
étoffes de laine font très-favorables aux 
végétaux. Mais perfonne n’ignore qu'il 
feroit impoffible d'en rafflembler une affez 
grande quantité pour améliorer la plus 
petite Ferme. Ce font donc les engrais 
qui peuvent s'appliquer en grand, qu'on 
doit principalement chercher à procurer 
aux Agriculteurs, Tous ceux dont on 


122 AGRICULTURE. 


vient de parler font utiles, & peuvene 
devenir néceflaires aux perfonnes à qui 
les autres manquent abfolument. Mais la 
Société cft perfuadée qu’on doit toujours 
donner la préférence aux engrais volu- 
mineux , c'eft-à-dire aux fumiers des 
écuries & des étables (a). | 
On a éprouvé que le fumier des che- 
vaux & des moutons eft le meilleur pour 
les Terres où l'argile domine; celui des 
bœufs & des vaches convient mieux 
dans les Terres fablonneufes. Ce ne font 
pas ces qualités qu’on envifage ici. On 
confidère les Terres & les engrais d’une 
manière plus générale. 
Quoiqu'onignore la caufe qui rendles 
engrais fécondans , & que l'effet qu'ils 
produifent paroiïffe dépendre de la réu- 


(a) L’Ajonc & la Bruyère 
mis en tas dans les bafles- 
cours, dans les chemins 
creux, &c. fervent d’engrais 
dans plufieurs cantons de la 
Province. Cet engrais, qui 
devient cher par le grand 
nombre de journées d'Ou- 
vriers & par les frais de tranf 
port, eft très-foible. Le plus 

rand effet qu’il produit eft 


“R foulever les Terres lour- 


des. Dans d’autres endroits 


on met en tas des feuilles 


qu'on ramafle à la fin de 
lJAutomne dans des bois 
taillis. Cet engrais eft préfé- 


rable à celui dont on vient 


de parler; mais on croit de- 
voir avertir que par-là on 
fait un tort confidérable aux 
bois, qui , ne pouvant être nt 
Jabourés, ni fumés, ont be- 


foin, pour profpérer, de l'en 


grais que la nature leur a 
ménagé par la chute de leurs 
feuilles. 


cie 


' 
F 
Nr. 


* AGRICULTURE. 123 


nion de plufieurs caufes, on fait du moins 
que les végétaux profpèrent par le fe- 
cours de certains agens. Or on trouve 
dans les engrais volumineux plufieurs 
propriétés qui doivent les faire préférer 
dans les cas qui fe rencontrent le plus 
fréquemment. : 

Leur volume feul eft un amendement 
pour les Terres. Ils foulèvent & divifent 
celles qui font trop vifqueufes. C’eft aider 
à leur fécondité,que d’en féparer les molé- 
cules qui fe font rapprochées & durcies, 
puifque ce rapprochement & cette dure- 
té empêcheroient les racines des Plantes 
de s'étendre, & de porter aux tiges une 
aflez grande quantité de fubftance. Ces 
mêmes engrais, en fe plaçant entre les 
corpufcules roides & défunis qui abon- 
dent dans les Terres trop légères, y font 
la fontion des parties terreufes, & par 
conféquent donnent plus de confifiance 
au terrain. 

Ces engrais, compofés d’un amas de vé- 
gétaux & d'excrémens d'animaux, con- 
tiennent plufieurs moyens de fermenta- 
tion, & excitent par-là, dans le fein même 
de la Terre, de petits éboulemens qu’on 

eut regarder comme autant de petits la- 
tre intérieurs, qui s’opérant fucceffi- 


124 AGRICULTURE. 


vement & par parties, entretiénnènt la 
Terre dans cet état d'ameubliffement qui 
eft fi favorable à la végétation. | 
D'ailleurs, on doit confidérer que les 
végétaux qui ne font ni entiers, ni tota- 
lement décompofés, fe chargent d’une 
aflez grande quantité d'eau, & la confer- 
vent aflez long-temps. Les fumiers font 
remplis de parties végétales, non-feule- 
ment à caufe des Pailles, des Ajoncs, des 
Genêts, &c. qui font employés en litiè= 
res, mais encore parce que l’organifation 
des fourages verds ou fecs qui nourrif- 
fent le bétail, n’eft pas à beaucoup près 
détruite par la digeftion. On retrouve 
une multitude de parties fibreufes jufque 
dans les fumiers bien confommés. Ces 
parties fibreufes, aidées par les fels des 
Plantes qu'a développés la putréfattion, 
{ont autant de fiphons propres à attirer 
l’humidité & à la conferver dans la Terre. 
On n’a pas befoin de grandes connoïffan- 
ces en Phyfique, pour fentir que cette 
portion d'humidité, également éloignée 
& de la fécherefle & de l'abreuvement, 
eft à la fois une fource de fécondité pour 
les Terres, & un véhicule propre à por- 
ter la nourriture dans les végétaux. 
Dans le nombre des engrais volumi- 


. AGRICULTURE. 126 
neux, il femble qu’on doit diftinguer 
ceux que fournifient les animaux nour- 
ris avec du Trèfle ou de la Luzerne, 
parce qu'ils peuvent être répandus beau- 
coup plutôt que les autres, & par con- 
féquent lorfqu’ils font plus chauds. Ce 
font principalement les graines des mau- 
vaifes herbes dont les fumiers ordinaires 
font remplis, qui obligent à les laiffer fe 
confommer. On a le plus grand intérêt 
à donner à ces graines Le temps de périr, 
pour les empêcher de germer avec les 
grains. L'opération de farcler ne détruit 
pas à beaucoup près toutes ces mauvaifes 
herbes ; & quand on pourroit parvenir à 
les détruire, ne feroit-ce pas un grand 

rofit pour les Laboureurs, que l'épargne 
du falaire des Sarcleufes, ou du temps 
qu'ils employent à farcler eux-mêmes 
avec leur famille ? Ce profit feroit cer- 
tain, fi le bétail n’étoit nourri qu'avec 
des fourages artificiels. 
On ne peut fe flatter que les fumiers 
provenant des Trèfles & des Luzernes, 
foient d’abord entièrement purgés de 


toute mauvaife graine. Les Plantes inu- 


tiles ou dangereufes s’introduifent par 
tout fans culture, & profitent de celle 
qu'on donne aux bonnes Plantes, Mais il 


mnt quatres héteméééttengttieneertne 


à 2 em 


| 
| 
| 


126 AGRICULTURE, 


eft certain que le nombre en feroit con- 
fidérablement diminué, & qu'on parvien- 
droit peut-être à les détruire totalement. 
On pourroit donc fans danger répandre 
des fumiers nouveaux, & ce feroit un 
objet d'économie, parce que les fumiers 
très-chauds peuvent, ou plutôt doivent 
être difpenfés en moindre quantité. 

On n'ignore pas que dans les fumiers 
de cette efpèce, la putréfaétion n'étant 
pas fort avancée, les huiles & les fels 
font beaucoup plusfixes, ou, ce qui re- 
vient au même, beaucoup moins déve- 
loppés, & par conféquent moins aétifs. 
Mais il y a plus que de l'apparence que 
la putréfaétion fe fait dans les Terres 
comme elle fe feroit faite dans les baffe- 
cours; c’eft peut-être même un avantage 
que ce foit dans le fein de la Terre que 
cette opération s'achève, parce qu’elle 
eft accompagnée d'un mouvement intef- 
tin dont les végétaux profitent, & que 
d’ailleurs on conferve une portion coni- 
dérable des huiles & des fels que la pu- 
tréfaétion rend volatils, & qui par con- 
féquent font perdus pour PAgriculture. 

Les fumiersontunautreinconvénient, 
celui d’être remplis des œufs, ou des 
vers, d'où fortent une multitude d'in- 


- 22 


e.- D n, 


AGRICULTURE. 127 


fetes nuifibles. On ne connoît aucun re- 
mède à ce mal. Si on pouvoit trouver des 
moyens faciles de le prévenir, les engrais 
formés du produit des Prairies artificielles 
feroient à tous égards, & par toutes for- 
tes deraifons, fupérieurs à tous lesengrais 
volumineux. 

La Société ne peut trop inviter Îles 
perfonnes qui voudrontapprofondir cette 
partie de l'Agriculture, à lui faire part du 
réfultat des expériences qu’elles auront 
faites. Ce n’eft que par des réfultats tirés 
de différens endroits de la Province, qu’on 
peut efpérer d'avoir des règles & fur la 
partie des engrais, & fur les autres bran- 
ches de la culture des Terres. 

Ceux qui demandent des inftructions 
fur PAgriculture, & ceux qui défirent 
d'en donner d'utiles, éprouvent le même 
embarras par rapport aux expreflions dont 
ils fe fervent On ne dit point aflez, en 
aflurant que les différentes natures des 
Terres ne font pas fuffifamment connues ; 
on doit ajouter qu’il n'y a point de termes 
propres pour défigner celles qu'on con- 
noit le moins mal, Ces expreflions , T'er- 
res pefantes, Terres /egères , Terres me- 
diocres , Terres grafles, &c. ne préfen- 
tent auçune idée nette, On n'eft guère 


1238 AGRICULTURE. 


plus inftruit fur l’ufage qu’on doit faire 
des terrains défignés par ces mots, qu’on 
ne feroit inftruit de l’emploi qu’on pour- 
roit faire de matières qui feroient in- 
diquées fous le nom de Corps pefant, 
Corps leger. 

La Société, qui fent, pour ainfi dire, 
à chaque inftant l’impoflibilité d’enten- 
dre diftinétement ce qu'on lui écrit, & 
de faire entendre, fans méprife, ce qu’elle 
écrit aux perfonnes qui lui font l’hon- 
neur de {a confuiter, s’eft engagée dans 
des recherches fur les moyens de diftin- 
guer chaque efpèce de Terre par un ca- 
ractère abfolu. Son but feroit de parve- 
nir, s’il eft poflible, à les indiquer d'une 
façon qui écartât, au moins, une païtie 
des équivoques qui obfcurcifflent cette 
matière. Elle à commencé par raffembler 
ce qu'ont donné fur cette matière les 
Auteurs d'Agriculture , anciens & mo- 
dernes. Ces préliminaires n’ont répandu 
aucune lumière fur cet article. On a 
pris enfuite le parti d'étudier les Terres 
en elles-mêmes, de les foumettre à dif 
férentes épreuves , pour tâcher de faifir 
entrelles un terme de comparaifon. Ce 
travail n’a conduit qu'à fentir de plus en 
plus l'extrême difficulté de fixer à cet 

égar 


à AGRICULTURE, 129 
égard des principes, on ne dirà pas in- 
variables, mais à peu près certains: La 
Société ne fe rebute point par l’inutilité 
du travail qu’elle a fait jufqu'ici. Elle 
eft perfuadée que la perfévérance fera 
découvrir quelque voie qui conduira au 
terme qu’elle délire. Cette découverte, 
car c'en feroit une, eft fi importante 
pour l'Agriculture, qu’elle mérite Pat- 
tention & l'application de toutes les per 
fonnés qui aiment le bien public. Plus if 
y aura d'Obfervateurs occupés à chercher 
les moyens de défigner fpécifiquement 
chaque efpèce de 1 erre, plus lon doit 
éfpérer de déchirer enfin le voile qui 
nous dérobe une connoiffance fi nécef- 
faire. La Société fera , fans doute, aidée 
dans ce travail par les citoyens que leur 
amour pour l'Agriculture, leurs connoif 
fances en Phyfique, & fur-tout en Chi- 
mie, mettent à portée de fe livrer à ces 
recherches avec quelque efpérañce de 
Tuccès. - | | 

On ne s’appefantira point fur l'utilité, 
ou mème fur la néceflité de ne pas per- 
dre cêt objet de vue. Les Terres ne font 
univerfellement les mêmes dans aucun 

ays. Del cette divifion générale en 
Ras légères, ou pefantes; bonnes, 


130 AGRICULTURE. 


mauvaifes, ou médiocres. Divifion qui 
n’exprime la relation des Terres entr’el- 


les que pour chaque canton en particu- 


lier, fans établir, comme le bien de 
FAgriculture le demanderoit, la relation 
des Terres d'un canton à l’autre, ou pour 
mieux dire, larelation des Terres de tous 
les pays, Il eft aifé. de fencir le défavan- 
tase qui en réfulte. pour une: Province 
quia des befoins fi preffans fur PAgricul- 
ture, & tant d'intérêt à profiter des dé- 
couvertes qui ont été faites fur un art 
fi néceffaire & fipeu connu. "7 
_ Si l'on avoit des connciffances exac- 
tes fur la nature des Terres, il y auroit 
lieu d’efpérer qu'on'parviendroit à décou- 
rir le principe de leur-fécondité. Le 
lien qui eft entre ce principe & l’a&ion 
que les engrais lui donnent ou en recoi- 
vent , fe montreroit peut-être. Alors l’A- 
griculture feroit dégagée de cette com- 
plication qui rend aujourd'hui cet Art 
fi difficile. Les anciens & les modernes 
qui ont écrit fur l'Agriculture, n’ont 
porté aucune lumière dans ce chaos. En 
forte que le fecret de la nature eft auffi 
caché (a), que fi les hommes n’avoient 


(a) On peut cependant tion fur la caufe de Ja ferti- 


Ure avec fruis la Differta- lité des Terres, par M: Kul- 


« AGRICULTURE. 131 


eu aucun intérêt à le lui arracher. Ce 
ne font ni des Laboureurs, ni même des 
Amateurs d'Agriculture pratique, qui 
feront une découverte fi importante: 
Elle demande des perfonnes verfées dans 
la Phyfique, dans la Chimie, & qui 
ayent l'efprit d’obfervation & d’expérien: 
ce ; difpofitions infiniment plus rares 
qu'on ne croit. Si leurs recherchesétoient 
fuivies de fuccès, la pratique qui fufhra 
toujours aux Laboureurs, découleroit 
tout naturellement de la théorie favante 
qui auroit développé Île principe de Ia 
nature, comme l’Art du Pilote a découlé 
des découvertes les plus tranfcendantes 
de l’Aftronomie & de l'Algèbre appli- 
quée à la Géométrie. 

En attendant qu’une lumière fi pure 
vienne éclairer nos campagnes, il ef 
raifonnable de profiter des obfervations 
qui ont été faites pour établir des divi- 
fions un peu plus exaltes entre les diffé- 


bel , Médecin duRoi de Po- pèce de Terre grafle, onc- 


logne à la fortereffe de Ko- 
nigftein. Elle à remporté le 
prix à l’Académie de Bor- 
deaux en 1741. M. Kuibel, 
d’après des expériences & 
des M à , prétend 
que la vraie caufe dela fer- 
tiliré de Ja Terre eft une ef- 


tueufe & foiuble; & que les 
Terres dans lefquelles elle 
eft plus abondante, produi- 
fent auffi plus d’Arbres, de 
Plantes, &c. avec le fecours 
du foleil , des piuies & de la 
culture. 


Ii 


132 AGRICULTURE. 


rentes natures des Terres. On s’en eft 
tenu pendant trop long-temps à parler 
de Terres fortes & de Terres Zegêres; 
défignation inintelligible , & qui n'a ac- 
quis aucun degré de clarté, en établiffant 
par ces mots, Terres moyennes , un mi- 
lieu aufli indéterminé que les extrémités 
qu'il fépare. 

M. Pattullo a préfenté fur ce fu jet des 
idées plus claires; en défignant les Terres 
par la proportion des parties argileufes, 
& des parties fablonneufes qui les com- 

ofent. Il appelle Terres fortes, celles où 
Pargile domine ; Terres légères, celles 
où le nombre de parties de fable lem= 
porte ; enfin Terres moyennes, un mé= 
lange quelconque d'argile & de fable ou 
de gravier. Il indique les matières dont 
le mélange eft propre à l'amélioration 
de ces différentes efpèces. D’où l’on peut 
tirer cette conféquence , que la Terre 


qu’on rendroit le plus aifément fertile , 


feroit celle où l'argile & le fable feroient 
dans la proportion la plus convenable à 
la végétation. Malheureufement cette 
proportion eft encore inconnue. 
Seroit:ce faire un pas de plus dans 
cette carrière , que de ne pas borner les 
Terres primitives à l’argile & au fable ? 


RD fsb” e 


. AGRICULTURE, 133 
Une expérience prefque générale ne con- 
duit-elle pas à y joindre la Terre calcaire? 
Ce font en effet les élémens qui confti- 


tuent la plupart des Terres que fertilifent 


les engrais & la culture ; & on peut fe 
rendre compte, jufqu’à un certain point, 
des bons eïfets que doit produire leur 
réunion. 

Ces trois corps font fenfiblement d’une 
nature différente. L'’Argile eft vifqueufe, 
grafle au toucher. Elle fe divife prompte- 
ment dans l'eau , & en parties très-fines. 
Elle côntient une humeur onétueufe qui 
lui eft propre, que le feu lui enlève, & 
qu'on ne peut lui rendre enfuite. Elle ne 
fait point effervefcence avec les acides. 
Elle devient rouge & très-dure dans 
le feu. Dans cet état elle donne des 
étincelles lorfqu’elle eft frappée avec 
l'acier. 

La Terre calcaire n’a aucune de ces 
qualités, & elle en a de contraires, com- 
me celle de fermenter avec les acides, 
& dêtre diffoute par leur aétion. Elle 
fe trouve prefque toujours mêlée avec 
des parties de fable , qui ne participent 
ni à la fermentation ni à la diflolution 
caufées par les acides. 

Le Sable eft un corps dur, vitrifiable, 

Ti] 


(A 


154 AGRICULTURE: 
ftérile par lui-même, qui rte reçoit point 
d'humidité. 

Ces corps féparés font incapables de 
procurer le développement des germes 
des végétaux. L'argile qui femble y être 
plus difpofée que les autres, feroit auf 
ftérile, fi elle étoit parfaitement pure. 
Mais leur mélange conftitue toutes les 
Terres où s’opère la végétation , fans en 
excepter Île terreau , que toutes fortes 
de raifons doivent empêcher de ranger 
parmi les Terres primitives. Ce mélange 
doit être dans une proportion qui n'eft pas 
connue, mais qui foit telle que lesengrais 
agiffent le plus puiffamment qu'il eft pof- 
fible, foit par eux-mêmes, en recevant de 
Ja terre, de l'air & de l’eau, les moyens de 
nourrir les végétaux; foit comme véhi- 
cules , en mettant en ation les prin- 
cipes fécondans de l’air, de l’eau, de la 
terre. 

Quoiqu'on ignore Îa nature, & pour 


ainfi dire le fiége de ces principes fécon- 


dans, on peut fe rendre raifon de la né- 
ceflité du mélange des Terres primitives 
pour écarter la ftérilité. L’extrême vifco- 
fité de l'argile ne permet pas aux racines 
de s’y déployer, ou même d’y pénétrer. 
Elle n'eft pas moins impénétrable aux 


7, Dani 


it 


Ds or 


AGRICULTURE. 43 


eaux plüviales, aux rofées, &c. La Terre 
calcaire, & plus encore le fable, laiffe- 
roient un libre paflage aux racines ; mais 
faute de fubftance nutritive , elles s’y 
deffécheroient au lieu de s'y étendre. Le 
mélange remédie affez clairement à ces 
inconvéniens. 

La vifcofité, la ténacité de l'argile 
eft détruite par le fable qui s'interpo- 
fe entre les molécules argileufes. Alors 
l'argile peut recevoir l'eau par les in- 
terftices qu’entretiennent les parties de 
fable, D'un autre côté, elle peut la con 
ferver après l'avoir reçue, ( ce que le fa- 
ble ne feroit pas) parce qu'elle eft fuf- 
ceptible de sonflement, & que la ténuité 
de fes parties empêche l’eau de s’échap- 
per. Les racines profitent des pañages que 
le fable leur a ouverts, & de l’humidité 
que confervent les molécules argileufes. 
A l'égard de la Terre calcaire, on ne peut 
aflurer que toute Terre en contienne; 
mais lorfqu’elle entre dans ie mélange, 
elle agit d'abord comme fable, en foule- 
vant & en divifant les parties argileufes: 
elle agit enfuite par un principe qui lui 
eft propre , & dont l'effet eft d'attirer 
l'eau répandue dans l'air, & l'acide, tant 
univerfel que particulier, renfermé par 

Liv 


136 AGRICULTURE. 


tout dans la Terre (a). Les Terres cal- 
caires, comme on fa dit, ne peuvent 
être attaquées par des acides , fans don- 
ner lieu à une effervefcence. Quoique ce 
phénomène s'exécute en petit, & loin de 
nos yeux, il n’en réfulte pas moins une 
divifion dans les molécules argileufes, 
& par conféquent un ameublifflement qui 
favorife la végétation. 

Si cette théorie eft fondée, on apper- 
cevra aifément de quelle importance il 
feroit pour l'Agriculture de rapprocher 
les Terres qu’on cultive, de ce point de 
mélange inconnu, mais qui n’en eft pas 
moins néceffaire pour obtenir de riches 
récoltes. C’eft un préliminaire qui paroit 
indifpenfable , quoiqu'il ne puiffe être 
rempli qu'en tâtonnant. M. Pattullo a 
donc donné un confeil très -important 
aux Agriculteurs, lorfqu’il a dit qu'il fal- 


loit ameublir les Terres argileufes, en y : 


apportant du fable, & donner plus de 
confiftance aux Terres fablonneufes, en 
y apportant de l'argile. Il n’a pas propofé 
cette pratique comme une découverte 
qu'il eût faite. Il en a vu le fuccès en 
Angleterre, & il a défiré que la France 
en proftat. C'eft donc entrer dans fes 


= 


———————— ———, 
(g) Voyez la Litogéognofie de M.Pott, part. z.p. 72. 


és Éd nl SE à di 7 


. AGRICULTURE. 37 
vues, que de faire voir par l’ancieñneté 
de cette pratique, qu'elle mérite toute 
l'attention des Agriculteurs. 

Elle étoit connue en France long- 
temps avant que les Anglois euffent une 
Agriculture aflez fupérieure pour fervir 
de modèle aux autres Nations. Elle eft 
recommandée dans le Tzeätre d’Agri- 
culture de Deferres, qui fut imprimé 
pour la première fois en 1600. Peut-être 
même cet Ouvrage a-t-il fervi de guide 
aux Anglois fur cet article & fur plu- 
fieurs autres. Ils ont emprunté bien des 
principes & des procédés , avant qu'ils 
euflent acquis la réputation d’être les 
plus favans Agriculteurs théoriques & 
pratiques de l'Europe. Au refte, on peut 
foupconner que Deferres lui-même n’é- 
toit dans cette occafion qu’un Compila- 
teur intelligent des Anciens; & c’eft une 
raifon de plus pour regarder le mélange 
des Terres comme un excellent moyen 
de les améliorer. 

Columelle dit expreffément, que fon 
oncle, dont il parle comme d’un très- 
favant & très-vigilant Agriculteur, obte- 
noit d'excellentes récoltes, en répandant 
de l'argile dans les rerrains trop chargés 
de fable, & du fable dans les terrains 


1:35 


AGRICULTURE, 
argileux ou trop vifqueux (a). Pline, qui 


défapprouve cette méthode (4), devient 

ar-là même un témoin qu’elle étoit pra- 
tiquée. D'ailleurs, comme le remarque 
Agricola (c), limprobation de Pline re- 
rombe ici fur lui-même, puifqu'il loue 
ailleurs l’'ufage dont il s’agit. On peut 
donc fuivre avec une entière confiance le 


confeil de M. Pattullo. 


La Société croit ne pouvoir mieux 


(a) Si tamen nullum ge- 
nus ftercoris fuppetet, ei 
multum  proderit  fecifle 
quod M. Columellam pa- 
truum meum, doétiflimum 
& diligentuifimum Agrico- 
lam , fæpè numero ufurpafle 
memorià repeto , ut fabulo- 
fis locis cretam ingereret ; 
cretofis ac nimium denfis, 
fabulum. Atque ita non fo- 
lum fegetes Iætas excitaret, 
verum etiam pulcherrimas 
vineas efficeret. Colum. lib. 
2. Cap. T6. 

On a traduit le mot Cre- 
ta par Argile, parce que les 

nciens, qui n’étoient pas 
Chimiftes, donnent fouvent 
le même nom à des corps de 
nature très - différente. En 
voici un exemple pour la 
craie même : Creta, quam 
argillam dicimus , dit Palla- 
dius, lib. I. tit. 34. 

(b) Terram etiam terra 


emendari ( ut aliqui pæci- 
piunt) fuper tenuem pingui 
injectà , aut gracili bibulà- 
que fuper humidum ac præ- 
pinguem , dementia operæ 
eft. Quid enim poteit fpera- 
re qui talem colit? Pln. lib. 
T7: LEE: 

(c) Agricola objete à 
Pline ce quedit celui-ci dans 
le fixième chapitre du dix- 
feptième livre, par rapport 
au bon ufage que font de la 
marne les Anglois & les 
François pour fertilifer les 
Terres. Il lui objecte aufli 


ces expreflions du huitième : 


chapitre du même livre. 
Utios gentium folos no- 
vimus ; qui fertiliffimum 
agrum colentes , quäcunque 
terré infra tres pedes effof- 
Ja , & pedali crafitudine in- 
Jeélà lætificent. Voyez Agri- 
cola, de Naturâ fofilium ; 
Liv. 2.chap. 10. 


AGRICULTURE, 139 
terminer ce qui concerne les engrais, 
qu'en confirmant ce qu'elle a publié fur 
la pratique d’enterrer ie Blé noir (a). Il 
eft certain qu’elle améliore confidérable- 
ment les Terres, & que de tous les en- 
grais c’eft le moins cher. Il eft d’ailleurs 
volumineux, & il a de plus l'avantage de 
ne pas multiplier les mauvaifes herbes. 

Les Anciens fe fervoient d'un moyen 
à peu près femblable, pour fuppléer les 
fumiers proprement dits, Ils femoient des 


Lupins (&), des Féves, de la Fefce, fans 


(a) Voyez le Corps d’ob- 
fervations pour les années 
1757 & 1758,pag. 173. 

e qu’on nomme Blé noir 
en Bretagne, & S'arra/in dans 
d’autres Provinces, eft le Fa- 
gopyrum vulgare fcandens. 

(b) Quæ fesetem fterco- 
rent fruges. Lupinum, faba, 
vicia. Cat. 4. 37. 

Quædam etiam ferenda, 
non tam propter præfentem 
fruétum, quam in annum 
profpicientem, quod ubi 
fubjeéta atque reliéta terram 
faciunt meliorem. Itaque 
Jupinum cüm necdüm fili- 
culam cepit & nonnunquam 
fabalia , fi ad filiquas non 
ita pervenit ut fabam legere 
expediat, fi ager macrior 
eft, pro ftercote inarare {o- 
lent. Warr. lib. x. cap. 22. 


Jam vero, & eco reor, 
fi deficiatur omnibus rebus 
Agricola, lupini certe expe- 
ditifimum præfidium non 
deeffe : quod cüm exili loco 
circa idus Septembris fpar- 
ferit & inaraverit, idque 
tempeftive vomere vel ligo- 
ne fucciderit, vim optimæ 
ftercorationis exhibebit. Co- 
lum. lib. 2. cap. T6. 

Lupinum ftercorandi cau- 
fa vertitur. Plin. lb. 18. 
Cap: 27. 

Lupinus & vicia pabula- 
ris, fi virides fuccidantur, 
& ftatim fupra fectas eo- 
rum radices aretur, ftercoris 
fimilitudine agros fœcun- 
dant; quæ fi exaruerint an- 
té, quèm profcindas, in his 
terræ fuccus aufertür. Pal- 
lad. lb. I. tit. G. 


bferva- 
tions mé- 
téorolooi- 
ques. 


140 AGRICULTURE. 


autre deflein que de les renverfer à 14 
charrue. C'étoit un engrais éprouvé & 
recommandé parmi eux. L’éxemple des 
Irlandois, l'expérience de la Société, & 
ce qui eft plus déterminant encore, le 
témoignage des Anciens fur la fécondité 
qu'apportent les Plantes grafles retour- 
nées à la charrue dans le terrain qui les a 
produites, ne permettent aucun doute 
fur l'utilité de la pratique que recom- 
mande la Société. 

Le bon effet des méthodes connues, 
de celles qui ne le font pas affez & qu’il 
feroit bon d’accréditer généralement, le 
fuccès des recherches qui reftent à faire 
pour perfeétionner les unes & les autres, 
dépendent fi étroitement de la viciflitude 
des faifons, que la Société a cru devoir 
fe charger de faire jour par jour des ob- 
fervations météorologiques. Ces obfer- 
vations, qui n’exigent que de la patience 
& de lFexaétitude, ne font pas moins im- 
portantes pour diriger l'Agriculture gé- 
nérale , que l’Agriculture particulière. 
La Terre eft la matrice des végétaux ; 
mais elle doit fa fécondité à une multi- 


Si quis lupinum fterco- Maio) debcbitevertere. Pal 
randi agri caufà feminabit, lad. lib, 6 tit. 4. 
aratro illum nunc ( menfe 


Re 


Ê AGRICULTURE. 144 
tude d'agens, qui ne peuvent être bien 
connus que par la comparaifon d’obfer- 
vations diverfifiées & fuivies pendant 
long-temps. 

Ii ne feroit pas étonnant que deux Pro- 
vinces dont les Terres feroient exaéte- 
ment de même nature, exigeaffent des 
pratiques de culture abfolument diffé- 
rentes. L’une pourroit être arrofée par 
des pluies abondantes , & l’autre en re- 
cevoir trop peu. La chaleur & le froid 
pourroient être exceflifs dans l’une , & 
fe faire à peine fentir dans l’autre : Les 
faifons pourroient ne fe reflembler que 
par la dénomination, & fe faire diftin- 
guer d’une manière plus fenfible par une 
différence conftante dans la température. 


Ces difflemblances, quoiqu'étrangères au 


fol, influeroient confidérablement, & 
peut-être entièrement fur les produc- 
tions. On doit en conclure que s’il ef 
défirable de bien connoître le rapport 
ou la différence qui fe trouvent entre les 
Terres de deux Provinces, il ne l’eft 
pas moins de connoître ce qu’il y a de 
différent entre deux pays du côté de leur 
température (a ). 


(a) La Livonie en.fournit Les Fromens qu’on y cul- 
tn exemple bien frappang. tive fe sèment après la fonte 


142 AGRICULTURE. 


> Des obfervations aflidues fur la conf: 
» titution de l'air; les variations & les 
>» différens poids de PAtmofphère ; une 
»“hiftoire fuivie & bien circonftanciée 
» des vents, des pluies , des météores, 
» du chaud, du froid , dans chaque an- 
» née, dans chaque faifon & chaque jour; 
» une comparaifon continuelle de toutes 
» ces viciflitudes, avec la produétion des 
» fruits de la Terre. .... Toutes ces ob- 
>» fervations faites avec foin pendant plu- 
> fieurs années, pendant plufieurs fiècles; 
» & dans chaque pays, produiront vrai- 
5» femblablement quelque jour une Aoyi- 
>» culture... plus füre que tout ce qu'on 
>» pourroit efpérer des fpéculations les 
> plus fublimes de la Phyfique «. Ce fonc 
les termes de l’Hiftorien de l’Académie 
Royale des Sciences (année 1743,p. 15 ). 
Il ajoute enfuite: » Il faut prendre garde 
» que la féchereffe ou l'abondance d’eau 
» d’une année, ne décide pas tant pour 
» fa fertilité, que la diftribution qui s'en 


des neiges; ce qui répond à a demeuré en.Livonie, & 
peu prés au mois de Juillet. qui a donné divers éclair 
La récolte s’en fait à la fin cifflemens fur le Lin & le 
de Septembre, c’eft-3-dire, Chanvre, dont on parlera, 
trois mois après les femail- à l’occafion de la culture & 
les. On vient ce fait de des préparations du Lin. 


M, Dubois de Donilac, qui 


AGRICULTURE. 147 


»eft faite en certains mois & dans cer- 
>» taines circonftances «. 
La Société fournira donc un guide de 

lus aux Cultivateurs, en s’afferviffant 
à obferver exactement les hauteurs du 
baromètre & du thermomètre, la direc- 
tion des vents, l’état du Ciel, & la quan- 
tité d'eau de pluie qui tombe chaque 
mois. Ce travail conduira à connoîitre 
l’ordre fucceflif de la température des 
mois de l’année , & à déterminer, du 
moins par approximation, les inconvé- 
niens qu’on peut craindre, & les reffour- 
ces auxquelles on doit s'attendre dans 
chaque faifon. On faura, par des réful- 
tats exaéts, qu'il feroit inutile de tenter 
dans la Province des cultures qui deman- 
dent un degré & une durée de chaleur 
quines’y rencontrent jamais: qu'il eft né- 
ceffaire de retarder ou de rapprocher des 
travaux qui, dans certains pays Où toutes 
chofes feroient d’ailleurs égales, deman- 
dent qu'on choififfe des mois de lPannée 
plus ou moins avancés, plus ou moir: 
chauds , plus ou moins pluvieux. 

M. l'Abbé Noller, de l'Académie Roya- 
le des Sciences, a bien voulu fe charger 
de faire exécuter fous fes yeux les inftru- 
mens néceffaires pour ces obfervations, 


144 AGRICULTURE. 


afin qu'ils euffent toute la précifion pof- 
fible. Le zèle avec lequel cet Académi- 
cien fe prête à tout ce qui peut Contri- 
buer aux progrès de la Phyfique, eft auf 
obligeant qu’infatigable. Il fembloit que 
la Société rendoit un fervice à M. P'Abbé 
Nollet, en le priant de fe donner les 
foins dont il a bien voulu fe charger, 
Que de motifs de reconnoiffance 
_ L'utilité de ces obfervations eft fi gé- 
néralement reconnue , qu’elles fe font 
multipliées en France, & on pourroit 
prefque dire, dans le monde entier. L’A- 
cadémie Royale des Sciences, qui publie 
celles qui font faites chaque année par 
fes Membres, fert utilement l’'Agricul- 
ture, en faifant imprimer en même temps 
celles qui lui font adreflées par difiérens 
Obfervateurs. | 
La Société a été prévenue en Bretagne 
même , par M. le Cordier, Employé en 


chef de la Compagnie des Indes, réfidant 


au Port-Louis. Elle voudroit l'avoir été 
cans plufieurs endroits à la fois; ce feroit 
une preuve que l’efprit d'obfervation s’eft 
répandu dans la Province; & on ne feroit 
pas dans le cas de défirer, peut-être inu- 
tilement, que l'exemple de M. le Cor- 
dier & celui de la Société fuflent _—— 

a 


hs oh se à - 
D LOS und __ 


, AGRICULTURE. 14$ 
La Bretagne, par fa pofition, eft plus 
propre qu'aucune autre Province à four- 
nir des obfervations très-intéreffantes 
dans ce genre. C’eft une Peninfule. Si 
elle avoit des Obfervateurs à fes extré- 
mités , comme Rennes & Breft, fur fa 
côte méridionale, comme le Port-Louis 
& Concarneau, à fa côte feptentrionale, 
comme S. Malo & Tréguier ; qu’on fit 
les mêmes obfervations au centre de la 
Province, comme Carhaix & Paimpont, 
on auroit peut-être des différences fen- 
fibles à remarquer dans la température, 
à raifon de la proximité du continent ow 
de la mer, de l’expofition au midi ou au 
nord, au levant ou au couchant. En rap- 
prochant les tables dreffées par cette chai- 
ne d Obfervateurs, on obtiendroit cer- 
tainement des réfultats utiles, & ce feroit 
peut-être une fource de découvertes aufli 
intéreflantes que difficiles à prévoir. 
Comme la Société n’a reçu que fort 
tard les inftrumens dont elle avoit befoin, 
elle ne peut donner d’obfervarions que 
depuis le mois de Mai 1760. Elles feront 
continuées avec cette perfévérance dont 
aucun Là CEE ne peut être capable’, 
& fur laquelle les corps ne fe relèchent 
jamais, 
K 


© 


146 AGRICULTURE. 


M 4 T 17Go. 


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Jours| THERMOMÈTRE. 


du CAD Baromètre. | VEN Tr. 
mOIS.| matin. | midi. | foir. 
degré. | degré. | degré. | po. lig. 
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AGRICULTURE. 147 


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ITA TU, C LE L. 


Couvert le matin. À midi, beau avec nuages. 
Beau avec nuages le matin. Couvert tout le jour. 
Couv.le mat. Per, pl. À mid.decouv.avec nuag. PI, 
Beau avec nuages. Tonnerre à 2 heur. avec grêle. 
Variable. Tonnerre à midi. Groffe pluie. 
Couvert. Lourd. Tonnerre. Pluie. 

Couvert le matin. Beau avec nuages. 

Un peu de brouillard , enfuite beau avec nuages. 
Beau avec nuages le matin. Giboulées tout le jour. 
Couvert le matin. Beau & nuages tour le jour. 
Couvert tout le jour. 

Beau avec nuages. 

Beau avec quelques nuages. 

Beau & pur. Après midi, beau avec nuages. 

Beau avec nuages le matin. Après midi, beau. 
Brouillard le matin. Beau. 

Couvert. 

Couvert. Un peu de pluie fur le {oir, 

Beau avec nuages. Pluie & grêle. 

Couvert. Pluie. 

Pluie. 

Beau avec nuages. 

Beau avec nuages. 

Beau avec nuages. 

Beau avec nuages. Tonnerre. 

Beau avec nuages. 

Brouillard. Beau avec nuages. Pluie. 

Nuages. Pluie. Tonnerre. 

Beau avec nuages. L’après-midi , un peu de pluie, 
Couvert, Piuie d'orage. 

Beau avec quelques nuages, 


K ij 


148 AGRICULTURE. 


JT. Ni A 


Jours] THERMOMÈTRE. 


du m/f) Baromètre. | VE x r. 


mois. matin. | midi. | foir. 


degré. | degré. | degré. | po. lig. 
1 RSZ. = V22)S0 lie DAS OAUE.. 
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Beau avec nuages. Tonnerre, Un peu de pluie, 
Beau avec nuages, 

Beau avec nuages, 

Beau avec nuages. 

Couvert. Petite pluie; 

Beau avec nuages, 

Couvert. 

Beau. 

Beau. Couvert le foir., 

Beau avec nuages. Tonnerre] 

Couvert, 

Beau. 

Couvert. Pluie, 

Couvert. 

Beau avec nuages. 

Couvert avec nuages. 

Beau avec nuages, Couvett Le foir: 

Pluie. ds 
N uages. Pluie. 

Nuages. Pluie, 

N uages, Pluie. 

Variable, Pluie. 

Grande pluie, Grêle. 
Couvert. Un peu de pluie: 
Nuages, 

Couvert. Pluie. 

Couvert, Un peu de pluie. 
Couvert. Un peu de pluie. 
Couvert, Nuaces. 

Couvert le matin, Beau, 


K ii 


150 AGRICULTURE, 


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Jours THERMOMÈTRE. 
du | eu /\ 77) | Baromitre.| V E = +: 


moIs. matin. | midi. | foir. 


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AGRICULTURE. 1S 
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du ÉTAT AU CIEL. 


1 | Beau avec nuages. 

z | Couvert. Beau avec nuages. Orage. 
3 | Couvert. 

4« | Couvert le matin. Beau avec nuages. 
s | Nuages, 

6 | Petite pluie le matin. Variable. 

7 | Nuages. Couvert. 

8 | Beau avec nuages, 

Couvert. À midi, ua peu de pluie: 
10 | Couvert. Pluie. 

11 | Couvert le matin. Beau le refte du jour, 
12 | Beau avec nuages. 


\s 


13 | Beau. 
14 | Beau. 
15 | Beau. 


16 | Couvert le matin. Beau avec nuages. 
17 | Couvert le matin. Beau avec nuages. 
18 | Brouillard. Enfuite couvert. Nuages, 
19 | Beau avec nuages. 

20 | Beau avec nuages. 

21 | Beau avec nuages, 

22 | Couvert & nuages. 

23 | Couvert. Nuages. Vent: 

24 | Beau avec nuages. 

25 | Beau avec nuages. 

26 | Couvert. À midi, un peu de pluie. 
27 | Couvert le matin, Beau avec nuages. 
28 | Beau. 

29 | Beau. 

30 | Couvert. 

31 | Couvert. Tonnerre & orage la nuit. 


K iv 


s2 AGRICULTURE. 


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Jours| THERMOMÈTRE. 


CA) | Baromètre, | V En r: 


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31 N. Q.i4 


AGRICULTURE. 153 
———————— —_——————————————…—…—_—_—_— —_…————— 


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Jours 
du ÉTAT DU € LEE 
mois, 


rx | Couvert. Pluie. 

z | Nuages. Un peu de pluie, 
3 Nuages. 

4 Pluie. 

s ! Pluie. 

6 | Variable, 

7 | Variable, 

8 | Couvert. 

9 | Variable, 

%o | Nuages, 

11 | Nuages. 

12 | Beau avec nuages: 

13 | Couvert, 

34 | Nuages. 

15 | Couvert le matin. Nuages. 
26 | Brouillard le matin. Nuages. 
17 | Beau avec nuages. 

18 | Beau avec nuages. 

19 | Brouillard le matin. Beau avec nuages. 
‘20 | Nuages. 

21 | Couvert le matin, N uages. 
22 | Couvert. 

23 | Couvert. Un peu de pluie, 
24 | Pluie, Tonnerre, 

25 | Variable, 


26 | Nuages, 

27 | Nuages. 

28 | Beau avec nuages) 

»9 | Pluie. 

30 | Nuages, | 


31 | Variable, 


154 AGRICULTURE. 


SE P-PE MIRE 


Jours THERMOMÈTRE. 
du | SP) Baromètre. | VE x r- 


. : . . 1 . 
mois. matin. | midi. | foir. 


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AGRICULTURE. 156$ 


S HAE B RE. 


Jours 
du ÉTAT. DD CI Es 
mois. 
1 | Beau avec nuages. 
2 | Beau avec nuages. 
3 | Beau avec nuages. 
4 | Beau. 
$s | Beau avec nuages, 
6 | Beau. 
7 | Beau avec nuages, 
8 | Beau. 
9 | Beau. 
ïo | Beau. 


11 | Beau avec nuages. 

12 | Beau avec nuages. 

13 | Beau avec nuages. 

14 | Beau avec nuages. 
_1$ | Pluie d'orage. 

16 | Variable, 

17 | Pluie avec tonnerre. 

18 | Pluie oragcufe. 

19 | Variable. 

20 | Couvert & frais, 

21 | Pluie orageufe. 

22 | Variable, 

23 | Pluié avec tonnerre: 

24 | Pluie avec tonnerre. 

25 | Pluie orageufe, 

26 | Perite pluie. 

27 | Variable. À 

28 | Pluie & fraiss - 

29 | Variable, 

30 | Variable, 


ñsé AGRICULTURE. 


OCTOBRE. 


Jours| THERMOMÈTRE. 


du | m7 | Baromètre.| VE Nr: 


mois. matin. | midi. foir, 


j , . 
degré. degre. decré. po. lig. 


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26 ts x LP 27 - 18 De SE Le + 
27 9 +. | 10 +. 6.. 27 er. VOL RECS à 
28 ES FRA 5 5. | 27487 +. NS. S.°O: 
29 ax 8 +. 2 EX A N. N. O0. 
30 45° 8 +. 2 : ÊT 15 N°9 
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AGRICULTURE, 157 


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du PAR TD CI EE 


1 | Variable. 

2 | Beau avec nuages. 
3 | Variable. : 

4 | Beau avec nuages. 
$ | Pluie & frais. 

6 | Variable. 

7 | Variable. Pluie, 

8 | Couvert. Petite pluie. 
9 | Pluie & ceuvert. 
10 | Petite pluie continue. 
11 | Variable, 

12 | Pluie. Variable. 
13 | Petite pluie. 

14 | Perite pluie. 

15 | Beau avec nuages. 
16 | Variable. 
17 | Variable, 

18 | Couvert. 

19 | Couvert. 

20 | Petite pluie. 

21 | Variable. 

22 | Petite pluie, 

23 | Pluie & frais. 

24 | Piuie & frais. ç 
25 | Variable. Pluie. 
26 | Pluie continue. 
27 | Pluie continue, 
28 | Pluie. Couvert. 
29 | Variable, 

30 | Petite pluie. 

31 | Beau avec nuages, 


| 
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AGRICULTURE. 


158 


NOVEMBRE. 


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Jours 
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ÆGRICULTURE. 19 


NOVEMBRE. 


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1 | Variable, Pluie. 
2 | Couvert, 
3 | Variable. 
4 | Variable. Pluie, 
s | Variable, 
6 | Couvert. 
7 | Pluie. 
8 | Pluie. Variable, 
9 | Pluie, 

10 | Couvert. 

11 | Pluie, 


12 | Variable. 

13 | Variable, 

14 | Beau avec nuages. 
1$ | Variable. 

16 | Variable. 

17 | Couvert. 

18 | Variable, 

19 | Variable. 

20 Variable, 

21 | Couvert. 

22 | Beau avec nuages, 
23 | Petite pluie, 

24 | Variable, 

2$ |- Petite pluie, 

26 | Couvert. 

27 | Petite pluie, 
28 | Pluie. Variable, 
29 | Petite pluie. 

30 | Couverr. 


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AGRICULTURE: 


DÉCEMBRE. 


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Jours 
du 
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AGRICULTURE. 161 


DÉCEMBRE. 


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1 | Beau avec nuages. 

2 | Couvert 

3 | Variable. 

4 | Pluie. Couvert. 

$ | Pluie. Variable. 

6. | Beau avec nuages, 

7 | Pluie. Couvert. 

8 | Couvert. 

9 | Pluie, Couvert. 

xo | Pluie. Variable. 

11 | Variable. 

42 | Couvett. 

13 | Pluie. Variable. 

4 | Variable. Pluie. 

15 | Beau avec nuages. 
xé6 | Couvert. Brouillard, 
17 | Beau avec nuages. 

18 | Couvert. 

19 | Couvért. Petite pluie, 
20 |-Pluie. Variable. 

21 | Couvert. 

22 | Couvert. Petite pluie, 
23 | Beau avec nuages. 
24 | Pluie. Couvert. 

25 | Variable. 

26 | Couvert. Pluie. 

27 | Pluie. Couvert. 

28 | Pluie. Couvert. 

29 | Pluie continue. | 
30 | Brouillard. Couvert. Pluie, 
31 | Variable. Pluie, 


162 AGRICULTURE. 


On s’eft fervi pour les obfervations mé- 
téorologiques, du thermomètre de M. de 
Réaumur. Le terme de la glace eft indi- 
qué par zéro. Les chiffres qui marquent 
les degrés au-deffous de ce terme, font 
précédés de ce figne ——. Ainfi — 3 in- 
dique trois degrés au-deflous du terme 
de la glace. Les obfervations ont été fai- 
tes à huit heures du matin, à midi, & à 
dix heures du foir. 

On ne peut employer ici l’état de la 
quantité d'eau de pluie qui tombe cha- 
que mois à Rennes, parce que la Société 
n’a pas encore reçu le baffin deftiné à re- 
cevoir l’eau, & les vafes gradués propres 
à la mefurer. Depuis plus de quinze mois, 
l'Ouvrier chargé de les faire, s’excufe, 
fous différens prétextes, de ne les avoir 
pas faits. Il fait efpérer que ces inftru- 
mens feront prêts à la fin de cet Autom- 
ne. S'il tient parole, les obfervations 
pourront être commencées le premier de 
Janvier 1761, & ne feront pas difconti- 
nuées. 

M. de Livoys, qui a voulu fe convain- 
cre de l'utilité qu’on pourroit retirer de 
ces obfervations, a pris la peine de rele- 
ver, année par année, mois par mois, 
toutes celles qui ont été faites par l’Aca- 


AGRICULTURE. 163 


démie Royale des Sciences depuis 1688 
jufqu’en 1754. Le réfultat de ce travail 
a été de trouver la quantité moyenne 
d’eau de pluie qui tombe chaque mois à 
Paris. On n’a point fait entrer dans ce 
réfultat l’année 1688, parce que les ob- 
fervations de l’Académie ne commencè- 
rent qu'au mois de Juillet. On en a écar- 
té en entier les années 1697 & 1698, par- 
ce que la quantité d’eau de pluie n’eft pas 
marquée mois par mois, mais feulement 
par un total de chacune de ces deux an- 
nées (a). Comme les obfervations de 
cette efpèce ne peuvent fervir à l'Agri- 
culture, qu'autant qu’elles font connoi- 
tre la quantité d’eau à laquelle on doit 
communément s'attendre, non-feule- 
ment dans chaque faifon, mais encore 
dans chaque mois, M. de Livoys n'a 
établi fa moyenne proportionnelle que 
fur ce que les Mémoires de l’Académie 
rapportent pour les mois de chaque an- 


née. Voici cette moyenne proportion- 
nelle (4). 


(a) Voyez le tom. 2 des (b) On n’a pas cru devoir 
Mém. de l'Acad. Royale des s’affujettir à une précifion ri- 
Sciences fur l’année 1698, goureufe dans cette moyen- 
pag. 332. Voyez auf l'Hif neproportionnelle. Ainfion 
toire de la même Académie a employé en nombre rond, 
de l’année 1659, pag. 22. cequines’éloignoitdelari- 


Li 


104 AGRICULTURE, 


pou. lig. pou. lis. 
Janvier... 1 ‘100. JOHN 
Février... o Tr AO 7 
Mars... 1 O + SéprenD A — 
Av#il.,,.. 1 74 0 ORPI 
Mar. La 80 NORME RENE. 
Juin ss 3e "DE EMRTATSE 


Quoique nous manquions d’obferva- 
tions faites en Bretagne, qui puiffent 
être comparées à celles de Paris, le tra- 
vail de M. de Livoys préfente dès-à-pré- 
fent des conféquences dont on peut pro- 
fiter. Il fait fentir qu'il y a une diffé- 
rence marquée entre la diftribution des 
pluies qui tombent dans certains mois à 
Paris & dans cette Province. A Paris, 
les mois de Mai, de Juin, de Juillet & 
d'Août font ceux où les pluies font le 
plus abondantes; au lieu qu’en Bretagne 
ces quatre mois, ou du moins Îles deux 
derniers & le moiïs de Septembre, font 
ordinairement les plus fecs. Il eft plus 
que vraifemblable qu'on trouveroit des 
différences aufli remarquables entre la 


gueur, que d'une fraétionaf- 1e mois de Février cette ex- 

fez petite pour pouvoir être  preflion, 11 lignes +. à celle- 

confidérée comme nulle. Par ci, quoique plus exaëte, 11 
ä F- AT DE 2 £ . +. 149 

exemple, on a préféré pour lignes >. 


AGRICULTURE. 16$ 


quantité de pluie qui tombe dans les Pro: 
vinces du Royaume, & à plus forte rai- 
fon dans les pays éloignés. On voit d'un 
coup d'œil combien cette feule obferva- 
tion doit influer fur l'Agriculture. Il eft 
déciff pour la plupart des végétaux d'é- 
tre femés par un temps fec, & de rece- 
voir un peu de pluie après la femence. 
D'autres demandent une faifon tout-à- 
fait pluvieufe. Enfin, le temps de hr réz 
colte fait défirer par tout une féche- 
refle qui fe foutienne pendant un certain 
temps. Quel avantage ne trouveroit-on 
pas à pouvoir en quelque forte le pré- 
dire, par la perfévérance avec laquelle 
on auroit obfervé les mois habituelle- 
ment pluvieux, & les mois habituelle- 
ment fecs ? Ne deviendroit-il pas beau- 
coup plus aifé de tranfporter dans la 
Province. des cultures étrangères. fi, 
connoiffant la température du climat 
d'où.elles feroient tirées, on pouvoit 
trouver dans l’ordre des mois plus ou 
moins fecs ou pluvieux en Bretagne, 
les moyens de femer & de recueillir dans 
les momens correfpondans, & par con 
féquent les plus favorables ? | 

Ces conféquences fe préfentent d'el- 
les-mêmes, & il feroit aifé d'en tirer 


Li 


Éxporta- 
tion des 
grains. 


166 ACRICOEEURE 

beaucoup d’autres, Dès que le Public 
doit profiter de ce travail, c’eft un de- 
voir pour la Société que de l’entrepren- 
dre, quoique ceux qui s'y appliqueront 
les premiers, ne puiflent prefque en pro- 
fiter. » Travailler pour la pofñtérité ( dit 
5 l’'Hiftorien de l'Académie à lendroit 
» qu'on a cité) ne fait pas une occupa- 
# tion bien fatisfaifante pour le com- 
» mun des hommes. Il en eft peu que la 
» reconnoiflance qu'ils doivent à ceux 
+ qui les ont précédés, invite à s’acquit- 
+ ter envers ceux qui doivent les fuivre. 
» Le plaifir attaché à l'exercice d’un tel 
» devoir, ne cède que trop fouvent à l'at- 
» trait des intérêts préfens & particu- 
» liers. Mais les Compagnies ..... éta- 
5 blies depuis près d’un fiècle, & qui ne 


> meurent point, fuppléront à ce que la : 


» vie trop courte des hommes pourroit 
» les empêcher d'entreprendre ce, ; 
Les recherches, les obfervations, les 


expériences de la Société tendent prin= 


cipalement à ranimer l'Agriculture, & à 
la conduire par degrés à un état florif= 
fant. Mais on ne peut fe diffimulér que 
l'effet de ces tentatives ne foit extrème- 
ment rallenti par là prohibition d’expor- 
ter les grains. La première chofe qu'en- 


AGRICULTURE: 167 


vifage ün Manufatturier qu'on exhorte 
à augmenter fa fabrique, c’eft le débou- 
ché plus ou moins facile de fa marchan- 
dife. On s'enrichit à vendre, on fe ruine 
à enmagafiner. 

Le but principal de l'Agriculture eft 
la nourriture de l'homme ; c’eft à lui que 
fe rapportent tous les travaux de la terre. 
Si le bétail qu’il entretient lui fert d'ali- 
ment, la multitude ne peut fe permettre 
une nourriture fi chère. Il n’y a que les 
grains qui foient d’une néceflité indif- 
penfable pour toutes les conditions. La 
protection du Gouvernement ne peut 
donc être dirigée fur un objet plus uni- 
verfel & plus intéreffant en lui-même. 

Pour peu qu'on ait étudié cette ma- 
tière, on fait que le Royaume, par fon 
étendue & par fa fécondité, pourroit 
foutenir une population beaucoup plus 
nombreufe. On fait auffi qu'il produit à 
peine affez de grains pour nourrir fes ha- 
bitans, & que fans le fecours dés Etran- 
gers, nous manquérions quelquefois de 
fubfiftance. Ces deux faits univerfelle- 
ment avoués, l’un, que nous pourrions 
être dans l'abondance, l’autre, que nous 
ne fommes pas à l'abri des difettes, mé- 
ritent la plus férieufe attention. Si l’on 

Liv 


168 AGRICULTURE. 


confidère de plus que la France vendoit 
autrefois des grains à l'Angleterre, qui 
lui en fournit tant aujourd'hui, on fen- 
tira que nos récoltes ont diminué, & que 
les caufes de cette diminution fubfiftant 
toujours, & agiffant fans relâche, nous 
fommes menacés de voir dépérir de plus 
en plus notre Agriculture, & par confé- 
quent notre population. C’eft fe faire 
illufion, que de chercher le principe 
d'une révolution fi effrayante dans la pa- 
refle, ou dans l'ignorance des Cuitiva- 
teurs. Ce ne font là que des effets. On 
les feroit cefler, en détruifant la caufe 
qui les produit. Qu'on obferve les La- 
boureurs qui ont quelque aifance, on 
verra qu'ils ne font ni parefleux, ni igno- 
ans, & qu'ils fe réjouiflent d'élever une 
nombreufe famille. La dépopulation ne 
feroit donc fenfible que dans les villes, fi 
la plupart de ceux qui les habitentavoient 
autant d'intérêt à chercher les campa- 
gnes, que la plupart des gens de la cam 
pagne en ont à fe réfugier dans les villes. 
Les vivres & le logément y font plus 
chers; mais il y a plus de moyens de fe 
les procurer, parce que de moindres tra: 
vaux y obtiennent de plus grands falai, 
res, L’Agriculture & la population agif 


AGRICULTURE. 169 


fent & féagiflent continuellement l’une 
fur l’autre. Leur profpérité ou leur dé- 
cadence font inféparables. Un pays bien 
cultivé renferme néceflairement un peu- 
ple nombreux & riche; & un pays pau- 
vre & dépeuplé manque néceffairement 
de culture. 

La dépopulation des campagnes eft 
une efpèce de maladie chronique pour 
l'Etat. Elle a fait des progrès lents, qui 
par-là font devenus infenfibles. Peut-être 
ne pourra-t-on la vaincre qu'avec des re- 
mèdes lents, & dont l'effet ne pourra fe 
faire remarquer tout d'un coup. Mais il 
n’en devient que plus preffant d'employer 
ces remèdes. On en connoît un. Il eft 
tout éprouvé. Il arrètera du moins les pro- 


grès du mal. C’eft de laiffer une entière 


liberté à l'exportation des grains. Il exci- 
tera lémulation fur la partie principale 
de l'Agriculture, & l’émulation proté- 


gée eft de tous les remèdes celui qui at- 


taque le plus vivement & le plus füre- 
ment les maladies de l'Etat. 

La crainte de manquer de grain eff l’ar- 
gument unique des perfonnes qui croient 
l'exportation périlleufe. Cette crainte eit 
née dans les Villes, où fon eft plus occu- 


pé de l'intérêt de fournir à la confomma- 


170 AGRICULTURE: 


tion quotidienne, que de porter de la for- 
ce & de l’attivité dans les campagnes qui 
fourniffent à cette confommation. Plus 
ies Villes font étendues & peuplées, plus 
fa crainte augmente. Ce fentiment au- 
quel il eft fi difficile de réfifter, eft appuyé 
fur des principes très-humains & très-no- 
bles. L'humanité eft effrayée de la feule 
idée des maux qu'entrainent les difettes. 
Il éft donc jufte de refpetter les motifs 
de cette crainte. Mais le bien de l'Etat 
demande qu'on ne fe laffe point de tra- 
vailler à la difliper. 

Il y a fong-temps que les citoyens qui 
ont écrit en faveur de la libre exporta- 
tion, ont produit leurs preuves. Ils ont 
démontré que les mefures qu’on prenoit 
pour fe raflurer, devoient jetter au con- 
traire dans les plus grandes allarmes, 
parce que la clôture du commerce des 
grains produit néceffairement la dimi- 
nution de la culture, & s’oppofe au ver- 
fément habituel des grains étrangers. On 
a eu tout le temps de répondre, & il 
étoit important de le faire, fi la prohi- 
bition eft avantageufe, parce qu'il paroît 

ue les principes oppofés font des progrès 
continuels. Cependant la crainte de Îa 
difette eft encore aujourd'hui la feule 


AGRICULTURE. 171 


objeétiôn qu'on fafle contre un vœu de 
liberté , fondé fur des principes & fur 
des faits. Et nos Ports font fermés. 

La plupart des hommes n’envifagent 
les Laboureurs que comme des efpèces 
d'Efclaves attachés à la Terre, unique- 
ment chargés d’arracher des moiffons de 
fon fein. C’eft le germe de prefque toutes 
les méprifes qui ont été faites par rap- 

ort à la police des grains. Il eft plus 
jufte & plus conforme au bien de l'Etat, 
de regarder le Laboureur comme un 
Fabriquant qui s'occupe à fournir aux 
befoins de la multitude, & qui mefure 
l'étendue de fa fabrication fur le nom- 
bre des confommateurs , fur la facilité 
& la promptitude de la vente, enfin fur 
les profits que lui promet fa marchan- 
dife. Des Tifflerands à qui il ne feroit 
permis de travailler que pour îes habi- 
tans de leur village, ne fabriqueroient 
pas au-delà du befoin d’un feul village. 
Si on leur ouvroit un champ plus vafte; 
que l'exportation de leurs toiles füt per- 
mife; que des Népocians s’empreffaffent 
à acheter tout ce qu’ils pourroient fabri- 
quer ; peut-on douter que leur travail 
ne füt augmenté, & que les profits de 
leur proféffion n'engagéaffent beaticoup 


172 AGRICULTURE. 


d'autres à l’embraffer ? Il n’y 4 aucune 
différence à faire par rapport aux grains. 
Le Laboureur fémera plus, lorfqu'il 
fera für d’une vente illimitée. Il fémera 
moins , fi on le réduit à n'être le pour- 
voyeur que d’un petit nombre d'habitans. 
L'intérêt eft Le mobile des actions des 
hommes. C'eft un principe qu'aucune ex- 
périence n'a contredit. S'il eft vrai (eh 
comment pourroit-on en douter!) que la 
liberté d'exporter favorife le Laboureur, 
& que la prohibition lui foit préjudicia- 
ble , l'Etat ne doit compter fur des moif 
fons abondantes, qu'après avoir délié les 
bras que les prohibitions engourdiffent. 
On gouverne les hommes à fon gré, lorf- 
qu'on dirige vers le bien commun les 
fentimens qu'ils ont recu de la nature. 
La multitude ne cherche que fonintérêt; 
c’eft là qu’il faut la conduire. Elle aban- 
donnera toute voie laborieufe, dont le 
terme fera l’indigence & la misère. 
Lorfque la guerre fait cefler les ex-= 
portations de marchandifes, les Manu- 
factures diminuent le nombre de leurs 
métiers. Les Manufaturiers qui, dans 
ces circonftances, ont des magafins trop 
fournis, craignent avec raifon que leur 
fortune ne foit ébranlée, Quel effet pro- 


& 


AGRICULTURE. 173 


duiroient alors fur eux, les exhortations 
les plus preffantes d'augmenter leurs fa- 
briques, les inftruétions les plus lumi- 
neufes fur les moyens de les perfeétion- 
ner ? Les Laboureurs reçoivent fans in- 
terruption des coups femblables à ceux 
que porte la guerre à nos Manufaëtures. 
Ils font donc intéreflés comme les Fa- 
briquans, à borner leur travail. Une clo- 
ture éternelle de Commerce expofe ceux 
qui ont eu de riches moiflons, a être rui- 
nés, comme elle expoferoit un Fabri- 
quant furchargé de marchandifes , au 
renverfement de fa fortune. La denrée 
augmente de prix par les frais de confer- 
vation, tandis qu'elle diminue de Jour 
en jour de volume. Le vœu de l'Etat eft 
que les récoltes foient abondantes; celui 
du Laboureur eft qu’elles foient mal- 
heureufes, afin que la difette aflure fa 
vente, & porte fa denrée à un prix capa- 
ble de le dédommager de fes avances & 
de fes fueurs. Dans une pofition fi dure, 
que doit-on attendre des invitations 
qu'on peut lui faire d'étendre & de per- 
feétionner {2 culture ? De quel œil peut- 
il regarder les moyens qu'on lui préfente 
pour augmenter la fomme de fés moif- 


ons ? Que férions-nous de nos grains ? 


174 AGRICULTURE. 


nous ne trouvons pas à les vendre. Voilà 
fa réponfe ordinaire. 

Il eft vrai que dans Îes années d’abon- 
dance , le Gouvernement accorde des 
permiffions d'exporter les grains. Mais le 

eu de durée de ces permifliohs ne fert 
qu'à faire fortir au plus bas prix une 
denrée qu'il faut #äheter des Etran- 
sers, lorfqu’elle eft devenue plus chère 
en France. D'ailleurs elles font accom- 
pagnées de retardemens, de reftri&tions, 
de gênes, qui en font perdre tout le 
fruit. | 

L’ufage eft de défigner deux ou trois 
Ports, comme les feules iffues par où 
puiffe s’'écouler un fuperflu qui ruine à 
la fois le Cultivateur & le Propriétaire. 
Ceux dont les biens font éloignés de 
ces Ports ( & c’eft le plus grand nombre) 
font privés de cette reflource ; les frais 
de tranfport excéderoient le bénéfice. 

Ainfi, quoiqu'il femble qu'une Provin- 


ce entière jouifle de ces permiflions, elles 


ne font utiles qu’à de très-petits cantons, 
Eft-il étonnant qu’elles excitent des mur- 
mures, & qu’elles portent le découra- 
gement par-tout où lon ne peut en 
rofiter ? 
Elles font d’ailleurs fi tardives, que Îa 


ba nada - nv 


AGRICULTURE. 17$ 


furabondance qui les fait accorder, caufe 
quelquefois une efpèce de difette l'an- 
née fuivante. Le Laboureur incertain 
de la vente d'une denrée dont il eft fur- 
chargé , sème moins qu’à l'ordinaire, Si 
la permiflion fait exporter beaucoup de 
grains, & que la récolte immédiate foit 
malheureufe , la difétte eft prefqu’inévi- 
table. 

Mais l'inconvénient le plus ordinaire 
des retardemens, eft de rendre les permif- 
fions inutiles. L’exportation des grains 
eft de toutes les opérations du Commer- 
ce, celle qui demande le plus de célérité. 
L’Angleterre, la Hollande, les Peuples 
du Nord, reçoivent des avis dès que les 
Blés manquent en Portugal, en Efpagne 
ou en Italie ; & les envois fe font fur 
le champ. Les Négocians François qui, 
par leur pofition, feroient en état de 
prendre les devants , perdent en follici- 
tations le temps que les Etrangers em- 
ploient à taporrer leurs grains. 

Un exemple récent prouve à quel point 
les permiflions tardives font nuifibles. 
On repréfenta à la dernière aflemblée 
des Etats, que les Greniers de l'Evé- 
ché de Quimper renfermoient prefqu’en 
entier les récoltes d'Orge des quatre 


176 AGRICULTURE 
dernières années ; que la confommation 
du pays étoit trop peu confidérable pour 
quon put éviter la perte de la totalité 
de ces grains, fi on n'obtenoit pas la per- 
miflion de Îes exporter. IL étoit d'autant 
plus preffant de profiter de ces repréfen- 
tations, que les Orges avoient pris fa- 
veur en Portugal, & n'étoient d'aucune 
valeuren Bretagne. Les Etats députèrent 
vers MM. les Commiffaires du Roi le 
20 Janvier 1759. M. le Duc d’Aiguillon 
écrivit le même jour pour obtenir une 
permiflion. Les ordres à ce fujet ne fu- 
rent expédiés que le 9 d'Avril. M. FIn- 
tendant rendit une Ordonnance dès le 
15. Malsré fa célérité , l'Ordonnance 
qu'il fallut imprimer, ne parvint dans 
les Ports défignés pour lexportation, 
qu'au commencement de Mai. Il n’étoit 
plus temps d’en faire ufage, l'Etranger 
nous avoit prévenus. 

Mais quel eût été le fruit de cette per 
miflion , fi on l’eût reçue dans un temps 
favorable ? Les chargemens ne pouvoient 
être faits qu’en préfence de deux Com- 
mis des Fermes payés à fix francs par Jour 
par le Négociant. Un Subdélégué & deux 
autres Commis devoient faire une nou- 
velle vérification, & en drefler procès 

verbal 


AGRICULTURE. 173: 


vérbai aux frais de celui qui eût deman- 
dé à faire l'exportation. Ces précautions 
n'étoient propres qu’à retarder les expé- 
ditions , & à rebuter les Commercans, 
Celles qu’on prend pour l’'embarquement 
des marchandifes prohibées » ne font pas 
portées fi loin. 
. s - È 0 * 
Quels frais n’a-t:l pas fallu faire pour 
conferver les récoltes de cinq années 
confécutives ! Quelle perte pour ceux 
qui navoient pas aflez d’aifance pour 
fournir aux frais de confervation ! Les 
Fermiers avoient Payé cinq années de 
Fermages ; & pour fruit de leur travail, 
ils fe font vus forcés de prendre fur leur 
néceffaire de quoi garantir de la Corrup- 
tion, des grains qu’ils ne pouvoient ni 
vendre ni confommer. (a) | 
DES à VAR | LL 
(a) Le prix aQuel de l'Orge { Juillet 1760 ) eft de Loi 
xante livres le tonneau ; les frais de confervation & la 
diminution de la denrée montent à treize livres quatorze 
ols par an, ce qui fait plus d’un cinquième. Une perie fi 
énorme eft établie fur le détail qui fuit. On l'a reçu de 
aps de même. | 
Le loyer d’un grenier Pour vingt tonneaux d'Orge, 
LAS. ne NN éol. . 


_ Deux hommes chaque femaine , à douze {ols 
Par jour chacun, retournent en un jour vingt 


D : 


178 AGRICULTURE. 

Dans des circonftances fifâcheufes, les 
Laboureurs les moins intelligens com- 
prennent que leur intérêt doit les porter à 
quitter une culture ruineufe , & à ne re- 
garder comme des moyens folides de 
fubffter, que ce qui n’eft pas aflervi aux 

rohibitions. Ils n'ont même pas befoin 
d’éprouver les inconvéniens de l’abondan- 
ce, pour ceffer de diriger leurs avances &c 
leurs travaux vers les moiflons. 

Les befoins des hommes, & les moyens 


De Pautre part. : :.:.....122L 8 
Cette efpèce de grain doit être pañlée au 
harpon une fois par mois ; il faut deux hom- 
mes pour cette opération. Îls ne pañfent que dix 
tonneaux par jour; c’eft par an quarante-huit 
journées à douze fols, à quoi il faut joindre la 
dépenfe du harpon, qui peut monter à trois 
livres paran, Ci... ........:.: 311, 164; 
Sur vingt tonneaux d'Orge, on retire deux 
boiffeaux de mauvais grain toutes les fois 
w’on harponne ; ce qui fait dans l'année une 
État o d’un tonneau, qui vaut aétuelle- 
ment 29 225 SRE Es ed RE 60 
L'Orge en vieilliffant diminue de volume ; 
il s’en fait d’ailleurs une perte confidérable par 
le dégât des rats, des fouris, des chats. On 
croit être modéré, én portant ces diminutions 


/ À . > à ; 
chaque année à un tonneau fur vingt, ci... 601. 
nt 
Tor... , LOI: 2741. 4f. 


Ce qui fait paran en frais de confervation & pertes fur 
chaque tonneau d'Orge, treize livres quatorze fols deux 
deniers, | 


a æ 


| AGRICULTURE. 179 
de ‘a à ces befoins, feront tou- 
jours le gouvernail irréfiftible de leur 
conduite. Un Journalier voudroit bien 
être Voiturier, parce que fon état feroit 
meilleur; mais il n’a ni charrettes, ni che- 
vaux, ni fourages. Le Métayer, qui né- 
glige fon champ pour voiturer du fer; 
du bois, ou des denrées, voudroit bien 
avoir un bétail nombreux, des moutons, 
des laïines, &c. Mais il n’eft pas en état 
d'acheter du bétail: quand il pourroit 
l'acheter , il n’a pas de quoi le nourrir ; 
quand il pourroit l'acheter & le nourrir, 
& fe procurer par conféquent d’abon- 
dantes récoltes, il ne défireroit pas une 
furcharge de grains qu'il ne pourroic 
vendre, comme il ne défireroit pas des 
voitures qui ne lui feroient pas payées; 
comme le Journalier ne demanderoit 
point de travail , s’il ne comptoit pas fur 
le falaire de fes journées. Ainfi tout eft 
comme il peut être; & pour opérer un 
changement avantageux à l'Etat, il faut 
couper le lien des pofitions aétuelles. 
Des citoyens remplis de zèle pour le 
rétablifflement de lAgriculture, ont com- 
paré les frais de culture des grains de 
route efpèce avec le bénéfice qu’en re- 
tirent les Laboureurs, Le réfultat de leux 


Mij 


480 AGRICULTURE. 


calcul ne préfente que des pertes, & ces 
pertes font toujours plus grandes à pro- 
portion que les années font plus abon- 
dantes. Que pourroit - on objeéter de 
plus puiflant contre les prohibitions ® 
Dans les années de difette, le Blé étran- 
ger fait baifler le prix de celui de nos 
Cultivateurs. Dans les années que par- 
tout ailleurs on nommeroit heureufes, ils 
ne retirent pas leurs frais de culture, & 
ils font forcés à faire de nouvelles avances 
pour conferver une denrée qui dépérit 
continuellement malgré leurs foins. 
La Société ne doit cependant pas 
diffimuler que les Laboureurs qui es 
vent une grande étendue de terrain, trou- 
vent du bénéfice à cultiver , fur-tout 
dans les années communes. Mais les pe- 
tits Cultivateurs, & ils font innombra- 
bles en Bretagne, ne retirent jamais de 
quoi remplacer leurs avances & payer 
leurs Fermes. Vérité effrayante qu'il eft 
aufli important de préfenter à un minif- 
tère bienfaifant & éclairé qui calcule 
tout , que de cacher au Cultivateur, 
qui ne pourvoit à fa fubfiftance, que parce 
qu'heureufement il ne calcule rien. Ré- 
duit à ne s'occuper que de fon exiftence ; 
3} envifage d’abord fes premiers befoins: 


| 


AGRICULTURE. 181 


Il sème pour avoir du pain, fans exami- 
ner fi fon champ couvert d'autres den- 
rées ne le mettroit pas en état d'acheter 
du pain, & de pourvoir à d’autres nécef: 
fités. Mais infenfiblement fon inftinét, fi 
on peut s'exprimer ainfi, l’a conduit fans 
principes & fans calculs, à refferrer au- 
tant qu'il a pu la culture des grains. If 
y à fubftitué, ou des travaux ftériles 
dont le falaire eft afluré , ou des cultures 

ui lui deviennent plus utiles, parce 
qu'il difpofe librement de fes récoltes. 
La liberté de l'exportation lui faifane 
trouver du bénéfice par la concurrence 
des acheteurs, le rameneroit infaillible- 
ment à cultiver des grains par préférence. 
Car l'honneur de fe diftinguer par de 
belles moiffons n'eft pas entièrement 
étoufté dans les campagnes. Il feroit aifé 


de le ranimer en affurant aux Laboureurs 


un profit permanent. 

Le petit peuple, qui fera toujours aveu 
gle fur fes vrais intérêts, fe réjouit lorf- 
que les grains font à très-bas prix. Mais 
les Propriétaires & les Laboureurs, qui 
font fubfifter le petit peuple en lui don- 
nant du travail, s’affigent lorfque le prix 
des grains n'excède pas les frais de culture 
& de confervation, Forcés à faire des re« 


M ii 


132 AGRICULTURE, 
tranchemens fur toutes leurs confomma2- 
tions , & à fufpendre les travaux qui font 
vivre la multitude, tout languit jufqu’à 
ce que les grains deviennent plus chers; 
-& lorfqu'ils renchériffent , le petit peu- 
ple croit être à la veille d’une famine. 
On ne doit fe flatter d'entretenir l’a- 
bondance, que lorfque les grains confer- 
veront habituellement une valeur pro- 
ortionnée aux frais de culture, aux 
Écrans & aux impots du Propriétaire 
& du Cultivateur. Le milieu qui feroit 
fi défirable entre les frayeurs du peuple 
& le découragement du Laboureur, ne 
eut fe rencontrer que dans un pays où 
eee eft toujours née Si le 
Blé manque en France en même temps 
que chez l'Etranger, on ne doit pas crain- 
dre que nos Blés fortent; le prix qu’en 
donnera le Confommateur regnicole re- 
tiendra la denrée ; & les peuples qui font 
continuellement dans la furabondance ; 
en apporteront affez promptement & en 
affez grande quantité pour en faire baif- 
fer le prix. Si au contraire nous fommes 
dans l'abondance , les grains fortiront 
jufqu'a ce qu’ils ayent pris en France le 
niveau de la valeur qu’ils auront dans les 
marchés de l'Europe, Ce niveau étant 


: 


AGRICULTURE. 153 


attrapé il faudroit bien peu connoître 
l'efprit du Commerce pour craindre que 
les Négocians en fiffent fortir. Leur in- 
térêt arrêtera leurs opérations plus füre- 
ment que toutes les loix prohibitives, 
Ils n’exportent que dans l’efpérance de 
gagner: exporteront-ils lorfqu'’ils feront 
furs de perdre ? 

La liberté dont on parle ici, ne peut 
avoir de bons effets, qu’autant qu'elle fera 
fans reftritions & fans limites. Si elle 
n’eft qu'inftantanée ; fi même on n'a pas 
unegentière füureté qu'elle fera perma- 
nee, le Commerce de grains ne fe fera 
que par fecoufles, & pour ainfi dire par 
convulfions. Au moment qu'il fera ou- 
vert, tout le monde voudra acheter & 
exporter. Il en réfultera un vide dans la 
plupart des greniers, & un furhauffe- 
ment de prix équivalant à la difette. Si 
elle fe montre le plus légèrement , ou 
que le peuple la fuppofe, quoiqu’elle 
n’exifte pas, on aura recours à la clôtu- 
re; & c’eft alors que la difette deviendra 
très-réelle & très-effrayante , quoique le 
Royaume foit fuflifamment approvifion- 
né. C’eft un effet que la longue durée des 
prohibitions rend inévitable. Elles ont 
éteint toute concurrence np Vi 

M iv 


184 AGRICULTURE. 


d’où il réfulte que, relativement à l'Etat 
ceux qui ont de riches greniers, doivent 
être envifagés comme les Monopoleurs. 
Le monopole néceflaire caufe la cherté 
auffi fürement que le monopole volon- 
taire. | 

Rien n'eft plus propre à donner des 
idées nettes fur les événemens qui doivent 
fuivre la liberté d'exporter les grains, 
felon que cette liberté fera entière ou 
bornée , que de connoiître la manière 
dont fe fait ce Commerce en Europe. 

C'eft l'Efpagne, le Portugal & une 
partie de lItalie qui manquent le plus 
fréquemment de grains. Alors les An- 
glois , les Hollandois & les Peuples du 
Nord en envoient dans ces différens pays. 
Tout le monde fait que les Blés des Hol- 
landois ne proviennent pas de leurs ré- 
coltes ; & qu'une partie de ceux que ven- 
dent les Anglois, ne font que réexpor- 
tés. Prefque tous ces grains font tirés du 
Nord. C’eft donc le Nord qu'on doit re- 
garder comme le grenier général de l'Eu- 
rope, & de la France même, lorfque les: 
récoltes viennent à manquer. Les mers 
du Nord ne font pas toujours libres; 
en forte que files difettes fe font fentir 
pendant l'Hiver, temps où les Ports de 


AGRICULTURE. 185$ 


da mer Baltique font fermés, les Anglois 
& les Hollandois profitent feuls des bé- 
néfices de l'exportation. a 
Les Ports de Bretagne font plus à 
portée de profiter des befoins de l'Efpa- 
gne, du Portugal & de l'Italie, que ceux 
des Anglois & des Hollandois. Cette Pro- 
vince deviendroit donc le principal en- 
trepôt du Nord, fi les Etrangers avoient 
une entière fureté qu'ils feront maitres 
de faire fortir leurs Blés pour les expor- 
ter dans les lieux où ils croiront pouvoir 
les vendre avec plus d'avantage. S'il en 
manquoit en France en même temps 
qu'en Efpagne , ou en Portugal, les 
grains étrangers y refteroient , parce 
qu'ils s'y trouveroient tout portés, & 
qu'ils y feroient bien vendus. On les li- 
vréroit même à un prix moindre que ce- 
lui qu'on pourroit fe promettre ailleurs, 
parce qu'on auroit un fret de moins à 
payer, & qu'on ne courroit aucun des 
rifques de la mer ; rifques qui s’évaluent 
toujours en argent. Mais tant que le Pro- 
priétaire aura de juftes motifs de crain- 
dre que fur la plus légère apparence de 


difette en France, on y retiendra des 


grains que les circonftances euflent per- 
mis de vendre plus cher ailleurs, on doit 


186 ÂAGRICULTURE. 

être convaincu qu'il n'expofera pas fa 
denrée à demeurer fous un féqueftre 
politique. 

Pourquoi préfumer , dira-t-on, que 
les Ports de Bretagne deviendroient l’en- 
trepot du Nord? Quand on connoit la 
marche & l’efprit du Commerce, il n’eft 
pas difficile de répondre à cette queftion. 
La Bretagne fait un commerce confidé- 
rable avec le Nord; ainfi tout eft préparé 

our les fpéculations fur les grains. Les 
APE du Nord venant chercher les 
cafés, les fucres, l’indigo, les fyrops, 
les vins, les eaux-de-vie, le miel, que 
cette Province leur fournit, apporteront 
des grains pour un fret moins cher que 
pour tout autre pays où ils ne trouveront 
pas ces marchandifes. Le bénéfice de ce 
fret, quelque modique qu'il puiffe être, 
les déterminera même plus fürement à 
venir chercher nos denrées & celles de 
nos Colonies. 

La Bretagne eft donc dans la pofition 
la plus favorable à cet égard. Les Négo- 
cians étrangers la regarderont comme 
l’entrepôt le plus avantageux de leurs 
grains , lorfqu'ils feront parfaitement 
fürs d'en difpofer aufli librement fur 
la fortie que fur lentrée. Mais leur 


AGRICULTURE. 187 


fécurité ne peut être le fruit que d’une 
loi authentique & perpétuelle fur la li- 
berté d'exporter les grains hors du Royau- 
me. Cette loi feroit d'autant plus falu- 
taire, quelle feroit difparoïtre des di- 
fettes dont le période eft connu en 
France, parce qu'elles font füres & fré- 
quentes.. 

L'habitude de voir les difettes fe mon- 
trer malgré ces prohibitions deftinées à 
entretenir l'abondance, a fait fur beau- 
coup de bons efprits des impreflions pref- 
qu'ineffaçables. La force de raifons fon- 
dées fur les principes qu'on fuit pour 
toute autre branche de Commerce que 
celle des grains ; le fuccès de ces prin- 
cipes par rapport aux grains mêmes, par- 
tout où l'exportation eft libre, ont ébran- 
lé la plupart des Partifans de la prohibi- 
tion. Îls avouent que pour ranimer notre 
Agricultureil faut laiffer fortirnosgrains, 
ou plutôt leur ouvrir toutes les iffues 
par lefquelles ils peuvent aller chercher 
un profit au Propriétaire. Mais un refte 
de préjugé leur fait défirer que la liberté 
ait des limites. Qu'on exporte, difent- 
ils, dans les années où le Blé eft à bon 
marché. Mais dès qu’il s’élèvera à un cer- 
tain prix, que les Ports foient fermés par 


188 AGRICULTURE. 


le fimple effet de la loi qui permettra 
l'exportation (a). 

Pour fentir l’inconvénient de cette 
précaution, il ne faut pas perdre de vue 
deux faits effentiels. L'un, que le Blé eft 
quelquefois fort cher dans certains can- 
tons, tandis qu'il eft à trop bas prix à 
d'affez petites diftances. Il faudroit donc 
un tarif pour chaque iflue, & changer ce 
tarif à chaque récolte. L'autre, que nous 
manquons en effet de grains dans cer- 
taines années, & qu'alors ce font les Blés 
étrangers qui nous font fubfifter. Il eft 
donc très-effentiel de ne pas écarter ces 
Blés du Royaume , ou pour mieux dire, 


(a) L’Auteur d’une Bro- 
chure qui parut en 1759, 
- Tous le titre d’'Obfervations 
fur la liberté du Commerce 
des grains , propofe, pag. 
$7, d'en défendre la fortie, 
quand le Blé fera au-deflus 
de vingt-quatre livres Le fe- 
tier, & de mettre une taxe 
fur celui qui fera vendu au- 
deflus de vingt livres. Ce 
feroit renverfer par principe 
de police particulière, La li- 
bérté qu’il défire qu’on éta- 
bliffe par principe de police 
générale. On trouve dans 
cet Ouvrage (pag. $r.)un 
fait qui démontre que le 


feul mal à craindre, c’eft la 
prohibition. £a difette {e- 
roit un mal chimérique, fi 
la prohibition ne le réalifoit 
pas. » En 1740, M. Orry fit 
» venir pour treize millions 
» de Blés. Il n’en vendic 
» point, & ces Blés germèé-- 
» rent, parce qu'à l'arrivée 
» du fecours , les magafins 
» particuliers s’ouvrirent «, 
Il n'y avoit. donc pas de 
difette. Cependant on en 
éprouva tous les inconvé- 
niens. Puifque la caufe de 
ces inconvéniens eft con- 
nue , c’eft à cette caufe qu’ii 
eft important de remédier. 


AGRICULTURE. 189 


nous fommes intéreflés à les attirer par 
tous les moyens poflibles. Si la liberté 
de l'exportation eft défirable pour affurer 
la vente de notre fuperflu dans les années 
abondantes , elle l’eft encore plus pour 
aflurer des approvifionnemens dans Îles 
années ftériles. On eft maître en France 
de permettre au Cultivateur de vendre 
fa denrée, ou de le lui défendre. Mais 
on n'eft pas maitre d'obliger l'Etranger 
à nous apporter fes grains, & à fe fou- 
mettre à notre police. Notre politique 
doit donc nous conduire à nous prêter 
à fes principes, puifqu'il eft impoflible 
de l’aflujettir aux nôtres, & qu’il ef in- 
conteftable que nous ne pouvons nous 
paffer de fon fecours. Ainfi la liberté dont 
la néceflité eftavouée pour ranimer notre 
Agriculture, n’eft pas moins néceffaire 
pour nous aflurer la reflource füre & 
prompte des Blés étrangers, lorfque nos 
Blés ne fuffifent pas à notre fubfiftance. 
Nous aurons cette reflource entre nos 
mains, dès que l'Etranger n’aura point à 
craindre d’être forcé à livrer pour trois 
cens livres en France, ce qu'une difette 
en Portugal lui permettroit de vendre 
quatre cens livres aux Portugais. C'eit 
donc pour aflurer en tout temps la fubfif- 


490 AGRICULTURE. 

tance du Royaume, qu’il eft décifif d’ac- 
corder fans reftritions, fans limites, la 
liberté d'exporter. Cette liberté eft le 
feul moyen d'aflurer les importations & 
de les multiplier. Le verfement des Blés 
étrangers en France , ne devroit être 
qu'un dépôt. Il devient par notre police 
une aliénation. Le droit qui conftitue 
principalement la propriété , celui de 
difpofer de fon bien, eft perdu pour le 
Propriétaire des grains. Eft-il étonnant 
qu’il s'éloigne d’un acheteur qui lui im- 
pofe une loi fi onéreufe ? 

Si ia France ne produifoit point dé 
Blés, on fe garderoit bien d'interdire 
la fortie au moment où l’on craindroit 
l'infufifance desapprovifionnemens. Nos 
Ports feroient toujours ouverts, & on 
ne négligeroit aucun moyen pour en- 
gager les Nations Agricoles à y ver- 
fer leur denrée. Il y a des temps où nos 
Blés ne répondent pas à notre confom- 


mation; voilà des momens d’infufhfance. 


Eft-ce alors que nous devons chaffer les 
Etrangers, en les avertiffant qu'ils ne fe- 
ront plus maîtres de leurs Blés, iorfqu'’ils 
les auront introduits en France? Ou- 
vrons nos Ports, au contraire, puifque 
dans nos mauvaifes années nous rentrons 


AGRICULTURE, 191 


jufqu'a un certain point dans la pofition 
d'un Royaume qui n’auroit point d'Agri- 
culture. | 
Les principes adoptés depuisunfiècle, 
repouflent néceffairement l'abondance en 
détournant l'Etranger d’entrepofer des 
grains dont il craint de ne pouvoir dif- 
pofer. Aufli ne vient-il profiter de nos 
befoins , que lorfque le mal a jeté de pro- 
fondes racines. À peine eft-on menacé 
d’une difette, que les grains exiftans dif 
aroiffent. L’effroi fe répand dans des 
CNET où l’on pourroit attendre fans 
péril les fecours étrangers. On n’éprouve- 
roit jamais les fuites funeftes d’une peur 
aufli redoutable dans fes effets qu’une 
difette réelle, fi l'Etranger effrayé par 
nos prohibitions fur la fortie, pouvoit 
fervir fes intérêts & les nôtres, en dépo- 
fant fes grains dans nos Ports. Le Nord 
n'a point de famine à craindre ; il n’eft 
occupé que du foin de placer avanta- 
geufement fon fuperflu : fes Ports font 
fermés pendant l'Hiver ; ainfi il perd, 
faute d’avoir un entrepôt für & commo- 
de, tout ce qu'il pourroit vendre dans 
cette faifon. Mais l'Etranger ne veut 
oint être efclave de nos prohibitions. 
Ii ne veut point expofer les profits de 


192 AGRICULTURE. 


fon Commerce, fous prétexte que nous 
nous éxpofons à manquer de fubff- 
tance. On ne peut trop le redire: qu’on 
ouvre nos Ports à perpétuité ; nos Blés 
& ceux que l'Etranger aura entrepofés, 
nous refleront dans les années ftériles, 
parce que le Marchand qui gagnera à nous 
les vendre, perdroit à les exporter. Dans 
les années fécondes, labondance ne fera 
plus un fardeau, parce que le Commerce 
les verfera dans les lieux où ils pourront 
être vendus plus cher qu'en France. 
Peut-on fuppofer que le Commerce, à 
qui nous devons l’abondance conftante 
d'une multitude de denrées & de mar- 
chandifes étrangères , oubliera fes prin- 
cipes, lorfqu’il s'agira de nous approvi- 
fionner de grains ? L’'intérér qui veille 
fans relâche à l'exportation de notre fu- 
erflu, parce qu'il eft à bon marché , & 
à l'importation du néceflaire, parce que 
la vente en eft füre & avantageule, n'a 
pas befoin d’être dirigé par des loix. C'eft 
l'efprit d'intérêt dont le Commerce eft 
animé, à qui il taut abandonner le foin 
de nous tenir dans ce milieu favorable, 
qui feul peut enrichir le Cultivateur , le 
Propriétaire, & l'Etat même. | 
Nous ne pouvons nous paffer FHguR 
Î FH 


> s 


per rs Eee se + 


AGRICULTURE. 19£ 


d'hui de l'Etranger; mais fon affiftance 
ne nous fera pas toujours néceffaire. 
Plus nous exportons d'étoffes en tout 
genre , plus nos Manufaëtures font à 
l'abri de la concurrence. Plus nous expor- 
terons de grains, plus notre foible Agri- 
culture fe rapprochera de celle de nos 
voifins. L’exportation nous rendra des 
forces que la prohibition a détruites. Per« 
mettre d'exporter nos Blés, c’eft répan- 
dre des engrais fur toutes les Terres, & 
même fur celles qui n’ont pas encore 
éprouvé l’impreffion du foc. 

Si des raifons fi preffantes, fi des mo- 
cifs fi puiffans & fi touchans ne fufhifent 
pas pour difliper les craintes, qu’il foit 
permis de propofer un . dont l'effet 
néceffaire doit être ou de les juftifier, ow 
de les difliper fans retour. Cette matière 
eft trop importante, pour fe prêter à l'in- 
décifion. Il s’agit de prévenir la difette & 
même la famine, en ouvrant ou en fer= 
mant Île commerce des grains. Nous 
fommes fürs que la prohibition ne les 
prévient point. La police aûuelle n'af= 
fure donc pas notre fubfftance. Ce qu’on 
peut fuppofer de plus favorable, c’eft 
qu’elle empêche les difettes d’être plus 
fréquentes. On oppofe à cette conjeélure 

| N 


494 AGRICULTURE. 


L'exemple des Nations chez qui lexporta- 
tion eft libre. La difette ne s'y fait point 
fentir ; on eft donc en droit de préfumer 
que la même adminiftration en France 
feroit fuivie des mêmes effets. Pourquoi 
n’en feroit-on pas l'expérience en petit, 
puifqu’on croit voir du danger à l'entre- 
prendre en grand ? ; 

. Il ya trente ans que la Province deman- 
de avec les plus vives inftances la permif- 
fion d'exporter fes grains, quoiqu'elle 
éprouve quelquefois que fes côtes du 
Nord ne font pas fufüifamment pourvues, 
tandis que celles du Sud font dans la fur- 
abondance. Ce n’eft point le vœu fouvene 
fufpeët ou indiferet de quelques particu- 
liers ; c’eft le vœu de la Nation entière 
affemblée fous l'autorité du Roi. On peut 
Ven croire fur des maux dont elle attefte 
l’'exiftence, & furun remède qu’elle a tant 
d'intérêt à bien choifir. La Bretagne eft 
une peninfule. Rien n'eft plus aifé que 
d'élever entr'elle & les Provinces voifines 
une barrière toujours fermée pour le ver- 
fement des Biés de lintérieur dans la 
Province , & toujours ouverte pour lin- 
troduétion des Blés de Bretagne & de 
l'Etranger dans le Royaume. Cette bar- 
rièreeft même déja foxmée pour d'autres 


EU PO 


AGRICULTURE. 195$ 


objets, Il ne faut qu’un ordre de plus aux 
Commis des cinq groffes Fermes chargés 
de la garder. Qu'on permette enfuite à la 
Bretagne la libre exportation & de fes 
grains & de ceux que l'Etranger y aura 
entrepofés; on ne tardera pas à juger par 
cette épreuve des principes les plus avan- 
tageux à fuivre dans tout le Royaume 
par rapport au commerce des grains. 
On ne foupçonnera pas la Société d'en- 
vifager dans ce projet un Privilége ex- 
clufif. Elle connoit trop les maux qu’en- 
traîne l’exclufif en tout genre. Mais elle 
eft fi convaincue du préjudice que caufe à 
l'Agriculture la prohibition d'exporter 
les grains, qu'elle regarde comme un 
devoir de préfenter aux Etats tous les 
moyens qui peuvent conduire à obtenir 
une liberté qu’ils follicitent depuis fi 
long-temps. Si la Province demande cette 
permiflion & qu'elle l'obtienne, les heu- 
reux fuccès dont elle fera certainement 


fuivie, affureront aux autres Provinces 


& la même faveur & la certitude d’en 
recueillir les fruits. Il ne s’agit pas de 
concentrer les bénéfices de l’exportation 


. dans une Province, mais d'éprouver à 


quel point [a liberté d’exporter peut 
être utile au Royaume. 
Ni 


Lin. 


196 AGRICULTURE. 


Une Province maritime doit raflurer 
plus qu'une autre fur les dangers qu’on 
cherche à prévenir par la prohibition. 
11 ne lui manque aucune efpèce de fa- 
cilités pour communiquer avec toutes 
les parties du monde, pour recevoir & 
pour donner Îles plus prompts fecours; 
ainfi l'on doit préfumer que la deman= 
de des Etats fera favorablement écou- 
téé {z). 

La défenfe d'exporter les grains doit 
faire envifager la culture des Lins com- 
me une des plus riches branches d'Agri- 
culture de la Province. Mais cette bran- 
che elle-même eft bien éloignée du point 
d'accroiffement auquel elle peut parve- 
nir. C’eft un bien précaire, puifque nous 
tirons les femences de l'Etranger. L'Agri- 
culture n’eft dans fa force ,que lorfqu’elle 
peut fe pafler de tout fecours éloigné, 
La guerre fuflit pour détruire par le fon« 
dement la culture de nos Lins. Dans 
quelles allarmes ne feroit-on pas, s’il fal- 


TT + 


(a) Les États, par une dé- 
libération du 15 Novembre 
1760, ont chargé MM. les 
Députés & Procureur Géné- 
ral Syndic à la Cour, de fol- 
Jiciter la libre exportation 
des grains de la Provime, 


pour qu’on en puille faire 
ufage à la Paix: & de de- 
mander que dès-à-préfent le 
commerce des grains foit li 
bre de Province à Province 
par mer, par Les rivières, & 
par terre. 


AGRICULTURE. 197 


loit tirer de Barbarie ou du N ord, les Blés 
néceflaires à nos femences ? Le péril n’eft 
pas le même parrapport aux Lins, parce 
que rien ne peut entrer en comparaifon 
avec les grains du côté de la néceflité, 
Mais comme tout eft lié dans l’Agricul- 
ture, il s’en faudroit de beaucoup que le 
Laboureur ne püt fournir aux frais & aux 
avances qui précèdent & qui fuivent les 
récoltes, fi par le défaut de graine de 
Lin, il fe trouvoit privé des profits qu’ik 
retire de cette Plante. 

M. Dubois de Donilac, à qui la So- 
ciété doit la connoïiffance de plufieurs 
détails fur la culture & la préparation 
des Lins & des Chanvres en Livonie, 
affure que les graines de Lin dégénèrenc 
dans ces climats comme dans le nôtre (u), 
Le long féjour qu’il a fait en Livonie, lin- 
térêtperfonnel qu'ilavoiràexamineravec 
le plus grand fcrupule tout ce qui con- 
_ cerne les Chanvres & les Lins, donnent 
untrès-grand poids aux inftruétions qu'il 
a bien voulu donner à ia Société. 


(a) M. Dubois de Doni- des éclairciflemens qui ont 
tac, né à Neuf-Châtel, eft été écrits fous fes yeux par 
établi à Marenne. Il a don- un des Aflociés du Bureau 
né de vive voix fur la cul- de Rennes. 
ture & furlesapprêtsdu Lin, 

N ïïÿ 


r 


198 AGRICULTURE. 


On s’appercoi: en Livonie dès la troï- 
fième année de l'afFfoibliffement de la grai-. 


ne de Lin & de celle du Chanvre. On eft 
forcé de la renouveler au plus tard après 
la cinquième récolte. Les nouvelles grai- 
nes qu'emploient les Livoniens, fe tirent 
principalement de Siléfie ; mais ils en 
font venir aufli de France. Ils n'emploient 
celles de Bretagne que quand ils n’en 
trouvent pas des quantités fufffantes dans 
les autres Provinces. On leur envoie 
donc les graines qui ont dégénéré ail- 
leurs, & ce font leurs graines dégénérées 
que nous femons. Elles fe dénaturent, 
pour ainfi dire, les unes & les autres, en 
changeant de terroir & de climat, puif- 
que nos mauvaifes graines produifent les 
beaux Lins & les beaux Chanvres de 
Livonie, & que ces Plantes réufliffent 
fupérieurement en Bretagne , lorfque 


nous fubftituons à nos graines celles du 
Nord. 


Il ne devroit pas être dificile defaire dis 


reétement cet échange. Peut-être feroit- 
il plus fimple encore de tirer des Pro- 
vinces de France, où fe cultivent le 
Chanvre & le Lin, ces mêmes graines 
qui fe régénèrent en Livonie, & qui 
pourroient fe régénérer en Bretagne. 


US TS NS 


AGRICULTURE. 199 

Il féroit bien digne de citoyens qui 
aiment leur Patrie, de faire & de réitérer 
des épreuves de ce genre. Les frais en 
feroient très-modiques, & le bénéfice 
en feroit très-confidérable pour le public. 
Il ne faut jamais fe flatter de conftater 
un fait de cette efpèce par une ou par 
deux épreuves. Le défaut de réuflite dé« 
pend fouvent de circonftances qu'on igno- 
re, & qu'il feroit même impoflible de 
découvrir. Ainfi l'on ne doit pas fe re- 
buter lorfqu’une expérience n’eft pas fui- 
vie d’un entier fuccès. Par exemple, il 
eft poflible que la régénération des grai- 
nes dépende du plus ou du moins de 
difparité entre la nature des Terres où 
fe fait la récolte, & de celles où on les 
sème enfuite. Dans ce cas il faudroit 
éprouver des graines de plufieurs en- 
droits, pour pouvoir aflurer que Le chan- 
gement de climat n’a rien opéré fur la 
graine. M. de la Chalotais, qui a déja 
fait quelques effais fur les graines dégé- 
nérées , a pris des mefures pour en faire 
de nouveaux, foit par rapport au Lin, 
foit par rapport au Chanvre. Il feroit 
à fouhaiter que fon exemple fût imité. 
… Tout le monde prétend que la graine 
de Lin nous eft fournie par une Com- 

N iv 


200 AGRICULTURE. 


agnie qui s'eft rendu ce commerce ex= 
clufif dans le Nord. Les Cultivateurs de 
Bretagne le regardent comme un mo- 
nopole,. & ce préjugé n'’eft peut-être 
pas fans fondement. La Société, pour 
qui l’adminiftration de cette Compagnie 
& des correfpondans qu’elle entretient 
en Bretagne, a été jufqu’à préfent un 
myftère impénétrable, a cru que le feul 
moyen d'y porter la lumière, étoit d'ob- 
tenir des éclaircifflemens & des inftruc- 
tions de Livonie. Elle a fenti en même 
temps qu'il n’y avoit que le Secrétaire 
d'Etat, ayant le département des affaires 
étrangères, qui püt les procurer. Ces 
recherches font toujours protégées par 
ces hommes qui favent & s'élever aux 
principes les plus fublimes du Gouverne- 
ment, & defcendre dans les détails dont 
J'enfemble conftitue la force des Monar- 
chies. Aufli M. le Duc de Choifeul s’eft-il 
porté à favorifer un projet dont il a vu les 
conféquences. La Société, foutenue par 
l'intérêt que ce Miniftre a pris au fuccès 
de fes tentatives, & par la permiflion 
qu’il lui a donnée de compter fur fon ap- 
pui, fans aucune réferve dans toutes les 
occafions où il pourroit être de quelqu'uti 
lité, a cru devoir lui adrefler différens 


AGRICULTURE. 201 


Mémoires ; l’un , fur les préparations 
ufitées en Livonie pour le Lin ; l’autre x 
fur le Commerce des graines de Lin du 
Nord; enfin elle l'a fupplié de lui pro- 
curer de la graine de cette efpèce de Lin 
dont on ne connoit en France que le 
nom, de Lin vivace de Sibérie. 

Ces Mémoires ont été envoyés & re- 
commandés par M. le Duc de Choifeul 
à l'Ambafladeur de Sa Majefté en Ruf. 
fie. La Bretagne eft déja en état d’en pro- 
fiter par l’inftruétion fuivante ; par des 
modèles dont il fera fait mention à l’ar- 
ticle des Ans; & par des éclaircifle- 
mens & des faêtures fimulées qu’on trou- 
vera à l’article du Commerce. 

Cette inftru&tion, ou avis fur La cui 
ture du Lin, ne s'accorde pas toujours 
avec les pratiques qu’on fuit en Bretagne. 
Elle contient des préceptes qu’il feroit 
peut-être dangereux d'adopter ; écrite 
d'ailleurs par une perfonne À qui notre 
langue eft étrangère, il s'y trouve des 
chofes exprimées d’une manière équivo- 
que, d'autres avec obfcurité. Ces dé- 
fauts ( & cette expreflion eft fans doute 
trop forte) font pour le moins excufa- 
bles dans une perfonne à qui notre langue 
n'eft pas familière, Ona cru ne devoir y 


202% AGRICULTURE. 


faire de changement d'aucune efpèce: 
Les Lins de Livonie font fi beaux, on 
y en cultive une fi grande quantité, que 
tous les préjugés fe réunifient en faveur 
des procédés qui y ont obtenu la préfé- 
rence. D'un autre côté, quoique la 
Bretagne foit infiniment moins étendue 
que la Livonie, on y fuit des pratiques 
fi différentes par rapport aux Lins, qu’il 
ne feroit pas étonnant que l'avis dont il 
s'agit, ne préfentat que les ufages d’un 
canton particulier, & que dans d'autres 
cantons les Livoniens en fuiviffent d’au- 
tres. Pour n'avoir rien à fe reprocher, la 
Société tâchera d’éclaircir quelques dif- 
ficultés par des notes. La diverfiré d’ufa- 
ges conduit ordinairement à chercher par 
des expériences ceux qu'il eft le plus 
avantageux de fuivre. On ne peut trop 
en faire fur une culture aufi lucrative 
que celle des Lins. 


AVIS SUR LA CULTURE DÜ LIN (a). 


» La femence du Lin demande un ter- 


(a) La plupart des notes connoiffe furie Lin; ou d’un 
qu'on va lire fonttirées, ou Mémoire [ur la culture de 
des Effais de la Société de cette Plante, qui a été mis 
Dublin , qui renferment les au dépôt de la Société par 
meilleures obfervations & MM.ies Aflociés du Bureau 
ls plus complères qu'on de Vannes. Ce Mémoire a 


PT 
——— _ 


AGRICULTURE, 20% 


# rain de fort bonne qualité, qui ne foit 
» point fablonneux ni trop fec, un peu 
>» humide plutôt. En Livonie, on n'y em- 
>» ploie que des champs & des terrains dont 
» la fuperficie eft noire, & le fond folide 
» & gras. On y met aufli en ufage les 
» champs, qui après l'engrais ont don- 
» né une récolte de Blé. On sème en 
» Outre quantité de Lin dans des Terres 
>» défrichées , qu’on appelle ici Rocdun- 
» gen, qui font des terrains à bois cou- 
>» pés, qu'on défriche en biülant le bois, 
» & en labourant la terre après, pour 


+ que les cendres y foient mélées avec 


» la terre. Ces Terres défrichées font 
>» fort propres au Lin, & même préfé- 
» rables à toute autre, attendu qu'on ne 
# les y emploie qu'a la troifième année, 
» & après en avoir retiré une année du 


» Blé, & l’autre de l'Orge (4). 


NN 


pour objet de marquer la 
différence des préparations 
ufitées en Bretagne, & de 
celles qu'on donne aux Lins 
de Fiandres & de Picardie. 
On trouvera entre ces inf- 
truétions , une conformité 
propre à donner de la con- 
fance ; mais plus fouvent 
encore une oppoftion qui 


“éonduira çeux qui aiment 


le bien public, à faire des 
épreuves qui perfcétionne- 
ront infailliblément notre 
culture & nos apprêts. 

(a) Voici ce qu’a dic M. 
Dubois de Doniiac fur la 
qualité du terrain des can- 
tons de Livonie qu'il a exa- 
minés. 

Le haut des montagnes 


fournit des pâturages excel- 


204 


AGRICULTURE. 


» Ordinairement on laboure & on herfe 
» la Terre trois fois ; favoir , deux fois 
æ avant, & une fois avec la femence. Si 


lens, des fapins propres aux 
matures, &c. On sème des 
fromens à mi-côte. Ils vien- 
nent dans une terre rougea- 
tre, compofée de fable & 
d'argile, mais où l’argile do- 
mine. Tous les terrains hu- 
mides, & même aquatiques 
(& ce font les plus Fa 
font confacrés aux Lins & 
aux Chanvres. Ces Plantes 
font femées dans une efpèce 
de terreau noirâtre qu’on la- 
boure à la bèche & fort aife- 
ment. Ces terres produifent 
fans fumier, excepté quel- 
que peu de fiente de tourte- 
relles & de ramiers pulvéri- 
fée. Pour juger de la petite 
FU par qu’on en répand, il 

ufft de favoir que les Livo- 
niens n'ont de cette fiente 
qu'autant qu’ils vont la ra- 
mafler dans les bois, fous les 
nids, & dans les nids. 

En Hollande, ( Voyez les 
ET. de Dub. pag. 44.) les 
terres graveleufes , fablon- 
neufes, ou légères donnent 
du Lin fin, mais en petite 
quantité. La graine dégéné- 
re dès la première ou la fe- 
conde année. Dans les terres 
glaifes, profondes, fermes, 
un peu humides, on recueil- 
le une quantité de Lin plus 


grande, dont la graine eff 


excellente. Les Hofadois 
ne sèment sé point de 
Lin dans la Province de 
Hollande, à caufe que le 
terroiren eft léger & fablon- 
neux. Mais ils recueilient 
d’aufli beau Lin & d’auffi 
bonne graine qu’il y en ait 
en Europe, dans les terres 
glaifes, profondes, lourdes, 
fermes & un peu humides, 
de la Province de Zélande. 
En Bretagne, on cultive 
le Lin, & dans des terres le- 
géres, & dans des terres ar- 
gileufes & fermes. On peur 
mettre au nombre des terres 
légères, celles des Evêchés 
de Saint-Malo, de Tréguier 
& de Léon. Celles de Béches 
rel, qui font dans l’Evêché 
de Saint-Malo, & qui pro- 
duifent du Lin fupérieur, 
font extrèmement légères. 
Les terres de l’Evêché de 
Rennes {ont communément 
argileufes, humides , & par 
conféquent fortes. Cepen- 
dant le Lin qu’on y recueille 
eft inférieur à celui des au- 
tres Evêchés ; ce qui femble 
contredire ce qu’on vient de 
rapporter fur les terrains qui 
font préférés en Livonie & | 
en Zélande. Mais c’eft plu- | 


AGRICULTURE. 20$ 


» le Lahoureur ou Payfan a du temps, il 
» fait bien de préparer déja dans lAutom- 
» ne précédent, les champs dont il veut fe 
» fervir pour le Lin au Printemps, en les 
» labourant & herfant une fois, vu qu'it 
» gagne cette peine fur le travail de l'Eté 
» qui fuit. Toutefois avant que de herfer 
» la Terre, il faut toujours qu'elle foit 
» bien sèche. Pour y parvenir, onlaifle 
# les champs, après les avoir labourés, 
» expofés à l'air fans les herfer , afin d’é- 
> viter le cas de les herfer trop humides. 
# Il ne faut pas négliger non plus de la+ 
» bourer & de herfer la Terre aufli fines 
» ment qu'il eft poflible (4). 


(a) Les Zélandois prépas 
rent leurs terres fuivant deux 
méthodes. L’une confifte à 
labourer les terres en friche 
trois ou quatre fois & même 
davantage, & à les laiffer en 
jachères pendant tout un 


tôt de la culture que du 
choix du terrain , que réful- 
te la différence qu’on vient 
de marquer. Les terres légè- 
res qui rapportent du Lin 
en Bretagne, font trés-bien 
cultivées. Les terres lourdes 


le font très-mal. Elles exige- 
zoienc cependant plus de 
foin, & on en feroit dédom- 
magé. par l’abondance & la 
| du Lin qu’elles pro- 


uiroient, Mais, comme 


| Fobferve la Société de Du- 


blin , p.97, la patience feule 
d’un Zélandois peut vaincre 
la forte cohéfion des parties 
d'une terre de cette nature. 


Eté. L'autre eft plus com- 
pliquée. Aprés les avoir bien 
fumées, & les avoir labou- 
rées deux fois, ou plus, on 
y sème du blé. L'année fui- 
vante, on y plante de la 
Garance, qui y refte deux 
ans, & la quatrième année 
on y sème le Lin. Ainf ces 
terres reçoivent deux ou 
trois lebours avant la fe- 


206 AGRICULTURE. 


» Le temps de femence en Livonie 
»eft du 20 Mai au 30 du même mois, 
» quand la Terre eft bonne ; mais ce 
» temps eft reculé de huit à quinze JOUIS, 
» lorfqu’elle eft de moindre qualité (a). 

» Pour la façon de femer, il eft bon 
» de dire que les femences font fagement 
» à épandre, c’eft-à-dire, qu'on n’en jette 
» ni trop, nitrop peu. Car dans le pre- 
» mier cas, le Lin fe couche aifément, 
» & les chenevotes ou épis en devien- 
» nent trop minces &t trop Feu traitables, 
» & il en perd alors abfolument cette 
» foupleffe & cette qualité fine qui lap- 
REP UN 7e SE 


femer au premier temps fa- 


maille du grain , & quelque- 
vorable dans le mois de 


fois jufqu'’à cinq pour la Ga- 


rance, outre Les façons con- 
tinuelles pour recouvrir Cet- 
te Piante de terre à mefure 

w’elle croît, & pour l’arra- 
cher. Effai de la Société de 
Dublin, pag. 49- 

(a) Dans les Evêchés de 
Rennes & de Léon , on sème 
le Lin en Mars & en Mai. 
Dans celui de Tréguier, en 
Mai & en Juin. En Flandres 
& en Picardie, on sème aufli 
en deux temps différens, de- 
puis le 15 Mars jufqu’à la 
mi- Avril, & depuis le 15 
Juin jufqw’à la fin de Jui- 
let. La Société de Dublin 
dit, pag. 6$, qu’il faugroit 


Mars. Sur quoi le Traduc- 
teur ( M. Thébault ) ajoute 
en note : » Le froid nuifant 
» au Lin, il vaut mieux n3 
» femer qu’au mois d'Avril. 
» Mais il ne faut jamais fe- 
» mer plus tard qu’au mo's 
» de Mai. En général, on 
» doit femer plurôt les ter- 
» res légères & bien engraif- 
» fées, & plus tard celles 
» qui ont eu moins d’en- 
» grais, OU qui {ont fort 
» humides. Il eft d’obferva- 
» tion que le Lin femé en 
» Mai donne toujours plus 
» de bois & moins de fi- 
» lafie «. 


AGRICULTURE. 207 
+ proche à de la foie; qualité qui eft la 
» plus éminente de toutes. Et dans le 
» fecond cas, les tuyaux contractent trop 
» de grofleur, comme le Chanvre, & fes 
æ parties deviennent trop groflières; de 
> manière que le plus s’en perd dans le 
» triage & les apprèts, & que l’on man- 
» que le profit à en tirer. 

» Or la meilleure facon de femer, 
seft de prendre les femences avec les 
» trois doigts & le pouce, & nullement 
# à pleine main; & la diftribution fe 
»fera, en forte qu'un arpent à boiffeau 
+ de Blé ou d'Orge de femence, fera 
» enfemencé d'un tiers de la même me- 
# fure de Lin(a). 


# Les femences à enfemencer prépa- 


(a) La Société de Dublin 

( pag. 64. ) confeille de fe- 
mer jufqu’a quatre boiileaux 
de graine par acre d'Irlande. 
Si le borfieau & lacre dont 
on parle, font les mêmes 
uen Angleterre, on sème 
dx une étendue de terre de 
1134 + toifes carrées de 
France, quatre fois ce qu’il 
faudroit de graine de Lin 
pour remplir une mefure 
contenant cinquante - trois 
ou cinquante-quarre livres 
de Froment poids de marc. 


. Dans l’Evèché de Ren- 


v . 


nes, ou les terres font for- 
tes, on sème dans un jour- 
nal, qui eft de douze cens 
quatre-vingt toifes carrées, 
environ cinq boïffeaux de 
graine de Lin, & Le boiffeau 
contient quarante-cinq li- 
vres pefant de Froment. 
Ceft un peu moins que ce 
qui eft prefere par la So- 
ciété de Dublin, & le triple 
de ce qu’on sème en Livo- 
nie , fuppofe que l’emblave- 
ment des terres y foit pro- 
portionnel à celui qui et le 
plus ordinaire en Bretagne. 


208 AGRICULTURE. 


» rées font communément féchées à l’air. 
» Cependant on les met auparavant un 
» peu dans la rotière, pour les mieux 
» conferver; & c’eft aufli là qu'on les 
» met à couvert de fe moifir. 

» La faifon & le temps décident prin- 
» cipalement du fuccès des femences. Car 
>» c’eft proprement le temps qui fixe la 
> bonté & la qualité du Lin. 

» Le temps étant fans pluie, le Lin 
» fera court; & s’il pleut affez, le Lin. 
> fera long & beau. Maïs aufli, fi la pluie 
>» continue & qu’elle tombe trop abon= 
# damment, les femences feront oppref- 
» fées, ou fe pourriffent facilement, fur- 
» tout dans des terrains humides de na 
» ture; & le Lin ne vaut pas alors grand 
» chofe. 

» Le Lin ayant gagné aux champs Îa 
» longueur d'un empan ; il faut qu'il foit 
» foigné, & qu'on arrache les mauvaifes 
» herbes qui pourront croître avec lui. 
» On prend pour cela des petits enfans 
» qui vont pieds nuds arracher l'ivraie, 


» fe gardant de fouler trop le Lin (a). - 


(a) On doitfarclerleLin, Linle moins qu’il eft pof- 
quand il a entre deux & cinq fible, eft de s’afleoir deflus. 
ouces dehauteur.Lemoyen Ceux qui ne voudront pas 
je plus für d'endomimagerle  fuivre cette méthode, doi- 


» Le 


AGRICULTURE, 208 
wLafigne de la maturité du Lin fe 
æ manifefte aux feuilles d’en bas de la 
ætige, en ce qu'elles fe jaunifilent, & 
æ puis tombent. Cela étant, on en fait la 
» récolte, en arrachant les chenevotes 
» des mains & pas autrement, & bien 
» même tant quon peut tenir dune 
= main à da fois: mais avant que d’arra- 
» cher cette poignée , on la lie en haut 
» de quelques tuyaux de Lin, & l'ayant 
» tirée de la Terre, l'homme la met au- 
» près de Jui; & puis il continue de la 
» même manière (4). Or le Lin arraché 


‘ | 


vent du moins obliger les 
Sarcleufes à n’entrer dans la 
Linière que nuds-pieds. On 
doit choïfir des temps humi- 
des pour deux raifons: l’une, 
que les mauvaifes herbes 
s’arrachent plus aifément : 
l'autre, qu'on court moirs 
de rifque de nuire au Lin, 
dont les racines ne font pas 
fort avant dans Ja terre. 
Voyez les Effais de Dublin, 
pag. 67. 

(a) La méthode de cueil- 
lir le Lin, eft d'en prendre 
avec les deux mains autant 
qu'on le peur aifément, & 
de le con àterte, la tête 
. tournée vers le midi. On en 
À prend enfuite une autre poi- 
_gnée, qu'on pofe un peu de 


côté fur là première, af 
que la tête du Lin foit en- 
cote expofée au midi. On 
continue jufqu’à ce que le 
monceau s'éléve à la hau- 
teur d’un pied & demi. Eff: 
de Dub. pag. 71. 

» La méthode des Hol!lan- 
» dois de mettre Le Lin fur 
» la terre fans le lier, feroît 
» peut-être fuivie d’inconvé- 
» niens. Je crois la mienne 
» Ja meilleure, Je lie chaque 
» poignée vers la tête ; j’é= 
» Carte énfuite les extrémi= 
» tés, pour la mettre droite 
» fur la terre; j'en range 
» trois Ou quatre les unes à 
» côté des autres, & je di- 
» vife ainfi mon Lin eñ pe- 
»tits paquets. Ils sèchens 


B10 AGRICULTURE. 


s de cette facon-là, on lui coupe les 
» épis ou les boutons, pour en recueil- 
> lir les femences. Mais fi Pon ne fait 
» pas beaucoup de cas des femences, 
» ON COUPE feulement les extrémités ou 
> pointes où font les boutons, gagnant 
>» alors la perte des femences fur la lon- 
sgueur du Lin. En échange , fi lon 
x veut bien ramañler les femences, on 
> coupe les boutons avec une partie de 
>la tige, & on perd dans ce cas-la 
5 quelque chofe de Îa longueur du 
5 Lin (a). 

Il feroit fort à recommander que 
» l'on prit fes arrangemens en forte de 
» pouvoir & arracher le Lin & en cou- 
> per les boutons, & le mettre dans l’eau 
- en un même jour, afin d'empêcher que 
le Lin étant fur la Terre ne s'échauffe 
» & ne prenne point de mauvaife couleur. 
» Mais ne pouvant l'effettuer ce même 
>» jour, il faut abfolument que cela fe 
GLACE FAO ET TES 
» promptement , parce que (a) Les Hollandois égru- 
Dle vent a un accès libre gentle Lin. C’eft auffi l’ufa- 
» aux tiges. Le Soleil sèche ge de plufieurs cantons de 
» les poignées, & la pluie reragne. Dans d’autres can- 
» ne peut s’amafler deflusen tons de cette Province, en 
» grande quantité «. Voyez Flandres & en Picardie, on 
{es Efjais de Dublin, pag. le bat poux en détacher la 
273- graine. 


AGRICULTURE, 21É 


» fafletle lendemain, & que le Lin foit 
æ trempé (x). 

» On y procède ainfi : on prend les 
poignées de Lin comme elles ont été 
> arrachées & mifes par terre, & onles 
> met fur le chariot qui doit les mener 
» à l'eau. Lorfqu’on y arrive, on déchar- 
»ge le chariot pour y jeter toute la 
* charge de Lin. Puis on le coule dou- 
» cement à fond à l’aide d’une perche: 
» enfuite on jette deffus des broffailies ; 
 & fur celles-ci des fouches , ou de 
» grofles piéces de bois affez pefantes 
» pour tenir les Lins au fond. 

» En retirant le Lin de l’eau , on fe 
» fert d'un crochet, afin que rien n’en 
> reite collé au fond; & pour plus de 
œ füreté, on peut nombrer les poignées 
» en les mettant dans l’eau , afin de fa- 
» voir au jufte fi on les a toutes retirées 
> OU non. 


1 EN 


(a) La Société de Dublin, Deux ou trois beaux jours 
P.726 fuiv. ditqu'enéten- fufifent pour mettre le Lin 
dant le Lin poignée à poi- = 


en état d’être enlevé, Il y 
gnée, dès qu’il a été arraché,  plufieurs cantons en Breta- 
gne où l’on égruge le Lin le 
même jour qu’on l’a arraché. 
On fe hâte de le porter dans 
les routoirs. Il eft, à ce que 
l'on prétend, plus blanc & 
plus doux. 


oi 


on peut l'enlever après 12 ou 
34 beaux jouts, Elle avertit 
que les Hollandois ne tar- 
dent point à l’'égruger, & 
qu'il eft très-important de ne 
point différer le roui du Lin, 


212 


AGRICULTURE. 


On ne laiffe le Lin dans une eat 
» tiède, que fept à huit Jours; au lieu 


» qu'on 
» l’eau 


le laiffe quinze jours dans de 
froide (a). Toutefois pour ne 


» s’y jamais tromper; On tire le fixième 
» jour trois Ou quatre chenevotes ou 


2 tiges de 
> doigt 5 


»cesen 


l’eau, qu'on roule autour du 
& fi l’on s’apperçoit que l'écor- 
détache ou fe caffe aifément, 


» il eft temps de le retirer d’abord après. 


» Au contraire, s’il fe 


plie fans que lé- 


» corce en faute, il faut le laiffer encore 
» tremper, fans pourtant manque? d'en 


» faire chaque Jour ce 


coup d'effai; car 


5 le laiffant au-delà de fon temps à l’eau, 
» on rifque qu'il fe trempe trop; c'eft-à- 


nt orties CRT 


(a) I eft impofhible de 
déterminer le nombre de 
jours que Je Lin doit de- 
meurer dans l’eau pour être 
exactement roui. Les Effais 


de Dublin portent trois, 


quatre, dix, feize, ou dix- 


huit jours. Le Mémoire de 


MM. les Affociés du Bureau 
de Vannes, dit que quinze 
jours fufifent; qu'en lan- 
dres le Lin refte environ un 
mois & quelquefois plus 
dans le routoir. La durée de 
Jimmerfon dépend de plu- 
fieurs caufes qui font quel- 
quefois féparées ; mais plus 


fouvent réunies ; la tempé- 
rature de l’air, la qualité des 
eaux, le degré de maturité 
du Lin, &c. Ainf la feule 
règle qu'on doive fuivre, 
eft d'examiner fréquemment 
l'effet du roui, qui n’eft fuf- 
fant que lorfauw’en rompant | 
des brins de te les fibres 
fe féparent facilement de la 
chenevote. Cependant il ne 
faut pas attendre que le Lin 
ait perdu toute adhérence 
pour le retirer du routoir. 
Si l’on différoit jufqu’à ce 
point, il feroit foible & à 
demi-pouxri. 


AGRICULTURE. 21% 


5 dire qu'il perde fon luftre & fa fouple 
» finefle, & qu’il devienne en battant un 
» tas entortillé, & inutile. IL vaut donc 
» mieux le retirer de l’eau un peu trop 
» tÔ0t que trop tard ; car fi même il n'a 
» pas tout-à-fait bien trempé, l'humidité 
» de la terre où on le met y fuppléra 


» tOUJOUTS. 


» Le Lin fe trempe dans des étangs 
» ou des lacs morts, & point dans des 
> rivières, ou dans l’eau coulante (2); 


(a) Les expériences qui 
ont été faites par la So- 
ciété fur le roi des Chan- 
vres, ( Voyez le Corps d’ob- 
fervations des années 1757 
& 1758, pag. I4T.)ne per- 
mettent pas de regarder 
comme une maxime fure, 
ou du moins univerfeile, 
que les eaux, foit ftagnan- 
tes, foit courantes, doivent 
être préférées. On va voir 
d’ailleurs par des inftruc- 
tions qu’on tient de M. Du- 
bois de Donilac , que la ma- 
nière de rouir des Livo- 
niens n’eft pas uniforme. 

Ils ont deux efpèces de 
routoirs. Les plus fimples ne 
font que des trous creufés 
près du bord desrivières. Les 
Chanvres & les Lins rouis 
fuivant cette méthode, qui 
fe rapproche beaucoup de la 


nôtre, fe vendent commu- 
nément vingt-cinq à trente 
pour cent de moins que ceux 
qu’ils rouiffent dans les rou- 
roirs dont on va parler. 
Lorfqu’ils veulent avoir 
des Lins ou des Chanvres de 
qualité fupérieure, ils profi- 
tent de la chute d’une four 
ce, pour conftruire en efpe- 
ce d’amphithéâtre cinq, & 
0 er fix baflias ou rc- 
ervoirs, qui ont chacun aw 
moins un pied & au plus 
deux pieds de profondeur. 
L’eau peut couler de l’un à 
lPautre, ou être retenue 3 
volonté. Les réfervoirs font 
féparés par de légères chauf- 
fées de terre glaife. Chaque 
chauffée à une petite ouver- 
ture, qu’on eft maïtre de 
ferimer quand on le juge né- 
ceffaire. Pour empêcher læ 


O1} 


214 


AGRICULTURE, 


» le Lin devient rouge & noir dans les 
> rivières, parce que le torrent y fait glif- 
» fer & s'attacher des immondices , & 


fource d’inonder le premier 
baflin, & fucceflivement tous 
les autres, on la détourne 
un peu elle-même par une 
petite chauffée de glaife; & 
lon rompt cette chauffée 
toutes les fois qu'on veut 
renouveler l’eau des réfer- 
voirs. 

Les Livoniens ne remplif- 
fent de Lin ou de Chanvre, 
que le réfervoir le plus éle- 
vé. Deux, trois, ou quatre 
jours aprés, ils font pañler 
dans le fecond réfervoïr les 
poignées qu'ils avoient mi- 
fes dans le premier. Du fe- 
cond réfervoir, le Lin ou le 
Chanvre pañlent dans le troi- 
fième , & ainf de fuite, juf- 

w’à ce que ces matières 
PE rendues au dernier. 
À chaque changement , le 
premier réfervoir eft chargé 
ou rempli de Lin, ou de 
Chanvre nouveau, & l’eau 


eft renouvelée dans tous les 


réfervoirs. Par ce moyen, le 
roui n’eft achevé que quand 
les Lins ou les Chanvres 
font parvenus, & qu’ils ont 
féjourné pendant un temps 
convenable dans le réfer- 
voir inférieur. On fera bien 
aife d'apprendre, fans doute, 


que les Anglois & les Hol- 


jandois ne tirent de Chan- 
vres que ceux qui font rouis 
dans les routoirs qu’on vient 
de décrire , & qu’une grande 
partie de ceux qui viennent 
en France ont été rouis dans 
les eaux ftagnantes qui rem- 
pliffent les trous creufés fux 
le bord des rivières. 

La Société de Dublin, 
pag. 207 € fuiv. veut qu’on 
préfère pour le roui, l’eau la 
plus claire, la plus tranquille 
& la plus douce. Eile con- 
feille dans fes Effais de rouir 
dans de grands réfervoirs, 
qu’on remplit d'eau par le 
moyen d’un ruifleau , & de 
faire entrer l’eau de bonne 
heure dans les routoirs, afin 
qu’elle ait le temps de dé- 
pofer les corps étrangers 
dont elle peut être chargée, 
& de recevoir l'influence du 
Soleil & de l'air. 

En Flandres, en Picardie | 
dans le Maine, on rouit le 
Lin dans l’herbe; ce qui fe 
fait en le mettant dans l’her- 
be d’un pré, où le roui s’opé- 
re, tantôt par l'abondance 
des rofées , tantôt par des ar- 
rofemens. On y rouit auf 
à fleur d’eau , en arrangeant 
les paquets de Lin dans des 


endroits aflez peu profonds 


AGRICULTURE. 21$ 


» qu'il 'en rompt en outre l'écorce. Mais 
» dans les étangs cela n’eft point à crain- 
» dre; & dans les lacs, pour éviter tout 
>» inconvénient , on les met dans un coin 
» où les petites vagues ne peuvent lui 
» nuire en rien. Cependant l’endroit le 
» plus propre à tremper lé Lin, eft dans 
> l'endroit où il y a des joncs tendres ou 
» de groffes herbes dans l’eau, où une 
+ profondeur médiocre permet qu’on en 
» occupe une diftance fufhfante. Et pour 
» les lacs morts, il ya encore une remar- 
» que à faire ; c’eft qu'il ne faut jamais 
+ mettre le Lin là où l’eau des marais 
» peut y couler ; car ces eaux donnent 
»au Lin une mauvaife couleur. 

» Bien des Payfans en Livonie, qui 
n'ont point de lacs à portée pour y 
>» tremper leur Lin, cherchent un marais 


pour que l’immerfon ne foit 
pas totale. Cet ufage eft dan- 
gereux , lorfqu'il furvient 
des chaleurs. D’autres exé- 
cutent le roui, partie dans 
l'eau, partie fur le pré. En- 
fin , l’ufage prefque général 
eft de tenir le Lin au fond 
d’une eau morte, ou fta- 
gnante, & de le charger de 
mottes de gazon. En Breta- 
gne, on rouit dans des eaux 


courantes, dans des eaux fta- 
gnantes, & quelquefois fur 
le pré. La méthode la plus 
ordinaire eft de mettre le 
Lin dans un réfervoir fait 
exprès, au fond duquel om 
fait un lit de paille , fur le- 
quel on étend une quantité 
convenable de faifceaux de 
Lin, qu'onrecouvre de pail- 
le, fur laquelle on met des 
mottes de gazon. 


O x 


216 AGRICULTURE: 
> qui ne fe communique point à d’aui 
» tres, & y creufent une efpèce d’étang, 
» auffi ample que le demande la quantité 
» de leur Lin, & le trempent dans fes 
» EAUX : Mais Comme. ces eaux fe cor- 
+ rompent dans le cours d'une année, 
+ elles ne peuvent plus fervir de rien à 
+ cet ufage l’année fuivante. Ils font ré- 
» duits à chercher chaque année un nou- 
» vel endroit. | 

» Le Lin tiré de l’eau, doit être épan- 
» du fur la Terre de façon que jamais 
+ plus de trois chenevotes ne fe trouvent 
s les unes fur les autres; car fi l’on n’y 
» prend bien garde, le Lin refte verd & 
» fe pourrit; il ne faut pas aufli le mettre 
» fur une Ferre humide où il fe gâte 
» entièrement, mais fur une Prairie sè- 
+ che, ou fur des champs long-temps en 
» friche. On n’a pas befoin de le tour- 
“ner, parce que Je demande qu'il foit 
» d’abord larsement difperfé (a). 


(a) M. Dubois de Donilac 

a indiqué une autre méthode 
w’il a vufuivreen Livonie, 
& pour le Lin & pour le 
Chanvre. La voici. Au for- 
tir du dernier baflin du rou- 
toir, on coupe la racine des 
Chanvres, & on ne coupe 


pas celle des Lins. Le Chan- 
vre ou le Lin fe partagent 
en poignées à peu près de la 
grofleur du bas de la cuiffe. 
Ces poignées font pofées de- 
bout, & elles font foutenues 
par un piquet fur lequel on 
les appuie , en faifant croi= . 

’ 


AGRICULTURE. 


217 


Lo É N 

5 On effaie de battre Le Lin après qu’il 
wa été une huitaine de jours hors de 
» l’eau, & difperfé fur la Terre : mais l’é- 


fer l’extrémite fupérieure des 
tiges. On les laïffe dans cet 
état pendant un jour, pour 
s’égoutter. Ou les étend en- 
fuite fur l’herbe pendant un 
ou deux jours , après quoi on 
les met en tas, & on les cou- 
vre de chaume ou d’autres 
chofes femblables, pour les 
faire fuer. Lorfque le Chan- 
vre ou le Lin ont fufifam- 
ment fué , on les fait fécher 
à l’ombre en les entaflant. 
Mais il faut que les tas aient 
peu d'épaiffeur » afin que 
lair puifle un peu s’y infi- 
nuer. C’eft de cette dernière 
opération que dépend prin- 
cipalement la bonne ou la 
mauvaife qualité des Lins 
ou des Chanvres. Ils peu- 
vent fe conferver pendant 
deux ou trois ans, & même 
plus long-temps fur leur 
chenevote, après avoir reçu 
les préparations qu’on vient 
d'expofer. Lorfqu'on veut 
les faire broyer, après les 
avoir gardés, on les met au 
four. 

Après le roui, dit la So- 
ciéte de Dublin, pas. 2178, 
on étend le Lin fur un ter- 
raiñ fec, couvert d'herbe 


 gourte. On l'y laïfle jufqu’à 


ce qu’il ait féche, blanchi, & 

w’il foit devenu aflez fou- 
ple.. Quand Pherbe eft lon- 
gue, elle retient trop d’hu- 
midité après la pluie & les ro- 
{ées ; elle occalionne une fe- 
conde fermentation dans le 
Lin, l'empêche de fécher, & 
le fait fouvent pourrir. La 
meilleure manière eft de lé- 
tendre fur des bancs de fa- 
ble, ou de oravier pierreux, 
qui ne foient point mélés de 
terre. L’ufage affez ordinai- 
re eft de retourner le Lin 
fréquemment, & de le laif- 
fer étendu fur lherbe pen- 
dant quinze Jours ou trois 
femaines. 

En Flandres, le Lin for- 
tant du routoir refte fur le 
pré trois ou quatre femai- 
nes. 

Lorfque le Lin eft fuffi- 
famment roui, on ne doit l’é- 
tendre que pendant Le temps 
néceflaire pour le fécher. 
Deux ou trois jours fuff- 
fent, lorfqu’il fait chaud. 
On le ramaffe, fi l’on peut, 
pendant qu'il eft encore 
échauffé du Soleil ; il fe con- 
ferve mieux, & on l’apprête 
enfuité avec plus de faci- 
lité, | 


18 AGRICULTURE. 


>» corce ne fe détachant pas aifément , on 
» le laiffe encore une couple de jours, & 
>» puis on en revient au fait ; mais ilne. 
> faut pas attendre trop, car le manque 
» d'attention & de temps ôte au Lin fes 
» qualités effentielles: j'entens le luftre 
>» & la foupleffe. 

» Lorfqu'on ramaffe le Lin, on peut 
» l’entafler un empan de la Terre. Mais 
>» quand on a une bonne grange, il vaut 
+ mieux l’y ferrer, parce qu’il s'y sèche 
» le mieux du monde. 

» Le Lin devant être battu, il eft bot 
>» de le tranfporter à la rosoire que l’on 
» aura fait médiocrement chauffer, & 
» bien avant qu'on y mette rien, afirt 
>» d'éviter que la fumée ne rende le Lin 
» noir (a). 


(a) Selon toute apparen- 
ce, on entend ici par ro- 
toire, un haloir , ou un four. 
Les fours que M. Dubois de 
Donilac à vus en Livonie, 
font conftruits, ou avec de 
l'argile, ou avec de Ia bri- 
que, ou avec de la pierre de 
taille. Ceux qui font conf- 
truits avec de la terre glaife, 
ou de largile, contiennent 
jufqu’à huit cens poignées ; 
les autres n’en contiennent 
que deux, trois, ou quatre 


cens. Ils font faits comme 
les fours d'armée, c’eft-3- 
dire, fort furbaiflés. On les 
chauffe avec du bois mort, 
ou avec ce qu'on nomme: 
dans les forêts, Mort-bois. 
On fe fert aufhi de fagots 
d'Ajonc, de Genèt, &c. Ces 
fours n’ont befoin que du de 
gré de chaleur fuffifant pouf 
rendre la chenevote caffan- 
te, c’eft-à-dire, d’une cha- 
leur foible. On y arrange 
les Chanvres & les Lins de- 


| 
| 


AGRICULTURE. 


219 


» Le Lin étant battu, on peut le 
+ mettre où bon femblera, pourvu que 
> l'endroit foit fec ; & quinze jours après 
+ on le nétoie des écorces. 


bout ; & en fortant du four, 
ils font portés à une efpé- 
ce de moulin deftine à les 
broyer. 

Les Hollandois fe fervent 
de haloirs. Ils les conftrui- 


, fent au fond des ateliers où 


travaillent les Broyeurs & 
les Efpadeurs. Les dimen- 
fiôns ordinaires de ces ha- 
loirs font de quinze pieds de 
longueur, de dix de largeur, 
& de cinq de hauteur. Ils font 
votés. Pan en eft af- 
fez grande pour qu’un hom- 
me puifle y pañler facile- 
ment , & on la ferme avec 
une porte de bois. On ne fe 
fert de bois pour chauffer le 
haloir , que la première fois. 
Les déchets les plus grofliers 
du Lin & les balayeures de 
 latelier fufifent enfuite. 
Les Hollandois allument le 
feu dans le haloir quelques 
heures avant que louvrage 
du jour finifle. Les balayeu- 
res du Lin s’allument facile- 
ment, & le haloir eft fuf- 
famment échauffé & refroi- 
di avant qu’on ait ceflé de 
. broyer & d’efpader. On le 
templit, quand on finit de 
travailler; & le lendemain, 


lorfque louvrage recom- 
mence , le Lin eft fec & 
propre à être broyé. Le Lin 
un peu chaud fe broie plus 


.aifément, par confequent 


a moins de frais, & plus 
avantageufement à d’autres 
égards. Aufli les Hollandois 
ne tirent-ils jamais du haloïir 
deux paquets à la fois. Ils 
les prennentunäun, à me- 
fure qu’ils en expédient. 
Voyez les Effais de Dublin, 
pag. 220 € fuir. 

En Bretagne, on fait fe- 
cher le Lin dans des fours 
ordinaires. On les laïfle re- 
froidir après la cuiflon du 
pain. Comme l’impatience 
de ceux qui font cette opé- 
ration, eft la feule regle 
qu’ils fuivent pour le refroi- 
diffement des fours, ils fone 
toujours de beaucoup trop 
chauds, lorfqu’on y met le 
Lin ; ce qui l’altère confidé- 
rablement, & en ruine mé- 
me une partie. Mais le plus 
grand mal qui en réfuite, 
c’eft de caufer des maladies 
très-dangereufes & fouvent 
mortelles à ceux qui entrent 
dans les fours pour y arran- 
ger les poignées de Lin. Plu. 


220 AGRICULTURE. 


Le Chanvre à toujours été pour [x 
Bretagne un objet de culture & de Com- 
merce. Peut-être mème cette culture , 
a-t-elle devancé celle du Lin. La multi- 
tude des Ports de cette Province entraï- 
ne une grande confommation en gros 
cordages, en manœuvres de toute efpè- 
ce, en toiles à voiles. Le Phyfique du 
climat fert heureufement les intérêts de 
la Nation. Les Chanvres de Bretagne 
font excellens , & ils réufliffent dans 
prefque tous les cantons de la Province. 
Rien n’eft plus important pour le Royau- 
me, que de foutenir & même d'augmen- 
ter une produétion fi précieufe. Les, Efca- 
dres de Sa Majefté, les Vaiffeaux de la 
Marine commercçante, n’auroient qu’une 
exiftence précaire, fi la France ne fufh- 
foit pas à fes befoins relativement à cette 
denrée. Cette branche de culture mérite 
donc une proteétion particulière. 

On a fuivi pendant long-temps un 


CaaxvRe. 


fieurs Membres delaSociété Lorfqu'ils font fecourus ; | 


{ont témoins chaque année, 
que le defféchement de la 
peau des hommes & des fem- 
mes qui ont limprudence 
& le courage de foutenir ce 
travail, eft tel que toute 
tranfpiration eft fupprimée. 


la tranfpiration fe rétablit 
quelquefois. Mais par tout 
où ils manquent de fecours,,: 
& dans tous les cas où les 
fecouts ne rappellent pas læ . 
tranfpiration, la mort 
prefque inévitable. 


AGRICULTURE. 22E 
plan d’adminiftration qui a penfé la rui- 
ner fans retour. La Société a déja in- 
diquè la fource des contradictions qu'a 
éprouvé le Commerce des Chanvres de 
Lannion, de Tréguier, de Painpol, de 
la Rochederrien, &c. (a). On ne s'ap- 
pefantira point fur les fuites d’un régime 
qui n'exifte plus. On fe bornera à propo- 
fer les remèdes qui paroïffent nécefiai- 
res pour réparer les maux qu'il a caufés. 

On fe perfuadera aifément que fi le 
mal n’a pas augmenté, la culture des 
Chanvres eft du moins reftée dans un- 
état de langueur très-préjudiciable au 
Royaume. Si elle fe ranimoit, elle fou 
tiendroit les Cultivateurs pendant la 
paix, & elle deviendroit une reffource 
ineftimable pour les armemens du Port 
de Breft, lorfque la France eft en guerre 
avec des Puiffances maritimes. Mais on 
ne peut compter fur ce double avanta- 
ge, qu'autant que le Gouvernement exci- 
tera le Colon, par des achats confidé- 
rables & annuels. 

Le feul moyen d’exciter la culture; 
de quelque efpèce qu'elle foit, c’eft d’af- 


(a) Voyez le Corps d’obfervations des années 1757 & 
5755,pag.137. 


222 AGRICULTURE. 


furer la confommation de la denrée: 
Rien ne feroit donc plus propre à aus- 
menter les récoltes de Chanvre, que 
l’efpérance qu’auroit le Cultivateur de 
fournir aux befoins de la Marine du Roi 
& de la Marine marchande. Il eft im- 
poflible , & cette expreflion n'eft pas 
trop forte, d'atteindre un but fi défira- 
ble, tant que Sa Majefté tirera du Nord 
la plus grande partie de fes approvifion- 
nemens. 

Si le Port de Breft augmentoit, d'une 
manière marquée, la confommation des 
Chanvres de Bretagne , la culture feroit 
de rapides progrès; les récoltes fuff- 
roient bientôt aux befoins d’une partie 
de la navigation commerçante ; infen- 
fiblement le Royaume fe délivreroit & 
du tribut qu’il paye aux Etrangers qui 
nous vendent cette denrée, & des in- 
 quiétudes que peut caufer en temps de 
guerre le défaut d'une matière que rien 
ne peut fuppléer. | 

Quelques perfonnes prétendent que 
la fupériorité des Chanvres du Nord a 
plus contribué que l'infuffifance de la 
Province, à faire négliger ceux de Lan- 
nion & de Tréguier. Cette opinion eft 
bien nouvelle, Il n’y a que très-peu d’ans 


Fr PS ri mt dit 
Rd OS en ms M 


AGRICULTURE: 223 


nées que les Chanvres de Bretagneëtoient 
préférés, puifque le Commerce en étoit 
interdit jufqu’à ce que les approvifion- 
nemens de Breft fuffent remplis. Il eft 
d'ailleurs aifé de démêler la vraie caufe 
de la fupériorité apparente qu'ont au- 
jourd'hui les Chanvres étrangers. 

Le Nord abonde en Chanvre ; on eft 
à portée de choifir. Plus la culture a di- 
minué en Bretagne, plus on a été forcé 
de fe montrer moins difficile fur le choix. 
Le Nord perdroit bientôt tous fes avan- 
tages, fi la culture y étoit découragée, 
& pour ainfi dire ruinée , tandis que la 
nôtre recevroit de continuels accroiffle- 
mens par d'abondantes exportations. 

D'ailleurs, la comparaifon a-t-elle été 
faite avec fidélité ? M. Duhamel dit (a), 
quon prétend avec raifon dans les Ports, 
que le Chanvre de Riga pourrit plus 
promptement que celui de Bretagne. 
N'eft-ce pas dans nos Chanvres un carac- 
tère de fupériorité ? 

On objeéte encore, qu’ils ne font pas 
préparés avec la même perfe&ion; que 
les Payfans ne font pas affez attentifs à 
les purger de leur chenevote & de tout 


{a) Voyez le Traité de la Corderie, pag. 29 & 44 


224 AGRICULTURE, 

corps étranger : qu'enfin il y a une diffé: 
rence de dix pour cent fur leurs dé- 
chets. 

M. Duhamel eft le feul Auteur qui 
ait publié des expériences fur lefquelles 
on puifle compter, par rapport à la qua- 
lité des Chanvres. $es expériences fur 
ceux de Riga lui ont donné foixante-une 
livres, & {ur ceux de Lannion foixante- 
fix livres & demie de premier brin par 
quintal. Voilà une différence bien marï- 
quée en faveur des Chanvres de Breta- 
gne. Elle l’eft encore dans un réfultat 
général, où cet Académicien fixe à neuf 
a dix livres par quintal le déchet des 
Chanvres de Lannion. Mais quand on 
fuppoferoit des déchets égaux, il fuff- 
roit, pour décider de quel côté font les 
pertes de la Marine, de comparer le prix 
de nos Chanvres, & de ceux du Nord. 

Les derniers font payés aux Entre- 
preneurs de ces fournitures, fur le pied 
de trente & de vingt-cing livres le quin- 
tal, pour les première & feconde qua- 
lités. Le prix commun entre ces deux 
qualités établit les Chanvres étrangers 
à vingt-fept livres dix fols le quinral. 
Ceux de Lannion ne valent, année com: 
mune, que vingt livres. Il y auroit donc 


AGRICULTURE. 22$ 


un bénéfice de trente pour cent à pré- 
férer ceux-ci. 

On ne peut difconvenir que Îles Chan- 
vres du Nord ne foient communément 
mieux préparés que ceux de Bretagne & 
de prefque toutes les Provinces du Royau- 
me. C'eft peut-être une raifon de plus 
pour engager le Miniftère à faire acheter 
ceux-ci par préférence. Un Négociant 
choifiroit à prix égal, des Chanvres étran- 
gers mieux préparés , parce qu'il ne con- 
fulteroit que fon intérèt. Mais Sa Ma- 
jefté, dont l'intérêt particulier eft infé- 
parablement attaché à l'intérêt général 
de fes Sujets, ne peut que chercher à 
favorifer la confommation des matières 
cultivées dans fes Etats. Le bien pu- 
blic demande que les préparations des 
denrées du Royaume fe perfetiionnent, 
Comment pourroient-elles fe perfec- 
tionner, tandis que le défaut de confom- 
mation détruit la culture même ? Plus 
on cultive, plus il y a de concurrence 
entre les vendeurs. Les préparations fe 
perfettionnent, parce que chacun veille 
fur les moyens de s’affurer la préférence. 
Mais quand la denrée ne trouve point 
d'acheteurs, ou qu'ils font en petit nom- 
bre , le Cultivateur craint Ké raifon 


— 


226 AGRICULTURE. 
d'augmenter fes pertes par les frais de 
préparation. Tout fe détériore au lieu 
de s'améliorer. 

Au refte, on ne peut s'occuper trop 
tot des moyens de retenir cette branche 
de Commerce. La culture du Chanvre, 
& fes préparations les plus groflières, 
exigent un apprentiflage. Il n’y a qu'un 
temps aflez court pour le faire, & ce 
neft pas une exagération que d'avancer 
qu’en moins de dix ans il feroit poflible 
que cette culture difparût d'une Pro- 
vince. Les valets des Laboureurs devien- 
nent Fermiers & Laboureurs à leur tour. 
Si pendant dix années de fervice ils n’ont 
vu ni préparer les Terres pour recevoir 
le Chanvre, ni arracher cette Plante, ni 
la rouir, ni la broyer ou la tiller, ils ne 
{ongeront pas à la cultiver dans leurs 
propres fermes. Ils n’oferoient s’expofer 
à une entreprife dont les détails & par 
conféquent les bénéfices leur feroient 
inconnus. Il eft donc aifé de prévoir les 
dangereufes fuites que peut avoir le ra- 
lentiflement de la culture, & combien 
la Marine de Sa Majefté, & celle de fes 
Sujets, auroient à perdre, fi on nefe hâtoit 
pas de remédier aux maux pafñlés, en ra- 
aimant une branche qui dépérit fenfible- 


AGRICULTURE. 227 


ment. Les cordages & les manœuvres 
font d'étroite néceilité pour la Naviga- 
tion. Îl y a tout à perdre à dépendre à cet 
égard du Commerce des Etrangers. Leurs 
importations leur donnent fur nous trois 
avantages trop marqués. Leur Commer- 
ce augmente ; leur Marine fe fortifie ; une 
des principales produétions du Royaume 
s’anéantit (a). 

La courte durée des fermes eft un des 
plus grands obftacles aux progrès de FA- 
griculture (2). La coutume de la Pro- 
vince interdit les baux de plus de neuf 
ans , & ce terme eft trop court pour 
qu'un Fermier puifle mettre les Terres 
en valeur & les y foutenir. 

On a vu dans l’expofition des princi- 


pes que fuir M. de la Chalotais dans fa 


(a) Les Etats, par une 
Délibération du 1 Sepcem- 
bre 1760, .ont charge MM. 
les Députés & Procureur Gé- 
néral Syndic à la Cour, de 
folliciter auprès du Secré- 
taire d'Etat ayant le Dépar- 
tment de la Marine, que 
les Chanvres de Bretagne 
foient pris par préférence, 
fur-tout pour la fourniture 
ée Breft, mais fans fixa- 
tion de prix, fans prohiber 
Fexportation , & fans auçu- 
as sfpèce de gêne, 


(b) 1 paroït que M. Pat- 
tullo eft le premier qui ait 
écrit fur les inconvéniens 
des Loix du Royaume par 
rapport à la durée des baux. 
Cette obfervation impor- 
tante a ouvert les yeux aux 
bons Citoyens. On s’eft éle- 
ve depuis, dans plufieurs Ou- 
vrages, contre un abus finui- 
fib'e à l'Agriculture, fi pré- 
judiciabie aux Propriétaires, 
Voyez VEfai [ur l'améliora- 
tion des Terres, pag. 191 & 


8. 
NU Fu 


Courte 


durée des 
fermes. 


2238 AGRICULTURE. 


Terre de Vern, qu'une bonne culture 
étoit impoflible, à moins que le tiers des 
Terres ne fût employé en Prairies. Pour 

eu qu’on connoiffe la Province, on fait 
a quel point la répartition prefqu'uni- 
verfelle s'éloigne de cette proportion. 
Quelle efpérance pourroit-on avoir de 
la réduire en pratique, en laiffant fub- 
fifter un obftacle qui s’y oppofe direëte- 
ment ? La plupart des fermes ne font 
que de trois & de fix ans. Qu'on les fup- 
pofe toutes de neuf, il eft aifé de voir 
qu'il y a près de la moitié de ces neuf 
années qui font perdues pour le Culti- 
vateur , & par conféquent pour les Pro- 

riétaires. Le Fermier entrant trouve tout 
a faire. Ses foins & fon travail ne peuvent 
lui profiter qu'après deux & même trois 
ans. Sa culture fe foutient pendant deux 
ou troisannées. Elle languit enfuite, par- 
ce qu'il cherche uniquement à jouir de 
fes travaux, & qu'il ne cherche pas à en 
faire jouir fon fuccefleur. Ainfi celui qui 
le remplace eft dans la même pofition, 
cl trouve tout à fazre. 

La Société a vu un exemple remar- 
quable de l'inconvénient des fermes li- 
mitées à neuf ans. Un habile Cultiva- 
teur qui s'étoit établi de Normandie en 


AGRICULTURE. 229 


Bretagne, prit une ferme pour neuf an- 
nées. Elle étoit en mauvais état. I} fe 
hâta d'y femer des Prairies artificielles 
de Trèfle, afin d'en foutenir les récoites 
par un bétail proportionné. On ne tarda 
pas à lui faire entrevoir que le prix du 
bail feroit augmenté en raifon du bien 
qu'il avoit fait. Il prévint le Propriétaire 
en prenant une autre fermé deux où 
même trois ans avant que le premier bail 
füt expiré. C'eft fur cette nouvelle fer- 
me qu il fema d'année en année Îles Prai- 
ries de Trefle qu'exigeoit fon bétail. En 
forte qu'en quittant la première, il la laif- 
fa ; à la vérité, mieux difpofée que lorf- 
qu'il lavoit reçue, mais très-inférieure à 
ce qu'elle étoit, lorfque fes améliorations 
& fa vigilance tournoient à fon profit. 
S'il avoit eu un bail de 18 ou de 20 ans, 
il eût continué un plan d'exploitation 
qui eût enrichi le fol pour trente ans; 
& l'Etat qui n’eft riche que par le pro- 
duit des améliorations individuelles, eût 
profité de fes foins. Son fucceffleur, qui 
n'auroit eu qu'a continuer, a été dans la 
néceflité de jetter les fondemens d’une 
culture qui ne pouvoïit lui donner de bé- 
néfice que deux ans après. | 

Il feroit donc plus néceflaire que jamais, 

iit 


230 AGRICULTURE. 


que les Etats priffent des mefures pour que 
la durée des baux püt librement fe prolon- 
ger au-delà de neufannées. La Province 
manque univerfellement de Prairies.Elles 
ne fe multiplieront point entre les mains 
de Fermiers fürs d’être renvoyés au bout 
de neufans, ou de voiraugmenter Le prix 
de leur bail à proportion des améliora- 
tions dont ils ont eu toute la peine & cou- 
ru tous les rifques. Il n’y a que les Etats 
qui puiffent procurer un fi grand bien. 
Lis le peuvent pour toutes les Terres qui 
relèvent du Domaine du Roi, dont ils 
font engagiftes , parce qu’ils font maitres 
de renoncer aux lods & ventes qui fe- 
roient dûües , aux termes de la coutume , 
pour un bail de plus de neuf ans. Ils peu- 
vent d’ailleurs folliciter une loi qui s’é- 
tende à tous les autres biens de la Pro- 
vince. Cette loi feroit une faveur pour 
ceux qui voudroient en profiter, & n'ap- 
porteroitaucune contrainte à ceux qui ne 
fauroient pas tirer parti d’une liberté fi 
avantageufe. Permettre d’affermer pour 
dix-huit & vingt ans, ce n’eft pas l’or- 
donner. Les perfonnes qui entendroient 
le mieux leurs intérêts, feroient de lon- 
gues fermes. Les autres continueroient 
à fuivre l’ufage ruineux d'affermer leur 


AGRICULTURE. 234 


bien pour neuf, pour fix, & même pour 
trois ans. Il réfulteroit de ce changement 
des avantages ineftimables, & pour l'Etat 
qui doit toujours être préféré à tout, & 
pour le Propriétaire dont les biens fez 
roient améliorés de plus en plus, & pour 
le Cultivateur qui ne craindroit pas de fe 
développer, lorfqu'il feroit für de recueil- 
lir pendant long-temps Le fruit de fon in- 
telligence .& de fes avances. eg: 

La Société, qui connoit l’afcendant de 
Tintérêt particulier, dans les cas mêmé 
où il fait agir contre les avantages de 
ceux-qu'il dirige, croit devoir fe borner 
a montrer le bien. C’eft aux Etats à 


choïfir entre les différens moyens d&le .. 


faire. | 199 | 

Tout le monde avoue que les Terres 
où-le Propriétaire demeure, cellés qu'ik 
fait travailler fous fes yeux, produifent; 
fans comparaifon -plus que les autres. 
L'œil &-la main. du maitre portent par- 
tout la vie & la fécondité. On trouve- 
roit les mêmes avantages à animer le 
Fermier par l’efprit de propriété. Il fe 
regardera comme Propriétaire dès qu'il 
fera für d’une jouiffance. de dix-huit ow 
vingt ans; & fa famille élevée dans une. 
efpèce d'aifance, nefongera point, com 


{ 


1 1V 


BÉTAIL. 


232 AGRICULTURE. 


me aujourd'hui, à quitter une profeffiort 
qui ne lui préfente que l'étroit nécef- 
faire , pour prix d'un travail continuel. 
La Société eft perfuadée qu'il feroit 
digne de la fagefle des Etats, de verfer 
cette confolation dans les Campagnes, 
afin que le Laboureur, dont les mains 
portent dans l'Etat les feules richeffes 
folides, pût envifager le bonheur de 
fa poftérité dans des travaux qui trop 
fouvent ne fervent qu'à conduire par les 
fatigues à la misère. cs 


ECONOMIE RUSTIQUE.: 


- Les engrais font le premier bénéfice 
qu'on doive envifager en établiffant de 
raudes Prairies, & en nourriffant beau- 
coup de bétail. Nous leur devons nos 
plus grandes, où pour mieux dire, nos 
feules richefles ; les grains, les racines 
& les légumes, qui font la principale 
nourriture de l’homme; les Lins, les 
Chanvres & tes Prairies mêmes, fans 
lefquelles te bétaib cefferoit: bientôt de 
nous nourrir & devivifier toute la na- 
ture. Mais on né doit pas perdre de vue 
les bénéfices qu’on peut retirer de ce 
même bétail, lorfqu’on s'applique à l'en: 


AGRICULTURE, 233 


tretenirfain & vigoureux. Un petit nom 
bre d'inftruétions peuvent fuflire à ce 
fujet. Nos troupeaux ne font pas aflez 
nombreux pour que nous puifhions faire 
ufage de préceptes plus étendus. 

Le premier foin des Fermiers doit 
être d'avoir des mâles & des femelles de 
la plus belle efpèce. La meilleure éduca- 
tion , la meilleure nourriture, n'élève- 
ront pas un animal nain à une grande 
taille. C'eft peut-être tout ce qu'on pour- 
roit fe promettre d'une fuite de généra- 
tions conduites avec autant d'application 
que d'intelligence. Mais on na aucun 
lieu de douter qu’il n’y ait parmi les 
animaux des efpèces petites, comme 
parmi les végétaux. 

Les Faureaux & les Beliers que la Pro 
vince a fait acheter en Poitou, éléveront 
certainement les races en Bretagne, fi on 
ne Les laifle point s’abâtardir. Le plus für 
moyen de prévenir cet inconvénient, fe- 
roit que les Etats renouvelaflent cette 
dépenfe tousles deux ans, jufqu’à ce que 
Le bétail fût généralement plus grand, 
comme elle renouvelle le fonds confacré 
à Fachat des Etalons. Cinquante:fix T'au- 
reaux & cent: huit Beliers répandus dans 
une grande Province , y font à peine per: 


234 AGRICULTURE. 


ceptibles, Les Veaux & les Agneaux qui 
en naîtront fe mêlant avec ceux de pe- 
tite race, feront retomber très-promp- 
tement les troupeaux dans l’état de mé- 
diocrité que la Province à voulu faire 
ceffer. | 
L'Evêché de Vannes exigeroit feul 
la quantité de Beliers de belle race, 
que les Etats ont fait répandre dans la 
Province. M. l'Abbé de Pontual, Affo- 
cié du Bureau de ce Diocèfe, en a par- 
couru toutes les Paroiïffes, & s’y eft in- 
formé exactement du nombre de Mou- 
tons qu’on y nourrit. Il s’eft afluré qu’il 
y en a très-peu dans tout l'Evêché, & 
que dans la plupart des Paroifles il ny 
en à point du tout. Cependant deux 
motifs déterminans devroient engager à 
les multiplier; lun, que le petit nom- 
bre qu’on en élève réuflit très-bien; l’au- 
tre, qu'il y a beaucoup de landes hau- 
tes, dont le fond n'eft que du roc, & qui 
ayant aflez de terre & d'herbes pour la 
nourriture des Moutons, ne font pref- 
que pas fufceptibles de culture pour les 
rains. | 
- M. l'Abbé de Pontual fait obferver à 
cette accafion, que les fabriques de gros 
draps, établies à Vannes même & aux 


AGRICULTURE. 3$ 
environs, comme à Maleftroit & à Joffe- 
lin, ont un befoin preffant de ce fecours. 
Ces établiffemens, qui font très-anciens, 
favoriferoient certainement le débit des 
laines du pays; ce qui feroit également 
avantageux & aux Fermiers & aux Fa- 
briquans. Ces laines ne font tout au plus 
que la fixième partie de ce que confom- 
ment ces fabriques. On eft obligé d’en 
tirer d'ailleurs, & même de l'Etranger; 
ce qui augmente beaucoup le prix des 
étoffes. Il feroit donc à fouhaiter que 
la Province fit la dépenfe de procurer 
des Beliers & des Brebis de belle race 
à l'Evêché de Vannes. Cette dépenfe fe- 
roit modique en elle-même, & les fui- 
tes en feroient très-lucratives. 

La meilleure méthode pour profiter 
des élèves venus de belle race, confifte à 
les bien nourrir dans leur jeuneffe. Après 
huit où dix jours, on doit laifler aux 
Veaux tout le lait de leurs mères, & faire 
teter les mâles au moins pendant quatre 
mois , & les femelles pendant trois. Ce- 
pendant on doit obferver fi le lait de la 
Vache eft trop abondant pour quele Veau 
puifle le confommer entièrement. Dans 
ce cas, il faudroit traire celui que le Veau 
ne pourroit teter. La furabondance de 
lait n'arrive pas aux Brebis, 


236 AGRICULTURE. 


_ Les T'aureaux devroient être féparés 
des Vaches jufqu'à l'âge de trois ans. Les 
Vaches ne devroient porter qu'au même 
À / F l B bi ,\ dé 

age (a), & les Brebis qua deux ans & 


demi, afin qu'elles euffent trois ans 


quand leur Agneau tomberoit. Un Tau- 
reau fufht pour vingt ou vingt-cinq Va- 
ches , & un Belier pour vingt ou vingt- 
cinq Brebis. 

Il feroit très-bon de ne conferver en- 
tiers que les males deftinés à multiplier 
l'efpèce. Tous les autres devroient fu- 
bir la caftration un mois après leur naif- 
fance. Cette précaution préferveroit les 
belles races des mélanges qui les anéan- 
tiffent en affez peu de temps ; d’ailleurs 
elle épargneroit beaucoup de foins à ceux 
qui ont des troupeaux. Un trop grand 
nombre de mâles caufe des défordres infi- 
nis ; & quelque attention qu’on ait à fépa- 
rer les T'aureaux & les Beliers des Vaches 
& des Brebis trop jeunes, il-eft impofli- 
ble de les empêcher de multiplier avant 
qu’ils ayent atteint un âge convenable. 


(a) Dans les marais de les Vaches. Mais on y con- 
Poitou , d’où les Taureaux vient qu'on trouveroit du 
de la Province ont ététirés, bénéfice à les faire attendre 
on les fait quelquefois fer- les uns & les autres jufqu'à 
vir à un an, aufli-bien que deux ans. | 


4 


ERP 


+ Rd bn anne 1m him 


so 


AGRICULTURE. 237 


Cespratiques, quelque fimples qu’elles 
foient, ne peuvent devenir générales que 
peu à peu. Il n'y a que les Seigneurs, ou 
les Propriétaires dé grands Domaines, 
ou les Fermiers un peu aifés, (& ils font 
exceflivement rares) qui puiflent dès à pré- 
fent exécuter ce projet. C’eft cependant 
le feul qui puifle procurer de beau bé- 
tail. Mais il fe trouvera, fans doute, des 
perfonnes qui, par intérêt ou par amour 
pour le bien public, donneront l’exem- 
ple. Et l'exemple dans les chofes lucrati- 
ves trouve toujours des imitateurs. 

Un des plus grands obftacles à l’'amé- 
lioration du bétail parmi les petits Fer- 
miers ou les petits Propriétaires, c'eft 
le facrifice total du lait des Vaches qu’il 
faudroit faire aux jeunes Veaux. La pau- 
vreté donne toujours de faufles lecons 
d'économie. IL faut être aifé pour de- 
venir économe, & être économe pour 
devenir riche. Il faut, dit-on, nourrir 
la mère tandis que le Veau épuife tout 
fon lait. Ainfi, outre le prix de la nourri- 
ture, on eft privé du lait & du beurre qui 
feroient fubfifter la famille du Fermier, 


. ou paï leur confommation, oupar le prix 


qu'on en retire, | 
: . ‘ 
*. On peut vainçre ces répugnances en 


238 AGRICULTURE. 


avertiffant que les Veaux bien nourris 
acquièrent un prix qui dédommage de ce 
qu'on appelle /4 perte du lait. On doit 
d’ailleurs fuppofer qu'un Fermier pofsè- 
de plufieurs Vaches. Aïnfi il doittoujours 
s’en trouver dont les Veaux font fevrés, 
& dont le lait peut fuffire à la confomma- 
tion domeftique. Il y a des Vaches dont 
les Veaux ne promettent pas de devenir 
beaux ; on peut les vendre & profiter du 
lait en entier. Au refte, on peut faire 
une épargne fur le lait, pourvu qu'elle 
ne s’étende point aux males qu'on veut 
conferver entiers. 

On trait la Vache le matin, & on en- 
lève la crème à midi. On fait chauffer 
une partie de fon lait avec de l’eau & de 
la farine, on le fait boire au Veau qu'on 
veut élever, & il fe trouve fuffifamment 
bien nourri , quoiqu'on le prive d’une 
partie du lait de fa mère. On peut aufli 
faire du beurre tous les jours, & donner 
le lait de beurre aux Veaux ; mais alors 
1l faut leur faire des Poflons avec des 
Choux, des Navets ou des Patates. C'eft 
une des méthodes qu’on fuit en Irlande, 
où le bétail eft fi beau & fi nombreux. 

Au refte, quand on défire férieufement 


d’avoir de beau bétail, il faut fe réfou: 


nn Sn ST 


AGRICULTURE. 256 


dre à faire des avances, & à foigner les 
élèves. On auroit de mauvaifes récoltes , 
fi on ne femoit que des grains retraits, & 
que la Terre ne füt pas bien labourée & 
bien fumée. On n'aura jamais que de 
foibles beftiaux , fi on n’a que des Tau- 
reaux & des Vaches de petite efpèce, & 
s'ils ne font pas nourris abondamment, 
aufli bien que les élèves qu’on veut for- 
mer. 

Il y a cependant une diftinétion à faire 
par rapport à la pofition des lieux où l’on 
veut avoir des élèves, Si le canton four- 
nit de bon beurre, & qu’il foit voifin de 
villes où la confommation foit un peu 
forte, ona intérêt à vendre les Veaux lorf 
qu'ils ont cinq femaines ; Le prix qu’on en 
retire, celui du lait & du beurre, furpaf- 
fent la valeur de l'élève qu’on formeroit. 
Mais lorfqu'on habite un canton où la 
qualité du beurre eft inférieure, & qui 
fe trouve éloigné des villes de grande 
confommation , il eft plus avantageux 
d'avoir des élèves. 

- Quoique ladminiftration du bétail, 
prife dans fes détails, foit une fcience 
très-étendue, la Société ne manqueroit 
pas de moyens pour fervir les intérêts de 
es compatriotes fur cette partie de l'éco- 


Bors. 


240 AGRICULTURE. 


nomie ruftique. Il lui fuffiroit de con= 
fulter d'excellens ouvrages que les An- 
glois ont publiés fur cette matière qu’ils 
pofsèdent mieux qu'aucune Nation. Mais 
nous fommes fi éloignés de pouvoir pro- 
fiter de leurs obfervations & de leur ex- 

érience , que nous devons nous borner 
à des regrets fur notre fituation, & à des 
vœux pour que la munificence des Etats 
la rende meilleure. S'ils continuent à fai- 
re diftribuer des Taureaux & des Beliers 
de belle race, & qu’ils faffent venir en 
même temps des Vaches & des Brebis qui 
foient proportionnées, ce bienfait fera 
plus utile que les meilleures inftruétions. 
L’Agriculture & le Commerce fe réunif- 
fent pour le folliciter. 

L'utilité des Bois dans une Province 
maritime eft fi frappante, que le feul in- 
térêt des Propriétaires, & plus encore 
l'amour paternel, parce qu'il réunit la 
tendreffe & l’intérèt, devroient engager 
à femer & à planter des Chênes, des Or- | 
meaux, des Frênes, &c. La Société, qui 
n'eft pas encore en état de publier les ma- 
tériaux qu’elle a raffemblés fur ces objets, 
ne croit pas devoir attendre plus long- 
temps pour faire connoître les avantages 
qu'on trouyeroit à multiplier les N aug 


AGRICULTURE: 24% 

Il vient d'Anjou, de Touraine & d’au- 
tres lieux, une grande quantité de Noix, 
dont les droits en entrant en Breta- 
gne doivent être percus fur le pied du 
poincon. Une conteftation entre les Re- 
ceveurs de ces droits, & ceux qui font 
ce commerce, ayant fait défirer aux 
Etats de favoir exatement quelle étoit 
la capacité du poinçon de Noix, M. le 
Comte de Quelen, Procureur Général 
Syndic, s’adreffla à la Société pour avoir 
a ce fujet des inftructions précifes. Le 
Bureau de Rennes s’adreffa à M. de Mon- 
taudouin, Aflocié de celui de Nantes. 
Les recherches qu’il fallut faire à cette 
occafion, firent connoiïtre à M. de Mon- 
taudouin de quelle importance étoit le 
commerce des Noix pour ia Bretagne, 
Il avoit regardé jufqu’alors comme une 
branche de fruiterie qui ne paroifloit pas 
devoir former un grand objet. Il fut dé- 
trompé par une perfonne qui avoit fait 
ce commerce pendant long-temps, & 
qui lui affura qu’il entroit chaque année 
par le feul Port de Nantes, pour huit ou 
neuf cens mille francs de Noix. Qu'on re- 
garde cette évaluation comme exagérée ; 
qu'en conféquence on la réduife à la moi: 
tié ; il reftera encore quatre cens cin- 


= 


Noyers. 


242 AGRICULTURE. 


quante mille livres que la Province paye 
rous les ans. Cette même perfonne affura 
que la confommation s’en faifoit pref- 
qu’en entier dans les foires & dans les 
marchés de baffle Bretagne, & fur-tout 
a ces efpèces d’afflemblées qu’on nomme 
pardons (a). Un fait fi étonnant ne pou- 
voit qu'engager à en faire la vérification. 

La Société a appris qu'en effet il fe 
confomme dans toute la baffle Bretagne 
une quantité incroyable de Noix. Il eft 
bien furprenant qu’une fi grande con- 
fommation n'ait pas engagé les habitans 
à planter un grand nombre de Noyers. 
Cet arbre comme tous les autres, ne 
réuflit pas également par-tout. Mais il 
n'eft pas rare d'en trouver, dans prefque 
toutes les parties de la Province, qui font 
très-bien venus, & du meilleur rapport: 
Comme il eft poflible que ce foit le dé- 
faut de connoïffance fur la culture, qui 
ait empêché jufqu'a préfent de multiplier 


(a) Ce font des affembiées 
qui fe font à l’occafon de 
certaines Fêtes de Paroiïfles 
ou de Chapelles. Le peuple 
s’y rend de deux & trois 
Jieues à la ronde. Apres les 
exercices de piété, 1l eft d’u- 
fage de boire, de manger, 


de danfer, & de fe faire de 
petits préfens. La plupart de . 
ces préfens font accompa- 
gnés d’une certaine quantité 
de Noix que fe donnent & 
les jeunes garçons & les jeu- 
nes filles qui fe rendent à 
ces affembiées.- 


AGRICULTURE. 243 


œes arbres, la Société croit devoir l’ex- 
pofer en détail, en même temps qu’elle 
fait fentir combien elle eft profitable, 
M. de la Chalotais en a fait femer fix 
mille dans fa Terre de Vern, où lon 
trouvoita peine fix Noyers. Ils font d’une 
beauté & d’une force qui ne laiffent rien 
à défirer. Si chaque Seigneur en faifoit 
femer proportionnellement autant dans 
fes Terres, l'énorme importation de Noix 
qui fe fait en Bretagne, diminueroit in- 
fenfiblement , & cefleroit même bien- 
tôt. Il yauroit tout à gagner pour eux, 
puifque le Noyer eft de tous les arbres 
celui qui donne les plus grands profits. 
_ Ces profits font annuels par les fruits 
qu'il rapporte. On en confit uné partie. 


- À la proximité des villes, il s’en confom- 


me beaucoup en cerneaux. Les Noix frai- 
ches quon mange en Automne , celles 
qu'on conferve pour le temps du Caré- 
me, enfin celles qu'on vend dans les 
foires & dans les affemblées de baffle Bre- 
tagne, font un objet immenfe. L'huile 
qu on retire des Noix fert à peindre, à 
brüler, & même à plufieurs autres ufa- 
ges. Le brou des Noix, les racines & 
les feuilles font employés par les Tein- 
turiers ; & le brou ou l'écorce verte 


Qi 


244 AGRICULTURE. 


pourrie dans l’eau, forme une teinture 
dont fe fervent les Menuifiers pour don- 
ner au bois blanc la couleur du bois de 
Noyer. Enfin, lorfque l'arbre eft coupé, 
il fe vend bien, parce que le Noyer eft 
fans contredit un des meilleurs bois d'Eu- 
rope pour la menuiferie, Tout doit donc 
inviter à le cultiver. 

Lorfqu'on veut femer des Noix, on 
doit en Automne ranger par Lits avec du 
fable dans des manequins , ou dans des 
barriques, des Noix de l’année. On com- 
mence par un lit de fable de deux doigts 
d'épaifleur, fur lequel on met un lit de 
Noix qui eft recouvert d'un lit de fable 
pareil au premier, ce qui fe continue 
jufqu'à ce que le manequin ou la barrique 
foient pleins. Cette préparation a pour 
but de faire germer les Noix avant de 
les femer. On les conferve dans cet état 
jufqu’au mois de Février ou au commen- 
cement de Mars, dans quelqu’endroit qui 
foit à l’abri de la gelée. 3 

Lorfqu’on les tire du fable, on doit 
couper ou cafler les germes ou radicules 
qui ont pouflé pendant l’Hiver, afin que 
les arbres n’ayent point cette groffe raci- 
ne connue fous le nom de pzvor ou de 
rie, qu'on eft forcé de couper lorfqu on 


AGRICULTURE. 24€ 
#5 


les trañfplante ; opération qui eft tou- 
jours nuifible aux arbres. On sème en- 
fuite les Noix à deux pieds & demi de 
diftance lune de l’autre, dans de la terre 
bien ameublie & bien nétoyée. 

Il faut laiffer les Noyers dans la pépi- 
nière jufqu’a ce qu'ils ayent un pouce de 
diamètre, à cinq à fix pouces deterre. Plus 
ils font jeunes lorfqu'on les tranfplante, 
mieux ils réuffiffent. Ils doivent alors 
être plantés à trente pieds lun de l’autre, 
& garnis de tuteurs & de brouffailles 
pour les mettre à l'abri du bétail. Il faut 
porter au fond de chaque foffe dix-huit 
ou vingt pouces de bonne terre. 

Quoique le Noyer vienne dans toutes 
fortes de terrains, il réuflit incompara- 
blement mieux dans ceux qui font gras, 


_& en général dans toutes les Terres qui 


ont du fond. Il ne faut le planter ni en 
maflifs, ni dans les Terres cultivées, par- 
ce qu'il nuit aux végétaux. Mais on en 
fait de très-belles avenues. Au refte, com- 
me il demande à être ifolé, on ne pour- 
roit mieux faire que d'en mettre dans des 
péris, & même dans des landes. Ce feroit 
le moyen de tirer un grand profit de ter- 
rains qui font prefqu'entièrement perdus 
pour le Propriétaire & pour le Public. 


Q ii] 


246 AGRICULTURE. 


On prévoit que bien des perfonnes fe: 
ront étonnées du confeil qu’on a donné 
de couper la radicule des Noix qu’on a 
mifes germer dans le fable. On fait que 
la plupart de ceux qui font des femis 
la confervent avec grande attention, & 
rejettent même les femences dont Îa ra- 
dicule a été caflée par quelqu’accident. 
Cependant cette pratique eft expreffé- 
ment recommandée par M, Duhamel (a), 
non-feulement pour le Noyer, mais en- 
core pour de Châtaigner & pour le Ché- 
pe. M. Baudouin, Aflocié du Bureau de 
Dol, qui a planté une très-grande quan- 
tité de bois de toute efpèce, infifte parti- 
culièrement, dans des obfervations qu’il 
a données à la Société, fur le tort aw’on 
fait aux arbres qu'on tranfplante, en leur 
coupant le pc ou le pivor. Je ne fais nul 
doute, dit-il, que ce ne foit ce qui fait 
rougir & pourrir le bois par le cœur. 
On ne peut éviter un mal fi confidéra- 
ble, qu'en coupant ou caffant ce même 
pivot, lorfqu'il n’eft encore qu'une radi- 
cule molle, & pour ainfi dire laiteufe, 


(a) Voyez le Traité des des Laboureurs, pag. r903 
Arbres & Arbuftes, aux mots dit, en parlant des Novers, 
Caftanea, Nux & Quercus.  Plantez-les le Printemps , 6« 
Bradley, dans le Calendrier #e les tranfplantez jamais. 


AGRICULTURE. 247 
Sa fuppreflion ne peut alors faire à l’ar- 
bre une plaie fenfible. 


La Société croit aufli devoir inviter OSERAIES. 


les Propriétaires à une autre efpèce de 
plantation qui n’eft que trop négligée, 
quoiqu’elle donne de très-grands béné- 
fices annuels, & qu'elle n'occupe que 
des Terres qui ne font prefque pas fuf- 
ceptibles d’un autre emploi. 

On peut regarder l'Evêché de Nantes 
comme le feul où la culture des Ofiers 
{oit bien connue. C’eft de cet Evêché 
que le refte de la Province tire la plu- 
part de ceux qui s’y confomment. Cette 
confommation eft très-confidérabie dans 
toutes les villes de commerce, & dans 


tous les cantons qui ont des vins ou des 


cidres , c'eft--dire, prefque par-tout. La 
ville de Nantes feule en emploie une fi 
grande quantité, que les Oferaies du 
Comté Nantois ne peuvent fufhire à 
fa confommation & à fon commerce. 
Auf en tire-t-elle beaucoup du haut de 
la Loire. 

Comme l'Ofier fe vend au marché, il 
eft prefqu'impoflible de déterminer, mê- 
me par approximation, Jufqu'où peut 
aller la confommation annuelle. Mais ik 
eit certain qu’elle eft immenfe en temps 


Q w 


248 AGRICULTURE. 

de paix. La plupart des marchandifes quf 
s'exportent par mer, font mifes ou dans 
des füuts, ou dans des paniers d’écliffe, IE 
en faut également beaucoup pour le ra- 
batage des fucres, des cafés, des indiso, 
& de prefque toutes les marchandifes qui 
viennent des Colonies ou de l'Etranger, 
On embarque à Nantes une très-grande 
quantité d'Of£ers rouges pour FAmérique, 
parce que les lianes de ces Colonies lient 
très-mal. Les Négocians qui font ce 
commerce, font obligés de les tirer d’Or- 
léans. Il paroît qu'on a négligé la culture 
de cette efpèce en Bretagne; elle eft ce- 
pendant la plus fine & la plus fouple ; 
elle fe prête par conféquent à un plus 
grand nombre d'ufages. 

Outre la confommation & les cargai- 
fons d’Ofiers qui fe font a Nantes, on 
fait combien:il en faut dans tout le Com- 
té Nantois, pourles vins & pe les eaux- 
de-vie du cru. Pour peu que les füts foient 
reftés en magafin, on ne les expofe pas 
au tranfport fans les réparer. La répara- 
tion la plus ordinaire, celle qu’on épar- 
gne le moins, c'eft de relier les cercles. 

Il eft bien étonnant que la rareté & 
l'utilité de cette denrée n’ayent pas ou- 
vert les yeux fur les bénéfices qu’on trou- 


AGRICULTURE. 249 


veroit à la multiplier. Ces bénéfices fe- 
roient d'autant plus grands, que les ter- 
rains convenables aux Oferaies font ra- 
rement propres à toute autre culture. 
La Société croit fervir les Propriétaires 
des terrains marécageux, en leur préfen- 
tant le procédé qu’ils doivent fuivre pour 
remplir leurs intérêts & ceux du Public, 
en formant des Oferaies. De toutes les 
cultures connues, c’eft une de celles qui 
apportent le plus de profits, & qui exi- 
gent le moins de dépenfes. On en ju- 
Sera par un calcul qui terminera cet ar- 
ticle. 

On cultive dans le Comté Nantois plu 
fieurs efpèces d'Ofier qui n’y font con- 


nues que fous des noms vulgaires. Ces 


noms, felon toute apparence, ne feroient 
point entendus par-tout ailleurs. M. Bo- 
namy, Doéteur en Médecine, qui s’eft 
fort appliqué à la Botanique, & qui de- 
puis vingt-cinq ans en donne des lecons 
publiques & particulières avec un déf 
intéreflement qui n’a pas d'exemple, a 
bien voulu fe prêter à débrouiller ce 
chaos. Ce travail étoit d'autant plus difh- 
cile & d'autant plus rebutant, que les 


Fermiers, les Tonneliers, & d’autres Ou- 


vriers, donnent fouvent le même nom à 


2$0 AGRICULTURE. 
des efpèces d'Ofier différentes. On fe fer- 
vira des noms vulgaires, pour faciliter les 
moyens de tirer du Comté Nantois les 
boutures des efpèces qu’on voudroit cul- 
tiver. Les phrafes botaniques que leura 
appliqué M. Bonamy, ferviront à démê- 
ler ces efpéces dans les cantons trop éloi- 
gnés de Nantes, pour en tirer des Ofiers. 
Le Moulard, le Plomb rouge ou bru- 
me, le Plomb jaune, le Plomb blanc ou 
guédié, font les quatre efpèces qu'on 


cultive le plus communément (2). Les 


(a) Le Salix oblongo , in- 
cano acutoque folio , C. B. P. 
474, & le Salix foliis lon- 
gifumis , crifpis , fubtus albi- 
cantibus , J. B. 1. 212, eft 
ce qu’on nomme ÂWoulard. 

Le Piomb rouge, ou Ofier 
rouge des vignes, eft le Sa- 
lix vulgaris rubens , C. B. P. 
A73 , & le Salix amerina 
Lugd. 274. I] y a beaucoup 
d'apparence que ce qu'on 
nomme [a Brume , eft la 
même chofe, & qu'on ne 
Jui a donné un autre nom, 
que parce que l’'Ofier de cet- 
te efpèce eft moins rouge 
dans certains terrains que 
dans d’autres. 

L’Ofier jaune, ou Plomb 
jaune , eft le Salix fativa lu- 
tea, folio crenato, C. B. P. 


{ 


473 , & le Salix lutea te- 
nuior viminea , J.B.1.214. 

Le nom de Plomb blanc fe 
donne au Saule ordinaire, 
Salix vulgaris alba arboref- # 
cens, C. B. P.473.Ilales « 
feuilles blanches & velues 
deffus & deffous. Le bois 
n’en eft pas fort pliant. Mais : 
on nomme aufli Plomb blanc « 
ou Guédié , l’efpèce de Sau-« 
le qui a les feuilles vertes, , 
ou noirâtres deflus & def- : 
fous. Le bois en eft très- 
pliant. C'eft le Salix vul- 
garis nigricans , follo no 
ferrato, C. B. P. 472. On 
l’appelle vraifemblablement … 
Plomb blanc , par oppofi- 
tion aux efpèces qu’on nom- 
me Plomb rouge & Plomb, 
Jaune. 7% 


AGRICULTURE. CT 


terrains Vafeux & humides font les plus 
avantageux pour faire ces plantations. 
La pratique qu'on fuit dans l'Evêché de 
Nantes eft très-fimple. Elle n'exige au- 
cun labour, aucun engrais. Il fuit de 
tracer des lignes droites fur toute la fur- 
face du terrain, à trois pieds de diftance 
les unes des autres, & d’enfoncer le plant 
de trois en trois pieds fur chacune de 

ces lignes. Cette difpofition résulière 
eft abfolument néceffaire pour faciliter 
le paffage dans l’'Oferaie. Sans cela on 
ne pourroit l’exploiter & la farcler qu’a- 
vec peine. 

Le plant n’eft autre chofe que les plus 
groffes tiges de l’année. Une feule tige 
peut être coupée en deux, & fournir par 

_ conféquent deux plants. Il fufit que cha- 
| qué plant ait quatre pieds & demi de 
| longueur, & environ fix lignes de dia- 
|| mètre par la bafe. On le met en terre à 
| deux pieds ou deux pieds & demi de 
profondeur. La manière Îa plus ordinaire 
de lintreduire dans la terre, eft de l’en- 
foncer à force de bras, en appuyant for- 
tement fur le bout extérieur. Mais cette 
méthode nm'eft praticable que dans les 
terrains fort humides. Lorfque le terrain 
ne permettroit pas d’enfoncer la bouture 


+ 


262 AGRICULTURE. 


fans l’écorcher, on eft obligé de com- 
mencer par faire un trou avec un piquet 
de bois ou de fer. En ce cas, il faut avoir 
foin de preffer la terre autour de la bou- 
ture. La plantation fe fait dans le mois 
de Novembre. 

Il y a une autre méthode de former 
des Oferaies dans les terrains maréca- 
geux, plus difpendieufe à la vérité, mais 
beaucoup plus frutueufe. On donne d’a- 
bord un labour à la terre, & l’on brife 
les mottes avec foin. On difpofe enfuite 
le terrain en planches de quinze ou dix- 
huit pieds ; on creufe un foffé entre cha- 
que planche, & l’on jette la terre def- 
fus. Ces foffés font plus ou moins larges, 
plus ou moins profonds, fuivant qu'on 
a plus ou moins de terre pour élever le . 
terrain au- deflus de l'eau. Il feroit à 
fouhaiter que fa furface fe tint toujours 
à peu près à deux pieds & demi au-def- 
fous de celle des planches. On peut lui 
conferver cette élévation par le moyen 
d’empellemens , ou fimplement de peti- 
tes digues qu'on pratique dans la partie 
la plus haute & à la partie la plus baffle 
de FOferaie. Alors le fol eft fufifam- 
ment humecté, les fouches ne font jamais 
fubmergées, & les racines ont précifé- 


AGRICULTURE. 25% 
ment l'humidité qui leur convient. La 
trop grande humidité eft plus nuifible à 
lOfer qu'on ne fe J'imagine ordinaire- 
ment. Une Oferaie perpétuellement inon- 
dée feroit languiflante, & produiroit de 
l'Ofier trop gras & trop fpongieux. La 
manière de planter dans cette méthode 
eft la même que dans l’autre. On divife 
les planches en rayons qui font à trois 
pieds de diftance les uns des autres, & on 
enfonceen terre les boutures de deux ou 
de deux pieds & demi. On donne à l'Ofe- 
raie deux labours par an, l’un au mois de 
Mai pour détruire les mauvaifes herbes, 
& l’autre environ quinze jours après la 
récolte. Pour peu que la terre foit bon- 
ne, le labour du mois de Mai eft fuf- 
fant. | 

On coupe & l’on doit couper l’Ofe- 
raie tous les ans. Mais ce n’eft qu’au bout 
de trois ans qu’on fait la première coupe. 
On fe contente les deux premières an- 
nées d'émonder la fouche pour la forti- 
fier, ou de couper les jets les plus avan- 
cés. Ces premiers jets ne font pas ce- 
pendant tout-à-fait inutiles ; ils font 
employés par les Jardinieïs & par les 
Vanniers. 

_ La récolte fe fait au commencement 


2$4 AGRICULTURE. 


d'O&obre. L’Ofier coupé avant fa ma- 
turité ne fe conferve pas. On fe fert d’une 
ferpette. Chaque baguette doit être cou- 
pée uneä une, & le plus près de la fou- 
che qu'il eft poffible. Ces attentions font 
néceffaires, fi l’on veut que les fouches 
durent long-temps. 

La durée d'une Oferaie eft de treize 
Ou quatorze ans, & même davantage, fi 
elle eft bien entretenue. Tout l’entre- 
tient confifte à la couper régulièrement 
tous les ans, à la farcler de temps en 
temps , & à lui fournir fufhfamment 
d'eau, fans permettre qu’elle foit entiè- 
rement inondée. Après vingt ans Îles fou- 
ches dépériffent, & les récoltes vont tou- 
jours en diminuant. Il faut alors couper 
& même arracher les fouches, & les re- 
nouveler entièrement. 

Toutes les efpèces d'Ofier ne fe pré- . 
tent pas à toutes fortes d'ouvrages. Le 
Moulard, par exemple , fert uniquement w 
à faire de la préte. Il n’y a que le Plomb 
rouge qui puifle être employé par les 
Vaniers, par les Jardiniers, & par Îles 
Tonneliers. C’eft un fi grand avantage, 
qu'il feroit,a défirer qu’on en augmen- 
tât la culture en Bretagne, & fur-rout 
dans le Comté Nantois, puifque c'eft 


AGRICULTURE, 2ç£ 


une brapche d'exportation, & qu'on eft 
dans la néceflité d'en tirer beaucoup 
d'Orléans. 

On appelle préte à Nantes, les baguet- 
tes d'Ofier refendues, telles que les Ton- 
neliers les emploient pour relier les cer- 
cles & cerceaux. Les plus groffes baguet- 
tes font divifées en quatre ; celles de la 
feconde groffeur en trois ; & celles de la 
troifième en deux. Ces dernières forment 
la meilleure préte. 

Cette opération fe fait avec un mor- 


ceau de bois, ou quarré, ou triangulaire 


dans fa coupe, crenelé de quatre ou de’ 
trois angles rentrans comme une lame 
d'épée. Par-touc où il y a des Tonneliers, 
on connoît cet inftrument &t la manière 
de s’en fervir. Ainfi il feroit inutile d’en 
faire la defcription. Lorfqu’on ne veut 
divifer la baguette qu'en deux, on fe 
fert fimplement d'une lime de couteau 
pour faire la première incifion. Ce font 
les Laboureurs eux-mêmes qui font cette 
petite main d'œuvre au-dedans de leurs 
maifons pendant l’'Hiver. On doit refen- 
dre l'Ofier peu de temps après la récolte, 
autant qu'il eft poflible, ou le conferver 
dans un lieu frais jufqu'au Printemps. 
La féve fe ranimant alors, il devient aufli 


256 AGRICULTURE. 
{ouple qu’il l'étoit quand on l'a coupé. 
Après un an l’Ofier eft tout-à-fait fec, 
& n’eft plus propre à aucun ouvrage. 
Lorfque l'Ofier eft refendu , on le lie 
par petites bottes. Chaque botte contient 
cent prétes. Le prix commun eft quatre 
fols le cent. Sur ces élémens il eft facile 
d'évaluer à peu près le produit d'une Ofe- 
raie, en la fuppofant d’un journal. 
Suppofant que chaque fouche produi- 
fe douze baguettes affez groffes pour être 
refendues en trois, & cette fuppofition 
eft exceflivement foible, on en récolte 
tous les ans foixante-un mille quatre 
cens quarante. Il en faut un peu moins 
de trente-quatre pour faire le cent de 
prêtes. Ainfi les foixante-un mille quatre 
cens quarante baguettes font cent quatre- 
vingt-quatre mille trois cens vingt prêtes, 
ou dix-huit cens quarante-trois bottes 
de cent chacune. Ce qui fait à 4 fous 


la botte, 368 livres 12 fous, ou 300 li-. 
vres de profit net, en abandonnant pour 


les frais les 68 livres 12 fous, & tous les 
petits jets qui ne peuvent Être refendus. 

Ce calcul n’eft applicable qu'aux Ofe- 
raies formées fuivant la méthode du 
Comté Nantois. Les Oferaies en plan- 


ches font d’un produit bien fupérieur. 
Les 


AGRICULTURE. 85% 


Les OQfers deftinés aux Vanniers & aux 
Jardiniers, font mis en gerbes de trois 
pieds de circonférence. Le prix de la 
serbe varie depuis quinze jufqu'à vingt- 
quatre fous. On a recueilli dans l'étendue 
d'un journal de Bretagne , jufqu’à fept 
cens gerbes; ce qui vaut dans les deux 
prix extrèmes, cinq cens vingt-cinq li- 
vres, ou huit cens quarante livres; & 
dans un prix moyen, fix cens quatre-vingt- 
deux livres dix fous. On ne connoit point 
de journal de terre en Bretagne d’un 
revenu fi confidérable, & dont la récolte 
coure moins de rifques, | 

C'eft à M. le Comte de la Bour- Rucxes 
donnaye, Procureur général Syndic des Ne 
Etats, que la Société doit une forme de 

_ Ruches propres à faire ceffer l'abus d’é- 
| touffer ou de noyer les abeilles , pour 
avoir leur cire & leur miel (2). Cet abus, 
* qui cependant n'eft pas univerfel, en fait 
À détruire une quantité incroyable dans la 

_ Province. Quoique les ruches dont la So- 
ciété a publié la defcription, euflent été 
| éprouvées par M. de Gélieu, qui en étoit 
| l'inventeur, qu'elles euflent recu l'ap- 
| probation de M. de Réaumur, qui s’étoit 


(a) Voyez le Corps d’obfervarions des années 1757 & 
2758, pag. 157 © fuir. | 757 


258 AGRICULTURE, 
occupé fi long-temps du gouvernemenr 
des abeïlles (4), il s’en faut de beaucoup 
que l'expérience n'ait juftifié l’idée qu’on 
s'en étoit faite. M. de la Bourdonnaye 
avoit cru ne devoir travailler qu’à les ren- 
dre moins chères, afin que tout Le monde 
püt en faire ufage. Il avoit fuivi d’ailleurs 
ce qui conftituoit proprement l'inven- 
tion de M. de Gélieu. Ainf c’eft l’inven- 
tion en elle-même qui eft défe&ueufe. 
M. de la Bourdonnaye fut un des pre- 
miers à s’appercevoir des inconvéniens 
auxquels ces Ruches étoient fujettes. Il 
fe hâta d'en donner avis au Bureau de 
Rennes, qui de fon côté avoit éprouvé 
les mêmes inconvéniens. Ils font tels 
que la Société croit ne pouvoir avertir 
trop tôt le Public de n’en pas faire ufa- 
ge. On fe bornera à en rapporter un feul, 
parce qu'il eft décifif. 


(a) » Il y auroït une autre 
» manière de travailler à la 
» multiplication des Abeil- 
» les, beaucoup plus promp- 
» te,que je ne fache pas avoir 
» été pratiquée en France; 
» mais elle la été, & l’eft 
» apparemment encore en 
» Suiffe, près de Neuf-Chä4- 
» tel, où elle a été imaginée 
>? par un Gentilkomme nom- 


» mé Gélieu, qui avoit de- 
» mandé à M. le Cardinal 
» de Fleury un privilége ex- 
» clufif pour l’établir en for- 
» me en France, ou quelque 
» autre récompenfe. ...« 

Lettre de M. de Réaumur , 
du 29 Janvier 1757, écrite 
à li. de la Bourdonnaye. 
L’original eft au dépôt de la 
Société. 


ÂGRICULTURE, 255$ 
Lorfqu’on fépare la haufle fupérieure 
des inférieures, le fil de fer qui fert à faire 
cette féparation, coupe tranfverfalement 
tous les gâteaux, & par conféquent beau- 
coup d'alvéolesremplies de miel, Le miel 
coule très-rapidement fur les gâteaux qui 
rempliffent les haufles inférieures. En fe 
répandant , il englue quantité de mou- 
ches, qui en fe débattant en engluent 
d'autres, en forte qu’il en périt un grand 
nombre. | 
Cet accident avoit échappé d’abord, 
Mais d'autres difficultés de pratique , 
quoique moins confidérables, avoient 
engagé M. de là Bourdonnaye à cher- 
cher d'avance les moyens de perfeétion- 
ner en général les Ruches connues, & 
celle même qui avoit été propofée d’a- 
près la lettre de M. de Réaumur. Lorf. 
qu'il les eut trouvés, il en fit part à la 
Société par une lettre très-détaillée (a); 
à laquelle il joignit une Ruche qu’il nom- 
moit Rache Ecofloife. 
C'eft toujours en paille qu'il fait conf. 


Li 


(a) Sa lettre eft! du come qu’il a pris pour principe 
imencément de Mars 1759, éelle qui eft décrire dans la 
Le nom de Ruche Eco ffoife , Collethion Académique , tom 
dont fe fert M. de la Bour- À de la partie ÉITANGETE à 
#gonnaye ; eft fondé fur cé pag. 39, 


és 


R 1j 


D 60 AGRICULTURE. 


truire fes Ruches. Celle-ci eft compofée 
de deux pièces qu’on place l’une fur l’au- 
tre. Chacune de ces pièces a douze pou- 
ces de diamètre intérièur, & onze pou- 
ces de hauteur. Ainfi, lorfqw’elles font 
réunies, elles forment une Ruche haute 
de vingt-deux pouces. Elles ont chacune 
un feul fond, auquel on ménage, ou plu- 
tôt auquel on fait un trou de quinze ou 
dix-huit lignes en quarré. Le côté qui 
eft fans fond porte fur le tablier; la piè- 
ce de deffus porte fur le fond de celle 
d'en bas. Ces Ruches font d’une folidité 
à toute épreuve. 

Voici l'effet de ces Ruches. Les abeil- 
les ayant rempli la pièce d'en haut, fe 
trouvent arrêtées par le fond de celle 
d'en bas, qui forme une efpèce de plan- 
cher placé à peu près au milieu de la 
hauteur de la Ruche. Pour continuer leur 
travail, elles rempliffent la pièce de def- 
fous. | 
Ces deux pièces étant remplies, on 
enlève celle de deffus pour profiter de 
la cire & du miel fupérieur. Et lorf- 
qu’elle ef vide, on la met fous la pièce 
qui eft reftée fur le tablier. Par-là le cou- 
vain eft confervé aufli-bien que les abeil- 
les, & on ne court pas rifque. de les 


AGRICULTURE. 261 


laïfler @ns fubfftance pendant l'Hiver, 
lorfque les Etés & les Automnes font 
luvieux. 

Ces Ruches ont été éprouvées par M. de 
la Bourdonnaye à fa Ferre de Lauver- 
snac, par M. de Montluc à fa Terre de 
Laillé, par M. de la Chalotais à fa Terre 
de Vern; elles ont eu le fucces qu’on en 
attendoit. 

Le moyen qu'on a employé pour en 
faire ufage la première fois, a été de 
placer une Ruche commune, qui n’étoit 
pas tout-àa-fait pleine, fur une des piè- 
ces des Ruches Ecoffoifes. Elle fut lutée 
exatement, pour empêcher les abeilles 
d'y entrer par l'ouverture ordinaire, & 
les forcer de prendre leur route par le 
bas de la pièce ajoutée à leur logement. 
Elles continuèrent à travailler comme ff 
l'entrée de leur Ruche avoit été la même. 
Mais on fut quelque temps fans s’apper- 
cevoir que leur travail fe portät dans 
cette pièce, en forte qu'on craignit qu’el- 
les ne la regardaffent comme une efpèce 
d’antichambre qu’elles auroient toujours 
laiffée vide. On étoit encore dans cette 
incertitude , lorfque parut (a) le volume 


(a) I parut à la mi-Novembre 1740. NE 
| KR 11} 


262 AGRICULTURE, 


des Mémoires de l'Académie Royale 
des Sciences, année 1754. M. Duhamel 
rapporte que le Curé de Tillay-le-Pe- 
lieux » plaça un fort panier fur le fond 
>» d'uncuvier renverfé, auquel il avoit fait 
» un trou; les mouches remplirent telle- 
» ment le cuvier de gâteaux épais, dont 
» les alvéoles profondes reffembloient à 
>» des tuyaux de plume, que le fieur Def. 
» bois qui l’acheta du Curé, retira de 
» ce cuvier cinq à fix livres de cire, & 
» quatre cens vingt livres de miel «, 

Il feroit difhcile que les Ruches de 
M. de la Bourdonnaye reçuffent une ap- 
probation plus marquée, & moins fuf- 
pete. On peut les confidérer comme 
deux petits cuviers placés l’un fur l'au- 
tre, & qui communiquent par un trou. 
Tout ce que la Société pourroit dire 

our accréditer ces Ruches, ne pourroit 
qu'affoiblir l'impreflion que doit faire 
le fait rapporté par M. Duhamel. 

_ Ceux qui voudront faire ufage de Ru 
ches de cette efpèce, fentiront bien, 
fans doute, qu’ils doivent commencer 
par mettre une Ruche ordinaire bien peu- 
plée fur une des pièces des Ruches Ecof- 
foifes, & l'y laiffer jufqu’a ce que cette 
pièce foit remplie, Alors la Ruche ordi- 


AGRICULTURE. 26% 


naire doit être enlevée pour en retirer 
le miel & la cire. On mettra une pièce 
vide fous celle où les abeilles auront 
travaillé, & cette manœuvre fera répé- 
tée toutes les fois que la piéce fupérieure 
étant remplie, les abeilles auront com- 
mencé à travailler dans celle de deffous. 
Au refte, on peut recevoir les effains dans 
une des pièces, & lorfque leur travail eft 
avancé , étendre leur logement par une 
feconde pièce qui fert de Aauf]e à la pre- 
mière. Les Ruches de cette forme fatif- 
font à tout, puifqu’en fourniffant beau- 
coup de cire & de miel, les abeilles font 
confervées aufli-bien que leur couvain. 

Les mulots caufent tant de défordres 
dans les Ruches, qu’on croit devoir indi- 
quer un moyen d'y remédier. [l ne s’agit 
que d’ifoler les Ruches, en les éloignant 
des murs, des haies, & en coupant Îles 
grandes herbes qui croiffent autour du 
tablier. Le tablier, qui doit être affez 
élevé pour qu'un mulot ne puifle l'at- 
teindre en fautant, étant porté fur deux 
piquets auxquels il eft arrêté par de longs 
clous, devient inacceflible à ces ani- 
maux. Celui qu'on voit dans la figure, 
donnera une idée fuffñifante de cette conf: 
truéuion. 

KR iv. 


364 AGRICULTURE: 


1 


EXPLICATION DE LA FIGURE: 


A. Deux pièces féparées. On voit dans 
l'une le trou pratiqué pour la com- 
munication d’une pièce à l’autre. L’au- 
tre pièce eft vue par le côté qui n’a 

. point de fond, 

B. Ruche ordinaire, fous laquelle on 2 
placé une des pièces des Ruches Ecof- 
foifes. 

C. Les deux pièces qui compofent la 
Ruche Ecofloife, mifes en place, 


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D'OBSERVATIONS. 


FR T'S 


ORSQU'UN terrain labouré 
eft en pente, quelque légère 
qu’elle foit, les terres remuées 
| ar les labours & détrempées 
par les eaux “ele , font entraïnées 
dans la partie la plus bafle. La charrue, 
qui poufle toujours plus de terre en def- 
cendant qu’en remontant, qui d'ailleurs 
eft curée au bout de chaque fillon, appor- 
te encore de nouvelles terres dans la par- 
| tie inférieure du champ ; en forte qu'in- 
fenfiblement cette portion inculte qui 
encadre, pour ainf dire, les fillons, & 


266 ARTS 

qu'en Bretagne on nomme Foriére, fe 
trouve trop élevée. Par-là les forières de- 
viennent des efpèces de chauflées qui re- 
tiennent les eaux dans les raies pendant 
tout l’hiver. On fait combien les eaux 
ftagnantes font nuifibles aux grains & fa- 
vorables à l’ivraie. Il feroit donc avanta- 
seux que les forières fuflent toujours 
plus baïles que les raies qui féparent les 
fillons. 

Rien n’eft plus facile en apparence 
que de remédier à cet inconvénient. I 
fuMiroit de rapporter fur Îa partie Îa- 
bourée la terre qu’elle a perdue peu à 
peu. Ce feroit une amélioration. Mais 
elle ne peut fe faire fans des tombereaux 
& des brouettes. Il y a tel canton où l’on 
ne trouveroit pas un feul tombereau dans 
toute une Paroiffe : les brouettes ne font 
pas expéditives ; il en coûteroit donc 
fort cher pour remuer & tranfporter ces 
terres. M. Baudouin, Affocié du Bu- 
reau de Dol, a imaginé un moyen qui 
applanit prefque toutes ces difhcultés, 
& il en a fait ufage avec beaucoup de 
fuccès. | 

M. le Comte de Goyon-Beaufort lui 
ayant dit qu’il avoit vu dans l'Tfle de Ru- 
gen un traineau avec lequel on tranfpor- 


ARTS. 267 


toit les terres aifément & prompte- 
ment, M. Baudouin s’eft attaché à com- 
pofer un traineau qui püt remplir ces 
deux conditions. Il en a imaginé jufqu’à 
cinq, & il a mis au dépot de la Société 
le deffein & la defcription de celui qui 
réuflit le mieux. Quoique fon but füt 
principalement de diminuer la hauteur 
des forières, 1l s’eft fervi de fon traineau 
dans d’autres circonftances où il avoit 
des terres à tranfporter. Il a éprouvé 
que par ce moyen il gagnoit du côté des 
frais & de la célérité. 

On doit commencer, fuivant les cir- 
conftances, par ouvrir le terrain au pic; 
ou à la tranche, & à la charrue, fi c’eft 
une forière ; enfuite on fait ufage du 
traineau. 

Ce traineau ef tiré par deux chevaux, 
à l2 force defquels on peut en propor- 
tionner la grandeur. Celui qui É con- 
duit, élève le manche attaché à la partie 
poftérieure, afin que l’antérieure entre 
dans la terre. Quelques fecouffes don- 
nées à ce manche font que le traineau 
fe charge de lui-même & très-prompte- 
ment. Les chevaux marchent pendant 
cette opération. Lorfqu’ils font arrivés 
dans l'endroit où la terre doit être ver- 


Figure I. 


Figure IT. 


Figure ITF. 


263 ARTS. 


fée, on doit élever le manche & le ra= 
battre du côté de la croupe des chevaux. 
Le traineau eft déchargé & relevé dans 
un inftant. S'il s’agit de tourner au coin 
d'un champ ou d’un chemin, on ne fait 
que fuivre les chevaux en détournant le 
traineau avec le manche. Pour peu que 
le conduéteur ait d’adrefle, M. Bau- 
douin affure que les mouvemens nécef 
faires pour charger & pour tourner fans 
s'arrêter, S'exécutent avec facilité, & 
que par conféquent les tranfports de ter- 
res qui coûtent ordinairement fi cher , fe 
font à très-peu de frais. 


. 
E XYPLICATION DES FIGURES. 


Le traineau vu dans fà fituation natu- 
relle. 

Le traîneau vu de profil. 

Le traîneau vu par-deflous , lorfqu'il 
eft rabattu du côté de la croupe des che- 
vaux, 

a. Le devant du traîneau, garni d'une 
bande de fer qui eft attachée par-deflus 
avec des pattes clouées, & par-deffous 
avec trois bandes de fer. 

b. Chevilles de fer ou de bois, auxquel- 
les on attache les cordes pour tirer le 
traineau, 


PT LT. 


ARTS. 269 
£. Bar de bois, ou Palonnier, auquel 
on attèle le cheval, ou les chevaux. 

d.. Manche qui fert à celui qui dirige le 
traineau pour le charger, en l'élévant 
de e en f, & pour le décharger en le 
rabattant du côté de la croupe du che- 
val, pour prendre les tournans des che- 
mins, &tC. 

€, f,g,h. Ligne ponétuée, qui marque 

la fituation où doit être le traineau, 
lorfqu'on élève le manche pour le 
charger, 

1,1,1i. Bandes de fer clouées fous le traî- 
neau, pour le garantir des frottemens, 


& pour en fortifier l’afflemblage. 


La culture des Lins & des Chanvres Teintuta 
eft la plus intéreffante pour la Bretagne, des Fils de 
À f Coton&de 
après celle des grains. Le profit des Cuk Lin en row 
tivateurs femble même devoir les porter ge. 
a préférer les récoltes de Lin & de Chan- 
vre, tant que l'exportation des grains fera 


interdite. C’eft donc fervir la Province, 


 que.de publier des moyens de diverffer 


les apprêts de nos Fils, & de leur donner 
de nouvelles valeurs. La teinture eft de 
tous.les Arts celui qui promet le plus de 


_ diverfité dans ce genre. On ne peut donc: 


trop s'attacher à perfectionner cet Art, 


270 ARTS. | 

La teinture la plus précieufe & 14 
plus éclatante qu’on puiffe appliquer àux 
Fils de Lin, de Coton, ou de Chanvre; 
c’eft le beau rouge de l'Inde, ou d’An- 
drinople. Quoique les moyens de péné- 
trer le Coton de cette couleur ayent été 
découverts d’abord en Hollande , & en- 
fuite en France, on peut regarder en- 
core les ingrédiens & le procédé comme 
un fecret. Il y a même plus que de Fap- 
parence que les ingrédiens & les procé- 
dés de l'Inde ne font pas ceux d’Andri- 
nople, & que ceux qu'ont fuivi les Hol- 
landois & les François, en diffèrent beau- 
coup; & peuvent même différer entr'eux, 
malgré lefpèce de conformité qu’on y 
pourra remarquer à quelques égards. Ce 
fera donc un avantage pour le Public ; 
que de connoitre en détail les différentes 
routes qui ont conduit au même but. 
L'Art en lui-même fera mieux Connu, 
& ce peut être un pas de plus pour par- 
venir à de nouvelles découvertes; par 
exemple , à teindre aufli folidement & 
avec le même fond de couléur, les Eins 
& les Chanvres, que les Cotons. 

Il paroïit que le premier guide qu'on 
ait eu en France fur cette matièré , ft’ 
un recueil manufcrit des diverles façons: 


| C d'Obserr . 2769 Lag . 270 


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on 


ARTS. 274À 
de teindie en rouge aux Indes Orientales: 
M. l'Abbé de Rabec, Chanoine de la Ca 
thédrale de S. Brieuc, Affocié du Bureau 
de la même ville, a donné ce recueil à la 
Société. On ne connoît l’Auteur ni du 
recueil, ni des notes qui y font jointes. 
Il ne laifferoic rien à défirer, s’il donnoit 
une idée nette de la qualité des eaux 
qu'on dit être fpécifiquement néceffaires 
à cette teinture, & s’il indiquoit parmi 
les produétions d'Europe les analogues 
des drogues qu'emploient les Indiens. 
Mais c’eft beaucoup que de connoître 
leur procédé. Des recherches de Chimie 
& de Botanique pourront nous apprendre 
ce que nous ignorons aujourd'hui. 

M. l'Abbé Mazéas, Chanoine de la 
Cathédrale de Vannes (2), avoit travail- 
lé fur cette teinture d’après les mémoi- 
res que le Miniftère avoit fait venir des 
Indes. Mais il ne réuflit qu'après être 
parvenu à imaginer & une autre théorie, 
& les procédés qu’il devoit fuivre dans 
la pratique. Son travail fut fuivi des fuc- 
cès qu’il défiroit. M. de la Chalotais, qui 


(a) Il eft de la Société étoirécrit, lorfque les Etats 
Royale de Londres, & Cor- font nommé de la Société. 
refpondant de l’Académie Ileft Membre du Bureau de 
Royale des Sciences. Ceci Vannes. Jets 


572 ARTS. 

avoit entendu parler de cette découverte; 
écrivit à M. l'Abbé Mazéas, qui étoit 
alors à Rome. Celui-ci envoya un mé- 
moire, où fes principes & fon procédé 
font expofés en détail. C’eft, dit-il dans 
fa lettre, 4x prefent qu'il fair à [a pa- 
trie, En effet, la Société regarda ce 
mémoire comme un très-beau préfent. 
Mais fon travail ne concernoit propre- 
ment que la couleur rouge appliquée 
aux Toiles peintes. C’eft ce qui la en- 
gagé à y faire une addition qui a pour 
objet la même teinture appliquée au Fil 
en écheveaux. 

La Société voyoit fon dépôt s’accroître 
fur cette partie au-delà de fes efpérances ; 
lorfqu'un de fes Membres lui apporta de 
nouvelles richeffes. M. Hellot, de PAca- 
démie Royale des Sciences, qui le pre- 
mier a foumis lArt de la teinture à des 
principes, voulut bien livrer à la Société 
le fecret de teindre le Coton en rouge. 


Il ne fe contenta pas de permettre de co+. 


pier le procédé qu'il avoit écrit. Il donna 
de vive voix, & dans le plus grand dé- 
tail, tous les éclairciflemens qu'on lui 
demanda fur la manipulation. On a mis 
ces éclairciffemens en notes. Enfin, il joi- 
gnit à ces excellens mémoires un échan= 

tillon 


D © à 


De 


ÆRTS. 273 
tillon de Coton qu'il avoit teint lui- 
même, & dont l'éclat l'emporte de beau- 
coup fur ce qu'on connoît de plus beau 
des Indes & d'Andrinople. 

Tel eft l’ordre dans lequel la Société 
a recu des inftruétions fur cette impor- 
tante branche de teinture. On lui par- 
donneroit, fans doute, de défirer que la 
Bretagne en retirat les premiers fruits. 
Mais elle noubliera jamais qu’elle doit 
rapporter au Public tout ce qui peut être 
d'une utilité générale. Ainfi elle n’a au- 
cune répugnance à publier un fecret que 
les Etats de Languedoc ont acheté dix 
mille livres en 1758 , ou pour mieux 
dire , un fecret pour lequel ils ont donné 
cette fomme à l'inventeur (z), à condi- 
tion que fon fecret ne fortiroit point de 
leur Province. 


Recueil de différentes façons de teindre 
les Toiles de Coton aux Indes. 


Les Teinturiers ont trois maximes dif- 
férentes pour leurs teintures, que je vais 
expliquer fuivant l’ordre de leur perfec- 
tion. La première, beaucoup plus com- 


(a) Voyez le Corps d’obfervations des années 1757 & 
2755, pag. 204. S 


274 ARTS. 

pofée que les deux autres, eft auffi infini: 
ment fupérieure en vivacité & en adhé= 
rence. La troifième eft la moins parfaite, 


Première façon. 


Pour teindre en rouge deux aunes de 
Toile de Coton fur une aune de large (a), 
on prend d'abord la tige d'une Plante 
nommée Véyourouvi, rameaux & feuil- 
les, que lon fait bien fécher, puis brü- 
ler, pour en avoir la cendre qu'on délaye - 
dans un vafe de terre contenant environ 
neuf pintes d’eau de-puits, dans laquelle 
on laifle infufer cette cendre pendant 
trois heures. 

Les Indiens ont attention de choifir par 
préférence les eaux les plus épres, ainfi 
qu'ils s'expliquent. Il n'eft pas trop facile 
de définir quelle eft cette äpreté (4). 


(a) Les Teinturiers veu- 
lent que la toile foit écrue; 
ER , elle ne prendroit 
pas fi bien la couleur. 

(b) » Ces puits dont 
» l’eau eft âpre ne font pas 
» fort communs dans l'Inde ; 
» quelquefois il ne s’en trou- 
» ve qu'un feul dans toute 
» une ville. J'ai goûté de 
» cette eau, Je ne luiai point 
» trouvé le goût qu'on lui 
» attribue ; mais elle m'a pa- 


» rü moins bonne que l’eau 
» ordinaire. On fe fert de 
» cette eau préférablement à 
» toute autre, afin que le 
» rouge foit beau, difne les 
» uns ; & fuivant ce qu'en di- 
» fent d’autres plus commu- 
» nément , c’eft une néceflité 
» de s’en fervir, parce qu’au+ 
» trement le rouge ne tien- 
» droit pas «. Lettres édifian- 
tes ; vingt-fixième recueil ; 
pag: 203. , 4 


st Dos Sd de 


ZA RIT. 275$ 


Au refte, on fait qu’en France aufli bien 
qu'aux Indes, les Teinturiers préfèrent 
certaines eaux dans lefquelles fe trouvent 
quelques qualités propres à leurs teintus 
res. Par exemple, l’eau du ruifleau des 
Gobelins pañle à Paris pour la meilleure 
en ce genre. 

L'eau de cendres étant infufée, enfui- 
te pailée dans un linge, on en prend une 
quantité fufhfante pour pouvoir mouiller 
& bien imprégner les deux aunes de 
Toile qu'on veut teindre ; on y délaye 
à peu près la groffeur d'un œufde crot- 
tes de cabri , auxquelles on joint la 
valeur d’un verre ordinaire de levain, de 
la compofition duquel je parlerai ci-après; 
enfin on verfe fur le tout une ferre (a) 
d'huile de Séfame-ou Jugioline (4): ayant 
bien mêlé & délayé toutes ces drogues, 
fi lès cendres font bonnes, l'huile ren- 
dra l’eau blanchâtre, & ne furnagera pas. 
Le contraire arriveroit, fi elles étoient 
mélées avec celles d’autres bois que le 
Wéyourouvi. 


(a) La ferre dont on parle de faindoux liquéfñé & non 
ici , éft une mefure cylindri- liquefñé. 
que de 3 pouces dé diamètre, Cerre huile de Séfame ou 
& autant de profondeur.  Jugioline eft appelée aux 
(b) Au defaut d'huile de Indes du mot Portugais, 
Jugioline, on peut fe fervir - huile de Gergeln, 


Si 


276 ARTS. 

Cette préparation faite, comme on 
vient de le dire, on y trempe la Toile 
qu'on pétrit bien dans le fond du vafe, 
où on la laiffe enfuite ramaflée pendant 
douze heures, c’eft-à-dire, du matin au 
foir. Alors on verfe deflus un peu d’eau 
de cendre toute fimple, afin d'y entre- 
tenir l'humidité néceffaire pour pouvoir 
en la pétriffant encore, la pénétrer dans 
toutes fes parties. Après quoi on la laifle 
encore ramaflée dans le fond du même 
vafe jufqu'au lendemain matin. 

Ce fecond jour on agite la Toile, on 
la preffe & on la pétrit comme la veil- 
le, de façon qu’elle fe trouve humeétée 
également. Enfuite, l'ayant tordue à un 
certain point & fecouée plufieurs fois, 
on la met bien étendue fécher au Soleil 
le plus chaud jufqu’au foir, qu’on la re- 
plonge & l'agite dans la fufdite prépa- 
ration qu'on a eu foin de réferver, & 
dans laquelle on lui laiffe encore pañfer 
la nuit : mais comme cette préparation 
fe trouve diminuée , on remplace ce 
qu'elle a perdu par de l’eau de cendre 
fimple, qui en la rendant plus liquide, 
la rend aufli plus propre à s'étendre & à 
pénétrer toutes les parties de la Toile, 

L'opération dont on vient de parles 


ARTS. 277 
doit fe répéter pendant huit jours & huic 
nuits. Je vais maintenant expliquer ce 
que c’eft que le levain qu'on met dans la 
préparation ci-deffus. 

Ce levain n’eft autre chofe que la mê- 
me préparation dont les Peintres ou T'ein- 
turiers Afiatiques ont foin de conferver 
une portion dans des vafes de terre, pour 
faire fermenter plus promptement une 
nouvelle teinture , Lorfqu'ils veulent la 
compofer. Mais s’ils avoient perdu leur 
ancien levain , leur façon d’en faire de 
nouveau, eft de prendre de l'eau äpre, 
dans laquelle on aura fait infufer des 
cendres de Véyourouvi; d'y délayer la 
fiente de cabri, & d'y mêler l'huile de 
Séfame ou Jugioline, comme on l'a ex- 
pliqué ci-devant, & de laïffer fermenter 
le tout pendant quarante-huit heures, 
après lefquelles ce levain fera parfait. 

La Toile ayant été préparée, comme 
on l’a dit, pendant huit Jours & huit 
nuits, on la lave dans de l’eau de cen- 
dres fimples, pour en tirer l’huile, jufqu’à 
ce qu'elle blanchiffe un peu, enfuite dans 
de l’eau ordinaire, mais toujours âpre,; 
après quoi on la fait fécher au Soleil. 

Pendant les opérations dont je viens 
de parler, on fait fécher & pulvérifer de 

S iii 


278 ÆrRS 


la feuille de Cacka (a), dont on prend 
une /erre qu'on délaye dans de l’eau âpre 
toute fimple, & en quantité fuffifante 
pour imprégner parfaitement la Toile 
qu on y agite cinq ou fix fois, & qu’on 
y laifle paffer la nuit: ceci ne fe fait 
u une fois. 
: Le lendemain matin on exprime à ur 
certain point l'eau de Cacha, de la Toi: 
le, après quoi on la met fécher au So- 
leil jufqu’au foir. Cette préparation lui 
donne un œil jaunâtre, après laquelle 
on pañle à celle que je vais expliquer. 
On prend une certaine quantité de 
l'écorce des racines d’un arbre nommé 
Nôna (B) par les Indiens, & à ce qu’on 
ma dit, Mancoul, par les Portugais 
en Afie. On fait bien pulvérifer cette 
écorce, & on prend une ferre de cette 
poudre qu'on délaye comme celle du 


| (a) Le Cacha eft un grand ces & demi, & “ES de 


ruit eft_ 


arbre communaux Indes, & 
dont la feuille eft d’une coti- 
fiftance affez femblable à 
celle du Laurier, mais plus 
moéleufe, plus courte, & 
arrondie par le bout. Sa fleur 
eft bieue. 

(b) Le Nôna eft un grand 
arbre dont les feuilles font 
tongues d’'environtrois pou- 


quinze lignes. Son: 
à peu près de la. grofleur 
d’une petite noix, &c couvert 
d’une peau vérte, contenant 
dans des cellules cinq à fix 
pepins ou noyaux. Les In- 
diens mangent ce fruit con- 
fit au vinaigre, à la façon 
de nos cornichons. 


ARTS. 279 
Cacha ? dans une même quantité d'eau 
fimple , mais toujours âpre, dans laquelle 
on plonge & agite pareillement la Foile 
qu'on y laifle aufli pafler une nuit, pour 
Fen retirer le lendemain, én exprimer 
À un certain point l'eau de Wôra, & la 
faire fécher jufqu’au foir qu'on la re- 
plonge dans la même eau pour y paffer 
äne feconde nuit, de laquelle on [a re- 
tire le troifième jour, pour la faire en: 
core fécher jufqu’au foir. Cette dernière 
préparation lui communique une couleur 
rougeâtre à laquelle le Chaïaver (a), 
dont on va parler, donne la force, 1a 
vivacité, & l’adhérence. 


(a) Le Chaïa , ou Chaïa- 
ver eft une Plante qui naît 
d'elle-même, & on ne laifle 
E d’en femer aufli pour le 

efoin qu'on en a. Élle ne 
groït hors de terre que d’en- 
viron un demi-pied. Sa feuil- 
le eft d'un verd clair, large 
de près de deux lignes, & 
longue de cinq à fix. La 
fleur eft extrêmement petite 
& bleuâtre. La graîne m'en 
éft guere plus oroffe que 
celle du tabac. Cette petite 
Plante poufle en terre une 
racine qui va quelquefois 
jufqu’à près de quatre pieds, 
-& ce n'eft pas la meilleure ; 


on lui préfère celle qui n’a 
qu’un pied ou un pied & de 
mi de longueur. Cetteracine 
eft fort menue ; & quoiqu’el- 
le pouffe fi avant en terre & 
tout droit, elle ne jette 4 
droite & à gauche que fort 
peu & de très-petits fila- 
mens. Elle et jaune quand 
elle eft fraîche, & devient 
brune en fe féchant. Ce n’eft 
que quand elle eft sèche, 
qu’elle donne à l’eau la cou- 
leur rouge ; fur quoi je re- 
marquai une particularité 
quinétonna. J'en avoismis 
tremper dans de l’eau qui 
étoit devenue rouge. Pen- 


S 1 


ARTE. 

Pendant qu'on prépare la Toile, com£ 
me Je viens de le dire, on doit auffi pré. 
parer la racine de Chaia, ou Chaïaver. 
Ce qui fe fait en prenant de ces racines 
que l’on émonde, & dont on jette les 
extrémités du côté du gros bout, de la 
longueur d’un pouce. On hache enfuite 
ce qui en refte en petits bouts de fix à 
huit lignes de long, pour les piler plus 
facilement. On en prend une /érre me 
furée avec toute lexatitude que peu 
vent permettre tous ces petits bouts que 
l’on fait pulvérifer dans un mortier de 

ierre, en obfervant d'y Jeter de moment 
à autre quelques gouttes d’eau âpre, tant 
pour empêcher cette poudre de s’envo- 
er, que pour en former une efpèce de 
pate qui puifle fe piler plus aifément. 
Le Chaïaver ainfi préparé, & enfuite 
délayé dans environ neuf pintes d’eau 
fimple, mais âpre, on y plonge & agite 
la Toile qui y paffe la nuit, pour en être 


280 


dant la nuit, un accident fit 
sépandre ja liqueur. Mais je 
fus bien furpris de trouver le 
Jendemain au fond du vafe 
quelques gouttes d’une li- 
queur jaune qui s’y étoit ra- 
smañlée. Je foupçonnai que 
quelque corps étranger tom- 
bé dans le vafe, avoit caufé 


ce changement de couleur. 
J'en parlai à un Peintre. II 
me répondit que cela ne 
marquoit autre chofe, finon, 
ue le Chaïa dont je m’étois 
Érvi étoit de bonne efpèce, 
&c. Le P. Cœurdoux , vingts 
Jixième Recueil des Lettreg 
édifantes ; pag.208. 


ARTS. 281 


retiréele lendemain matin; pour, après 
en avoir un peu exprimé l'eau de Chaïa- 
ver, la faire fécher au Soleil pendant 
tout le jour: opération qu'on répète 

endant huit jours confécutifs, en la 
faifanc fécher le jour, & la laiffant la 
nuit dans la teinture. Chacun de ces huit 
jours charge de plus en plus cette Toile 
de couleur, & elle parvient enfuite à un 
rouge foncé. 

Ces huit jours expirés, l’on prend 
deux /êrres de la même poudre de Chaïa- 
ver qu'on met dans un autre vafe de ter- 
re, avec environ dix pintes d'eau qu’on 
fait chauffer fur un feu modéré jufqu’à 
ce que l'eau s'élève un peu; alors on y 
plonge la Toile, & on augmente en- 
fuite le feu jufqu'à ce qu'elle bouille 
bien fort; après quoi on retire le bois 
de deffous Le vafe qu’on laiffe fur la braife 
fur laquelle la teinture refroidit à me- 
fure que le feu fe confume. Dix-huit 
heures après, on en retire la Toile pour 
la laver dans de l’eau fimple & fraîche, 
& enfuite la fufpendre & la faire fécher. 
De cette façon, la Toile eft teinte en 
rouge foncé de la première forte. | 

Pendant toute cette cuiflon de la tein< 
ture, l’on a grand foin d’agiter la Toile 


te 


32 ARTS. 


avec le bout d'un bâton, afin que cette 
même teinture en pénètre plus égale- 
ment toutes les parties. 

Une remarque très-effentielle à faire, 
c'eft que quand on a commencé une tein- 
ture avec une forte d’eau, il ne faut plus 
fe fervir de celle d’un autre puits, füt- 
elle âpre aufli; mais continuer avec la 
même toutes les opérations jufqu’a la fin. 
Une autre obfervation à faire encore, 
c'eft que les plus fraiches racines du 
Chaïaver font les meilleures, fuffent- 
elles tirées de terre le jour même, pour- 
vu qu’elles ayent eu le temps de fécher; 
ce qui peut fe faire bien promptement , 
vu la fineffe de cette racine. Cependant 
au bout d’un an elles font encore bon- 
nes, & même elles peuvent fervir juf- 
qu'a trois ans de vieilleffe, mais toujours 
en déclinant de bonté. 

J'ajouterai à ce que le Révérend Pere 
Cœurdoux dit du Chaïaver, dont l’ex- 
trait eft ci-deffus en note, le fentiment 
de M. Lepoivre, ci-devant des Miffions 
Etrangères, qui, pendant fon féjour à 
Pondichery, s’eft fort attaché à péné- 
trer les fecrets des Peintres, ayant peint 
lui-même quelques effais, où l’on m'af- 
fure qu'il a fort bien réufli. | 


ARTS. 283 


‘» Le Chaïaver eft la Plante que M. 
» Tournefort appelle Ga/Zium album vu. 
> gare. La defcription que ce favant Bo: 
>» tanifte fait de fa Plante, eft abfolument 
» la même que celle qu’on pourroit faire 
s du Chaïaver. Au moins eft-il vrai que 
» ces deux Plantes, fi elles font différen- 
» tes, ont un même effet, qui eft de faire 
» cailler le lait. C’eft une expérience que 
» j'ai faite «. Le Charaver croit dans les 
terres légères & fablonneufes. 


Seconde facon de tendre les Toiles. 


Pour teindre deux aunes de Toile de 
Coton, on commence par la faire blan- 
chir , après quoi lon prend des fruits 
fecs nommés Cäédou (a), ou Cadoncaie, 


_ {a) Le fruit Cadou ou Ca- 
doucaïe fe trouve dans les 
bois fur un arbre d’une mé- 
diocre hauteur. Il fe trouve 
prefque par tout, mais prin- 
cipalement dans le Mulleïä- 
Lam, pays montagneux, ainf 
que le fignifie fon nom, qui 
s'étend confidérablement le 
Jong de la côte de Mala- 
bar. Ce fruit fec , qui eft de 
la groffeur d’une mufcade, 
s’emploie ici par les Méde- 
cins, & il entre fur-tout dans 
les remèdes qu’on donne aux 
femmes nouvellement ac- 


LA 


couchées. Il eft extrême- 
ment àpre au goût ; cepen- 
dant, quand on en garde un 
morceau dans la bouche pen- 
dant un certain temps, on 
lui trouve, à ce que difent 
quelques-uns, un petit goût 
de régliffe. Si après en avoir 
humeété médiocrement & 
brifé un morceau dans la 
bouche, on le prend en- 
tre fes doigts, on le trouve 
fort gluant. C’eft en bon- 
ne partie à ces deux qualis 
tés, je veux dire, à fon âpre- 
té & à fon on@tuofité, qu'en 


284 ARTE 

au nombre de cinq par chaque aune de 
Toile à teindre: par conféquent , pour 
celle-ci on en prendra dix que l’on caf- 
fera pour en tirer le noyau qui n’eft bo 
à rien dans le cas préfent. On broyera 
le refte en roulant un cylindre de pierre 
fur une autre pierre plate & unie, ayant 
attention de l'humeëter de temps en 
temps avec de l’eau, (j'entends toujours 
de l’eau äpre) de façon que le tout for- 
me une efpèce de pâte plus sèche que 
liquide, qu'on délaye dans de l’eau en 
quantité fufhfante, pour bien humeëter 
les deux aunes de Toile à teindre. Cette 
Toile ayant été agitée pendant un quart 
d'heure, & bien imprégnée de l'eau de 
Cädou, on la tord fans cependant la def- 
fécher trop; puis après l'avoir fecouée, 
on l’étend & on la laiffe fécher à l’om- 
bre. Cette préparation qui lui donne un 


doit attribuer. l’adhérence 


autre chofe que le Mirabo- 
des couleurs dans les Toiles 


lan dont nos Droguiftes con- 


Indiennes, & fur-tout à fon 
âpreté. C’eft au moins l’idée 
des Peintres Indiens, &c. 
Recueil vingt-fixième des 
Lettres édifiantes , pag. 178. 

M. Lepoivre, déjà cité 
dans ce Mémoire, prétend 
que le Cädou qu'emploient 
les Peintres Indiens, n’eft 


noiffent de cinq efpèces ; fa+ 
voir, le Citrin, l’Indien ou 
Noir, le Chébule, l'Embli: 
que & le Bellérique. Il ajou- 
te que ces Peintres ne fe fer- 
vent que du Citrin & du 
Noir, qui ont beaucoup de 


fel eflentiel & d'huile. 


CT PRES. "AT , tons ll se "HS 


RTE: 28 
œil jaunâtre, la difpofe à recevoir & 
s'attacher plus intimément la couleur du 
Chaïaver, dont il fera parlé ci-après. 

La Toile étant dans l’état qu'on vient 
de dire, on prend un vafe de terre, dans 
lequel on fait chauffer un peu environ 
une pinte d'eau, dans laquelle on verfe 
à peu près neuf gros d’alun pulvérifé 
qui fond fur le champ, & aufli-tôt on 
retire le vafe de deflus le feu, & on 
verfe encore deux autres pintes d’eau 
fraiche ; enfuite de quoi on étend les 
deux aunes de Toile fur l'herbe, & lon 
prend un chiffon de linge net que l’on 
trempe dans cette eau, & que l’on pañfe 
fur le côté apparent de cette Toile d’un 
bout à l’autre, en retrempant d'inftant 
en inftant le chiffon dans cette eau; & 
quand ce côté de la Toile eft bien em- 

reint & humeëté, on la retourne fur 
l'autre, auquel on en fait autant. On la 
laiffe fécher pour la porter enfuite dans 
l'étang, où on l’agite trois ou quatre fois 
pour enlever partie de l’alun, & étendre 
plus également ce qui en refte. On l’é- 
tend encore fur l'herbe, & on lui donne 
une feconde couche de la même eau d'a- 
Jun, comme il vient d’être expliqué, & 
on la laiffe fécher, | 


286 ARTS. 


Nota, que cette dernière fois il ne 
faut pas attendre que la Toile foit abfo: 
lument sèche, pour lui donner la fecon: 
de couche d’eau d’alun, fans doute pour 
que celui-ci en pénètre plus facilement 
& plus également tous les Fils. 

Cette double opération étant faite, 
& la Toile étant er sèche, on la re- 
porte encore dans l'étang, où on la plon- 
ge une vingtaine de fois, en la frappant 
chaque fois une dixaine de coups fur des 
pierres de taille unies ; ce qui fe fait en 
fronçant & ramaflant cette Toile que 
l'on tient par un de fes lés que l’on tourne 
de côté fucceflivement. Il faut obferver 
que la Toile foit également lavée & 
battue dans toutes fes parties. | 

Cette Toile ainfi lavée, on l’étendra 
au Soleil, & on l'y laïiflera bien fécher. 
Alors on prendra la quantité de cinq livres 
& demie de racine de CAazaver, qu'on 
prépare ainfi qu’il eft expliqué dans la pre- 
mière façon, & qu’on jette dans un grand 
vafe de terre contenant environ quinze 
pintes d’eau plus que tiède, mais qui ne 
bouillonne point encore. Ayant bien re- 
mué cette eau pendant une demi-heure, 
on y plonge la Toile; après quoi l’on 
augmente le feu de façon à faire forte- 


ARTS. 287 
ment bouillir pendant cinq heures le 
tout qu'on life encore trois heures fur 
le feu , fans l’alimenter de nouveau bois, 
On obfervera pendant cette opération, 
de foulever & remuer la Toile avec un 
bâton au moins de demi-heure en demi- 
heure, afin quelle puiffe être plus éga- 
lement pénétrée par la teinture. 

Après les fufdites huit heures expirées; 
on retire la Toile du Chazaver pour la 
fecouer, la tordre, & la laiffer ramaflée 
fur elle-même pendant une nuit. Le 
lendemain matin l'ayant lavée dans l’é- 
tang pour en détacher les brins ou par< 
celles de Chazaver, & autres ordures qui 
auront pu s'y attacher, on la fera fécher 
au Soleil en l’étendant bien. En obfer- 
vant routes ces opérations, elles ne pro- 
duiront pas un rouge aufli parfait que 
celui indiqué par la première maxime, 
mais il fera néanmoins beau. 


Troifième façon de teindre Les Toiles en 
rouge avec le bois de S'APAN. 


L'on prépare la même longueur de 
Toile (a) que dans les précédentes fa- 


(a) Il eft indifférent que cette Toile foit blanchie ou 
écrue, DEL 


| 


288 ARTS. 


çons, avec le Cädou broyé & détrempé 
comme dans la feconde manière, & on 
la fait fécher de même à l’ombre : après 
que cette Toile eft bien sèche, on la 
trempe dans la préparation fuivante. 

On prend du bois de Sapan brifé ou 
écrafé en plufieurs petits morceaux, que 
l’on laiffe infufer pendant douze à quinze 
heures dans neuf ou dix pintes d’eau 
fraiche , & toujours âpre, que lon fait 
chauffer jufqu’a ce qu’elle ait fait trois 
ou quatre bouillons , après lefquels on la 
retire du feu pour la féparer de fon fédi- 
ment, en la verfant par inclination dans 
un autre vafe de terre où on la laiffe re- 
froidir ; après quoi on en prend une 
partie dans laquelle on plonge la Toile 
qu'on y agite un peu, & qu'on retire 
aufli-tôt pour la faire fécher à l'ombre, 
après en avoir exprimé l'eau à un cer- 
tain point. 

Aufli-tôt que cette Toile eft sèche, on 


recommence cette opération qu'on ré- 


pète trois fois & même quatre, fi l’on 
remarque que la couleur ne foit pas affez 

foncée. | 
Cela-fait, on met dans un vafe de 
terre environ une demi-pinte d’eau, dans 
laquelle on jette quatre à cinq gros : li 
un 


L 


HRTS, 289 
lun pulivérifé, & l’on fait chauffer le 
toit fêulement jufqu au point de voir 
frémir l’eau que l'on verfe aufli-tôt dans 
un autre vafe contenant une pinte d’eau 
fraiche, Ayant bien agité le tout, on y 
plonge la Toile, que, bien imbibée & 
pénétrée de cette ’compofition , l'on tord 
légèrement, de peur d'en détacher la 
couleur ; après quoi on l’étend à ombre, 
ce qui achève cette forte de teinture, 
à la vérité, aflez imparfaite , puifqu FE 
fe détache à à la leffive & s’affoiblit, 
fe pale au Soleil & au grand air. 

Cette dernière préparation d’alun occas 
fionne un changement confidérable dans 
la couleur de cette Toile, qui d’un rou- 
ge orangé , pañle audiateno tes après 
a un rouge affez foncé tirant fur la cou= 


leur de fang de bœuf. 


Expérience faite fur leau dont Les 
Peintres & Teinturiers Aftatiques fe 


fervent dans leurs teintures. 


Comme Je crois que la qualité de l’eau 
contribue efeétivement beaucouÿ à Fad- 
hérence des couleurs qu’emploient les 
Peintres & Teinturiers, il me paroi à 


LON me 


venu à ia connoiflance fur cette ima= 


290 ARTS. 
tière, pour aider aux recherches qu'on 
pourroit faire des eaux les plus propres 
aux opérations que Je viens d'expliquer. 

Voici ce qu'un Chirurgien de Pondi- 
chéry a répondu à un ami qui le queftion- 
noit fur cette matière. 

» Par lanalyfe que j'ai faite de l’eau 
» fervant aux teintures des Toiles, j'ai 
» trouvé qu'elle étoit plus légère que 
» celle d' Oulgaret (a), dont on boit ici 
» par préférencé à toute autre; favoir, fur 
+ une livre quatorze onces poids de marc, 
» de 28 -* grains ; & ayant aufli com- 
» paré l’eau d'Oulgaret à celle d’un des 
» puits de la ville le plus fréquenté par 
» ceux qui n'ont pas la faculté de fe faire 
» apporter de la première, j'ai trouvé 
» que cette dernière (4) étoit pour une 
> livre de feize onces, de quarante-huit 
» grains plus pefante que celle d'Oul- 
» garet. De-la réfulte, calcul fait, que 
» l’eau qu'adoptent nos Teinturiers, eff 
» de 6o + grains plus légère que celle 
» de la ville, que lon boit cependant; 
+au contraire de celle des T'einturiers, 


(a) Puits fitué hors de la (a) Dont le puits eft fitué 
ville de Pondichéry, à une aenviron centtoifes du bord 
lieue environ du bord de la de la mer. 
met, 


ARTS. 291 
# qu'ilwe feroit pas poflible de boire, à 
» caufe de fon goût infipide, cependant 
> point àcre, mais tirant un peu fur le 
> goût minéral, quoique je n'y aye trou- 
» vé aucun fel de cette dernière efpèce, 
s après en avoir fait évaporer trente on- 
# ces au bain de fable, lefquelles ne 
# mont donné que onze grains d'un fel 
» gemme très-blanc «, | 
Je n'ai point dans ce petit recueil cité 
d'exemple concernant la teinture du fil 
de coton, parce que les opérations font 
en tout égales à celles que l’on obferve 
pour la Toile, 


Methode de faire rénflir en France le 
procede dont on fe fert aux Indes, pour 
tmpriner da couleur rouge fur les Toiles 
de Coton. 


Il y a long-temps.que lon connoît 
en France le procédé des Indes, foit.par 
les Mémoires que le Minifière nous à 
procurés de deffus les lieux, foit par les 
obfervations que les Jéfuites Miffion- 
naires Ont fait imprimer dans les Lettres 
édifiantes, Malsré ces inftru&tions, le 

rocédé ne réuilifloit jamais. Feu M. le 
Qué. pendant fon miniftère, avoit fait 
venir les drogues emploxéss spas ‘les 

| | 1] 


- 


_ ——— 


292 MER É  ? 

Indiens, & travailla fur ce fujet aveë 
M. Dufay, de l'Académie des Sciences ; 
mais nous ne retirames d'autre fruit de 
leurs travaux, qu’une connoiffance exaéte 
des drogues néceffaires au procédé. S'ils 
eurent quelque fuccès, ce fut en fuivant 
une route différente de celle que fuivent 
les Indiens, comme on le fait encore 
en Angleterre, en Hollande, & dans 
tous les pays où l’on imite les Indiens. 
J'ai travaillé pendant long-temps d’a- 
près les Mémoires que je viens de citer, 
fans réuflir mieux que ceux quim'avoient 
précédé. Je fus réduit à chercher par des 
expériences, & à deviner en quelque fa- 
çon ce que tant d'Obfervateurs pouvoient 
n'avoir pas bien examiné fur les lieux. 

Je me fervis de leurs doutes, de leurs 
contradictions mêmes, pour remonter 
aux principes. J'en découvris deux, qui 
font la bafe & le fondement de cette tein- 
ture : le premier eft la préparation du Co- 
ton, qui eft fimplement indiquée dans 
ces Mémoires. 

Les Indiens fe fervent d’excrémens 
d'animaux pour blanchir Les Toiles qu’ils 
veulent peindre. jamais de favon. On 
croyoit ce blanchiflage indifférent, & il 
ne l'eft pas, J'ai vu que par cette opéra- 


4 
| 


| 
| 
| 
| 


ARTS. 293 


tion o® introduifoit dans les fibres du 
Coton une fubftance que l'œil n'apper- 
çcoit pas, & que les Indiens eux-mêmes 
ignorent. Je ne l’aurois pas mieux apper- 
cue qu'eux, fans une obfervation faite en 
Angleterre. M. Belchier, de la Société 
Royale, découvrit par hafard que les os 
des animaux nourris avec des alimens 
dans lefquels on fait entrer des racines de 
Garance, fe teignent en un rouge incar- 
nat au bout de dix à douze jours. 

Ce phénomène m'engagea à examiner 
plus attentivement l'effet des excrémens 
des animaux fur le Coton. Je décou- 
vris premièrement que par cette prépa- 
ration, non-feulement les pores du Co- 
ton s'ouvrent & fe dilatent, mais qu’il 
s'y introduit de plus une fubftance qui 
attire puiflamiment les atomes colorans 
de la Garance, que le favon & les leffi- 
ves n'effacent alors qu'avec peine. 

En fecond lieu, que le temps qui fufft 
aux Indes pour introduire dans le Coton 
cette fubftance dont j'ignore la nature,ne 
fuit pas dans les climats feptentrionaux. 
Il faut en France dix, douze, & même 
quinze jours, fuivant la chaleur de la fai- 
fon, pour mettre les Toiles en état de 
recevoir la couleur, Ces recherches m'ont 

| Ti 


294 ARTS. 


encore donné des marques auxquelles on 
peut reconnoitre que la Toile eft fuf- 
famment préparée ; c'eft lorfqu’elle ne fe 
falit plus par les excrémens qui ont pro- 
duit fa blancheur. 

Venons maintenant au fecond prin- 
cipe fur lequel eft fondée Fopération des 
Indes. Les os des animaux rougis par la- 
liment qu'ils ont pris, fe déteignent, 
lorfqu’on les réduit en poudre pour les 
expofer à l'aétion des alcalis fixes. On 
éprouve le même effet dans les Toiles. 
Le favonnage & la leflive en détruiroient 
peu à peu la couleur. Ce n’eft qu'en em- 
ployant, outre les fubftances animales, 
de l’alun difflous dans une eau d’une ef- 
pèce particulière, que les Indiens réuf- 
fiflent à rendre leur couleur inaltérable, 
Ces eaux nous manquent en Europe. Jai 
furmonté cet obftacle ;en compofant des 
eaux de différente nature, & en obfer- 
vant les effets qu’elles produifoient. Ces 
effets n'ont prouvé que, lorfque lalun 
eft joint à une terre très-fixe, foit que 
cette terre fe trouve dans l’eau, foit qu'on 
l’incorpore avec l’alun, alors la couleur 
de la Garance n'abandonne plus la Foile, 
quelque forte que foit la leffive. 

_ Après avoir découvert les deux prin- 


ARTS. 29$ 
cipes que je viens d'expofer, & éclairci 
la théorie fur laquelle eft fondé le pro- 
cédé des Indes, j'ai obfervé de point en 
point ce que prefcrivent les Mémoires 
faits fur les lieux, & j'ai eu une couleur 
qui, comparée aux meilleures [ndiennes, 
a réfifté comme elles aux mêmes épreu- 
ves. L'air, le foleil, la rofée, le favon, 
les leflives, loin de l’entamer, ne l'ont 
rendue que plus vive. Je joins ici le pro- 
cédé tel qu'il faut lobferver pour réuflir. 


Preparation de la Toile. 


Faites tremper votre Toile pendant la 
nuit dans de l’eau où vous aurez délavé 
des crottes de brebis, ou de la boufe de 
vache. Le lendemain matin étendez-la fur 
le gazon, dans un endroit expofé au So- 
leil. Quand elle fera sèche, arrofez-la avec 
de l’eau claire ; laiffez-la fécher enfuite, 
& chaque fois qu’elle sèche, arrofez-la. 
Lorfque le Soleil eft couché, remettez 
la Toile dans le vafe où elle a déjà pañfé 
la nuit. Recommencez le lendemain ma- 
tin les mêmes opérations, c’eft-à-dire, à 
faire fécher & à mouiller fucceflivement 
la Toile. 

L'opération eft finie, quand la Toile 
ne fe laiffe plus falir par les excrémens 

| T'iv 


296 ARTS. 
qui ont fervi à la blanchir, & que fa 
blancheur approche de celle de la foie. 
On ne peur fixer au jufte la durée de 
cette préparation. Elle dépend de la cha- 
leur de la faifon. J'ai trouvé qu’on pou- 
voit fuppléer par le moyen des étuves, 
à la chaleur du Soleil ; mais la blancheur 
de la Toile n’eft pas alors fi parfaite, & 
la couleur rouge dépend beaucoup de 
cette blancheur. | | 
Il arrive encore un phénomène affez 

fingulier; c'eft que fi votre Toile n’eft 

as d’une blancheur parfaite avant de 
Pengaler & de lui donner le garançage, 
l'opération finie, vous ne parviendrez ja- 
mais à la blanchir parfaitement. 


A rgalage de La Toile. 


La Toile ayant été blanchie, lavez-la 
pour en retirer les ordures, & faites-la 
{écher. Prenez enfuite des »myrabolans ci- 
trins, Ôtez-en l'écorce, & jettez le noyau 
qui eft inutile, Réduifez ces écorces en 
pâte, en les pilant dans un mortier de 
marbre, & les arrofant avec un peu d’eau. 
Il faut de ces écorces autant qu’il fau- 
droit de noix de sale pour engaler votre 
Toile. | 

Mettez le coton & cette pâte dans un 


ARE 297 
vafe plein d'eau de rivière. L'eau doit 
s'échauffer par degrés pendant une demi- 
heure, & bouillir pendant une feconde 
demi-heure. Retirez enfuite votre T'oi- 
le, faites-la fécher, lavez-la dans de l’eau 
froide, & frappez-la en tout fens avec un 
battoir, à la manière des Bianchiffeufes. 
Faites-la fécher une feconde fois. Elle 
doit être alors d’un jaune foncé. 

Prenez enfuite une quantité fufifante 
de lait de vache nouvellement trait (a) ; 
trempez-y la Toile, en la foulant & l’a- 
gitant en tout fens. T'ordez-la, pour en 
retirer le lait qui n'eft pas entré dans 
les fibres, & faites-la fécher à l'ombre, 
dans un endroit exempt d'humidité. Elle 
doit être d'un jaune clair. 

Pendant qu'on fait lengalage, il faut 
en écarter foigneufement tout ce qui 
peut contenir du fer. Il faut bien fe gar- 
der de piler les myrabolans dans un mor- 
tier de fer, ou avec un pilon de fer, ou 
de les toucher avec le couteau. Il faut 


(a) Le P. Cœurdoux dit  paration, parce que le lait de 
que dans l’Inde on préfère le vache y eft plus gras & plus 
lait de buffie à celui de vache, onétueux que par tout ail- 

. À NT ; 
parce qu'il efE beaucoup plus leurs. Voyez le vingt-fixième 
gras € plus onétueux. La Recueil des Lettres édifian- 
Bretagne auroit donc quel- tes, pag. 181. 
que avantage dans cette pré- 


298 Æ RTE 


auffi avoir attention, pendant que la 
Toile engalée sèche, qu’elle ne touclie 
ni fer, ni rien qui en contienne. 


Mordant coloré pour deffiner [ur La Toile: 


Prenez de la chaux vive, laiffez-la fe 
fendre, fe gerfer, & s’éteindre à l'air. 
Quand elle eft devenue bien blanche, 
verfez deffus de l’eau de rivière, (une 

inte fur chaque once de chaux } agitez 
er le mélange, & laiflez-le repofer 
vingt-quatre heures. Enfuite verfez par 
inclination Îa partie la plus claire de 
cette eau dans un vafe de verre, jetez-y 
de l’alun puivérifé, & du bois de Bré- 
fil concaflé, Expofez le tout au Soleil, 
en agitant fouvent le mélange, au bout 
de trois à quatre jours l’eau fera d'un 
beau rouge. La dofe de l’alun eft à peu 
près ce que la quantité d'eau peut en 
diffoudre. 

Lalun ainf diflous , donnera à la Toi- 
le, quand elle aura fubi le garançage, 
une couleur rouge foncée. Mais en affoi- 
bliffant ce mordant, on aura desteintes 
dégradées ; & pour laffoiblir, il n’y a 
qu'à verfer une partie de ce mordant 
dans différens gobelets qui contiendront 
de l’eau de chaux fans alun. 


ARTS. 299 


Onxdefline les traits qui doivent être 
d'un rouge foncé, avec Le mordant qui 
contient le plus d’alun. On peut même, Rouge 
pour Le rendre encore plus foncé, y ajou- ho 
ter une petite quantité de Vitriol de 
Zinc , appelé communément #itriol 
blanc ; enfuite avec un pinceau trempé 
dans les mordans affoiblis, on dégrade 
les teintes. 

Le bois de Bréfil qui eft d’un faux 
teint, ne fert uniquement que pour co- 
lorer le mordant, & guider le Deffina- 
teur. Il ne faut pas juger par cette cou- 
leur , quelque belle, ou quelque mau- 
vaife qu'elle foit fur la Toile, de celle 
qui réfultera au garançage, & qui en 

era toute différente. C’eft une erreur 
de plufieurs de ceux qui ont obfervé fur 
les lieux le procédé des Indes. Ils ont 
cru que le garançage ne fervoit qu’à 
aflurer la couleur du Bréfil fur la Toile. 
C’eft tout le contraire, elle en eft chaflée 
par les atomes de la garance qui ont 
plus d’afhnité qu’elle avec le mordant, 

La raifon phyfique de la compofition 
du mordant tel que je viens de le décri- 
re, eft fondée fur ce que la chaux eft 
une des fubftances les plus fixes que 
nous ayons dans la nature. Quand une 


300 ARTE 


fois elle faifit un acide, rien ne peut 
l'en féparer. C'eft de ce principe que je 
tire la couleur fuivante, qui eft plus belle 
encore que la précédente. 

Prenez une partie de chaux éteinte à 
l'air, & deux parties d'alun pulvérifé ; 
mêlez le tout & mettez le mélange dans 
un vaifleau de terre fur le feu, en re- 
muant de temps en temps avec un tuyau 
de pipe, pour faciliter l’incorporation 

Rouge des deux matières. Quand l’alun ne je- 
plus beat sera plus de flegme, & que le tout fera 
que le pre- ; # ; 
céder.  durci, retirez le vaiffeau de deffus le feu, 

laiflez-le refroidir, & verfez fur cet alun 
une quantité fufhfante d'eau, en remuant 
bien le tout, que vous laifferez repofer 
enfuite pendant vingt-quatre heures ; 
après quoi verfez la liqueur la plus claire 
dans un vaiffeau de verre, pour la colo- 
rer avec du bois de Bréfil. 

Rouge On fait un rouge couleur de rofe, en 


coeur de fubftituant à la chaux de la craie bien 


blanche, ou du tripoli, ou du blanc de 


plomb. | 

On peut augmenter la dofe de l’alun, 
& au lieu de deux parties, en mettre 
trois & quatre, pourvu qu'on incorpore 
bien le tout avec la chaux éteinte à 
l'air, qui, dans ce dernier cas, doit être 


? 


ARTS. 301 


tombéesen poudre fine, & bien blanche. 

J'ai fait encore une couleur plus belle Rougeti- 

Fa : \ rant fur le 

que la dernière, en fubitituant à la chaux re. 
des cendres d’étain calcinées au feu de 
réverbère, jufqu’à ce qu’elles deviennent 
blanches. Le rouge qui en réfulte eft le 
plus beau de tous. 

Au lieu de defliner avec la plume, on 
pourroit avoir des gravures en bois que 
l’on rougiroit avec le mordant ; enfuite 
en étendant la Toile fur du cuir, & en 
appliquant les moules fur la furface de 
la Toile, on les comprimeroit par le 
moyen d’une prefle ; ce qui accéléreroit 
l'ouvrage. L'impreflion étant faite, on 
appliqueroit les nuances & les couleurs 
dégradées dans les endroits où il en faut: 
mais je ne puis dire l’effet qui réfulteroit 
de cette méthode, ne l'ayant point en- 
core éprouvée. 


Garançage de la Toile. 


Le deffein étant tracé fur la Toile; 
prenez un vafe d’étain affez grand pour 
contenir votre Toile à l’aife, rempliflez 
le vafe d'eau de rivière ou de pluie, . 
mettez-le fur un feu modéré; & quand 
l'eau fera tiède, jetez-y de la garance 
grappe , la quantité prefcrite par les 


302 ARES 


Teinturiers pour teindre une Toile de 
la grandeur de la vôtre. Remuez bien le 
tout avec une baguette de bois. Lorfque 
la garance commencera à former une 
crème rougeatre fur la furface de l’eau, 
abattez-y votre Toile. Il faut gouverner 
le feu de façon que la chaleur augmente 
par degrés, & ne parvienne qu’au bout 
d'une heure au degré de l’eau bouillante, 
Alors vous faites bouillir pendant une 
demi-heure ; après quoi éteignez le feu, 
laïffez refroidir le vafe, faites fécher la 
Toile, & lavez-la pour en retirer les 
ordures. | 


Ayivage de la couleur. 


Si l’opération a réufli, la furface de 
la Toile doit être teinte en un rouge 
fale , & le deffein doit paroitre noiratre 
& foncé. Pour reblanchir la Foile, il 
eft inutile d’avoir recours au favon & 
aux leffives, ils n’y feroient rien : il faut 
commencer l'opération avec les crottes 
de brebis ou la boufe de vache, comme 
on l’a fait en préparant la Toile. Ces 
excrémens boiront au bout de cinq à fix 
Jours tout le rouge qui eft fur la Toile’, 
excepté celui qui eft retenu parle mor- 
dant. Le Coton acquiert alors fa pre- 


ARTS. 30% 


mière blancheur, le deffein tracé fur la 
Toile s'éclaircit & s’avive. On peut 
fans crainte confier enfuite ces fortes 
de Toiles aux-Blanchiffeufes. Leurs leffi- 
ves les plus fortes détruiroient plutôt 
le Coton que la couleur. 
I! arrive quelquefois qu'en traçant le 
deffein fur la Toile, on y met plus de 
mordant que fes fibres n’en peuvent con- 
tenir. Il en réfulte un inconvénient ; 
ceft qu'en mettant la Toile au garan- 
cage , l'excédent du mordant fe répand, 
& forme des taches qui font ineffaça- 
bles quand une fois la cuve a bouilli. 
Pour prévenir cet accident, je n'ai rien 
trouvé de mieux que ce qui eft prati- 
qué par les Indiens. Quand le deffein 
commence à fe colorer au garançage, 
c'eft-à-dire, une ou deux minutes après 
y avoir abaïflé la Toile, ils l’en retirent 
pour la laver dans de l’eau fraîche LÉ 
en Ôtent les taches avec du jus de ci- 
tron. Mais pendant cette opération (qu’il 
faut faire le plus promptement qu'il eft 
… poñlible) on doit ménager le feu de façon 
| que la chaleur de la cuve ne faffe pas -de 
progrès, & après y avoir remis la Toile : 
. cette chaleur par degrés infen- 
ibles. | 


304 ARTS. 

Lorfque la chaleur de la cuve eft aw 
point qu'on ne peut y tenir le doigr, il 
faut agiter la Toile en tout fens, pour 
qu'elle prenne la couleur d’une manière 
égale fur toute fa furface. 

Je finis par ‘une obfervation qui , dans 
la fuite, pourra devenir très-utile à la 
Province. J’ai éprouvé que les Toiles de 
Chanvre & de Lin préparées par la mé- 
thode que je viens de prefcrire, reçoi- 
vent pareillement une couleur ineffaca- 
ble. Mais le Chanvre & le Lin ayant 
des fibres plus roides & beaucoup moins 
poreufes que le Coton, il eft arrivé que 
le rouge bu par ces Toiles étoit d'une 
nuance de la moitié plus foible aue celle 
du Coton ; mais auflil comme le Chanvre 
& le Lin font en état de réfifter & de 
fupporter des épreuves plus fortes, il 
refte à éprouver fi des préparations plus 
longues ne produiroient pas fur ces T'oi- 
les le même effet que fur le Coton. 

Quoi qu'il en foit, en fe bornant au 
Coton, & à la feule couleur rouge, dont 
on peut varier les efpèces, fans déroger 
à la folidité, on auroir des Toiles pein- 
tes qui, pour la beauté & la folidité de: 
la couleur, feroient bien fupérieures à 


celles que nous vendent les Anglois, les 
Hoilandois 


ARTS. 30$ 

Hollangois & les Suiffes, à un prix bien 
au-deflus de leur valeur réelle (a). 

J'ai ci-devant examiné quelle étoit ere 
la caufe phyfique de ladhérence de la 5 Ep 
couleur rouge aux Toiles peintes qui Mazéas. 
nous viennent des côtes de Malabar & de 
Coromandel. J'ai fait voir que ie prin- 
cipe des manipulations des Indiens con- 
fifte dans la préparation du fujet qu'ils 
veulent teindre, c’eft-a-dire, dans l’appli- 
cation de la fubftance animale fur le Co- 
ton. Il me refte maintenant à développer 
une feconde branche de ce nouvel art, 
& à faire voir. que la même caufe influe 
fur toutes les divifions & toutes les opé- 
rations. | 

Les écheveaux ne fe teignent pointaux 
Indes par les mêmes manipulations que 
les Toiles, comme on le voit par les Mé- 
moires qui nous ont été envoyés de def- 
fus les lieux, & par ceux que le P. Cœur 


(a) Tout ce qui fuit eftune 
addition faite par M. Abbé 
Mazéas au Mémoire qu’on 
vient de lire. On y trouve le 


_ procédé de la teinture er 


ñoir , qui n’eft peut-être pas 
moins importante que la 
teinture en rouge. Ce qu’il 
dit fur le moyen de perfec- 
tonner les couleurs appli- 


quées aux laines, peut deve- 
niraufli d’une grande utilité. 
C’eft ce qui a déterminé à 
faire imprimer cette addi- 
tion telle que la Société Pa 
reçue, quoique ces deux ar- 
ticles n’ayeni qu'un rapport 
indireé à j’efpèce de teintu- 
re dont la Société publie les 
procédés. 3 


306 ARTS. 


doux, Jéfuite , a fait inférer dans le Re« : 
cueil des Lettres edifiantes. La raifon de 
cette différence vient de ce que la prépa- 
ration pour les Toiles qu’on veut pein- 
dre, n’affeéte que la fuperficie du fujet; 
au lieu que, pour teindre des écheveaux, 
il faut que la préparation foit plus aétive, 
& qu'elle pénètre une infinité de petits 
cylindres, non-feulement dans leurs fu- 
perficies, mais encore dans toute leur 
folidité. 

Pour y parvenir, les Indiens forment 
une efpèce de favon animal, compofé à 
froid d'huile de Gengely divifée par un 
alcali fixe de la nature de la foude. Ils 
délayent enfuite dans cette liqueur favon- 
neufe une quantité fufhifante de crottes 
de brebis. Ils laiffent tremper leurs éche- 
veaux toute la nuit dans cette compofi- 
tion, & les expofent aux rayons du So- 
leil pendant le Jour. Cette opération dure 
ordinairement huit jours, & on a foin de 
verfer chaque jour dans la compofition un 
peu de leflive d’alcali fixe, tant pour la 
tenir dans le même état de liquidité, que 
pour divifer de plus en plus la fubftance 
animale qui doit entrer dans les pores 
du Coton. Au bout de huit jours, les 
Indiens retirent tout le favon de leurs 


ARTS. 307 
écheveaux, en iles lavant dans la leflive 
qui a fervi à faire le favon animal; & 
quand ils ne rendent plus de liqueur lai- 
teufe, ils les lavent dans de l’eau cou- 
rante, & les laiflent fécher. 

Ce qu'il y a de furprenant, & ce qui 
néanmoins eft bien conftaté par les Mé- 
moires qui nous font venus de deffus les 
lieux, c'eft que, fans autre apprêt, fans 
aluner, comme dans le procédé d’Andri- 
nople, & fans faire ufage d'aucun mor- 
dant, les Indiens font pañler au bain de 
garance (a) le Coton préparé comme je 
viens de le dire, & il en fort teint de 
cette belle couleur rouge que nous admi- 
xons fur les mouchoirs des Indes, 

J'ai fuivi bien exactement le procédé 
tel qu'il fe trouve dans les Mémoires 
cités ci-deffus, mais fans aucun fuccès. 
Javois fubftitué le faindoux à l'huile de 
Gengely, comme les Auteurs de ces Mé- 
moires avertiflent de le faire, & la foude 


(z) La Garance ou efpèce 
de Rubia , dont on fait ufage 
aux Indes , eft un Gallium à 
fleurs bleues, fuivant le Mé- 
moire du P. Cœurdoux. De 
toutes les Garances, celle 
de Turquie, ou plurôt de 


Smyrne, approche le plus de 


celle des Indes, fuivant M. 
Hellot. Nos Gallium ne con- 
tiennent prefque pas dé cou 
leur, ou l’ont très-mauvaife. 
Toutes ces Plantes ont la 
propriété fingulière de tein- 
dre en rouce les os des ani- 
maux qui eñ mangent 


1] 


308 ARTS. 

l’alcali des Indes; mais tout fut inutile: 
Convaincu qu'il ne s’agifloit pas feule- 
ment de faire entrer la fubftance animale 
dans les pores du Coton, mais qu’il fal- 
loit encore l'y retenir par quelque fubf- 
tance très-fixe qui peut fe trouver dans les 
eaux des Indes, comme les différens Mé-- 
moires paroiffent l’infinuer, je me fervis 
encore d’une eau féléniteufe, femblable 
à celle que j'avois employée pour diffou- 
dre l’alun dans mon Mémoire fur les T'oi- 
les peintes, c’eft-a-dire, une eau de chaux 

lus ou moins affoiblie, fuivant la qua- 
lité de la foude. Je l’employai pour faire 
mon favon avec le faindoux purifié & les 
crottes de brebis. Ce procédé me réuñlit. 
Je parvins à teindre, fans faire ufage d’a- 
lun, ni d'aucun autre mordant, & la tein- 
ture réfifta parfaitement aux débouil- 
lis (a). 

On peut rendre l'opération encore plus 
{üre, en aiguifant la foude avec de la 
chaux vive, de la manière fuivante. 

Saupoudrez votre foude de chaux; met- 
tez le tout dans une cuve en y verfant un 
peu d’eau; remuez fouvent ce mélange, 


D LUy 


(a) Cette épreuve fut par l’Académie des Scien- 
faite en 1757 enpréfencede ces pour vérifier cette opé- 
” . LA . 
M. de Montigny , nommé ration. 


ARTS. 309 


& augmentez peu à peu la quantité d’eau 
jufqu'a remplir la cuve. Elle doit être 
percée par Le fond, & le trou bouché 
d'une cheville qu’on ôte en dehors, pour 
faire écouler de temps en temps dans un 
baflin placé au-deffous, une partie de la 
leflive, qu’on rejette immédiatement dans 
la cuve, fi elle eft trouble. On y laiffe 
repofer l’eau, en y rejetant toujours celle 
qui tombe dans le baflin, jufqu’à ce qu'el- 
le forte bien claire & bien limpide. Le 
trou doit être entouré dans l’intérieur de 
la cuve de morceaux de brique, qui empé- 
chent le fédiment de s’écouler avec l’eau. 
C’eft aux parties de la chaux, Fune 
des fubftances les plus fixes que l’on con- 
noifle dans la nature, que j'attribue, dans 
cette opération, la propriété de retenir la 
fubftance animale dans les pores du Co- 
ton, ainfi qu'elle la retient jointe à la 
terre blanche de l’alun, dans la manipu- 
lation des Toiles peintres. Il eft vraifem- 
blable que les eaux infipides auxquelles 
les Ouvriers des Indes donnent la préfé- 
rence, contiennent une félénite anz!ôgue 
à celle de l’eau de chaux. Le P: Cœur- 
doux croit que cette félénite eft du ni- 
tre ; mais ce fel neutre ne m'a pas réufh. 
Lorfque les écheveaux fortent du bain 


V iij 


310 ARTS. 
de Garance, ils doivent être d'un rouge 
foncé & noirâtre. Cette couleur s’avive 
par le même procédé dont on s’eft fervi 
pour préparer les écheveaux, ainfi qu'on 
avive la couleur rouge des Toiles pein- 
tes par les crottes de brebis dont on s’eft 
fervi pour les préparer. 

oici maintenant les indications que 
je crois néceflaires aux Artiftes qui vou- 
dront éprouver, perfectionner, ou tirer 
quelque parti du procédé que je viens 
d'expofer. 

I. 

On connoit que les écheveaux font 
fuffifamment préparés, lorfqu’ils devien- 
nent d'un blanc foyeux & éclatant, qu'ils 
ne contraétent plus dans le favon animal, 
cette teinture jaune & fale qu’ils avoient 
les premiers Jours de leur expofition au 
Soleil. Lavez alors vos écheveaux dans 
une leflive de foude aiguifée par la chaux, 
jufau'à ce qu’ils ne rendent plus de li- 
queur laiteufe. Lavez-les enfuite dans de: 
l'eau courante, & faites-les fécher. Si 
vous trempez un bout de ces écheveaux 
fecs dans de l’eau claire, l'eau montera 
avec rapidité Jufqu'à l’autre extrémité ; 
phénomène qui fait voir que la prépara- 


ARTS. 311 


tion des Indes non-feulement introduit 
dans le Coton une fubftance animale très- 
fenfble à l’odorat, mais qu'elle en dilate 
encore prodigieufement les pores. On ne 
doit pas rejeter la liqueur laiteufe qu'on 
_ a retirée des écheveaux ; on doit la gar- 
der pour la mêler avec de nouveau favon 
qu'elle perfeétionne beaucoup. 


FT 


. Rien n'empêche qu’on n'applique un 
mordant fur les écheveaux avant de les 
teindre. La différence de ces mordans en 
met aufli une dans la couleur de la Ga- 
rance. Par exemple, lalun calciné avec 
un peu de chaux ou de craie, ou de quel- 
qu'autre terre abforbante, donne un rou- 
ge plus vif que lorfque ce même alun 
eft fimplement diffous dans de l'eau de 
chaux. 


CR? 


Les étoffes de laine qu'on expofe à 
Pair au fortir du moulin à foulon, pren- 
droient un blanc plus éclatant, fe trou- 
veroient bien mieux dégraiflées, & par 
conféquent plus propres aux teintures, 
fi avant de les expofer au Soleil, on les 


trempoit dans une quantité fufhfante de 
V iv 


dif ARTS. 


boufe de vache délayée dans de l'eau, & 
qu'on les arrosit fréquemment pendant 


le jour, comme on le pratique aux Indes 
pour la Toile de Coton. Peut-être cette 
méthode fuppléroit-elle à la terre à fou- 
fon, qui entre pour beaucoup dans la fu- 
périorité des écoffes Angloifes fur les nô- 
tres, & dont l'exportation eft défendue, 
par cette raifon, fous des peines très-ri- 
goureufes. Peut-être auffi cette méthode, 
én ouvrant davantage Îles pores de la lai- 
ne, donneroit-elle à la teinture d’écarlate 
un rouge plus durable : il eft für, par mes 
épreuves, qu'elle le donne au rouge de Ga- 
rance, & qu'elle le rend beaucoup plus vif. 


RSA 


La teinture noire du fil faifoit autre- 
fois une branche confidérable de com- 
merce en Bretagne, & fur-tout à Rennes. 
Deux chofes ont principalement contri- 
bué à fa décadence; 1°. la négligence 
dans la filature; 2°. la perfection qu'on 
a donnée ailleurs à cette teinture. Voici 
un procédé qui me paroit avoir bien des 
avantaces fur tous ceux que l’on pratique 
aujourd'hui. 

Préparez vos écheveaux, foit de Lin; 
{oit de Coton, comme ilaété dit ci-deffus, 


ie Rens 


mis 


mi 


ARTS. 313 
Prenez enfuite une quantité de vitriol de 
Mars, ou cozperofe, relative à votre quan- 
tité de Fil. Mettez votre minéral dans un 
vafe de fer fur un feu ouvert, pour lui 
faire jeter l'eau qu'il retient dans fa crif- 
tallifation. Dès que vous n’appercevrez 
plus de figne d'humidité, retirez votre 
minéral, jaiflez-le refroidir, & jetez-le 
dans une quantité fufhfante d’eau de 
chaux. Remuez le tout de temps à autre, 
pour faciliter la diffolution du vitriol, 
qui doit toujours fe faire à froid. Trem- 
pez vos écheveaux dans ce mordant, & 
tordez-les pour en exprimer l’eau. 
Prenez le fruit fec connu chez les Dro- 
guiftes fous le nom de #yrabolans ci- 
trins : c'eft un fruit des Indes très-aftrin- 
gent, & qui a toutes les propriétés de la 
noix de gale, mais qui lui eft infiniment 
fupérieur, & pour la beauté, & pour la 
durée de la teinture. Prenez l'écorce de 
ce fruit, & toute fa fubftance juiqu’au 
noyau, celui-ci eft inutile. Pilez bien 
cette écorce dans un mortier de marbre, 
en lhumeétant de temps en temps d'un 
peu d’eau pour former une pâte, avec la- 
quelle vous ferez bouillir vos écheveaux. 
ls prendront un noir très-beau, très-du- 
rable, & fur-tout celui du Coton ne le 


314 ARTS. 
cédera à aucune des teintures noires qui 
nous viennent des Indes. 
. On ne doit employer que les myrabo- 
lans bien confervés, dont l’intérieur eft 
une fubftance dure, luifante & gommeu- 
fe. Ceux qui font rongés de vers, ou qui 
deviennent friables entre les doigts, doi- 
vent être rejetés. 


V: 


Pour faire le favon animal prefcrit ci- 
deflus, il faut, avant d'y jeter les crottes 
de brebis, examiner foigneufement fi la 
leffive diflout le faindoux de façon à for- 
mer avec cette graifle une liqueur conf- 
tamment opaque & laiteufe ; car fi au 
bout de quelque temps le faindoux fur- 
nageoit, & venoit à perdre l'union inti- 
me qu’il doit contraéter avec l’alcali, la 
teinture ne réufliroit pas. Il faut dans ce. 
cas placer la leflive dans un lieu modé- 
rément chaud, en y ajoutant de nouvelle 
foude aiguifée par la chaux. Il faut aufi 
que le faindoux foit bien purifié & con- 
verti en pommade. 


VPT. 


Quand l’Artifte trempera fes éche- 
veaux dans la teinture, fur-tout dans celle 


ARTE: 31$ 


de Garance, il doit avoir attention que le 
mordant, s’il en emploie un, ne fe trou- 
ve pas en trop grande quantité fur la fur- 
face du fujet qu’il voudra teindre ; car il 
arrive toujours que l'excédent des fels fe 
répand dans le bain, & la teinture eft 
alors perdue. Tout fel uni à la Garance 
dans le bain, Ôôte à fes atomes colorans 
la propriété de fe jeter fur l'étoffe. Les 
Indiens obvient à ce défaut, en plon- 
geant leurs Toiles immédiatement avant 
de les teindre, dans une eau courante, 
la laiffant enfuite fe fécher un peu, afin 
que le fel humeëté contenu dans les po- 
res, reprenne fa confiftance. 


| MEL 


Il eft à remarquer que les Indiens tei- 
gnent leurs écheveaux à froid pendant 
fept jours, en employant chaque fois de 
nouvelle Garance cueillie dans l’année. 
Ils laiffent le Coton féjourner dans la 
teinture pendant la nuit, & l’expofent 
au Soleil le lendemain ; ce n’eft que le 
huitiéme & dernier jour qu’ils teignent 
à chaud. Notre Garance produit le mè- 
me effet lorfau’elle eft fraiche, & nou- 
vellement mife en poudre. Mais lorfque 
cette poudre vicillie, la couleur en de- 


316 ARTS. 


vient terne. La raifon de ce phénomène, 
eft qu'il y a deux parties dans la Garan- 
ce, dont l’une, qui eft l'écorce, acquiert 
par la vétufté une couleur tirant fur le 
marron , qui altère beaucoup le beau rou- 
ge contenu dans l’intérieur de fa racine. 
Les Aïrtiftes intelligens fauront fup- 
pléer, par leurs lumières & leurs expé- 
riences, au défaut des autres obferva- 
tions moins importantes, que les bornes 
d'un Mémoire ne me permettent pas de 
détailler. Comme je n'ai eu en vue que 
leur intérêt & le bien public, ils me 
trouveront toujours difpoié, foit à re- 
connoître les erreurs qui peuvent m'être 
échappées, foit à leur procurer les éclair- 
ciflemens qu’ils jugeront à propos de me 
demander. | 


Mémoire fur la teinture du Coton 
1] . 
en rouge d Andrinople. 


Cent livres de Coton dans chaque cu- 


vier. On les divife en trois cens ou quatre 


cens pentes, fuivant la finefle du Coton. 
La boucle qui tient ces pentes doit être 
liroe, & de ficelle bouillie, battue & 
lavée. Il faut aufli que les fantennes des 
écheveaux foient bien lâches. 

Mettez dans un cuvier de chätaisuierz 


ARTS. 317 
&’aulne ou de fapin, bien lavé auparavant 
avec de l’eau bouillante, cent cinquante 
livres de foude d’alicante enfermée dans 
une toile aflez claire. Ce cuvier doit être 
percé pour couler dans un autre cuvier, 
comme on les arrange pour les leflives 
ordinaires. Mettez dans chaque cuvier 
environ fept quintaux deau, ou fept 
cens livres, petit poids de quatorze on- 
ces la livre. Les cent cinquante livres 
de foude étant dans le cuvier, on les 
couvre de fix cens livres d’eau de rivière 
qu'on y jette avec des mefures ou feaux 
de bois qui tiennent cinquante livres 
chacun. C’eft donc douze de ces mefures 
qu’il faut y verfer. Laiffez couler dans 
le cuvier inférieur par un filet infenfi- 
ble, afin que l’eau foit bien chargée de 
fels alcali. Lorfque la leflive à pañlé, ce 
qui dure une nuit, on en fait l'épreuve 
avec l'huile. Si la leffive blanchit, & fi 
l'huile fe mêle bien fans paroitre fe fépa- 
rer à la furface, c’eft une marque qu’elle 
eft aflez chargée de fels. On peut aufli 
Feffayer par l'œuf frais qui doit y fur- 
nager. On vide cette leflive forte dans 
un cuvier de bois blanc bien net, & 
Pon jette fix cens autres livres d’eau fur 
les mêmes cent cinquante livres de foude. 


#18 


ARTS. é 


Si après avoir pañlé une fois elle n'eft 
pas aflez forte, on la fait pafler une fe- 
conde fois, & on en fait l'épreuve com- 
me ci-deflus. Ainfi cent cinquante livres 
de foude doivent fourhir environ mille 
livres de leflive préparée. 

. On fait auf, fi l’on veut (2), une au- 


(a) Il n’eft pas étroitement 
néceffaire de faire ufage de 
cette leflive de bois neuf, 
mais 1] vaut mieux l’em- 
player que de la négliger. 

1 y a une obfervation tres- 
importante à faire par rap- 
port aux ceudres dont on fe 
fert. Si elles font tirées de 
cheminées dont le contre- 
cœur foit défendu par une 
plaque de fer, & qui foient 
garnies de chenets aufli de 
fer, il eft à craindre que la 
violence du feu n’en ait déca- 
ché quelques particules qui 
foient reftées dans les cen- 
dres. Dans ce cas , lorfqu’on 
fait l’engalage, dont on par- 
le ci-après, la noix de gale 
& les parties ferrugineufes 
donnentuneteinture noire, 
qui met un obftacle invinci- 
ble à la belle couleur rouge. 
Il fe mêle auff rap 2 
de petites parties de fer dans 
la foude. Il eft donc eflen- 
tiel d’éprouver la leflive de 
foude & la leflive de cendres, 


avant d’en faire ufage. Voi- 
ci comment fe doit faire 
cette épreuve. 3 

Il faut remplir un verre 
ou un gobelet bien tranfpa- 
rent de l’une ou de l’autre 
leflive. On coupe avec une 
fcie fine d’Horloger une 
tranche de noix de gale bien 
déliée, qu'on met adroi- 
tement à flotter fur la li- 
queur dont lé vafe eft rem- 
pli. On laiïfle le tout dans 
cet état & fans agitation 
pendant plufeurs heures, & 
même pendant dix heures de 
fuite. On porte de temps en 
temps fon œil à la hauteur de 
la fuiface de la liqueur ; & 
fi l’on voit fe former au-def- 
fous un petit nuage violetou 
noirâtre, on peur être für que 
la leflive contient du fer en 
quantité nuifble , & que l’o- 
pération de la teinture feroit 
manquée, fi on en failoit 
ufage. Si au contraire le pe- 
tit nuage ne paroît point aw 
bout de dix heures d’expé- 


ARTE: 319 


tre leffiye de cendres de bois neuf en mè- 
me quantité, avec fix cens livres d’eau. 
Il fufht qu’elle foit bien claire, & il eft 
inutile de ia cohober, ou reverfer fur la 
cendre. 

L'eau de chaux fe fait feulement avec 
foixante-quinze livres de chaux vive, 
mais toujours fix cens livres d’eau. Elle 
doit être pareillement tirée à clair. 

Après que toutes ces trois eaux font Déc: 
clarifiées, on place cent livres de Coton ment du 
dans un cuvier bien net. On l'y arrange. “°°? 
Enfuite on arrofe le Coton avec Îss trois 
eaux (az) ci-deffus par portions égales, 
jufqu'à ce qu'il en foit tout couvert. 
Quatre femmes foulent le Coton avec 
les pieds dans le cuvier, jufqu'à ce qu’il 
en foit bien imbibé. Pendant cette pré- 
paration qui dure une demi-heure, on 

et de l’eau dans une chaudière (3), 
laiffant aflez de vide pour recevoir le 


rience, c’eft une preuveque teinture dont il s’agit. 


l’on n’a rien à craindre des 
parties ferrugineufes. 

On dit qu'on n’a rien à 
en ctaindre, car on fait qu’il 
fe trouve du fer danses cen- 
dres de tous les végétaux. 
Mais il y eft en fi petite 
quantité, qu'il ne produit 


aucun effet fenfble dans la 


(a) On fuppofe ici qu’on 
emploie la leflive de cendres 
de bois neuf. Voyez la note 

récédente. 

(b) Cette chaudière doit 
être de cuivre jaune ou rou- 

e. Il faut être très-attentif 
à la tenir très-nette & exemp= 
te de tout verd de gris. 


Premier 


apprèt. 


520 ARTS. 
Coton. Quand cette eau eft tiède, on 
y plonge le Coton fans l'exprimer des 
leilives. On le fait bouillir pendant trois 
bonnes heures, le tenant toujours en- 
foncé , afin qu’il fe décrue également. 
Au bout de trois heures on le laiffe un 
eu refroidir (a), & tout de fuite on 
e lave en eau courante; on lexprime 
bien, & on le fait fécher. Quand on le 
lave, il faut le battre avec des battes de 
bois, pour le bien nétoyer. 

On met dans un cuvier bien net de 
bois de fapin, environ cinq cens livres de 
forte leflive de foude, où l’on a bien dé- 
layé vingt-cinq livres de crotin de mou- 
ton, & de la liqueur des inteftins, à l’aide 
d'un pilon de bois, & de fufhfante quan- 
tité de même leffive, paffant le tout par 
un tamis de crin. Quand le mélange eft 
bien fait, on y verfe douze livres & de- 
mie de bonne huile d'olives. On remue 
bien le tout enfemble, on y plonge les 
cent livres de Coton, & on limbibe 
bien de cet apprêt. Enfuite on l'expri- 
me & on le tord fortement, puis on le 
RE AE MT ne 


(a) Le but qu’on fe pro- le Coton fans fe brüler les 
pofe par le refroidiffement mains. Ainfi, dès qu’on peut 
dont on parle, eft unique- le manier, lerefroidiflement 
ment de pouvoir manier eft à fon point. 


fait 


ARTS. 321 
fait fécher. On répète encore deux fois 
cette manœuvre (en tout trois fois ) avec 
attention, quand on exprime, que la li- 
queur ne fe perde pas, & qu’elle retom- 
be toujours dans le cuvier. C’eft ce qu’on 
nomme le Sickiow | 

On met dans un cuvier cinq cens li- 
vres de nouvelle leflive de foude ; on 
verfe douze livres & demie d'huile; on 
remue bien Île cout, & on y plonge le 
Coton, qu’il faut avoir bien fait fécher 
auparavant fans le laver, On l'y laifle 
douze heures ; on l'exprime & on le tord 
fortement. On le replonge, on le tord; 
ce qu'on répète trois fois, douze heu 
res (az) a chaque fois. Il faut aufli con- 
ferver cette liqueur. | 

Le Coton bien fec, on le porte à la 
rivière pour le laver. Il eft effentiel qu’il 
n'y refte point d'huile, fans quoi l’en- 
galage ne pourroit y mordre. On le bat 
avec des maffes jufqu’àa ce que l’eau forte 
claire. Le Coton après ce lavage doit 
être aufli blanc que s’il avoit été mis fur 


le pré. 


(a) Pour lever toutes dif prêt, & qu’il refte plongé à 
ficultés , on croit devoir chaque fois pendant douze 
dire qu'on plonge trois fois heures. Ce qui fait en tout 
Je Coton dans le fecond ap- trente-fix heures. 


Second 
apprêts 


322 ARTS. 


Engalage. Mettez dans une chaudière bien nette 
fix cens livres d'eau. Quand elle eft tiède, | 
on y jette vingt-cinq livres de galle épi- 
neufe pulvérifée. On la fait bouillir pen- 
dant demi-heure. On la laiffe refroidir 
jufqu’au tiède. Pour donner l'engalage 
également, on en prend dans un baquet; 
on y trempe deux ou trois pentes à la 
fois, qu’on y remue pour bien unir. On 
met ces pentes dans un cuvier jufqu’a ce 
que tout le Coton ait pañlé dans ce ba- 
quet. On a foin de bien remuer toutes 
les fois qu’on prend de l’engalage, afin 
que le marc ne fe trouve pas tout en- 
femble au fond. Quand tout le Coton 
a paflé par l'engalage, on achève d'y ver- 
fer l’eau qui refte dans la chaudière, & 
on le laiffe bien enfoncé dans le bain 
pendant vingt-quatre heures. On le tord 
foiblement, & on le fait fécher. 

Premier On fait difloudre vingt-cinq livres 

SUB  d’alun de Rome dansfix cens livres d’eau, 
fans faire bouillir. Quand elle eft tiède, 
on y verfe vingt-cinq livres de leflive 
de foude. On remue bien le tout enfem- 
ble, & l’on obferve d'y traiter le Coton 
comme dans lengalage. | 

Second Quand le Coton eft fec & a été con- 
3e fervé trois jours us peu humide du pre-. 


ARTS. 323 
mier alunage, on en donne un fecond 
areil au premier. On ne parvient jamais 
a avoir un Coton d’un beau rouge, fans 
ce fecond alunage ; mais on peut en di- 
minuer la dofe, & il fait aufli bien. 
Lorfque le Coton eft fec, on le porte 
a un courant d'eau. On l’agite à diver= 
fes reprifes, & on le laiffe toute une 
nuit au courant, dans des facs d’une toile 
claire, pour éviter que les ordures ne 
s’attachent au Coton. On arrête les facs 
à un piquet, afin qu'ils ne foient point 
entrainés. | 
Il ne faut teindre que vingt-cinq livres 
de Coton à la fois; mais on peut répé- 
ter quatre fois la teinture dans les beaux 
jours. Il faut des chaudières aui tien- 
nent douze à quatorze cens livres d’eau, 
beaucoup plus larges à l'ouverture qu’au 
fond. On les remplit aux deux tiers. On 
y arrange (a) le Coton divifé en dix 


(a) Le Coton doit être fond de la chaudière, lorf- 


placé verticalement dans les 
chaudières. C’eft pour ce- 
la qu'il eft néceffaire que 
ces chaudières foient plus 
larges à l’ouveriure qu’au 
fond. Les bâtons fr lefquels 
les pentes font paffées, doi- 
vent être d'une longueur à 
ne pouvoir defcendre au 


- qu'ils font pofés horifonta- 


lement. 1 faut de plus que 
les deux bouts foient coupés 
un peu obliquement, afin 
qu'ils reftent plus fürement 
à la diftance du fond ou ils 
ont été imis. Comme le bain 
colorant parvient fucceffive- 
ment à un degré de chaleur 


X i] 


Teinture, 


324 ARTS. 

parties égales: les pentes font paffées fur 
des bâtons. Lorfque l’eau eft tiède, on 
y verfe vingt à vingt-cinq livres de fang 
liquide ; & quand le tout eft mêlé, on 
y ajoute cinquante livres de lizari ou 


garance de Smyrne (a), & non de Hol- 


lande, moulue en poudre fine, les brouil- 
lant pendant dix à douze minutes dans 
l'eau. Quand Île bain eft un peu plus que 
tiède, on plonge fucceflivement les bâ- 
tons dans la chaudière, les agitant tour 
à tour à force de bras, les tournant & 
retournant pendant cinquante à foixante 
minutes, afn que le Coton prenne cou- 
leur fans être preflé par le feu. Lorfqu'il 
paroït uni, & que la chaudière commen- 
ce à jeter quelques bouillons , au lieu que 
les pentes font alors paflées fur les bâ- 
tons, on pafle ces bâtons dans les boucles 


capable de briler les mains, de Smyrne eft choiïfie, on la 


il eft prudent de paffer cha- 
ue divifion de pentes fur 
dns bâtons pareils, parce 
qu’en prenant un de ces ba- 
tons de chaque main, il eff 
plus aifé de tourner & de re- 
tourner le Coton, de faire 
affer en bas ce qui éroit en 
ee , que fi, n'ayant qu'un 
bâton, il falloit y porter les 
deux mains. 
(a) Lorfque la Garance 


nomme Hazala. Celle qu’on 
tire de Zélande n’eft pas af- 
fez bonne, aflez colorante 
pour cette teinture. La Ga- 
rance fauvage de France eft 
auili bonne que l’Hazala de 
Smyrne. On en à fait Pé- 
preuve. On trouve de cette 
Garance fauvage dans des 
vignes du Poitou. Elle eft 
excellente. Il eft effentiel 
qu'elle féche à l’ombre. 


ARTS. ETS 


de ficelles, & on les enfonce dans le bain 
pour les'faire bouillir pendant une bonne 
demi-heure à gros bouillons. On retire 
enfuite le Coton de la chaudière. On lui 
donne quelques évents pour le faire re- 
froidir plus vite. On Île tord & on le 
lave jufqu'à ce que l’eau en forte bien: 
claire, & on le fait fécher. Il faut que 
le Coton aluné foit refté un peu humide 
de fon lavage avant que de le teindre. 
Faites bouillir cent cinquante livres 
de cendres de bois neuf dans mille livres 
d'eau pendant demi-heure; laiffez repo- 
fer le bain, & retirez la leflive claire. 
Mettez-la dans un cuvier jufqu'à ce 
qu'elle ne foit.plus que tiède. Pendane 
cette opération, on fait difloudre dans 
fufifante quantité d’eau tiède cinq livres 
de favon blanc de Marfeille ; on le mêle 
avec la leffive. On trempe les cent livres 
de Coton teint dans ce mélange, & on 
ly pétrit Jufqu'a ce qu’il foit bien pé- 
nétré. On met dans une autre chaudière 
fix cens livres d'eau ; quand elle eft riè- 
de, on y plonge le Coton, fans l’expri- 
mer du mélange ci-deflus. On l'y fait 
bouillir pendant trois, quatre, cinq ou 
fix heures à très-petit feu, & le plus 
égal qu’il eft poflible, étouffant le va- 
| X in 


Ufage du 


Sickiou. 


326 ARTS. 


peur de l'eau, & ne lui laïffant qu'un 
très-petit paflage (a). Quand on voit, 
en exprimant des loquettes de ce Coton, 
qu'il eft affez avivé , on retire le feu 
de deffous le vaiffeau ; on y laïffle un 

eu (6) refroidir le Coton; on le lave 
à fond, & lincarnat eft parfait. 

Ou bien, lorfque le Coton a féché 
après le lavage qui a fuivi la teinture, 
on le trempe pendant une heure dans le 
Sickiou, dont il a été parlé ci-deffus. Il y 
a dans ce Sickiou autant d'huile qu'il en 
faut pour l’avivage. Enfuite on l'exprime 
bien, & on le fait fécher. Lorfau'’il eft 
fec, on fait diffoudre dans fuifante quan- 


 tité d’eau, pour couvrir les cent livres de 


Coton, trois livres de favon blanc. Quand 
cette eau de favon eft tiède, on y met 
le Coton; & lorfqu’il eft bien imbibé, 
on le met dans ia chaudière où l’on a 
mis fix cens livres d’eau: on le fait bouil- 
lir à très-petits bouillons pendant quatre 
ou cinq heures , & à très-petit feu, te- 
nant cette chaudière couverte pour étouf- 
fer, comme ci-deflus, les vapeurs aqueu- 


(a) Onfefert, pourformer Il faut qu'il ait cinq à fix 
ce petit paflage, du rofeau lignes de diamètre intérieur. 
ordinaire dont on fait des (b) Aupoint de pouvoix 
cannes & des quenouilles, le manier fans fe brüler. 


5 NE) 327 


fes. Cette feconde méthode rend le rouge 
beaucoup plus vif encore que le plus bel 
incarnat d'Andrinople (a). 

La Société fe devoit à elle-même, 
d'éprouver au moins un des procédés 
qu'on a bien voulu lui communiquer. 
Elle à engagé M. de Livoys, Affocié 
du Bureau de Rennes, à fe charger de 
ce travail. Il s’y eft livré avec la plus 
fcrupuleufe attention. C'eft au procédé 
de M. Hellot qu’il s’eft attaché. 

Il n'a rien négligé pour fe procurer 
de la garance de Smyrne. Mais il n’a pu 
en trouver. Les malheurs de la guerre fe 
font étendus jufqu’aux drogues propres 
à la teinture. Forcé à fe fervir de garan- 
ce de Zélande, il a teint des Fils de 
Coton & des Eils de Lin d’un affez beau 


(a) Lorfqu'on veut faire 
des expériences de cette 
teinture en petit, ( & c’eft le 
parti le plus fage, añn de ne 
travailler en grand, que lorf- 
qu’on fait joindre la prati- 
que à la théorie ), toutes les 
dofes qu’on à fixées, foit 
pour les fels, foit pour les 
corps colorans, doivent être 
augmentées proportionnel- 
Jement d’un tiers. 

Le procédé, pour teindre 


le Fil de Lin, au lieu du Co- 


ton, eft exaétement le mé- 
me, excepté qu'avant le dé- 
crûment il faut le faire 
bouillir dans de l’eau, où 
lon met en même temps 
que le Fil de Lin, vingt-cinq 
livres d’ofeille hachée. Lorf- 
qu'on a fait ufage de ce pio- 
cédé ’eft fervi d’ofeill 
cédé , on s’eft fervi d’ofeille 
à feuille ronde. Selon toute 

> . À . 
apparence, l’ofeille à feuil- 
le pointue produiroit le mé- 
me effet; mais on n’enapas 
encore fait l’effai. 


X iv 


Naïîtrifes 
ane 
des Teintu- 
riers & des 
Sergers. 


328 ARTS, 


rouge, mais très-inférieur pour la cou- 
leur à l'échantillon de M. Hellot » qui 
eft au dépôt de la Société. Ces Fils ont 
été débouillis fans aucun ménagement, 
& ont confervé leurteinture, Ainfi l’ob- 
jet principal fe trouve rempli. Il s’agifloit 
bien moins d'obtenir une couleur écla- 
tante, que de s’affurer qu’elle feroit re- 
tenue par un bon mordant. Les Cotons 
ont pris beaucoup plus de couleur que 
les Lins; ce qui s'accorde avec l'expé- 
rience de M. l'Abbé Mazéas. Cependant 
les Fils de Lin avoient recu avant le dé: 
crüment la préparation à l’ofeille > que 
recommande M. Hello. I! paroît donc 
que c’eft encore une découverte à faire , 
que le moyen d’attacher folidement aux 
Fils de Lin la même quantité de parties 
colorantes qu'aux Fils de Coton. Elle fe. 
toit d'autant plus précieufe, que le Royau- 
me eft riche en Lins, & que malgré l’a- 
bondance & la fupériorité des Cotons de 
fes Colonies, il fera toujours infiniment 
plus avantageux de porter à la plus gran. 
de valeur poffible les productions immé- 
diates de fon fol. | | 

La Société croit, à cette occañon ,; de- 
voir repréfenteraux Etats, que les Statuts 
des Maïtres Teinturiers, & de quelques 


ARTS. 329 
autres Corps de Métiers, caufent un pré- 
judice confidérable aux Fabriques éta- 
blies, & empêchent qu’il ne s’en établiffe 
de nouvelles. Le petit nombre d'Entre- 
preneurs qui ont voulu jeter les fonde- 
mens de Manufattures d'Etoffes de Laine 
& de Coton, ou mélangées de Fil & de 
Laine, de Coton & de Lin, ont eu des 
procès à efluyer au fujet de la teinture; 
& ceux qui s'étoient bornés à fabriquer 
des Laines, ont efluyé de plus les oppofi- 
tions des Sergers. 

Si les Statuts de ces efpèces de Corps 
forment des titres valides contre le Pu- 
blic, linduftrie, que la nature a rendu 
le patrimoine de la muirtitude, fe trou- 
vera éternellement concentrée dans quel- 
ques familles. Si au contraire le privilége 
exclufif, qui fe gliffa dans ces Statuts 
vers le milieu du dernier fiècle, eft un 
titre borné dans fes effets ; qu’il foit aifé 
de difcerner fes bornes; & que le droit 
national doive l’emporter fur l’avidité 
_ particulière ; on ne peut trop tôt refferrer 
ces Statuts dans d’étroites limites. L'abus 
qu'on en faitaujourd'hui, repouffe en dé- 
tail toute efpèce d’induftrie. 

Les Sergers & les Teinturiers de Ren- 
nes & de Nantes, parexemple, paroiflent 


330 ARTS. 


autorifés à fabriquer & à teindre feuls 
pour les habitans de ces deux villes. 
Aïinfi, quiconque n'eft pas reçu dans ces 
Corps, quelqu'habile qu’il puiffe être, 
ne peut n1 fabriquer ni teindre pour la 
confommation domeftique des habitans. 
Mais quel titre ont les Sergers pour em- 
pêcher un Fabriquant, qui ne travaille 
que pour fon commerce, de faire des 
étoffes de Laine, que fouvent les Ser- 
gers ne favent pas faire ? Sur quoi Îles 
Feinturiers peuvent-ils fonder le droit 
d'empêcher ce Fabriquant de teindre les 
matières nécefflaires à fa fabrication, ou 
qu'il a fabriquées ? Expofera-t-il fa for- 
tune, en livrant fes matières & fes mar- 
chandifes à leur impéritie, & à leur mau- 
vaife volonté? Le Manufaturier ne fa- 
brique, ni pour Rennes, ni pour Nan- 
tes. Il fabrique pour tout le Royaume, 
& pour l'Etranger. Il n’y a donc ni mo- 
tif ni prétexte pour aflervir fon travail 


a des Statuts dont le privilége exclufif | 


ne s'étend pas au-delà de l’enceinte des 
villes, 

La prétention des T'einturiers eft non- 
feulement injufte, mais elle eft abfurde 
à bien des égards. La teinture a fait des 
progrès immenfes depuis la rédaétion de 


Re. tit ait 


ARTS. 33% 


ces Stagurs. C’eft un Art nouveau. Indé- 
pendamment des couleurs qu'on a trou- 
vé le moyen d'appliquer à la Laine, & 
dont le procédé eft inconnu à tous les 
Ouvriers de Bretagne, la feule branche 
des Fils & des Etoffes de Coton préfente 
une multitude de couleurs en bon teint, 
qui étoient ignorées lorfque ces Statuts 
furent rédigés, & qu'ignorent aujour- 
d’hui ces gens qui prennent le titre de 
Maïtres T'einturiers. S'ils étoient auto- 
rifés à empêcher l'exercice d'un Art qui 
leur eft à peine connu, ce feroit anéantir 
toutes les découvertes, & deffécher les 
branches les plus précieufes de cet Art 
qui s'affocie à tant d’autres Arts. 

La Société citeles Teinturiers de Ren- 
nes & de Nantes, parce qu’ils ont récem- 
ment attaqué deux Manufa@turiers qui 
n'ont jamais teint pour les particuliers, 
dont les établiflemens ne pouvoient fe 
foutenir fans la liberté de teindre leurs 
matières & leurs étoffes, & dont la for- 
tune a beaucoup fouffert des procès qu'ils 
ont efluyés. L'un eft le S° Davy de Ren- 
nes ; l’autre eft le Sieur Fontrobert de 
Nantes. Le premier a obtenu un Arrêt 
du Confeil le 24 Juin 1760, qui lui 
accorde la permiflion de fabriquer & 


332 ARTS. 


de teindre, que lui difputoient les Mai. 
tres Sergers & les Maitres Teinturiers, 
Ses métiers avoient été démontés, & fon 
attelier de teinture détruit (x). L'autre 
a gagné à peu près dans le même temps, 
au Parlement de Rennes, un procès que 
les Teinturiers de Nantes lui avoient 
fufcité, qui duroit depuis trois ans, & 
qui fufpendoit toutes les opérations de 
fa Manufatture. Ces décifions n’arrête- 
ront pas l'inquiétude & lefprit litigreux 
qui agite en général tous les Corps de 
Métiers. Les conteftations dans lefquel- 
les ils s'engagent, coûtent peu à cha- 
que Membre du Corps, & ruinent pref- 
que toujours ceux contre qui elles font 


(a) Vu ladite Requête, 
les Mémoires préfentés à ce 
fujet par les Syndic & Pro- 
cureur général des Etats de 
Breragne,enfemble l’avisdu 
Sieur Intendant & Commif- 
faire départi dans la Provin- 
ce de Bretagne. Our le rap- 
port du Sieur Bertin, Con- 
feiller Ordinaire au Confeil 
Royal , Contrôleur Général 
des Finances. LE ROI EN 
SON CONSEIL , a permis 
& permet au fieur Pierre Da- 
vy, d'établir dans la ville de 
Rennes & dans fes Faux- 
bourgs, une manufacture, 


pour y fabriquer & faire fa- 
briquer, avec des laines du 
pays, des Draps, Ras, Ra-. 
tines, & autres étoftes, & de 
les y teindre, apprêter, & 
marquer de fon nom. Fait 
SA Ma éeré défenfes à tou- 
tes perfonnes , de quelque 
qualité qu’elles foient, no- . 
tamment aux deux Commu- 
nautés des Maîtres Sergers 
& Teinturiers de ladite vil- 
le, de Le troubler, ni inquié- 
ter dans la fabrication de fes 
Draps & Etoffes, à peine de 
tous dépens, dommages & 
intérêts. 


52 


A'RTIS 333 
dirigées, Leurs fonds font confommés 
en frais de procédures avant qu'ils foient 
fürs de leur état. 

Il feroit digne de la bienfaifance des 
Etats, de demander un Arrêt du Con- 
feil & des Lettres patentes, qui déclaraf- 
fent expreflément, que les Statuts des 
Maiïtres ne pourront être objeétés aux 
Manufa&uriers, qui ne fabriquent & ne 
teignent que pour leur Commerce. C’eft 


le feul moyen de prévenir une multitude 


de procès nuifibles au bien public, & 
aux progrès de l'induftrie (a). 
Les inftrumens propres à la prépara- 


Machine 


tion des Lins & des Chanvres, font ceux à broyer le 


qu'il feroit le plus avantageux de perfec- 
tionner dans la Province. Le Mémoire 
que M. le Duc de Choifeul a fait venir 
de Livonie fur la culture du Lin (4), 
étoit accompagné du modèle d’une 8;0ye 
ou macque, & d'une efpade, qui font 
au dépôt de la Société. Ces deux inftru- 


des Maïtrifes ne pourront 


(a) Par Délibération du 
être objectés aux Manufac- 


13 Novembre 1760, les 


Etats ont chargé MM. les 
CRE 4 = EN 
Députés & Procureur géné- 
ral Syndic a la Cour, de fol- 
liciter un Arrêr du Confeil 
revêtu de Lettres patentes, 
portant que les privilèges 


turiers qui ne fabriquent & 
ne teignent que pour leur 
commerce. 

(b) Voyez le Mémoire 
dont il s’agit a l’article 
Agriculture, pag. 202. 


Lin & le 
Chanvre. 


334 ARTS. 


mens font connus en France, & on en fait 
ufage dans la Province depuis fi long- 
temps, qu'il feroit inutile d'en faire men- 
tion, fi la broye de Livonie ne paroifloit 
pas beaucoup plus parfaite que la nôtre. 

T'out le monde fait que les deux mâ- 
choires dont cet inftrument eft compo- 
fé, s'engagent l’une dans l’autre dans 
toute leur longueur. Les lames de la 
mâchoire fupérieure & de l'inférieure 
font féparées par des efpaces vides, de- 
puis l’axe qui les réunit à l’une des ex- 
trémités , jufqu’a la poignée qui eft à 
l'extrémité oppofée. Au moyen de ces 
vides, la chenevote brifée par les lames 
de ces machoires, tombe fous la broye, 
à quelque point de la longueur de Pinf- 
trument qu'elle foit frappée par celui 
qui le fait agir. 

La broye de Livonie eft exaétement 
femblable à la nôtre depuis l'axe, juf- 
qu'au milieu de la longueur des machoi- 
res. L'autre moitié de la longueur juf- 
qu'au manche eft pleine & taillée en 
gouttières correfpondantes; en forte que 
la mâchoire de deffus s'applique fur celle 
de deffous, & qu’elles fe touchent dans 
toutes leurs parties, parce que les an- 
gles faillans des gouttières d’une des ma- 


ds. ne à 


HÉTS. 33 


choiïres, répondent aux angles rentrans 
de l’autre. Ces angles font à peu près 
de 60 degrés, & l'arrête en eft mouffe. 
L’Auteur du Mémoire envoyé à M. le 
Duc de Choifeul , eft fi accoutumé à 
voir faire ufage de cet inftrument, qu'il 
n’eft entré dans aucun détail fur les pré- 
parations auxquelles il eft deftiné. 

Pour y fuppléer, la Société a fait exa- 
miner le modèle par une perfonne très- 
exercée dans les préparations du Lin & 
du Chanvre. Cette perfonne a cru péné- 
trer le motif de la différence remarqua- 
ble qui eft entre cette broye & la nôtre. 
La partie des deux mâchoires qui eft vi- 
de, paroît deftinée à broyer le Chanvre 
ou le Lin, iorfqu'ils font encore char- 
gés de leur chenevote. Cette opération 
demande évidemment plus de force que 
celles qui fuivent. Aufi la partie de l'inf- 
trument qui y eft deftinée eft-elle du côté 
de l’axe qui réunit les deux mâchoires, 
C’eft là qu'avec un moindre effort la pref- 
fion a infiniment plus de puiffance, &que 
le coup qui pourroit détruire le filament, 
en a infiniment moins. C’eft donc là qu'il 
faut engager le Lin & le Chanvre, dans 
le temps où l’on veut brifer la chenevote, 
fans que le filament foit attaqué. 


ARTS. 


Lorfque la chenevote eft brifée, & 
que la filafle en eft prefqu’entièrement 
féparée, il refte à l'en purger tout-à-fait, 
& à l’affouplir: préparation qui fe fait or- 
dinairement au Pefjeau, & qu’on nom- 
me PefJeler. Il paroit qu’en Livonie, 
c'eft avec la broye même qu'on fait ce 
travail. Pour cet effet, on engage la 
filaffe entre les gouttières correfpondan- 
tes des machoires inférieure & fupérieu- 
re. Elle ne peut y éprouver qu’un frotte- 
ment aflez léger , puifqu’alors elle eft 
près du manche que tient l'Ouvrier, & 
loin de laxe. Ainfi, en la faifant gliffer 
entre les souttières, tandis que les mâ- 
choires font un peu preflées l’une con- 
tre l’autre, la filafle doit être affouplie 
dans toute fa longueur, fans être expo- 
fée à ces ruptures continuelles quelle 
éprouve lorfqu’on l’affouplit au peffeau : 
ruptures qui en altèrent la qualité (a). 

Si l’expérience qu'on en doit faire 
juftifie ces conjettures, ceux qui pré- 
parent le Lin & le Chanvre, gagneront 
beaucoup à fubftituer la broye de Livo- 
nie à celle dont ils fe fervent. | 


52 


(a) Voyez la vignette de l’article Arts , où la broye de 
Livonie eft reprefentée. 
a 


ARTS: 337 
La Livonie eft d’une fi grande éten- 
due, quil n'eft pas étonnant qu’on y em- 
ploie des moyens différens pour la pré- 
paration des Lins & des Chanvres. Nous 
voyons en Bretagne, que d'un Evêché à 
l’autre il y a des différences fenfibles en- 
tre les procédés de ceux qui font les 
préparations. Les recherches de la So- 
ciété l’ont. conduite à découvrir que dans 
une partie de la Livonie on fubftitue un 
moulin à la broye. Par ce moyen on a 
deux avantages, celui de diminuer pro- 
digieufement le prix de la main-d'œuvre, 
& celui de conferver le filament du Lin 
& du Chanvre dans toute fa longueur. 
M. Dubois de Donilac, dont on a 
déjà parlé, a vu exécutèr en très-peu de 
temps, & avec des machines, un travail 
qui eft en France très-long & très-difpen- 
dieux. Ce font des moulins qui broient 
les Lins & les Chanvres. Il y a des Pay- 
fans qui ont des moulins ; mais dans les 
terres titrées , les moulins font bannaux. 
Ceux qui enempruntent l’ufage, payent 
en nature le prix de la préparation, com- 
me ceux qui font moudre leurs grains 
en Bretagne, en laiffent un feizième aux 
Meuniers pour le falaire de leur mouture. 


. On prétend que les Chanvres préparés 


k . 


333 ARTE 


au moulin, fe vendent quinze & vingt 
pour cent plus cher que ceux qui ont 
été broyés ou tiilés. 

Ces machines font conftruites en bois 
ou en pierre, mais plus fouvent en pierre 
qu’en bois. Elles font mues ou par l'eau, ow 
par le vent, ou par un cheval. Aïnfi on peut 
en faire ufage dans toutes fortes de pofi- 
tions, Suivant l’idée qu'on en a prife d’a- 
près la defcriptionqu’ena fait devivevoix 
M. Dubois de Donilac, elles reffemblent 
a celle dont l’eftampe fe trouve dans la 
Maifon ruftique, tom. IE, pag. 492. C’eft 
engénéraluneaire circulaireterminéepar 
un rebord de dix-huit pouces de hauteur. 
Cette aire eft un plan incliné d’environ 
fix pouces du centre à la circonférence. 
Une pierre un peu élevée & percée dans 
fon milieu, occupe le centre. Elle eft 
deftinée à recevoir une pièce de bois po- 
fée verticalement. On afflemble à cette 
pièce de bois une barre de fer qui tra- 
verfe une pierre qui a la forme d’un cône 
tronqué. Cette pierre doit être non-feu- 
lement unie, mais adoucie, afin qu’en 
brifant par fon poids la chenevote fur 

aquelle on la fait rouler, la filafle ne 
foit ni coupée , ni altérée par les angles 
multipliés d'une furface raboteufe, Le 


ARTS. 339 


Chanvre eft étendu fur l'aire circulaire, 
en plaçant le gros bout des tiges du côté 
de la circonférence, & le petit bout du 
côté du centre. Si c’eft du Lin qu'on veut 
broyer, on en étend deux rangs l’un au 
bout de l’autre, afin que toute la furface 
de l'aire en foit couverte. Une épaifleur 
de trois, quatre, ou cinq pouces fuffit 
d'abord. On fait tourner la pierre qu’on 
peut regarder ici comme la meule. Après 
une douzaine de tours, la couche de 
Chanvre ou de Lin s'affaifle fenfible- 
ment. On arrête le moulin pour mettre 
une feconde couche fur la première, & 
enfin une troifième. 

Pendant l’affaiflement qui fe fait à 
chaque couche, un Ouvrier armé d’une 
fourche à trois branches, fuit la meule, 
& retourne les brins de Lin ou de Chan- 
vre. Par ce moyen, la chenevote fe déta- 
che des fibres filamenteufes. L'opération 
de tourner & de retourner les Lins & 
les Chanvres, fe continue jufqu'à ce que 
toute la chenevote foit brifée, & que 
les particules qui reftent foient peu ad- 
hérentes au filament. On les retire alors 
de deffus l'aire, & il fuit de les fecouer 
par poignées d’une médiocre groffeur, 
pour faire tomber toute la chenevote, 


Yi 


340 ARTS. 


La filaffe dans cet état n’a plus befoin 
que d'être peignée pour être portée à fa 
perfection. Il eft d'ufage en Livonie de ja 
faire un peu fécher dans le four, pour que 
le travail du peigne n’en diminue pas la 
longueur. Il eft effentiel de ne l'expofer 
qu’à une chaleur très-douce. On arrange 
la flaffe dans le four fur des claies de 
bois, & à plat. 

L'ufage des Livoniens eft de commen- 
cer à broyer à cinq heures du matin, & 
de finir à minuit. Pendant ce temps, 
on broie ordinairement dans un mou- 
lin qu'un cheval peut mouvoir, ce qu'on 
nomme dans le pays quatre & cinq pzerres 
de Chanvre ou de Lin (2). Ce travail ne 
demande chaque jour que deux ou trois 
chevaux qui font attelés fucceflivement. 
Deux hommes fufifent pour gouverner 
la machine. Ils s'emploient alternative- 
ment à retourner le Chanvre, & à faire 
marcher le cheval. 

Il eft aifé de fentir quelle épargne on 


feroit fur la main-d'œuvre avec ces mou- . 


lins. Nos meilleures Ouvrières broient, 


(a) On n’a pu découvrir de Donilac a dit qu’il ré- 
ce que c’eft que le poids de pondoit à peu près à trois 
Livonie qui eft défigné par cens livres de France poids 
le mot Pierre. M. Dubois demarc 


a 


ARTS. 341 


& broient mal, environ douze livres de 
Chanvre par jour. Ainfi il faudroit en 
occuper cent douze pour que teur tra- 
vail fournit treize cens cinquante livres 
de filaffe, qui font la quantité moyenne 
entre douze & quinze cens livres pe- 
fant que broient les moulins. Le prix 
commun de leurs journées eft de dix 
fous. Leur main-d'œuvre coûteroit donc 
cinquante-fix livres. Si nous fuivions Îa 
méthode de Livonie, deux hommes à 


‘douze fous par jour, trois chevaux dont 


le travail & la nourriture peuvent être 
eftimés vingt-cinq fous, feroient le mé- 
me ouvrage, & le feroient mieux. Nous 
aurions pour quatre livres dix-neuf fous 
ce quinous coûte cinquante-fix livres. 
Ces moulins nous aflureroieat des bé- 
néfices. plus confidérables encore. La 
broye dont nous nous fervons hache le 
filament, en forte que Le brin eft toujours 
fort raccourci. Îl en réfulte qu'une partie 
du filament de la première qualité pafle 
dans la feconde, qui eft beaucoup moins 
précieufe. C'eft fans doute par cette rai- 
fon que les Lins & fes Chanvres de Livo- 
nie qui n'ont pas été broyés au moulin, 
valent quinze & vingt pour cent de moins. 
Notre méthode diminue donc la valeur 
| Yi 


342 AÊTS 


de nos filafles de quinze & vingt pouf 


cent. 

La Société a fait faire un modèle en 
bois du moulin de Livonie, & elle a 
fuivi exaétement les proportions diétées 
par M. Dubois de Donilac. Comme cette 
machine n’a pas été exécutée en grand; 
qu'elle exigeroit une certaine dépenfe ; 
& qu’une defcription faite de mémoire 
peut s'éloigner de l'exaétitude dont on 
auroit befoin pour l'exécution; on n'a 
encore que l’efpérance de profiter un 
jour de Finduftrie des Livoniens. La 
Société ne négligera rien pour fe procu- 
rer un modèle fait fur les lieux, de la ma- 
chine dont il s’agit. Si des Citoyens plus 
heureux qu’elle étoient à portée d'en 
avoir des deffeins détaillés & correéts, 
& qu'ils vouluffent bien les communi- 
quer, elle trouveroit parmi fes Mem- 
bres des perfonnes empreflées à donner 
l'exemple au Public, en faifant conf- 
truire un moulin de cette efpèce. 


te 


& 


7 TX CR <= 
- = e_ = 
Demes ass 


D'OBSERVATIONS. 


 ; I — à 
Abeille Fon C ù 


ECM ERCE.: 
== À Pêche forme la branche de 


Commerce la plus utile pour 
toute Nation. Indépendam- 
===] ment des profits qu'elle affu- 
re, l'abondance & le bas prix des expor- 
tations en dépendent en grande partie, 
puifque ce font les Pêches qui forment les 
Matelots. La Société avoit donné la plus 
grande attention à celle du Hareng, qui 
promettoit beaucoup à Piriac, quoiqu’el- 
le füt encore au berceau. Des événemens 
irréfiftibles en ont arrêté les progrès pen- 
dant l'Automne de 1759, en forte qu'elle 
| iv 


344 COMMERCE. 
a été prefque bornée à l'approvifionne= 
ment de la côte & des villes voifines. Selon 
toute apparence, les mêmes événemens 
écarteront entièrement les Pécheurscette 
année { 1760). Il eft impoffible de moif- 
fonner un champ devenu le théâtre de la 
guerre. nn | 
Le découragement étant le plus grand 
de tous les maux, la Société n’a pas 
Ceflé de regarder cette Pêche comme une 
reflource pour des temps moins malheu- 
reux. Elle avoit repréfenté à PAffemblée 
des Etats de 1758, la néceflité de mettre 
les Pécheurs à l'abri des périls auxquels 
ils font expofés, faute d’avoir un Port où 
leurs bateaux fuffent en füreté. M. Masin, 
Ingénieur de la Marine, qui avoit exa- 
miné celui de Piriac , rendit compte de 
la poflibilité de le garantir de la violence 
des vents & de la mer. Il affura que la dé- 
enfe à y faire n’excéderoit pas dix mille 
és MM. de la Commiflion du Com- 
merce furent d'avis de faire fonds de cette 
fomme, Plufieurs Membres des différens 
Ordres des Etats croient fe rappeler que 
ce fonds fut fait. Il n’en eft pas moins cer- 
tain que cet article n’eft pas employé dans 
le Regitre de la tenue de 1758. Cette por- 
tion du bien pubiic demande donc que le 


= 


ea 


Lt Pt. 2 Cie ns 


_ 


COMMERCE. 34$ 
L L \ LL LA 
rapportgfait par M. Magin foit remis fous 
les yeux de la Province. 


Ouvrages propofes.à faire au Port de Pi- 
riac ; pour faciliter une retraite aux ba- 
teaux qui vont à la Péche du Hareng. 


» La Pêche du Hareng ayant été abon- 
» dante aux environs de Piriac depuis 
» quelques années, il a été fait des repré- 
» fentations à M. le Ducd’Aiguillon, fur 
» la néceflité qu’il yauroit de procurer un 
» abri aux bateaux qui font cette Pêche, 
» pour s'y retirer dans les mauvais temps. 

» M. le Duc d’Aisuillon m'ayant don- 
» né fes ordres pour examiner les moyens 
» de fatisfaireaux intentions d'augmenter 
» cette branche de Commerce, j'ai exa- 
+ miné les moyens qu'on pourroit mettre 
» en ufage pour donner un abri aux Vaif. 
» feaux, & j'ai levé un plan des lieux pour 
» mieux faire concevoir ce que je propofe. 

» L'anfe de Piriac eft à Fabri des plus 
» grands vents; il paroit que cet endroit 
» a été autrefois plus confidérable qu’il 
» n’eft aujourd'hui. 

» Les Habitans avoient conftruit un 
+ petit mole pour mettre à l'abri leurs ba- 
# teaux ; mais il eft aftuellement détruit. 

x L’efpace quece mole mettoit àlabri, 


346 GOMMERCE. 


» n'étant pas à beaucoup près affez fpa- 
» cieux pour contenir la quantité de Vaif 
» feaux qui font ordinairement à la Pêche, 
» & qui viendroient s’y réfugier dans le 
w mauvais temps , on propofe d’en conf- 
» truire unautre. - 

» Ce mole doit être conftruit en pierre 
» sèche, comme la digue du Croific. Sa 
» longueur doit être de 80 toifes cubes 
» de moëlon pour le conftruire , & la dé- 
> penfe montera à environ 10000 liv. Au 
» moyen de cet ouvrage, on aura un aflez 
» grand efpace pour contenir une grande 


» quantité de bateaux, & on leur procu- 


+ rera un afile commode pour fe réfugier 
> dans les mauvais temps. 

» [left certain que fi cette Pêche eft 
+ fufceptible d'augmentation , l'ouvrage 
» propofé peut beaucoup y contribuer. 

Les motifs qui déterminèrent les Etats 
en1758, femblent devoirles portera faire 
aujourd'hui le fonds de 10000 liv. que M. 
Magin croit néceffaire. Il devient de jour 
en Jour plus intéreffant de favorifer les 
Pêches. Les obftacles qu'a trouvé celle-ci, 
font de nature à n’être pas de longue du- 
réc, Ce feroit donc une perte pour la Pro- 
vince, que de renvoyer le récabliffement 
du Port de Piriac au temps de la Paix. L’ou- 


COMMERCE. 347 
vrage avoit été propofé pour retenir les 
Pêcheurs ; aujourd'hui il devient nécef- 
faire pour les rappeler, & pour en former 
de nouveaux. 

Les Etats avoient donné la même at- 
tention à la Pêche du Maquereau, qui 
pourroit fi aifément s'établir fur nos 
côtes feptentrionales. Ils fentirent que 
pour animer l’'émulation fur cet objet, la 
voie des encouragemens étoit la feule qui 
püt produire de prompts effets ; en confé- 
quence ils promirent trente fous par bar- 
rique de Maquereau falé, pèché fur nos 
côtes, & par les Habitans de la Province. 

La Société croit entrer dans l’efprit des 
Etats, en repréfentant que cet encourage- 
ment eft trop peu confidérable. M. le Ba- 
ron de Pontual, qui s’eft occupé de cet 
article , aflure , d’après les perfonnes qui 
pourroient fonger à cette entreprife , 
quon ue doit efpérer de les y engager, 
qu’en leur accordant cent fous par barri- 
que de Maquereau falé. 

La Pèche du Maquereau fe fait principa- 
lement à la côte du Nord de la Province. 
C’efta lIfle de Bas & aux environs que 
ce poiflon donne le plus abondaminent, 
Les Pêcheurs de Rofcofen tirent un meil: 
leur parti queles autres. A Fégard de ceux 


348 COMMERCE 

de Saint Briac, de Saint Jagu, & du refte 
de la côte, on peut dire qu'ils n’en ont 
pas la plus légère idée. Pour en être con- 
vaincu, il fufhit de favoir qu'ils n'y em- 
ploient que des bateaux de trois ou qua- 
tre tonneaux, & que ces bateaux font 
chargés de quinze ou vingt hommes, qui 
pêchentà la ligne. 

Ce n’eft certainement pas cette Pêche 
que les Etats ont vouluencourager. Ils ont 
eu fans doute en vue une Pêche fembiable 
à celle que font les Dieppois à l'Efle de 
Bas. Ils arment ordinairement cinquante 
à foixante bateaux du port de 90 ton- 
neaux montés d'un équipage de 24 à 28 
hommes, y compris les novices. Ileftvrai 
que leur Pêche fe fait fur les côtes d'Ir- 
lande dans la Manche, & enfin fur les 
côtes de Bretagne à FIfle de Bas; & que 
nos Pêcheurs étant hors d'état de faire de 
fi grandes entreprifes, n'ont befoin ni de 
bateaux fi confidérables, ni d'équipages 
finombreux. Ainfi ils feroient vraifembla- 
bl:ment fecourus par des Négocians, fi 
l'encouragement étoit propôrtionné aux 
avances indifpenfables pour leurs arme- 
mens, quoique moins forts que ceux de 
Dieppe. | | | 

Un Auteur anonyme, qui a donné d'ex: 


COMMERCE. 349 


cellentes obfervations fur quelques arti- 
cles de#Pêches du Royaume (4), fait men- 
tion de deux obftacles qui s’oppofent aux 
progrès de celles que font les Dieppois: 
l'uneftle droit de brouage que le Fermier 
fait payer fur le fel, & qui monte à 3 li- 
vres $ fous par muid: l'autre eft un droit 
de 5 livres 4 fous par muid de cidre 
qu'onembarque pour les équipages. Ceux 
qui feroient l’entreprife de la Pêche du 
Maquereau en Bretagne , ne rencontre- 
roient point ces obftacles. Ainfi ce foula- 
gement étant accompagné de l’encoura- - 
gement que leur donneroit la Province 
par barrique de Maquereau falé, ilyatout 
lieu de croire qu’ils faifiroienc cet objet 
avec l’empreffement que donnent de juf- 
tes efpérances de profit. Cette émulation 
feroit d'autant plus défirable, qu’elle affu- 
reroit à la Bretagne une Pêche d’un grand 
produit à fa côte du Nord, comme elle en 
aune à fa côte du Midi, celle de la Sardine. 
Le petit Peuple, qui a toujours des be- 
foins fi preffans, ne peut recevoir de fe- 
cours plus abondans & plus fructueux à 
Etat; car outre le poiffon frais & falé 


(a) Remarques fur plufeurs branches de Commerce & 
de Navigation, 1758. 


550 COMMERCE: 


qui lui fournit fa fubfftance & à bon 
marché , la main-d'œuvre des falaifons 
entretient un grand nombre de perfonnes 
de tout fexe & de tout âge, qui, faute 
de travail, languiffent dans la misère , & 
deviennent un nouveau fardeau pour la 
Nation, | 
Huilcée La Société regarde comme une dé- 
pole pendance des Pêches, & fur-tout de la 
Pêche de la Sardine, le commerce des 
huiles qu’on exprime de différens poif- 
fons. Ces huiles font exemptes de droits 
depuis 1716 : cependant ils ont été per- 
cus jufqu’en 1760 fur ceiles qui pro- 
venoient de poiflons pêchés à la côte, 
& quiétoient tirées à terre. La Société 
repréfenta aux Etats (a), combien ces 
droits étoient nuifibles. La Province 
chargez MM. les Députés & Procureur 
Général Syndic à la Cour, d'en demander 
la fuppreffion. Il eft intervenu en confé- 
quence un Arrêt du Confeil du 12 Fé- 
vrier 1760, qui exempte les huiles... 
provenant de la Pêche françoife, qui [e- 
ont tirees à terre ,; des droits impoñés par 
les Edits des mois d'O&obre 1710 & 


(a) Voyez le Corps d’obfervations des années 1757 & 
1758, PAL. 224. 


FA 


COMMERCE. 


353 


Août 1714, & par la Déclaration du 
21 Août 1716 , fur les huiles prove- 


nant des baleines, morues & autres poif- 


fons (z). L’Arrèêt fait dépendre cette 


(a) Voici les termes de 
cet Arrêt. » Le Roi s’étant 
» fait repréfenter l’Arrét de 
» fon Confeil du 18 O&o- 
» bre 1757, par lequel Sa 
» Majefté à ordonné que 
» l’exemption accordée par 
» celui dur18Mai:7s1,des 
» droits impofés par les Edits 
» des mois d'Oétobre 1710 
p & Août 1714, & par la 
» Déclaration du 21 Août 
» 1716, {ur les huiles pro- 
» venant des baleines, mo- 
» rues, & autres poiflons pè- 
» chés par fes Sujets, & ap- 
» portées par des Vaiffeaux 
» nc , & déclarées pour 
» être confommées dans le 
» Royaume, continuera d’a- 
» voir lieu jufqu’a ce qu’ilen 
» aitété autrement ordonné, 
» & ce en obfervant les for- 
» malités prefcrites par ledit 
» Arrêt du 18 Mai1751; & 
» Sa Majefté étant informée 
» qu’il feroit avantageux à 
» la pêche de fes Sujets, d’é- 
Ȋendre cette exemption 
» aux huiles des poiffons ti- 
» rées à terre, & voulant y 
» pourvoir. Vu fur celes re- 
» préfentations des Députés 
» & Procureur général Syn- 


» dic des Etats de Bretagne, 
» le Mémoire en réponie des 
» Fermiers Généraux , Cau- 
»tions de Pierre Henriet, 
» Adjudicataire des Fermes 
» générales unies, enfemble 
» l’avis des Députés du Com- 
» merce. Our le rapport 
» du Sieur Bertin, Confeil- 
» ler Ordinaire au Confeil 
» Royal, Contrôleur Géné- 
» ral des Finances. LE RO 
» ETANTENSONCON- 
» SEIL, a ordonné & or- 
» donne, qu’à compter du 
» jour du préfent Arrêt, & 
» jufqu’à ce qu’il en foit au- 
» trement ordonné, les hui- 
» les de baleines, morues, & 
» autres poiffons provenans 
» de la Pêche Françoife, qui 
» feront tirées à terre, & de- 
» clarées pour être confom- 
» mées dans le Royaume, 
» jouiront comme celles ti- 
» rées à bord des Vaiïfleaux, 
» dans tous les Ports de 
» France, de l’exemption 
» des droits accordée par 
» les Arrêts du Confeil des 
» 18 Mai 1751 & 18 Oéto- 
» bre 1757, en obfervantles 
» formalités prefcrites par 


vledit Arrêt du 18 Ma: 


352 COMMERCE, 
exemption de deux conditions: l’une, que 
les huiles tirées à terre , ferons declarees 
pour étre confomimnees dans le Roy aume : 
l'autre, qu'on obfervera /es formalités 
prefcrites par l Arrét du Confeil du 18 
Mai 1751. Ces conditions, qui ont été 
impofées , fans doute par de bonnes rai- 
fons , à ceux qui font la Pêche des balei- 
nes, des morues & autres poiffons dans des 
Mers éloignées, ne fembloient pas de- 
voir l'être à ceux qui pêchent à la côte. 
En conféquence de la première con- 
dition, les droits feroient düsau Fermier, 
fi les huiles de Sardine, par exemple, 
n'étoient pas declarees pour étre confon- 
mées dans le Royaume. Xl eft donc fon- 
dé à demander des déclarations aux Pref- 
feurs. Toute déclaration fuppofe dans 
celui à qui elle eft faite, le pouvoir d’en 
vérifier la fincérité. Ce feroit un fardeau 
pour les Prefleurs de Sardine, &'un far- 
deau d'autant plus effrayant, qu’il eft im- 
poilible de prévoir à quel point il feroit 


» 1751. Enjoint Sa Majefté 
» aux Siecurs Entendans & 
» Commiflaires départis dans 


» publié & affiché a tout 
» où befoin fera. FarT au 


» Confeil d'Etat du Roi, Sa 


» les Provinces & Générali- 

» tés du Royaume, de tenir 

» la main à l'exécution du 
/ A : 

» préfent Arrêt, qui fera lu, 


» Majefté y étant, tenu 

» Verfailles le douze Fé- 
» vrier mil fept cens foi- 
D XAN(E G 


appefanti 


COMMERCE. 353 


appefanti par le Fermier. Ce feroit d’ail- 
leurs gêner fans objet leur induftrie, 
puifque les huiles exprimées dans le 
Royaume y font néceflairement con- 
fommées, à moins qu'elles n’en fortent 
ou par terre ou par mer. Or, dans lun 
ou l’autre cas, leur deftination feroit con- 
nue par lesregiftres des Bureaux de for- 
tie. La déclaration anticipée de leur def: 
tination eft donc abfolument fuperflue, 

Il paroit difficile de pénétrer le motif 
qui pourroit faire défirer que les huiles 
tirées à terre fuflent confommées dans le 
Royaume. L'intérêt de la Nation feroitau 
contraire d'en vendre la plus grande quan- 
tité poflible à l'Etranger. Cet intérêt eft 
d'autant plus grand pour les huiles de Sar- 
dine , que c’eft un poiflon de paffage ; que 
par conféquent on n’en peut trop pêcher; 
que le moyen le plus für d’en exciter la 
Pêche, feroit d'exempter de droitstout ce 
qu'elle produit, lorfqu’on le feroit paf- 
fer à l'Etranger. 

A l'égard de la feconde condition pref- 
crite par l’Arrêt du 12 Février 1760 , 
& qui affujettit aux formalités ordonnées 
par celui du 18 Mai 1751, il eft évi- 
demment impoflible aux Pêcheurs de la 
côte de Îles remplir, L’Arrêt de 1751 


354 COMMERCE, 


exige qu'au départ des navires des Ports 
du Royaume, il foit fait une déclaration 
au Bureau des Fermes & au Greffe de 
l'Amirauté, de la deftination des navires 
pour lefdites Pêches des Baleines, Mo- 
rues & autres poiflons ; qu’au retour l’ex- 
traic de cette déclaration foit repréfenté 
au Receveur des Fermes, qui en délivre- 


ra une ampliation (a). 


(a) Extrait de l’ Arrêt du Confeil du 18 Mai 1757. 


» Ordonne Sa Majeité, 
» qu’au départ des Navires 
» des Ports du Royaume 
» pour lefdites Pêches des 
» Baleines, Morues, & au- 
» tres Poiflons , les Maîtres 
» & Capitaines des Navires 
» feront leur déclaration au 
» Bureau des Fermes de Sa 
» Majefté, & au Greffe de 
» l’Amirauté, de la deftina- 
» tion des Navires pour lef- 
» dites Pêches, de laquelle 
» déclaration il leur fera 
» donné un extrait par le 
» Receveur du Bureau des 
» Fermes, fans frais, finon 
» du papier timbré, & qu’au 
» retour de leur Pêche, ar- 
»rivant dans le Royaume ,* 
» après leur déclaration faite 
» au Bureau des Fermes de 
» Sa Majefté, defdites huiles 
» de Baleines, Morues, & 
» autres Poiflons provenans 


» de leurs Pêches, ils repré- 
» fenteront l’extrait de la dé- 
» claration qu'ils auront fai- 
» te au Bureau du départ, la- 
» quelle y fera retenue & en- 
» liaflée par le Receveur, 

» qui en fournira fon am- 

» pliation aufli fans frais, 

» laquelle ampliation fera 

» repréfentée & gardée au 

» Bureau des huiles, lors de 

» la déclaration qui y fera 

» faite , conformément à 

» J’Edit du mois d'O&obre 
» 1710, & à la Déclaration 
» de Sa Majefté du 21 Mars 
» 1716 ; au lieu de laquelle 
» ampliation, il fera, par le 

» Receveur du Bureau des 

» huiles, donné un paffavant, 

» aufli fans frais, pour le 

» tranfport defdites huiles de 

» Baleines, Morues , & au- 

» tres poiflons aux lieux de 

» leur deftination. 


COMMERCE. 35$ 


Les Pêcheurs de la côte n’ont point 
de navires. Ils fe fervent de très-petits ba- 
teaux. Ilsn’ontpoint de déclaration à faire 
.lorfaw’ils fortent. Il leur fufhit, aux termes 
de l'Ordonnance (2), de prendre chaque 
année un congé de Pêche. Ils ignorent 
lorfqu’ils rentrent fi leur poiffon fera con- 
fommé frais, ou s'il fera porté dans des 
prefles pour en exprimer l'huile. Ils ne 
font à la Mer que pendant 24 ou 36 heu- 
res, & quelquefois beaucoup moins. Les 
aflujettir jour par Jour, pour ainfi dire, à 
faire une déclaration au Bureau des Fer- 
mes, une autre au Greffe de l'Amirauté; 
à les repréfenter à leur retour pour s’en 
faire délivrer des ampliations ; ce feroit 
leur impofer une gêne aufli rebutante que 
nuifible aux progrès de la Pêche. Ils pré- 
féreroient, fans balancer, l’entière liberté 
dont ils ont joui jufqu’à préfent, parce 
que l’exemption des droits accordée aux 
huiles tirées à terre, ne leur apporte au- 
cun profit, & n'intérefle que les Preffeurs, 
Ainfi la grace accordée à la Province par 
Sa Majefté, deviendroit purement illu- 
foire. | 

Comme les loix de cette efpèce ne peu- 


(a) Art. 3. du vit. 1. Liv. 5. de l'Ordonnance de 1687, 


Z i 


TorLes, 


Cas) 


35 COMMERCE. 
vent être trop claires, & que dans les 
cas douteux elles ne s'exécutent prefque 
jamais d’une manière avantageufe pour 
ceux en faveur de qui elles ont été ren- 
dues, il feroit digne des Etats de con- 
fommer leur ouvrage, en demandant un 
nouvel Arrêt, qui délivrât clairement le 
Commerce des conteftations qu’il pour- 
roit éprouver par rapport aux huiles de 
poiflon. S. M. à fait dépendre lexemp- 
tion de droits fur les huiles tirées des 
Baleines & des Morues, de conditions re- 
latives aux circonftances inféparables de 
la Pêche de ces poiffons. Les circonftan- 
ces des Pêches faites à la côte, & des hui- 
lestiréesàterre, fontabfolument différen- 
tes. Il n’eft donc pas étonnant que les for- 
malités ne puiflent être les mêmes (a). 
Le Commerce extérieur de la Pro- 
vince n’a pas moins fouffert que fes Pé- 
ches. Elle n’avoit peut-être jamais ref- 
fenti les maux de la guerre d'une ma- 
nière plus univerfelle. 
Les Toiles forment une des principales 


le Commerce des formalités 
prefcrites par celui du 12 Fé- 


(a) Délibération des Etats 
du 13 Novembre 1760, qui 


charge MM. les Députés & 
Procureur général Syndic à 
la Cour, de folliciterun Ar- 
set du Confeii, qui difpenfe 


vrier 1760, pour exempter 
de droits les huiles prove- 
nant des Poiflons pêchés à 
la côte, 


COMMERCE. 357 


branches de fon Commerce propre. Cette 
branchéeft d'autant plus précieufe que les 
bénéfices en font plus partagés. La cultu- 
re, la main-d'œuvre, la confommation in- 
térieure, l'exportation & la vente à lE- 
tranger ; tout eft un objet de profit. 

Les fecouffes qu'avoit éprouvé ce Com- 
merce avant la guerre, font devenues fi 
violentes, qu'à peine fera-t-il reconnoiffa- 
ble à la paix. Les Toiles étrangères, fur- 
tout celles de Siléfie, ont pris un fi grand 
crédit aCadix & dans lesIndesEfpagnoles, 
que nous fommes menacés de voir les nô- 
tres entièrement banmies deces marchés. 

A quelque degré que le mal foit porté, 
la Société ne le regarde pas comme ir- 
rémédiable. Mais s’il eft poflible de le 
réparer, ce ne peur être quen étu- 
diant fcrupuleufement toutes les parties 
de ce genre d'induftrie. Nos Concurrens 
peuvent lemporter fur nous, ou par leur 
culture, ou par leurs préparations, ou 
par le bas prix de leur main-d'œuvre, 
ê& peut-être par tous ces côtés à la fois. 
Rien n'’eft plus important que de s’en 
affurer , & que de bien mefurer la portée 
de ce Commerce, afin que voyant le mal 
d'un côté, & à quel point il peut être 
préjudiciable à l'Etat , on redouble d’ap- 

Zi 


353 COMMERCE. 


plication pour en trouver le remède: 

M. l'Abbé Desfontaines , Affocié du 
Bureau de Tréguier, a raffemblé fur cet 
important objet, des obfervations que la 
Société croit dignes de toute l'attention 
des Etats. II a fenti la néceflité d'examiner 
notre Manufacture dans le plus grand dé- 
tail. Il l’a étudiée depuis l'achat des grai- 
nes de Lin, jufqu’au moment où la Toile 
eft vendue pour fortir de la Province. 
Ii a cherché fur chaque préparation les 
moyens de diminuer le prix de la main- 
d'œuvre, & de multiplier la marchandife. 

À l'égard du Commerce de la graine 
de Lin, on n’en juge en Bretagne que 
fur des conjectures. Les Bretons, com- 
miflionnaires des Etrangers qui nous en- 
voient ces graines, pourroient donner 
les inftruétions les plus détaillées & les 
plus füres. Ils le devroienc peut-être. Ils 
ne l'ont pas encore fait. En attendant 
que toutes les parties d'une opération fi 
intéreffante pour la Province puiffent être 
mifes fous les yeux du Public, la Société 
va publier ce que lui ont appris les Mé- 
moires adreflés à M. le Duc de Choi- 
feul, fur les queftions que ce Miniftre a 
bien voulu envoyer dans le Nord. On y 
trouvera des faits peu connus, du moins 


COMMERCE. 359 


en Bretagne; & les factures fimulées de 
la valeûr des graines, qu’on a cru devoir 
faire imprimer, inviteront peut-être des 
Négocians à faire fur cet article des ten- 
tatives utiles (a). 

Le Commerce de graines de Lin fe 
fair principalement à Conigsberg, à Li- 
bau, à Riga. Comme il y'a quelques 
différences entre les ufages de ces places, 
on parlera de chacune en particulier. 

Les Payfans & les Juifs de Pologne 
apportent dans des tonnes les graines 
de Lin à Cozigsbers. Il ne leur eft per- 
mis de les vendre qu'aux Bourgeois, ou 
Négocians ayant droit de Bourgeoifie. 
Ceux-ci les revendent aux Commif- 
fionnaires étrangers, ou les expédient 
eux-mêmes, lorfqu’ils reçoivent des or- 
dres direéts. La graine de Lin propre à 
fervir de femence, qu'on nomme {7 a 
femer, ne peut être chargée dans des 
Navires qu'après que la bonne qualité 
en a été certifiée par un Praqueur, Ou 
Expert juré, qui appofe une marqué fur 
chaque tonne. 

Les ventes commencent vers le mois de 
Novembre, & continuent jufqu’en Mars. 


(a) Voyez ci-deflus, pag: 100. | 
Z iv 


360 CoMMERCE. 


Leur prix fut, l’année dernière (1750), de 
«2 à 14 florins de Pruffe (a). Il arrive 
d'une année à l’autre des variations fur 
le prix de cette graine. Huit & feize 
florins font les deux extrémités réful- 
tantes de l'abondance ou de la médiocrité 
des récoltes, des demandes plus ou moins 
confidérables des Etrangers. La quantité 
qu'on exporte va de 12 à 18 mille tonnes 
Fe an, Comme il arrive quelquefois que 
a graine de Lin ne peut être char- 
gée immédiatement après l'achat, il eft 
d'ufage de payer aux Vendeurs la plus 
grande partie du prix de leurs ventes en 
concluant le marché. Le refte leur eft 
payé après la livraifon. 

Quoique les graines de Lin foient 
ordinairement bien purgées de toute ma- 
tière étrangère , les Acheteurs les font 
paffer une fois par un crible propre à les 
débarraffer de la pouflière qui y refte. 
Cette opération fe fait à la livraifon 
& au mefurage. Le Vendeur fupporte le 
déchet. 

La multitude des Vendeurs empêche 


{a) Le florin de Pruffeeft cens quarante deniers de 
de trente gros. Trois cens gros de Hollande, dont cin- 
quatre-vingt-dix gros valent uante-cing font trois livres 
une livre de gros, ou deux de France. 


COMMERCE. 361 
qu'il n’y ait des intelligences, ou fi l’on 
veut, un monopole réfuitant d’un con- 
cert entre eux. Cet abus arrive cepen- 
dant quelquefois, mais ce n’eft Jamais 
qu'au mois de Février ou de Mars, par- 
ce qu'alors la graine eft affez rare & en- 
tre les mains de beaucoup moins de per- 
fonnes. Cette manœuvre ne réuflit pas 
même toujours. 

Comme cette denrée a un prix réglé 
pendant le temps que durent les ventes, 
on ne doit point donner d'ordres limités 
{ur le prix. Le parti le plus raifonnable 
eft de s’en rapporter à l'intelligence & à 
la probité du Commiflionnaire, 

La tonne contient deux boiffeaux & 
demi de Prufle. Soixante boiïifleaux de 
Pruffe font environ dix-neuf fetiers de 
Paris. Le fret de Conigfberg à Amfter- 
dam eft de vingt à trente ftuyvers (a), ou 
fous courans de Hollande pour chaque 
tonne. Le compte fimulé de cent lafts de 
graine de Lin, qu’on joint ici, donnera 
une idée affez précife de ce que coûte- 
roit une tonne de cette graine rendue en 
France. | 


(a)C'eft-à-dire,unflorin, rin vaut deuxlivrestrois fous 
eu un florin & demi. Lefla- de notre monnoie. 


362 COMMERCE. 


Faüure fimulée de cent lafis de graine de Lin à 
fèmer, chargée à Conigsberg pour la Bretagne. 
Cent lafts, à $6 + boiffeaux de Conigfberg par laft, font 


5650 boiffeaux ; & à 2 + boiffeaux par tonne, font 1260 
à 
tonnes, à 12 florins de Pruffe la tonne ,.. fl. 27120 


Frais & Droits. 


Pour dénonciation au Maï- 


Bts: DS CORNE RAA SATA f. o1"6 
Mefurage de 100 lafts, le 
Jaft à 24 gros courans. . . . . SSL 
Marque, id. 4 2 ditO 97 6) ob 12257 26 
Port à bord, id. à 7o dito.. 233 10 
Courtage, la tonne à = dito. 37 20 
Droits de fortie, le laft à 
cû Hotte ssAA Te se +0: 20e 
29477 26 
Provifion à z pourcent ......4.... 589 16 


f. 30067 12 


30067 fl. 12 gros courans de Pruffe, 

à 390 gros courans pour 1 liv. de gros 

de banque de Hollande, font 13877 f1. 

s f. de banque, à 54 + d. de gros pour 

un écu de 3 Liv. de France font . . . .30555 11843 d 
Affurances de 305551.à4p.cent.. 1222 4 
Droits du found & autres frais de 

Hollande, florins courans .. 187 19 
Fret, la tonne à 30 f. ou 


Huyves 2 PS EME EE 3340 
Âvaries ordinaires à $ pour 

ENT NIENS CU d'ITENERTE 167 
Chapeau... -:.). 4450 so 


Florins courans ... 3744 10 


Agio à 4 p. cent, fl. 3600 9 [. 8 d. 

de banque à $4+den... . . . . .. 7917 13 
Provifons & courtages des traites, 

remifes & ports de lettres à 1 + p.53. 457 6 4 


401621. 111.7 d. 
PL RACE TT À 8 


COMMERCE. 363 

La tonne rendue en France, fans les 
droits, reviendroit à 17 livres 1$ fous 
$ deniers environ. 

Les graines de Lin à femer viennent 
à Riga de la Livonie & de la Courlande. 
On les y apporte ordinairement dans des 
tonnes de bois de chêne, & très-rarement 
dans des tonnes de fapin. Les Bourgeois 
de ia ville font les feuls à qui il foit per- 
mis de les vendre. Les Négocians & les 
Commiffionnaires étrangers les achètent 
de ces Bourgeois. Les graines n'arrivent 
jamais plutôt que le mois de Septembre, 
& jamais plus tard que le mois d'Oéto- 
bre. Ce Commerce dure à peu près juf- 
qu’à la fin de Décembre. Alors la Na- 
vigation fe trouve interrompue par les 
glaces. 

Les graines, quoique bien nétoyées & 
dégagées de toute autre femence, font 
pañlées par un crible fait exprès pour les 
purger, non-feulement des corps étran- 
gers qui pourroient s’y trouver mêlés, 
mais de la pouflière même. On y apporte 
la plus fcrupuleufe attention. 

Le prix de cette marchandife eft de 
huit à dix frenz-albert la tonne. Trois 
frenz-albert valent une rixdale-albert, 
dont cent valent, felon le cours aétuel, 


364 COMMERCE. 
cent trois & demie rixdales courantes 
de Hollande (4). , 

La tonne, fuivant les dimenfions qu’on 
en a données à Riga, a un pied cinq pou- 
ces de diamètre aux fonds, & deux pieds 
fix pouces de profondeur. La circonfé- 
rence de ce vaiffeau à l’endroit du ven- 
tre eft de cinq pieds fix pouces, le tout 
mefure de Hollande (4). 

On compte douze tonnes pour un 
laft (c), dont le fret pour les côtes de 
France fur l'Océan, coûte de vingt à 
vingt-cinq florins courans de Hollande. 
Au refte, il y a peu de différence entre 
la manière dont ce Commerce fe fait à 
Riga, & ce qu'on vient de rapporter fur 
ce même Commerce à Conigfberg. On 
va voir par une facture fimulée à com- 
bien reviendroit en France une tonne de 
graine de Lin. 


(a) La rixdaie de Hol- 
Jande vaut deux florins & 
démi, ou cent deniers de 
gros. C’eft environ cinq li- 
vres huit fous de notre mon- 
noie. 

(b) Le pied n’eft pas une 
mefure uniforme en Hol- 
lande. Mais comme il y a 
beaucoup d’apparence que 


ceit le pied d'Amiterdam 


qu’on a voulu défigner, on 
croit qu’il fuffit de marquer 
ici que cette mefure répond 
à dix pouces cinq lignes, 
trois dixièmes de ligne de 
notre pied de Raï. 

(c) Le laft équivaut à deux 
tonneaux de mer. C’eft er- 
viron quatre mille livres pe= 
fant. 


| 
{ 


COMMERCE. 365$ 


Faëure fimulée d'un chargement de cent lafis de 
graine de Lin pris a Riga pour la Bretagne. 


Cent lafts de graine de Lin faifant 1200 tonnes, à 
trois rixdales la tonne . . . . . .. ul 2600 


Frais & Droits. 


Droits de La tonne à 37 + gros 


eue - 2, <R. 497 . 70 
Agio à 7 pour cent .. . . . . 34 84 
Pour mettre la graine dans les 
tonnes, à 4 + gros Courans . . .. 60 659 4 
Pour les bandes & clous des 
tonnes, à 3 dito . .. . . - . . . 40 
Courtage par tonne, à 1 dito. 17 30 
Albert Rixd. 41250 4 
Provifion à z pour cent . : : - + + + + - + 8s 
RER, 


4335 


4335 rixdales 4 gros courans, à 3 + pour 

cent, font 4486 rixdales 39 fous courans 

de Hollande à so ftuyvers, 11214 florins 

19 f courans. Agio à 4 pour cent, 10783 

florins 12 fous de banque à 54 + deniers de 

gros pour un écu de 3 livres de France ...23743 L 14, 
Affurances de 2400 liv. à s pourcent.. 1494 
Droits du found, & autres 

fais =... 22 Mlor: courans. 99 IL 
Fret à 25 florins le laft..... 2500 
Avaries ordinaires à 10 pour 

CE. + 5290 
pes A. - +»: 59 


EEE 
Florins courans ... 2899 11 


" Agio à 4 p. cent, florins 2788 of. 6 d. 

à sa + pour 3 liv. de France. . .. .... 6138 1 
Provifions, courtages des traites & re- Pi à 

mifes, ports de lettres à 1 + pour éent.... 360 


317361 11 f 
RE 


366 COMMERCE. 


La tonne reviendroit à 26 liv. 9 f. (a). 

Libau, ville de Courlande, fournitauffi 
de la graine de Lin à femer. On regarde 
comme la meilleure, celle qui s’expédie 
dans les tonnes marquées à la Couronne 
êrülee (b). Les Négocians de Lubeck, 
qui en tirent les plus grandes parties, en 
font des envois confidérables en France. 
Ils en font pafler à Rofcof feul, dans 
certaines années, huit à dix mille tonnes. 
Les graines de Lin qui fe tirent de Libau, 
font de vingt à vingt-cinq mille tonnes 
par an (c). Les prix les plus ordinaires 
{ont de onze à treize florins de Pologne 
de trente gros. On l’y achète au plus 
bas prix fix florins & demi. On n’a pu 
obtenir de détails fur les frais jufqu’à 
Vembarquement. IL y avoit vraifembla- 


(a) Les graines de Lin de 
Courlande & de Livonie va- 
loient à Riga le 7 Novem- 
bre 1760, {avoir; 

La graine de Lin de Cour- 
lande la tonne, frenz-al- 
bert, 8 + à 9 ; c’eftenrixda- 
les 2 + à 3 ; & en argent de 
France, 15 liv. 18 {: 3 den. 
à 16 livres 8 fous 6 den. la 
tonne. 

La graine de Lin de Li- 
vonie, la tonne, frenz-al- 
bert, g à 8 2, C’eft en rixda- 


les, 2 +à 2 À; & en argent 
de France, 14 liv. 10 fous à 
15 liv. 10 f,3 den. 

(b) On la nomme dans 
quelques endroits de Breta- 
gne, du Libau couronné à 


Jeu. 
(c) Rofcof eft un petit 


Port de Bretagne. On voit 
par ce détail, qu’il verfe 
dans la Province le tiers & 
quelquefois la moitié des 
graines de Lin qui fe ven- 
dent à Libau. 


SE SR ES 


COMMERCE. 367 


blement des raifons qui empêchoient les 
Négociäns de Libau qu’on a confultés, 
de répondre fur cet article. Mais on affure 
qu’il n’y a pas d'apparence que les frais 
& les droits y foient plus grands qu’à 
Riga. On peut même préfumer qu’ils y 
font moindres. 

Tel eft le précis des éclairciffemens 
qui ont été envoyés à M. le Duc de 
Choifeul. Mais la Société croit devoir 
faire imprimer mot à mot ce qui re- 
garde la manière dont la France fait le 
Commerce de graines de Lin du Nord. 

» On ne trouve à Riga aucune maifon 
» Françoife de Commerce. Il feroit ce- 
» pendant à fouhaiter qu'ilyeneüt, même 
>» plufieurs, qui fuflent en état d'exécuter 
» les Commiflions de laNation, dont l’in- 
» térêt eft de faire fon commerce direéle- 
» ment, & fans l’entremife des Etrangers. 

» Les abus qu’on éprouve en France 
» fur le Commerce des graines de Lin, & 
» dont la Société d'Agriculture fe plaint, 
# ne viennent point originairement des 
» lieux d’où on les exporte. C’eft dans 
» la manière dont les Etrangers & les 
» Commerçans de France exploitent ce 


» Commerce , qu'on en découvre la 
» fource, | 


368 COMMERCE. 


» Le Commerce de la graine de Lin 
» fe fait en Bretagne par des Marchands 
» étrangers, & principalement par ceux 
» de Lubeck. Ils font envoyer ces graines 
>» en barils direétement au Port de Rof- 
» kov ( c’eft Rofcof }. De-là ils les dif- 
» tribuent dans les différens Ports en pro- 
>» portion de ce qui leur arrive. Les Mar- 
» chands détailleurs de chaque Port en 
» reçoivent une certaine quantité, & à 
» diverfes reprifes. Le prix ordinaire que 
>» les Négocians Bretons payent aux Lu- 
» beckois, eft de trente-trois livres le ba- 
>» ril, & de trente- fix livres celui à la 
» Couronne brülée. Ces Négocians ont 
» un an de crédit dela part des Lubeckois, 
» & renvoient les graines qu’ils n’ont pu 
» vendre, & qui reftent pour le compte 
» des Lubeckois, ou autres Etrangers 
» faifant ce Commerce en France. Les 
»> Marchands Bretons font feulement 
» tenus de payer exaétement au bout de 
» lan, fans pouvoir s'en difpenfer fous 
» prétexte qu’ils n’ont pas été payés des 
» Payfans. 
» L'abus qui règne en Bretagne à cet 
» égard, eft très-préjudiciable à la Na- 
» tion. Le Marchand, ou plutôt le Com- 
» miflionnaire Breton, qui paye la onne 
>» dé 


COMME R CE. 369 
» de graine de Lin trente-trois livres, la 
» vendquelquefois foixante - quinze liv. 
» felon les circonfiances. S'il arrive que 
» les vents contraires retardent les Vaif 
» feaux , & les faffent arriver dans le 
+ premier Port les uns après les autres, 
> la diftribution s’en fait de même. C'’eft 
» alors que les Marchands détailleurs , 
+ qui ne reçoivent que fix à dix tonnes 
» à la fois, augmentent les prix d’une 
x marée à l’autre au point que, par cette 
» manœuvre, ils les portent exorbitam- 
» ment haut, Les Payfans, qui font venus 
>» de 4 à $ lieues, & qui ont féjourné piu- 
» fieurs Jours, s'ennuyent; & craignant 
» de n'avoir plus de graine, fe détermi- 
>» nent à la prendre aux prix que les Mar- 
» chands veulent. Les Ports principaux 
» de la Bretagne où cette graine eft im- 
» portée, font Morlaix, Tréguier, Pon- 
» trieux & Saint Brieuc. 
» Il réfulte de ce qui précède, que les 
» abus qui rendent Île commerce des grai- 
» nes de Lin fi défavantageux aux cul- 
>» tivateurs & aux fabriques des Toiles 
» de la Bretagne , ne font que les fuites 
» néceffaires d'une exploitation vicieufe, 
_» qui affure d’un coté des profits impor- 
» tans aux Etrangers, &c de l'autre livrées 
£ | À a ÿ 


370 COMMERCE . 
» Agriculteurs aux vendeurs, qui n’ont 
» aucun rifque à courir fur les parties 
>» des graines qu'ils n'auront pas vendues. 
> On fent parfaitement que des étrangers 
» ne peuvent fe réfoudre à fupporter un 
» an de crédit, & le renvoi des graines 
» invendues, fans des motifs trés-puiffans. 
» Eh! quels autres motifs peuvent-ils 
» avoir, que ceux d'un profit très-con- 
» fidérable, qui, outre le bénéfice du 
» Commerce, les dédommage abondam- 
» ment des intérêts de leurs avances , des 
» pertes, des frais redoublés, & du fret 
>» des renvois des graines en Hollande, 
>» toutes chofes inutiles à la France, & 
» qu'elle paye très-chèrement. 

» Pour parer à des préjudices aufl 
» multipliés & aufli difpendieux, il faut 
» prendre une route toute contraire, & 
» traiter ce Commerce d’une facon di- 
» recte & dégagée des mains tierces. 

Ce qu'on vient de voir ne regardant 
que les graines de Lin tirées du Nord, 
donne une idée très -imparfaite de ce 
qu’il en coûte chaque année à la Bre- 
tagne pour cette denrée. L’Evêché de 
Saint Malo & une partie de celui de 
Rennes n’emploient que des graines de 
Zélande, Ain il eft aifé de voirque lim- 


ou 


COMMERCE. 371 


portation totale coûte des fommes im- 
menfes aux cultivateurs. Dans d'autre 
circonftances que celies où fe trouve le 
Royaume, la Société ne balanceroit pas à 
publier à quoi montentnosachatsannuels, 
& d’en conclure la quantité de journaux 
de Lin qui font enfemencés chaque an- 
née. M. l'Abbé Desfontaines en a fait le 
calcul avec beaucoup d’exaciitude. Mais 
il paroït plus convenable de conferver 
ces développemens pour dés témps moins 
malheureux, & de fe borner aujourd'hui 
au travail qu'il a fait pour apprécier le 
préjudice qu'ils caufent à nos Manufac- 
tures de Toiles, les vices des prépara- 
tions, & l’inattention fur le Commerce 
intérieur de la matière première. 

M. l'Abbé Desfontaines infifte beau- 
coup fur ce qu'on détériorele Lin en Îe 
broyant. Cette opération en coupe une 
grande partie, Ce qui en diminue [a force 
& la longueur, en faifant pafier en étou- 
pes, beaucoup de filaffe qui devroit former 
le premier brin. Cette préparation n’eft 
cependant pas également mauvaife par 
tout. À Quintin, à Uzel & dans tout ce 
canton de la Province, il fe trouve, les 
étoupes.déduites, deux tiers de prenrier 
& un tiers de fecond brin. Dans les 

FR A ai; 


37 COMMERCE. 

Evêchés de Tréguier & de Léon, on ne 
peutcompter que fur la moitié en premier 
brin, encore refte-t-il mêlé avec une 
affez grande quantité du fecond. Il feroit 
donctrès-effentiel d'’accoutumer ceux qui 
broient le Lin, à l’attaquer moins bruf 
quement & avec moins de vigueur. L’o- 
pération feroit un peu plus longue ; mais 
les journées d'ouvriers qu’il faudroit de 
plus, ne balanceroient pas, à beaucoup 
près, le bénéfice qu'on trouveroit à aug- 
menter la quantité du premier brin. Il eft 
aifé de fentir combien cette augmenta- 
tion contribueroirà multiplierles Toiles, 
& à diminuer leur prix. 

L'opération de peffeler la filafle, fuc- 
cède à celle de la broyer. Elle a pour 
but de détacher ce qui peut être refté 
de chenevote à la filaffe, & de la rendre 
en même temps plus fouple. Le moyen 
qu’on emploie, eft de fixer au bout d'un 
banc de bois, dans une fituation verti- 
cale, un morceau de planche épais d’en- 
viron un pouce, large de cinq ou fix , 
& haut de trois pieds. Cette planche eft 
aiouifée en forme de lame par un de fes 
bords : & fur toute fa longueur; mais 
elle eft affez mouffe pour ne pas couper 
Ja filaffe. Une ouvrière prend une poi- 


COMMERCE. 373 


gnée de filaffe , & tortille les extrémités 
de cette poignée à chacune de fes mains. 
Elle embrafle l'inftrument, en appli- 
quant fur le côté aiguifé la partie de la 
poignée de Lin qui remplit l'intervalle 
entre fes deux mains. Alors elle tire à 
foi, tantôt la main droite, en éloiïgnant 
la gauche, tantôt la main gauche, en 
éloignant la droite. Par ce moyen la 
poignée de filaffe eft frottée à plufieurs 
reprifes ; & comme elle gliffe fur le ref- 
feau fous un angle très-aigu, elle acquiert 
une grande foupleffe. 

Dans l'Evêché de Tréguier, les ou- 
rières font dans l’ufage de féparer la 
poignée en deux, à chaque fois qu'elles 
en pefJelent une partie ; en forte qu’elle 
fe trouve partagée entre les deux mains. 
Elles réuniflent enfuite toute la filaffe 
pour la repafler fur le pefJeau, & la fé- 
parer encore. Cette mauvaife méthode 
raccourcit beaucoup de filamens , & par 
conféquent diminue la quantité de pre- 
mier brin. Les ouvrières de Quintin, 
plus adroites & plus intelligentes, laiffent 
toujours chaque poignée de Lin dans 
toute fa longueur. IL feroit à fouhaiter 
pour le bien du Commerce des Toiles, 
que leur exemple fût généralement fuivi. 

Aa 


374 COMMERCE, 


C'eft un bienfait que peut aifément re= 
cevoir la Province de la part des Gen- 
tilshommes, des Curés, & des princi- 
paux habitans de la campagne. S'ils pre- 
noient des Domeftiques à Quintin & 
aux environs, les préparations du Lin 
ne tarderoient pas à fe perfe@tionner. © 

Il en réfulteroit un autre avantage qui, 
peut-être, ne feroit pas moins confidé- 
rable, On tranfporte de l'Evêché de T'ré- 


guier à Quintin une très-erande quanti- 


té de Lin en bois, c’eft-à-dire, de Lin 


chargé de fa chenevote , enfin tel qu’il 
eft après lavoir féché au fortir du rou- 
toir, On peut compter quinze lieues de 
chemin, pour la diffance commune des 
lieux d'où l’on tire ces Lins en bois. 
En les préparant, ils perdent les neuf 
dixièmes de leur poids. On gagneroit 
donc neuf dixièmes fur les frais de tranf: 


port, fi les préparations fe faifoienc dans 


le lieu même de la culture. Par des cal- 


cuis plutôt foibles qu'outrés, qu'a fait 
M. l'Abbé Desfontaines , il trouve que 


cette épargne fur les frais de voiture 
monteroit au moins à cent quinze mille 
deux cens livres par an. 

Voici l’objet d'une épargne qui feroit 
plus avantageufe encore, Ce feroit de 


is. =, 


COMMERCE. 37S 
devider toujours le fil fur des devidoirs 
qui euffent exaétement foixante pouces 
de tour, & de faire tous les écheveaux de 
treize cens tours. M. Digaultray des Lan- 
des, Aflocié du Bureau de S. Brieuc, 
confulté fur cet article, aflure que par 
ce moyen. on procureroit à la Manufac- 
ture un fou de bénéfice par aune de. 
Toile. Cet Affocié doit, par toutes for- 
tes de raifons, en juger mieux que qui 
que ce foit. mére 

Au refte, pour rendre quelqu’aétivité 
à cette branche de Commerce, il feroit 
très-eflentiel de ne pas fixer à un petit 
nombre de Ports le privilége d'exporter 
les Toiles de la Province, Ce privilége 
a d'abord été borné aux Ports de Nantes, 
deS. Malo, de Landerneau & de Morlaix, 
On l'a étendu depuis à ceux de Breft, 
de Lorient, de Vannes & de Quimper. 
Mais Îa liberté d'exporter par où lon 
veut, & fouvent par où l’on peut, de- 
vroit être FA , Cette- gêne borne 
le travail des Manufadtures aux demande 
qui leur font faites dans les Ports privilé- 
giés. Il arrive d'ailleurs, en temps de 
guerre, qu'on ne peut profiter des Navires 
neutres, lorfau’ils fe trouvent dans d'au- 
tres Ports; en forte qu'on eft obligé de 

+ | ARE 


376 COMMERCE. EEE 
garder des marchandifes qui trouveroient 
un débouché favorable. di 71 
L’infpettion des Toiles a férvi de pré- 
téxte. à cette défenfe. On n’a permis de 


fortir que par les Ports où il y avoit des 


Prépafés pour infpeéterles balles de Toi- 
les qui feroient énvoyées à l'Etranger. 
Ne feroit-ilpas plus avantageux à l'Etat, 
que le Commis à là marque-füt auto- 
rifé à fäire linfpedion de fortie, & à 
imprimer la marque ufitée en pareil cas ? 
Ee Marchand profiteroit, après cette for- 


malité, de toutes les occafions qu'iltrou- 


veroit de. vendre. Si C’eft pour le bien 


du. Commerce qué les Infpeéteurs ont. 


été établis, toutes leurs fonctions doi- 
vent tendre à le faciliter, & aucune à 
y mettre obftacle. 


Le falaire atraché aux places d'Inf- 


peteurs, a fait établir un droit d'un fou 
par pièce de Toiles qui feroient préfen- 
tées aux Bureaux de Quintin, Uzel, 
Eoudéac, Moncontour, Ce droit, qui 


paroit peu de chofe en lui-même, de- 


vient exorbitant pour, le Commerce des 
Toiles, fur-tout pour la partie la plus 
nombreufe des Habitans, & qui dévroit 
être la plus ménagée .Comme ces Toiles 
fe vendent par coupons de $ aunes, une 


+ À 


, COMMERCE. 377 


multitude d'ouvriers les coupent chaque 
femaine fur leur métier , pour avoir de 
quoi fubfifter ; en forte que celui qui a 
monté une chaine de $o aunes, & qui 
n’eft pas en état d'attendre que fa Toile 
foit achevée pour la vendre, paye dix 
fous de droits de marque. IL n’eüt payé 
qu'un fou, s’il eût été aflez à fon aife 
pour faire marquer fa Toile entière. 
Les deux Commis qui tiennent les 
Bureaux dont on vient de parler, ont cha- 
cun quatorze cens livres d'appointemens. 
Il feroit d'autant plus avantageux que les 
Etats fiflent un fonds de deux mille huit 
cens livres pour éteindre ce droit, qu’il 
rend infiniment plus, & quec'eftunnou- 
veau fardeau pour une branche de Com- 
merce qui eft déja plus que fatiguée. 
Mais de tous les fardeaux, le plus oné- 
reux, c’eft l'exécution des règles aux- 
quelles nos Manufaétures font affervies. 
L'infpection d’abord rigoureufe , a été 
forcée d'abandonner la loi qui la diri- 
geoit , parce que cette loi détruifoit ce 
qu’elle paroiïfloit devoir conferver & mê- 
me améliorer. Elle eût enfinanéanti l’ob- 
jet fur lequel s’exercent les Infpetteurs. 
Des Payfans, des Journaliers fe font vus 
affuyettisà exécuter des réglemens de plus 


378 COMMERCE. 
de cinquante articles , au’ils n’étoient 
as en état de lire. Quand ils les auroient 
one étudiés, ils n’auroient pu les 
exécuter, parce que tout y eft ordonné 
jufqu’aux chofes les plus étrangères, & 
quelquefois les plus contraires à une 
bonne fabrication. Les fautes les moins 
répréhenfibles, & celles qu'on a envi- 
fagées comme Les plus graves, font punies 
des mêmes peines , & ces peines font 
toujours cumulées. Celui qui ne fe con- 
forme pas au réglement dans les chofes 
qui tiennent le moins à fa profeflion, 


voit confifquer fa Toile ; elle doit être 


coupée de deux en deux aunes, & il 
doit. payer l'amende. Enfin on ne trouve 
rien dans ces réglemens qui puifle encou- 
rager, ou éclairer le Fabriquant ; chaque 
article femble n’appartenir qu'a un code 
pénal. Auffi y a-t-il beaucoup d'articles 
qui ne s’exécutent plus; mais ils exiftent 
encore. Aiïinfi linfpeétion eft devenue 
d'un tribunal rigoureux, un tribunal ar- 
bitraire. Rien n’eft plus digne des regards 
& de la proteétion des Etats, qu'une mul- 
titude laborieufe , qui a fait long-temps 
la richeffe de la Province, & qui pour- 
roit l’enrichirencore.La concurrence des 


Toiles de Siléfie dans les marchés d'Ef- 


SR. 


COMMERCE. 379 
pagne ne nous a pas été fi nuifible que 
infpeëtion nationale ; où pour mieux 
dire, fans l’infpection cette concurrence 
n’exifleroit point. Il n’y à donc pas un 
inftant à perdre pour empêcher qu'un 
mal, dont les progrès ont été fi rapides & 
fi marqués, n’atteigne fon dernier pé- 
riode, & ne devienne abfolument irrémé- 
diable. 

Les grands objets de Commerce, tels 
que celui des Toiles, font ceux qui mé- 
ritent lé plus d'attention & de protec- 
tion. Mais les Etats font trop éclairés 
& trop vigilans, pour ne pas porter les 
yeux fur des branches qui, quoique 
moins étendues, font très - précieufes , 
parce qu'elles font fubfifter les Habitans 
des cantons où elles fe font introduites. 

On fabrique à Antrain & à Bazou- 
ges des Toiles de Chanvre connues 
fous le nom de Toiles 4e Halle. Elles, 
ont trente-fept pouces & demi de largeur, 
Elles fe confomment dans nos Colonies, 
où elles fervent à habiller les Nègres. 
Cette fabrique eft entièrement tombée 
par l'interruption de notre Commerce 
avec l'Amérique, Le canton efluye paï 
la une perte qui fe partagé entre les Fabri- 
quans , puifqu ils font defœuvrés , &tles 


380 COMMERCE. 


Cultivateurs du Chanvre, puifqu'ils né 
trouvent plus à vendre leur denrée. 

Il eft d'autant plus intéreffant de fonger 
à ranimer cette branche de culture , de 
fabrication & de commerce ,, que le 
pays d’Antrain & de Bazouges, qui pro- 
duit une très-grande quantité de Chan- 
vre, n'eft nullement propre à la culture 
du Lin. On s'en eft affuré par des expé- 
riences réitérées & toutes infruttueufes. 
D'ailleurs on voit par un état de fabri- 
cation fur lequel on croit pouvoir comp- 
ter, qu'en 1750 il fortit de cette Manu- 
facture quatre mille quatre cens quatre- 
vingt-huit pièces de Toiles de Halle, qui, 
fuivantle prix courant, valoientdeuxcens 
quatre-vingt-treize mille deux cens cin- 
quante-fix liv. Toutes les Paroifles des en- 
virons font également intérefléés à la pro- 
tection que peut recevoir une fabrique 
qui fait fubfifter tant de perfonnes, par la 
culture, les préparations & la filature. 

Les Toiles dont il s’agit font fort pe- 
fantes ; ainfi il feroit très-avantageux de 
pouvoir les voiturer toute l’année par 
eau. La facilité du tranfport eft le plus 
grand encouragement que puiflent rece- 
voir l'Agriculture & l’Induftrie. On vend 
beaucoup, lorfqu’on peut vendre à bon 


CoMMERCE. 381 
marché ; & l’on peut vendre à bon marché, 
lorfque les frais de voiture par terre, qui 
font toujours excelhis, ne renchériflent 
pas la denrée ou la marchandife. 

Une très-légère dépenfe fufhroit pour 
procurer cet avantage à tout un canton 
qui a un befoin extrême de ce fecours: 
avantage que partageroit la ville de 
S. Malo, comme on le dira bientot. 

La rivière de Couafnon eft navigable 
pendant fept & quelquefois huit mois 
de l’année , depuis la mer, jufqu’au Port 
de l’Angle qui joint la ville d'Antrain. 
La navigation feroit poffible en tout 
temps, fi quelques endroits du lit de cette 
rivière n’étoient pas comblés, ou par des 
éboulemens de terre, ou par des arbres 
qui y font tombés. Un Gentilhomme du 
pays, qui a examiné avec srande atten- 
tion les obftacles qui s’oppofent à une 
navigation continuelle , affure qu'ils 
pourroient être levés pour moins de 
quinze ou dix-huit cens livres. On 
doit placer au nombre de ces obftacles, 
un “as nombre d'arbres qui bordent 
quelques endroits de la rivière, & qui 
empêchent les Bateliers de haler à la 
corde, lorfque le vent leur eft contraire. 


Rivière de 
Couafnon. 


382 COMMERCE. 
Les bateaux dont ils fe fervent fonc 
du port de cinq tonneaux. 

Il eft impoflible d’articuler en détail 
les profits que retireroit tout le pays 
d'une navigation facile, continuelle , 
& qui conduit à la mer, La Société fe 
bornera donc à indiquer les principaux 
“objets de Commerce dont il eft fufcep- 
tible. 

On eft dans lufage de voiturer au 
Port de lPAngle une grande quantité de 
bois de conftru@ion, qui de-là fe tranf- 
portent à S. Malo par eau. On y amène 
aufli de trois lieues à la ronde les cidres 
néceflaires pour l'armement des Vaif- 
feaux. Enfin c'eft par la rivière qu’on 
envoie dans cette ville les Toiles de 
Halle dont on a d’abord parlé. Voilà pour 
un très-petit territoire trois articles affez 
confidérables. Ils ne pourroient que fe 
fortifier, fi la navigation étoit praticable 
pendant toute l’année. or 

A l'égard des importations qui fe fon 
par la rivière de Couafnon , elles con- 
fiftent principalement en vins & en eaux- 
de-vie. Il en vient chaque année plus de 
quatre cens barriques, qui fe partagent 
entre Fougères, Bazouges, Antrain, 
S. Aubin-du-Cormier , & les Paroiffes 


COMMERCE. 383 


circonyoifines. On tire par cette voie, & 
en très-grande quantité, des pierres meu- 
lières, ou du zzoulage. Plus ces pierres 
font néceflaires, plus on fent que leur 
poids demande qu'on en facilite le tranf- 
port par eau. | 
Ces objets font plus que fufhfans pour 
mériter que la Province accorde un fe- 
cours aufli modique que quinze ou dix- 
huit cens livres , pour rendre en tout 
temps la rivière de Couafnon navigable, 
depuis le Port de l’'Angle jufqu'à la mer. 
La Société ajoutera que le cara&tère Îa- 
borieux & induftrieux des habitans du 
pays, femble aflurer que ce bienfait au- 
roit les plus heureufes fuites. Ces habi- 
tans fe font appliqués d'eux-mêmes à 
tirer parti de toutes les produétions du 
fol; car outre les Toiles de Halle, ils 
fabriquent des Etamines, des Serges fou- 
lées, & diverfifient leurs Etofes en les 
mêlant de Laine & de Fil. Ce ne font 
à la vérité que de très-petites Etoffes, 
maïs elles font à la portée du Peuple, & 
fufifent à fa confommation. Ainfi cette 
‘induftrie devient d’une grande utilité, 
Les maux aëtuels de la Province font Droit 
trop grands & trop connus, pour uen 
les Etats foient étonnés du petit nom- 


384 COMMERCE. 


bre d'articles de Commerce dontla Socié- 
té s'eft occupée. Elle n’a pu voir que des 
objets généraux, & elle ne les a vus que 
pour fentir plus vivement l’état de dépé- 
riflement où la guerre les a jetés. Elle ne 
s'y eft même attachée que pour avoir lieu 
de revenir dans la fuite aux rameaux 
qui y correfpondent. Ils reprendroient . 
du reffort & de la vie, fi les troncs dont 
ils dépendent venoient à fe ranimer. Les 
Cultivateurs & les Fabriquans font à la 
fois vendeurs & confommateurs. Toutes 
les confommations ont diminué ; ainfi 
les fources des richeffes & de la circu- 
lation intérieure font prefque taries. 
À peine s apperçoit-on qu'elles exiftent 
encore. La Société n’eft pas dans le cas 
de folliciter des encouragemens. On fe- 
roit trop heureux, file Commerce n'étoit 
que découragé. Il eft anéanti. Plus cette 
pofition eft trifte, plus la Société fe croit 
fondée à propofer aux Etats de folliciter 
une loi qui peut avoir des fuites inef- 
pérées pendant la guerre même, à plus 
forte raifon pendant la paix. C’eft M. de 
Montaudouin, Affocié du Bureau de 
Nantes, qui a conçu ce projet... 
Un Etat qui eft fufceptible de culture 
& de commerce, n'a befoin que d'une 
population 


COMMERCE. 385$ 


population nombreufe & riche pour de- 
venir floriflant. Le moyen le plus prompt 
d'augmenter fes richefles & fa popula- 
tion, c’eft d’y attirer les Etrangers. Deux 
caufes principales les empêchent de s’éca- 
blir en France, le droit d’'Aubaine, & les 
taxes perfonnelles. 

L'origine du droit d’Aubaine, comme 
celle du droit de Bris, remonte à ces fiè- 
cles barbares, où tout Etranger étoit re- 

ardé comme un ennemi. Le droit de Bris 
a été profcrit. Il feroic à défirer qu’on fup- 
primat celui d'Aubaine. Les conféquen- 
ces en font aufli pernicieufes, que Le pro- 
duit en eft borné. Quelaues Ecrivains ont 
penfé que la crainte de voir paffer les biens 
du Royaume chez l'Etranger, avoit fait 
envifager le droit d'Aubaine comme une 
barrière néceffaire, & propre à y concen- 
trer les richefles qui y auroient été amaf- 
fées. L'expérience a prouvé combien ce 
moyen étoit mal choifi. Il eft arrivé de 
plus, & il étoit aifé de le prévoir, que ce 
droit, en effrayant l'Etranger, l'éloigne 
du Royaume, & empêche fes biens d'y 
entrer. | 

Par rapport aux taxes perfonnelles, la 
répartition en eft néceffairement arbi- 
traire ; & l'arbitraire dans ce genre eft 


Bb 


386 COMMERCE. 


un mal d'autant plus grand, qu'avec les 
intentions les plus droites, il eft im- 
offible de fe garantir des méprifes fur 
a fortune de ceux qu’on rend contri- 
buables. Le nom feul de taxe fur lin- 
duftrie , fema leffroi & le décourage- 
ment, lorfqu’elle fut établie pour la pre- 
mière fois. Elle arrêta dans leur pays 
plufieurs Etrangers riches en fonds & en 
induftrie, qui étoient fur le point de s’é- 
tablir en France. Ceux qui y réfident fe 
plaignent fans cefle qu'on Îles furcharge. 
Il eft difficile de croire que ces plaintes 
foient toujours mal fondées. 
Cependant ces Etrangers, non-feule- 
ment augmentent beaucoup la confom- 
mation & le débouché de nos denrées, 
mais ils font eux-mêmes de nouvelles 
opérations de Commerce dont l'Etat pro- 
fite. Pour nous convaincre de la néceflité 
de les favorifer, & de les affranchir du 
moins des taxes perfonnelles, fuppofons 
que tout le Commerce de Bretagne fe 
fit chaque année par le moyen d'un 
certain nombre de Foires. Il eft évident 
qu’il feroit avantageux d'y voir affluer 
beaucoup d’Acheteurs, & que ce feroit 
les écarter tous que de les taxer. Si ces 
Acheteurs vouloient refter en Bretagne 


COMMERCE. 387 


dans l'intervalle des Foires, ce feroit un 
nouvel vantage pour la Province, & 
lon ne devroit pas les taxer à caufe de 
leur féjour. Les Négocians étrangers font 
exaétement dans le même cas. On doit 
confidérer le Commerce qu’ils font en 
France comme une Foire continuelle, 
La bonne politique demande donc qu’on 
ne les impofe point aux taxes perfon- 
nelles. Si la Compagnie des Indes aflu- 
jettifloit à un tribut les Etrangers qui 
vont faire valoir fes ventes, elles feroient 
bientôt défertes. 

Les Etrangers qui viennent s'établir 
dans les villes maritimes de France pour 
faire le Commerce, apportent avec eux 
deux efpèces de richefles, leur argent & 
leur induftrie ; on pourroit en ajouter 
une troifième, leur crédit. Lorfque leurs 
opérations réufhiffentc, & qu'ils jouiflent 
d'une fortune un peu confidérable, la 
crainte de voir leurs biens enlevés par 
droit d'Aubaine à leurs enfans ou à 
leurs parens, les chafle du Royaume. Ils 
vont porter dans leur Patrie le fruit de 
leur travail & de leur intelligence. II 
n'y a pas une feule place de Commerce 

qui n'en fournifle quelque exemple, & 
R bi] 


388 COMMERCE. 

on en connoît plufieurs dans la feule 
ville de Nantes. Des païticuliers fort 
riches, aflez jeunes pour avoir le temps 
d'augmenter leur fortune par de nou- 
velles entreprifes, ont emporté chez eux 
des fonds qui feroient reftés en France, 
& une induftrie dont la Nation eût pro- 
fité, fi ces Etrangers avoient eu l’efpé- 
rance de conferver leurs biens dans ieur 
famille. 

Si leur retraite doit être regardée com- 
me une perte pour nous, c'eft l'intérêt 
de l'Erat que d’anéantir un droit qui la 
rend non-feulement excufable , mais né- 
ceflaire, & qui par conféquent ne peut. 
être que d’un foible produit. Il paroit 
même inconcevable que le droit d’Au- 
baine fubfifte encore , après Îles motifs 
qui ont engagé nos Rois à le fupprimer 
dans certaines circonftances. 

Au milieu du feizième fiècle, il n'y avoit 
proprement de Commerce qu'à Lyon, 
fuppofé même qu'on puiffe donner le 
nom de Commerce au trafic particulier 
& borné qui s'y faifoit alors. Pour le 
rendre plus floriffant, Henri II difpenfa 
du droit d’Aubaine les Etrangers qui fe 
rendoient aux Foires de Lyon. On k 


COMMERCE 389 
voit dans le préambule d'un Edit de 
Charles IX du mois d'Aoùût 1569(z), 
par lequel cette difpenfe eft renouvellée 
& étendue à ceux qui s'établiroient à 
Lyon fans prendre de Lettres de natura- 
lité. Ainfi un fiècle avant que les princi- 

es du Commerce fuflent connus, onne 
dit pas en France, mais chez les Nations 
qui font aujourd'hui les plus commer- 
çantes, on avoit reconnu la vérité de 
cette maxime, que les Etrangers rendent 
le Commerce d’un Royaume plus florif- 
fant. Elle doit être plus frappante dans 
le dix-huitième fiècle que dans le fei- 
zième. 

M. Colbert ayant jeté les fondemens 
de notre Commerce maritime, & la ville 
de Marfeiile lui ayant paru propre à de- 
venir en quelque forte le chef-lieu de 
cette grande opération, le droit d’Au- 
baine y fut éteint en faveur des Ktran- 
gers qui y formeroient des établiffemens 
durables. Aujourd'hui que les principes 
& la pratique du Commierce font con- 
nus dans toutes les villes du Royaume, 
n'eft-il pas inconféquent d'en arrêter les 
effets, en forçant les Etrangers à fe reti- 


(a) Voyez cet Edit dans la Collection de Fontanor. 
B bu 


390 COMMERCE. 

rer dès qu'ils approchent d'un âge à ne 
pouvoir fe promettre de jouir long-temps 
de leur fortune ? La fuppreflion du droit 
d'Aubaine s’eft faite d'abord par degrés, 
& en proportion des progrès & du Com- 
merce & de l’efprit humain. Tout doit 
inviter aujourd'hui à rendre cette fup- 

reflion univerfelle. 

Celle qui fut ordonnée par Charles IX 
en faveur de ceux qui s établiroient à 
Lyon, eft indéfinie. La Société ne doit 
pas difimuler que cette fuppreflion n’eft 

ue conditionnelle dans l'Edit accordé 
à Marfeille fous le miniftère de M. Col- 
bert. Il n’eft peut-être pas inutile d'en 
rapporter les propres térmes. ; 

» Voulons aufli que les Etrangers qui 
>» prendront parti à Marfeille, & qui 
» épouferont une fille du lieu, ou qui 
>» acquerront une maifon dans l’enceinte 
» du nouvel agrandiffement, du prix de 
» dix mille livres & au-deflus, qu'ils 
» auront habitée pendant trois ans, ou 
» qui en auront acquis une du prix de 
» cinq jufqu'à dix mille livres, & qui 
» l’auront habitée pendant cinq années ; 
# même ceux qui auront établi leur do- 
# micile, & fait un commerce aflidu 
> pendant le temps de douze années con- 


x 
COMMERCE: 391 

» fécutives dans ladite ville de Marfeiile, 
» quoiqu'ils n'y ayent acquis aucun bien 
- ni maifons, foient cenfés naturels Fran- 
» cois, réputés Bourgeois d'icelle, & 
» rendus participans de tous leurs droits 
>» priviléges & exemptions ; en rappor- 
>» tant par eux les certificats & attefta- 
stions de ce que deflus... ». (2) 7: 
La Société n’ignore pas que le marc 
d'argent étant à vingt-huit livres treize 
fous huit deniers en 1669, & aujour- 
d'hui à cinquante-quatre livres fix fous 
fix deniers , il faudroit, pour fuivre exacte- 
ment les difpofitions de cet Edit, augmen- 
ter la valeur numéraire des acquifitions 
à faire, pour jouir du bénéfice de la loi ; 
mais elle croit que cette füreté ne feroit 
pas néceffaire pour retenir dans le Royau- 
me les fonds & l’induftrie des Etrangers 
qui s'y font établis, ou qui viendroient 
s’y établir. Ils n'ont befoin que d’être 
affurés de la propriété de leurs biens, 
pour regarder la France comme leur Pa- 
trie. La douceur des mœurs & du cli- 
mat, les moyens de s'enrichir, attireront 


LE LU LES RE PS ETS 


(a) Voyez le tome premier res. Edition in-4°. de l'Im- 
du Recueil des Règlemens primerie Royale, p. 188. 


concernant les Manufaétu- 
Bb iv 


_ 
ir 


+ 


392 COMMERCE: 
toujours les hommes, & leur feront per= 
dre tout efprit de retour. 

Les Etats jouiflent aujourd'hui des 
produits du droit d’Aubaine. La Société ! 
perfuadée qu’ils en feroient le facrifice 
fans regret, pour ranimer le Commerce 
de la Province, croit devoir leur pro- 
pofer de folliciter un Edit qui accorde 
aux Commerçans étrangers qui viendront 
s’y établir, le privilége de naturalité. Cet 
Edit fera un monument de la politeffe & 
des lumières de notre fiècle (4). 


en GE Po 4 RS PAR Denis ee 


(a) MM. les Députés & un Edit qui exempte les 
rocureur général Syndic à Etrangers du droit d Aubai- 
Ja Court, ont été chargés par ne, aux. mêmes conditions 
une Délibération du 13 No- employées dans l'Edit accor+ 
vembre 1760, de folliciter dé à la ville de Marfeille: 


FI. 


TA B LE 


DES MATIERES. 


L Ettres patentes qui confirment l’établiflement 
de la Société, page 1v. 


AGRICULTURE. 


PRAIRIES ARTIFICIELLES, 9. Celles de Trèfle 
fe multiplient dans les Evêchés de Rennes & 
de Nantes, 11. Profit qu’en retire une Fer- 
mière des environs de Rennes, 14. Maniere 
de recueillir la graine de Trèfle, 16. Quantité 
qu’on en doit femer, 17. Comparaïfon de ces 
graines tirées de Hollande & de Normandie, 
19. Le Trefle donne plus de profit, lor{qw'il 
eft femé feul, 25. 

LuzerNE. Difficulté d'exécuter dans fa culture 
ce que confeillent les Auteurs anciens & mo- 
dernes, 27. Procédés qui ont été juftifiés par 
l'expérience, 31. Avantages & défavantages 
de la culture en rayons, 37. ” 

FROMENT AL femé en Bretagne. Ce que c’eft que 
cette Plante, 39. Sa fécondité, 41. Manière de 
la cultiver, 43. 

Ray-GRass. Diverfité d'opinions fur les quali- 
tés de cette Plante, 47. Caufes des méprifes 
qu'on a faites en Angleterre & en France, 48. 
Phrafe fpécifique pour défigner le Ray-graf, 
0. Sa culture, shid. 

NOUVELLES PRAIRIES ARTIFICIELLES, 52. 

. La Société entreprend le dénombrement des 
- Plantes qui font dans les Prairies des environs 


de Rennes, $4. Récolte de la graine des Pian- 
tes qui réufliflent le mieux dans chaque efpèce 
de Prairies naturelles, 59. Tableau conienant 
les Phrafes botaniques &c les noms vulgaires 
des Plantes des Prairies, le degré de hauteur 
auquel elles parviennent, leur rareté, ou leur 
abondance , leurs qualités, 66. Réfultat du dé- 
nombrement, 70. Dénombrement des Plantes, 
des Pâtures hautes & des Pätures bañles, 73. 
Réfultat, 77. Dénombrement d’une bonne 
Prairie de la Prévalaye, 79. Réfultat, 80. 
Avantages & défavantages de la diftribution 
gratuite de graines propres à former des Praï- 
ries artificielles, 81. Moyen de ménager les 
fourages verds & fecs , 89. Plan d'Agriculture 
contenant la diftribution & l’emploi des Ter- 
res, la quantité de bétail néceffaire pour avoir 
des engrais, &c. exécuté par M. de la Chalo- 
tais , 90 & Juiv. 

TURNEPS, 100. Les Navets de l’Evêché de Léon: 
paroïffent préférables, rot. 

PATATES cultivées de différentes façons , leur 
produit, 102. Leur ufage, 105. Mêlées avec 
du Froment & avec du Seigle, font de bon 
pain , chi, 

ENGRAIS, 108. Mélange de différentes Terres, 
111. Sel marin, 117. Vafes d’étang, chaux, 
cendres lefivées, 119. Raïfons de préférer les 
engrais volumineux à ceux qui ne le font pas, 
& fur-tout les fumiers provenans des Prairies 
artificielles, 122. / | 

Nature Des TERRES. Nos connoiffances à cet 
égard font très-bornées, 127. Elles peuvent 
être portées plus loin, 132. Conjeétures fur 

- le principe de la fécondité caufée par le mé- 


lange des terres, 134. Ces mélanges font con- 
nus en France depuis tres-lon: o TEMPS , & les 
Anciens en faifoient ufage , 137. 

OBSERVATIONS MÉTÉOROLOGIQUES. Leur 
utilité pour les progres de P Agriculture » 140. 
Utilité particulière de celles qui fe feroient aux 
extrémités & au centre de la Bretagne, 145. 
Obfervations commencées par la Société , tbid. 
Quantité d’eau de pluie qui tombe chaque mois 
de l’année à Paris, 163. Conféquences qu’on 
en peut tirer pour la Bretagne & pour d’autres 
Provinces, 164. 

EXPORTATION des grains. Moyen de ranimer 
PAgriculture, 166. Inconvémiens des permif- 
fions particulières, 173. Propofition d’effayer 
en Bretagne les effets de la bre exportation, 
194. 

LIN, 196. La graine dégénère dans le Nord com- 
me en France, 197. M. le Duc de Choifeul 
procure des inftru€tions à la Société fur la cul- 

ture du Lin, & fur le commerce des graines de 
cette Plante, 200. Avis fur la cul lture le roui, 
êt autres préparations du Lin, comparé aux 
différentes méthodes qui font en ufage en Li- 
vome, en Hollande, en Flandre, en Breta- 
gne, 202. 

CHANVRE. Il réuffit dans toute la Province, 220. 
Moyen & motifs d’en rétablir la culture en 
Bretagne, 221. Elle peut s’anéantir, fans re- 
tour, en moins de dix ans, 226. 

CouRTE durée des Fermes » 227: Combien elle 
nuit à PAgriculture , lors même que la terre eft 
cultivée par un bon Fermier, 228. Néceffité 
d'une loi qui autorife à faire des baux de dix- 
huit &c vingt ans, 230. 


ÉCONOMIE RUSTIQUE. 


BÉTAIL, 232. Moyens d'en perf:étionner les 
races, 233. 

Bois, 240. Noyers, intérêt qu'a la Bretagne de 
les multiplier, 241. Profits qu’on en retire, 
243. Leur culture, 244. Oferaies, 247. Efpè- 
ces d’Ofier qui fe cultivent dans Le Comté Nan- 
tois, 250. Différentes manières de les culti- 
ver, 251. Produit qu’on peut retirer des Ofe- 
raies ; 256. 

Rucues ECossoises. Inconvéniens ‘auxquels 
font fujettes les Ruches de M. de Gélieu, 257. 
Conftru&tion & ufage des Ruches Ecofloifes, 
259. Moyen d’en écarter les mulots, 263. 


A KR TS. 


TRAÎNEAU pour faciliter le tranfport des terres; 
265. 

T RRRE des Fils de Coton & de Lin en rou- 
ge, 269. Recueil des différentes façons de tein- 
dre le Coton aux Indes Orientales , 273. Mé- 
thode pour faire réuflir cette teinture en Fran- 
ce, par M. l'Abbé Mazéas, 291. Préparation 
de la Toile, 295. Engalage, 296. Mordant 
coloré pour deffiner fur la Toile, 208. Difié- 
rens rouges, 299. Garançage, 301. Âvivage, 
302. Addition au Mémoire de M. PAbbé Ma- 
zéas, 303. Moyen de teindre le Fil en noir, 
312. Mémoire fur la teinture du Coton en 
rouge d’Andrinople , par M. Heilot, de l’Aca- 
démie Royale des Sciences, 316. Décrüment 
du Coton, 319. Premier apprèt, 310. Second 
apprêt, 321. Engalage, 1hid. Premier &c {e- 
cond alunage, 322. Teinture, 323. Avivage, 


325. Ufage du Sickiou , 326. 


MAÎTRISES des Teinturiers & des Sergers, 328. 
Sontétrès-mufbles aux établiflemens de Ma- 
nufaétures , 329. 

MACHINE à broyer le Lin & le Chanvre dont 
on fe fert en Livonie, 333. Moulins propres 
au même effet, 337. 


LC LMUL.E. RCE, 


PÊcues. La guerre a arrêté les progrès de celle 
du Hareng à Piriac, 343. Ouvrages à faire au 
Port de Piriac, pour faciliter & augmenter 
cette Pêche, 345. Pêche du Maquereau, en- 
couragement dont elle a befoin, 347. 

HUILE de poiflons , tirée à terre; exemption de 
droits, 350. 

ToiLes, 356. Commerce de la graine de Lin 
dans le Nord, 358. Comment 1l fe fait à Co- 
migsbere , 359. Fa@ure fimulée de 100 lafts qui 
y feroient chargés pour la Bretagne , 3632. 
Comment fe fait ce Commerce à Riga, 363. 

 Fa@ure fimulée, 365. Comment 1l fe fait à 
Libau, 366. Défavantages de la France dans 
ce Commerce, & leur caufe, 367. Prépara: 
tions du Lin nuifibles au Commerce des Toïi- 
les de Bretagne, 371. Infpeétion préjudiciable, 
376. Toiles de Hulle, 370. 

NAVIGATION de la rivière de Couafnon, 38r. 

Droit d’Aubaine, 383. Il fait fortir du Royau- 
me les Etrangers riches, 387. Il a êté fupprimé 
à Lyon & à Marfeille pour favorifer le Com- 
merce, 388. La Société propofe d’en follici- 
ter la fuppreflion en Bretagne, 392. 


FIN DE LA TABLE. 


Fautes à corriger dans le volume des 
annees 1757 & 1758. 


Page vj, ligne 18, fouvént les perfonnes, 
lifex fouvent même les perfonnes. 

Page xiiy, Lg. 17,analyfé, Zfez analyfée. 

Page x], ligne 1, de grands profits pour, 
lifex de grands profits par. Ü 

Page xxxiv, ligne 2, le motifs, Zfez les 
motifs. 

Page xxxv, ligne 4, ôtez le mot par. 
Page 40, ligne 1, pierres de moulage, 4: 
{ex pierres meulières ou de moulage. 
Page 102, ligne 20, les apprécis, mettez 

en note au bas de la page, On nomme 
apprécis en Bretagne, le prix commun 
des grains, formé des différentes va- 
leurs qu’il a dans les principaux mar- 
chés des quatre faifons de l’année. 
Page 154, lg. 21, Maifons Religieufes, 
fur-rout dans les petites villes qui ont 
de grands enclos, Zfez Maifons Reli- 
. gieufes qui ont de grands enclos, fur- 
tout dans les petites villes. | 
Page 175, Ligne 15, La Cure de Pannecé 
- étant fituée, /f. Le Prefbytère de Pan- 
necé étant fitué. 
Fe 186, ligne 1, l'ont empêché , Zfex 
‘a empêché. 


FRIFILEGE DU ROL 
Eerrre la grace de Dieu, Roi de France & de 


Navarre : À nos amés & féaux Confeillers, les Gens 
tenant nos Cours de Parlement, Maïtres des Requêtes or- 
dinaires de notre Hôtel, Grand Confeil, Prévôt de Paris, 
Baillifs, Sénéchaux , ieurs Lieutenans Civils, & autres nos 
Jufticiers qu’il appartiendra, S a Lu r. Nos bien amés LES 
MEMBRES DE LA SOCIÉTÉ D’AGRICULTURE, DE Com- 
MERCE ET DES ÂRTS DE BRETAGNE, Nous ont fait expo- 
fer qu’ils auroient befoin de nos Lettres de Privilége pour 
Pimpreflion des Ouvrages que la Société d’Agriculrure , 
de Commerce & des Arts de Bretagne voudra faire impri- 
ner en fon nom. À cES CAUSES, voulant favorablement 
traiter lefdits Expofans, Nous leur avons permis & per- 
mettons par ces Préfentes, de faire imprimer par tel Im- 
primeur qu’ils voudront choifir, tous les Ouvrages de ladite 
Société, en tels volumes, forme, marge, caractères, con- 
jointement ou féparément, & autant de fois que bon leur 
femblera, & de les faire vendre & débiter par tout notre 
Royaume, pendant le temps de vingt années confécutives, 
à compter du jour de la date des Préfentes ; fans toutefois 
qu'a l’occafion des Livres ci-deflus fpécifiés, il puiffle en être 
Imprimé d’autres qui ne foient pas de ladite Société. Fai- 
{ons défenfes à rous Imprimeurs, Libraires & autres per- 
fonnes , de quelque qualité & condition qu’elles foienr, 
d'en introduire d’impreflion étrangère dans aucun lieu de 
notre obéiflance, comme aufli d’imprimer ou faire impri- 
mer, vendre, faire vendre & débiter lefdits Ouvrages, en 
tout ou en partie, ni d’en faire aucunes traduétions ou 
extraits, fous quelque prétexte que ce puifle être, fans la 
permiflion exprefle & par écrit defdits Expofans, ou de 
ceux qui auront droit d'eux, à peine de confifcation des 
exemplaires contrefaits, de trois mille livres d'amende 
contre chacun des contrevenans, dont un tiers à Nous, 
un tiers à l’'Hôtel-Dieu de Paris, & lautre tiers auxdits 
Expofans, ou à ceux qui auront droit d'eux, & de tous 
dépens, dommages & intérêts; À la charge que ces Pré- 
fentes feront enregiftrées rour au long fur le Regiftre de 
la Communauté des Imprimeurs & Libraires de Paris, dans 


/ 


trois mois de la date d’icelles; que limpteflion defdits 
Ouvrages fera faite dans notre Royaume, & non ailleurs, 
en bon papier & beaux carattires conformément aux 
Règiemens de la Librairie ; qu'avant de les expofer en 
vente, les Manufcrits qui auront fervi de copie à l’impref 
fion defdits Ouvrages, feront remis ès mains de notre très- 
cher & féal Chevalier, Chancelier de France, le Sieur de 
Lamoignon, & qu’il en fera remis eufuite deux exemplai- 
res de chacun dans notre Bibliothèque publique, un dans 
celle de notre Chateau du Louvre, un dans celle de notre 
erès-cher & féal Chevalier, Chancelier de France, le Sieur 
de Lamoignon, & un dans celle de notre très-cher & féal 
Chevalier, Garde des Sceaux de France, Le Sieur Berrier : 
le tout à peine de nullité des Préfentes ; du contenu def- 
quelles vous mandons & enjoignons de faire jouir lefdits 
Expofans & leurs ayans caufe, pleinement & paifñblement, 
fans fouffrir qu’il leur foi fait aucun trouble ou empêche- 
ment. Voulons que la copie des Préfentes, qui fera impri- 
mée tout au long au commencement ou à la fin defdits 
Ouvrages, foit tenue pour duement fignifiée, & qu'aux 
copies collationnées par l’un de nos amés & feaux Con- 
{eillers-Secrétaires, foi foit ajoutée comme à l'original. 
Commandons au premier notre Huiflier ou Sergent fur ce 
requis, de faire pour l'exécution d’icelles tous actes requis 
& néceffaires, fans demander autre permiflion, & nonobf- 
tant clameur de Haro, Charte Normande, & Lettres à ce 
contraires : CAR TEL EST NOTRE PLAISIR. DONNÉ à Paris, 
le dix-feptième jour du mois de Maïs, l’an de grace mil 
fept cens foixante-deux, & de notre Règne le quarante- 


feptième. Par le Roi en fon Confeil. LE BEGUE. 


En vertu de Délibération de la Société d'Agriculture, 
de Commerce & des Arts de Bretagne, le préfent privilége 
a été cédé à la veuve Brunet, Imprimeur-Libraire. En foi 
de quoi j'ai figné. À Paris, ce 21 Mars 1762. 


Signé Aprizre , Secrét. de la Soc. d'Agr. 


Regiftré le préfent Privilége , enfemble la Cefion , fur le 
Regiftre XV de la Chambre Royale &: Syndicale des Li- 
braires & Imprimeurs de Paris, N°. 653, Fol. 279, con- 
formément au Règlement de 1723. À Paris, ce 26 Mars 
1702. Signé ViNGENT, Adjoint. 


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